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Où partir en 2021 ?

Voyager mieux, en soutenant les communautés locales

Texte par

Lonelyplanet.com (traduit de l'anglais par Vincent Guilluy)

Mis à jour le : 17 novembre 2020

Carte

Les membres d’une communauté sont évidemment les mieux placés pour savoir quel type de tourisme leur sera le plus bénéfique. Ceux qui y vivent et y travaillent offrent la plus authentique et inoubliable des expériences de voyage, et c’est encore le meilleur moyen d’être utile aux communautés locales. Et les 10 lauréats sont…
 

Visites guidées menées par des habitants : Invisible Cities

Au Royaume-Uni, Invisible Cities offre aux personnes qui ont vécu dans la rue l’occasion de devenir guides pour faire visiter leur ville, proposant des balades différentes et attachantes, aux touristes comme aux habitants de la région. Les visites se font à pied et pour les voyageurs qui s’y inscrivent, c’est l’occasion de découvrir une ville du point de vue unique d’une personne qui a vécu dans ses rues.

La société a été fondée par Zakia Moulaoui, qui a débarqué à Édimbourg il y a 12 ans, en provenance de France. En travaillant pour la Homeless World Cup Foundation, elle a vu comment les sans-abri étaient stigmatisés. Quand un cancer des intestins découvert en 2014 l’a temporairement empêchée de voyager, ça été le catalyseur qui a conduit à la création d’Invisible Cities, en 2016. “J’ai réalisé à quel point le voyage était important dans ma vie, et quel pouvoir il avait d’unir les gens et de les pousser à découvrir des choses nouvelles, dit Zakia, aujourd’hui guérie. J’ai compris que ça pouvait être un outil pour permettre aux gens qui avaient été sans abri de raconter leur véritable histoire. Les circuits des visites sont conçus par les guides eux-mêmes, et ils peuvent donc parler de leur propre itinéraire et de leurs expériences, s’ils le veulent. S’ils ne le souhaitent pas, la ville leur sert simplement de cadre pour parler des lieux et des sujets qui les passionnent.”


Les guides sont supervisés par des gens qui travaillent déjà dans l’industrie touristique et qui les aident à créer des visites distrayantes, passionnantes et amusantes, puis à les mettre au point et à les affiner jusqu’à ce qu’elles soient présentées aux visiteurs, locaux ou étrangers. Parmi les thèmes abordés : crime et châtiment, arts, histoire ou la place des femmes. L’entreprise donne ainsi aux guides un revenu et un but dans la vie, ainsi que l’occasion de partager avec d’autres leur histoire et leurs centres d’intérêts. Des visites sont désormais proposées à Édimbourg, Manchester, Glasgow, Cardiff et York. Invisible Cities organise également des événements et des campagnes de sensibilisation aux très dures réalités que vivent les sans-abri. Entreprise sociale, 100% de ses bénéfices sont réinvestis dans ces initiatives et dans la poursuite de l’éducation des guides.  “Maintenant, je fais quelque chose que j’aime vraiment et qui m’intéresse, et mes visites ont aussi l’air d’intéresser ceux qui les suivent, raconte Angus Stirling, guide du circuit “The Royal Mile - From Huts to High Rise” (Des huttes aux tours d’immeubles) à Édimbourg. Je peux leur transmettre mes connaissances, ce qui est très plaisant, et c’est bon pour ma confiance en moi, qui avait vraiment besoin d’un coup de pouce, au début.”

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Danny est guide à Manchester

Hébergement chez l’habitant : le Kazakhstan

L’Association du Tourisme du Kazakhstan pilote ce projet et forme des habitant de villages ruraux à l’accueil et à l’hébergement des touristes, ce qui leur offre de nouvelles perspectives économiques, dans un Kazakhstan est en plein essor. L’intérêt renouvelé pour l’historique route de la Soie en Asie centrale a contribué à sortir le pays d’un anonymat relatif en matière de tourisme pour devenir une destination assez recherchée.
 
Et si l’Association du Tourisme Kazakh s’apprête à accueillir avec joie plus de visiteurs étrangers, réussir ce changement d’échelle et en faire profiter les habitants localement sont les premières de ses préoccupations pour éviter, comme d’autres destinations, de souffrir d’infrastructures inadaptées. Ainsi, elle a mis en relation des tour-opérateurs locaux et des familles pour proposer des séjours chez l’habitant, ce qui permet aux visiteurs de découvrir le Kazakhstan authentique tout en stimulant l’économie des populations rurales. L’association forme les hôtes à l’accueil des touristes, et les aide à améliorer leurs maisons modestes et leurs yourtes traditionnelles pour être plus confortables et plus conformes aux standards du tourisme.  De plus, les activités proposées, sous la houlette des habitants, donnent au voyageur un aperçu authentique de la culture kazakh, avec des randonnées à cheval dans les vastes steppes dorées ou à pied dans la nature, des visites de villages et des cours de cuisine, par exemple. Ainsi, que le visiteur apprenne à faire le beshbarmak (viande de cheval ou de mouton garnie de nouilles et d’oignons) ou qu’il assiste à un concert de dombra (luth kazakh), il saura que son argent va directement dans la communauté.

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Et puis être hébergé dans un petit village signifie souvent avoir les immenses beautés naturelles du Kazakhstan à sa porte. Du village de Saty, dans le sud-est, par exemple, on est tout proche des lacs Kolsai, trio pittoresque de réservoirs naturels dans les montagnes, où canoë et sentiers de randonnée à flanc de montagne vous appellent. Ce nouveau modèle touristique ne fait pas qu’aider à la subsistance de ceux qui vivent dans ces régions montagneuses isolées. Il empêche aussi que des constructions neuves ne surgissent dans des zones à l’écologie fragile, en utilisant l’hébergement existant et en faisant travailler les habitants, ce qui réduit l’impact négatif du tourisme sur ces communautés. Le Kazakhstan, semble-t-il, est prêt à briller sous les feux de la rampe. "Se sentir le bienvenu lorsqu’on arrive dans un pays dont on ne connaît ni la langue, ni les traditions, ni la culture, c’est essentiel pour bien en profiter, affirme Gaël A. Bokongo, voyageur qui a séjourné chez l’habitant au Kazakhstan. C’est une des raisons pour laquelle j’ai opté pour un séjour chez l’habitant dans un village du nord du Kazakhstan. C’était une façon plus intime de découvrir ce pays et ses coutumes, ce qui demande aussi de l’ouverture d’esprit et une volonté de partage. C’était le meilleur choix possible.” 

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Etre hébergé dans un petit village signifie souvent avoir les immenses beautés naturelles du Kazakhstan à sa porte

Un lien communautaire fort : Les îles Féroé

Même si le décor est spectaculaire – hautes falaises de lave basaltique, chutes d’eau vertigineuses, pâturages scintillants vert émeraude – c’est la découverte d’une communauté soudée qui fait des îles Féroé une destination aussi attachante. La nature se montre dans toute sa splendeur dans cet archipel isolé volcanique – gîte d’étape pour les oiseaux migrateurs à mi-chemin entre l’Islande et l’Écosse – regorge de falaises du bout du monde, de cascades grondantes qui se déversent dans l’Atlantique Nord et de reliefs déchiquetés couleur émeraude illuminés par les rayons du crépuscule. Mais une chose fait le lien entre tout cela : un vrai sens de la communauté.
 
Qu’importe que vous soyez venu marcher, grimper, vous détendre ou simplement admirer les paysages, vous ne vous sentirez quasiment jamais comme un touriste aux îles Féroé. On vous accueillera chaleureusement dans les restaurants et les boutiques, on vous arrêtera dans la rue pour discuter. Au village de Tjørnuvik, vous savourerez la compagnie de gens qui ont toujours vécu ici, devant des gaufres et du café. Vous êtes perdu ? On vous accompagnera peut-être en personne jusqu’à l’endroit que vous cherchez. Chaque année en avril, les îles sont “fermées pour entretien”, et les habitants accueillent 100 “volontouristes” qui les aident à remettre en état les sentiers de randonnée, rebâtir les cairns et à protéger ces fantastiques paysages naturels. Mais ceux qui veulent vraiment embrasser cet esprit communautaire viendront pour Ólavsøka, le jour de la fête nationale. La célébration, qui a lieu à Tórshavn tous les 29 juillet, voit se réunir presque tous les 52 000 habitants des Féroé pour danser ensemble, chanter des ballades – et boire.
 

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La chute d'eau de Múlafossur, l'une des plus connues des îles Féroé

Pour découvrir l’hospitalité des Féroé poussée à l’extrême, prenez le ferry de l’après-midi qui relie Sørvágur à Mykines et séjournez dans l’unique pension de l’île. Non seulement vous y verrez les milliers de macareux qui passent l’été sur l’île mais Oda, la propriétaire de la pension, viendra vous chercher au ferry, vous cuisinera un délicieux repas de poisson, et vous emmènera ensuite faire une superbe balade au coucher du soleil. “Ce que j’aime aux îles Féroé, c’est l’air pur, les montagnes, et la mer qu’on peut voir de partout, savoure Oda Wilhelmsdóttir Andreasen, propriétaire de la pension de Mykines. Le dimanche, je vais en voiture à Gjógv et je déjeune à la Gjáargarður Guesthouse. Ils font une délicieuse assiette avec des boulettes de viande maison et de la salade de pommes de terre. Je leur ai demandé la recette de leurs boulettes mais ils disent que c’est un secret. Et leurs pancakes maison, à la confiture de rhubarbe et à la crème, sont incontournables.” 

La plus belle revitalisation à l’échelle locale : Medellín, Colombie

Passée de ville la plus dangereuse au monde à une des plus innovantes de la planète, Medellín a envolé tous les stéréotypes avec sa revitalisation conçue pour et par ses habitants. Occupant toute la largeur de la vallée d’Aburrá, avec des ribambelles de télécabines reliant les stations de métro flambant neuves aux contreforts des Andes, on a du mal à croire que Medellín, métropole à l’architecture futuriste ambitieuse, avec des œuvres d’art en plein air renommées et une vie nocturne trépidante, était auparavant une des villes les plus dangereuses au monde.
 
La transformation a été plus que remarquable. En une génération, la ville contrôlée par les tristement célèbres barons de la drogue est devenue la ville la plus branchée de Colombie. Les anciens barrios (quartiers) accueillent maintenant des visites guidées sur les graffitis, la Zona Rosa et ses néons offrent plaisirs culinaires et nuits enfiévrées, et on trouve partout les œuvres d’art surdimensionnées de Fernando Botero. La revitalisation de la ville doit beaucoup à son ancien maire, Sergio Fajardo Valderrama, qui a reconquis les espaces publics, réintégré les anciens paramilitaires démobilisés dans la communauté locale et injecté de l’argent dans les quartiers les plus pauvres. L’idée de propriété collective a présidé à ses projets de nouvelles lignes de transport entre les barrios et le centre-ville, rapprochant ainsi la ville et ses habitants.

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Medellín et ses fameux télécabines

Ces efforts ont payé : Medellín cultive sa dimension culturelle haute en couleurs en accueillant chaque été des fêtes de la poésie, du tango ou des fleurs. Surnommée la “ville de l’éternel printemps” – grâce à son climat tempéré toute l’année, à sa flore et à ses montagnes verdoyantes et fraîches – elle donne en tout cas l’impression que le soleil y brille de nouveau. On n’a pas seulement revitalisé Medellín, on l’a fait renaître. “J’ai débarqué à Medellín il y a six ans pour apprendre l’espagnol. Je comptais rester deux mois mais la ville m’a captivé et je n’ai pas pu repartir, raconte Nathan Rodgers, propriétaire du Cannúa Lodge. Au milieu des Andes, avec son climat tempéré toute l’année, ses habitants authentiquement sympathiques et cette incroyable transformation municipale, Medellín est un chez-soi merveilleux.”

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Les meilleurs treks qui soutiennent les populations : Tesfa Tours, Éthiopie

Avec des habitants de la région pour guides, les treks de Tesfa Tours, qui traversent les extraordinaires paysages d’Éthiopie, et où les voyageurs sont chaleureusement accueillis dans des familles villageoises, sont différents. Leurs bénéfices soutiennent directement ces communautés. Pour Nelson Mandela, l’Éthiopie était la source de l’Afrique. Car ce pays est stupéfiant par son histoire chargée de mythes, sa mosaïque d’anciennes cultures africaines, sa flore et sa faune uniques ainsi que ses paysages fabuleux. Pour mieux comprendre et savourer ce pays incroyable, faites un trek avec des gens du cru grâce à Tesfa Tours.
 

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Fortification Fasil Ghebi à Gondar

Leurs guides vous feront traverser d’immenses prairies, puis les hautes terres nimbées de nuages des monts Simien, où les gypaètes barbus planent sur les courants ascendants et les babouins gélada arpentent des escarpements hauts de 2000 m à vous donner le vertige. Au Tigré, ils vous traduiront les légendes spirituelles peintes sur les murs de hautes églises, bâties autour d’improbables pinacles de grès rouge. Et au Wello, ils vous présenteront aux villageois qui cultivent toujours avec bœufs et charrues, et qui vous offriront la tasse de café rituel – dans la région même ou on en a probablement servi pour la première fois. Entre les journées de trek et la découverte d’une faune rare comme le loup d’Éthiopie et le babouin hamadryas, vous passerez la matinée au marché ou l’après-midi à parcourir le labyrinthe qui mène aux onze églises de Lalibela, un ensemble unique, protégé par l’Unesco, d’églises taillés à même la roche basaltique. Le soir vos hôtes vous offriront des tasses de tedj (hydromel) et des assiette d’injera (galettes) avec une garniture épicée, avant de vous laisser passer la nuit dans des tukuls (maisons de chaume) traditionnelles, souvent dressées à des emplacements enchanteurs.
 

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Les fresques du plafond de l'église Abuna Yemata Guh

Une légende veut qu’Adam et Ève aient habité près de Mescha Lodge, en lisière de la forêt de Wof Washa, dominant l’immense vallée du Rift. Assurément, les treks de Tesfa sont enrichissants, pour vous et pour les habitants que vous rencontrerez, qui perçoivent 80 % du prix de chaque trek. C’est le voyage dans ce qu’il a de meilleur : responsable, sans filtre et inoubliable.  “Comme je suis un des plus anciens guides de Tesfa, c’est moi qui prend d’abord contact avec un village pour discuter de la création d’un hébergement, explique Berhe Kalayu, guide en chef de Tesfa Tours au Tigré. Les guides tels que Birhan, Mulat, Hanibal, Kiros et moi-même sommes une passerelle entre un village et les visiteurs. Nous travaillons ensemble pour lancer dans ces localités des coopératives qui accueilleront les trekkeurs, et fourniront ainsi un revenu au village. C’est comme si nous étions une grande famille. Quand on a baptisé mon fils, beaucoup de villageois sont venus à Mekelle pour partager ma joie. Ça m’a vraiment touché.”
 

Réhabilitation des communautés en Australie

Après avoir connu l’une des pires vagues d’incendies de son histoire, l’Australie voit peu à peu sa faune, sa flore, ses forêts humides et les littoraux de la côte de Saphir renaître de leurs cendres grâce à plusieurs projets de réhabilitation. Rappelez-vous, l’an dernier, près de 10 millions d’hectares de bush, de forêts et d’espaces naturels ont brûlé en Australie durant l’une des plus importantes catastrophes écologiques jamais enregistrées. Quelque trois milliards d’animaux furent tués ou blessés. En Nouvelle-Galles du Sud et dans le Victoria, qui ont été les deux États les plus touchés, les milliers de koalas ont perdu 80% de leur habitat naturel.
 

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Randonnée équestre dans le Victoria

Malgré les dégâts engendrés, les programmes de réhabilitation permettent aujourd’hui de venir en aide aux zones les plus touchées. Le gouvernement australien a décidé d’investir 200 millions de dollars pour sauvegarder des espèces endémiques, comme le koala, le dunnart de Kangaroo Island et le pin de Wollemi, tandis que les dons provenant de l’étranger permettront de financer de nouveaux programmes et structures consacrées à la reproduction d’animaux. Le tourisme devrait jouer un rôle important dans ces programmes, avec des agences telles que Echidna Walkabout Tours ou Australian Wildlife Journeys, qui proposent des séjours autour du sauvetage de koalas. Ces circuits permettent aux voyageurs de participer à la replantation d’arbres, à l’arrachage de mauvaises herbes et à la réalisation d’études sur la biodiversité dans les habitats indigènes en vue de la remise en liberté des marsupiaux. Bien entendu, ils auront aussi la chance de rencontrer les koalas. 
“Il est difficile de faire comprendre à quel point la population a été touchée par ces incendies, explique Ross Purdie, producteur de télévision à Sydney. On parle de zones de la taille de petits pays, qui ont été décimées en l’espace de quelques jours. Mais la réaction des Australiens a été incroyable. Des dizaines de millions ont été récoltés pour aider les collectivités à se remettre sur pied et soutenir les services de pompiers volontaires des zones rurales. Il reste beaucoup à faire pour la restauration du bush, mais nous commençons déjà à voir des pousses vertes apparaître sur les troncs brûlés.”

 

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Squeaky Beach, Victoria

D’autres mesures en harmonie avec les enjeux climatiques ont été prises, comme l’installation de nouvelles bornes de recharge pour les véhicules électriques, l’introduction de cars de touristes roulant à l’hydrogène et des incitations pour développer l’utilisation des énergies renouvelables dans les bâtiments. Toutefois, ce sont les efforts collectifs, les œuvres caritatives et le bénévolat mis en place par la National Bushfire Recovery Agency qui permettront de venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin. Bien que les dégâts soient considérables, l’Australie est un pays immense, et plus de 97% des lieux emblématiques du pays – de la Great Ocean Road à la Grande Barrière de corail – n’ont pas été touchés. Par ailleurs, les voyageurs qui se portent volontaires pour participer aux efforts de réhabilitation des zones touchées par les incendies sont désormais autorisés à séjourner dans le pays non plus 6 mois, mais 12 mois, ce qui laisse beaucoup de temps pour explorer le pays tout en l’aidant.

Une visite inhabituelle et émouvante : Refugee Voices Tours

S’appuyant sur son expérience personnelle de réfugié ayant fui la guerre en Syrie, Hesham Moadamani guide les voyageurs à travers Berlin pour le compte de Refugee Voices Tours, établissant des parallèles entre le conflit syrien actuel et l’histoire des migrations en Allemagne.  

La nuit était tombée sur la station turque de Çeşme quand Hesham Moadamani abandonna presque tout ce qu'il possédait pour se jeter dans les courants froids du détroit de Chios. C’était une épreuve terrifiante qui l’attendait : 8 km de nage pour rejoindre l’île grecque de Chios. Une distance qui serait déjà épuisante pour un nageur olympique… et Hesham ne s’était baigné dans la mer que deux fois auparavant. Avec ses chaussures attachées autour du cou et ses papiers dans un sac plastique autour du poignet, Hesham a nagé pendant près de 7 heures en direction des lumières scintillantes de l’île avant d’être finalement récupéré par les gardes-côtes grecs. Il fut conduit au poste de police, où il fut traité comme réfugié. Il finit par rejoindre l’Allemagne à pied, les pieds en sang.  On estime à un million le nombre de personnes arrivées en Europe en 2015. Beaucoup fuyaient la guerre en Syrie. Refugee Voices Tours permet de mettre des visages sur ce nombre en proposant des circuits guidés à travers différentes villes d’Europe, mais menés par des réfugiés venus de Syrie, d’Érythrée et d’Irak.
 

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S'appuyant sur son expérience personnelle, le circuit guidé par Hesham à Berlin est émouvant, déchirant et admirable, d’autant plus que son épreuve était loin d’être achevée lorsqu’il est arrivé en Allemagne. « Quand je suis arrivé, le discours a changé, passant d'un message de sympathie, “ces gens fuient la guerre, ce sont des êtres humains comme nous, ils ont besoin de notre aide”, à un message sécuritaire, façon “notre sécurité d’abord, ce sont tous des musulmans, des extrémistes avec des antécédents terroristes” », explique-t-il. Mais c’est justement ce qui rend la visite de Hesham si captivante : il utilise des lieux historiquement significatifs de la ville comme le Mur de Berlin, la Topographie de la terreur et Checkpoint Charlie pour établir des parallèles entre les 15 millions de personnes déplacées par la Seconde Guerre mondiale et la situation actuelle en Syrie. « Les guerres ne touchent pas que les Syriens d’origine musulmane, dit Hesham. L’Allemagne elle-même a connu de telles migrations, avec des personnes qui l’ont fuie – et d’autres qui l’ont rejointe – à différents moments de son histoire. » La visite s’achève dans un restaurant syrien, ce qui donne une occasion de s’asseoir pour discuter ensemble de tout ce qu’ils ont appris, tout en leur permettant de goûter un peu à la culture syrienne. « Je suis content que ces visites existent et j’espère que beaucoup de gens pourront venir en profiter, déclare Hesham. Il y a d’autres super guides, avec d’autres histoires fascinantes pleines d’espoir et de résilience. »

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Une vielle Trabant garée devant le Mur de Berlin de l'East Side Gallery

Boutique communautaire: le Footprint Café de Siem Reap, au Cambodge

Alliant une cuisine khmère saine à une approche unique du coworking, cet établissement social de Siem Reap offre la possibilité aux habitants de réaliser leurs rêves de création d’entreprise. Porte d’accès aux anciens temples d’Angkor, Siem Reap est devenu l’une des destinations les plus courues d’Asie du Sud-Est depuis que le pays s’est ouvert au tourisme au milieu des années 1990. Pourtant, la province demeure l’une des plus pauvres du Cambodge, avec environ 45% des habitants vivant sous le seuil de pauvreté. Dans le but de s’attaquer aux problèmes sociaux, d’améliorer la vie des communautés et de fournir emplois et formations, les entreprises sociales ont proliféré dans la ville ces dernières années, offrant une bouée de sauvetage aux personnes qui tentent d’échapper à la pauvreté. Fondé par Briton Georgina Hemmingway en 2016 et géré par la population locale, le Footprint Café est l’une des plus grandes réussites de Siem Reap.
 


Bâtie sur leur modèle des "3P” (population, planète, profits), l’entreprise abrite, au rez-de-chaussée, un café élégant et accueillant qui sert des plats khmers délicieux, témoignant de sa volonté de s’approvisionner en denrées locales, produites de manière éthique. Mais ce n’est pas tout, car au premier étage se trouve un espace de coworking tendance, dont la moitié est proposée gratuitement ou à tarif très réduit aux start-up cambodgiennes cherchant à se développer.
 
Tout en offrant aux entrepreneurs locaux une plateforme leur permettant de concrétiser leurs objectifs de carrière, l’espace de coworking – à l’instar du café – voit 100% des bénéfices nets réinvestis dans la communauté sous forme de subventions pour des projets éducatifs ou entrepreneuriaux locaux, comme le programme littéraire pour les jeunes filles vulnérables lancé par l’organisme de protection de l’enfance Free to Shine. “Lorsque mes mémoires, A Proper Woman, ont été publiées en 2017, l’équipe du Footprint Café a non seulement accepté de vendre mon livre, mais m’a également aidée à le promouvoir en me prêtant gratuitement son espace afin d’accueillir une rencontre avec des lecteurs, se souvient Thavry Thon, conférencière et autrice. Je trouve ça génial que le Footprint soutienne les artistes locaux comme ça.” Véritable centre communautaire, cet espace accueille aussi régulièrement des débats et autres événements. En outre, les membres ont droit tous les jours à un happy hour très avantageuse. Choul mouy (tchin-tchin) !

 

Projet local : le Burren EcoTourism Network

Le Burren EcoTourism Network, en Irlande, rassemble plus de 70 entreprises locales dans le but de faire du géoparc de Burren et des ameuses falaises de Moher un leader mondial du tourisme durable. Abritant certains des plus remarquables paysages d’Europe ainsi que plusieurs sites vedettes, le comté de Clare a bien compris qu’il ne suffisait pas de parler de tourisme responsable et de durabilité pour que les choses se fassent. C’est ainsi que l’année 2011 a vu la création du réseau d'écotourisme du Burren, dont les entreprises partenaires s’engagent à promouvoir la région par le biais du tourisme responsable et de l’écologie.
 

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Les célèbres falaises de Moher

La nature ici est magnifique : le plateau karstique du Burren est un paysage calcaire, lunaire, de 560 km² parsemé par un extraordinaire mélange de plantes méditerranéennes et arctiques. La région abrite les trois quarts des fleurs sauvages d’Irlande et pas moins de 23 espèces d’orchidées. Au sud-ouest se trouvent les magnifiques falaises de Moher (214 m), spectaculaire ensemble de promontoires de grès et de schiste qui constitue un must de toute visite en Irlande. Afin de protéger ce patrimoine naturel remarquable, le Burren EcoTourism Network travaille ardemment à faire comprendre que tourisme populaire et écologie ne sont pas nécessairement antinomiques. Grâce à une série de campagnes marketing, le réseau a fait la promotion du slow tourisme, de l’engagement local et de la responsabilisation du public et de tous dans la région.
 

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Les maisons colorées de Doolin

Cela a eu pour résultat que trois destinations du comté de Clare – Loop Head, le Burren Food Trail et l’ensemble monastique de l’île Scattery – ont reçu chacune le prix des destinations européennes d’excellence pour leur promotion des pratiques durables, offrant au comté un trio gagnant, une première dans l’histoire de l’Irlande. « Le Burren a toujours eu une réputation merveilleuse, mais aussi un peu nébuleuse […] très apprécié des gens “qui savent”, mais manquant de l’unité dont il avait besoin, explique Helen Browne,  du centre d’accueil des visiteurs de Doolin. Le regroupement des acteurs du secteur du tourisme de tout le Burren a comblé ce vide. Le Burren EcoTourism Network est devenu “la voix” du Burren pour les visiteurs. »

 

Vue de l’intérieur : Girl in Florence

Avec les portraits d’artistes locaux, d’artisans, de boutiques indépendantes et d’expatriés qu’elle dresse sur son blog, Girl in Florence, Georgette Jupe permet aux voyageurs de tisser des liens plus étroits avec la capitale culturelle de l’Italie. Un plongeon dans le grand bain, c’est ce qu’a décidé de faire cette étudiante texane venant de Los Angeles lorsqu’elle a rassemblé tout son courage et a décidé d’aller faire des études à Florence durant un an, afin de s’imprégner de la culture italienne.
 

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Vue sur Florence et son Ponte Vecchio

En 2005, Georgette se préparait à aller étudier les sciences politiques à Londres quand son cours a été annulé. En compensation, on lui a alors proposé de se rendre dans la ville la plus artistique d’Italie. « J’ai commencé par me dire que je n’avais pas envie d’aller à Florence”, raconte Georgette. Je sais que ça peut paraître complètement fou aujourd’hui, mais j’étais intimidée parce que je ne parlais pas la langue. Je me disais “Tous ces gens apprennent sans doute l’italien depuis plusieurs années, et moi j’arrive là, sans savoir prononcer le mot cappuccino correctement.” » Quinze ans plus tard, Georgette y est mariée, a une maison et un chien appelé Ginger. Elle connaît désormais la Cité des Nénuphars aussi bien que les Florentins de naissance et partage ses découvertes sur son blog fascinant et extrêmement riche, Girl in Florence.

 


Naturellement, le blog met à l’honneur le musée des Offices et la Galleria dell'Accademia, mais Georgette se distingue surtout par son immersion dans la communauté locale et sa volonté de montrer des facettes de Florence que peu de visiteurs voient. Rendant hommage aux artistes et aux artisans de la ville, Georgette parle également beaucoup des restaurants de quartier, comme le Sergio Gozzi, ou des sites incontournables, tels que l’église de San Miniato al Monte. « Je voulais faire découvrir les gens que je rencontre, les gens que j’aimerais que d’autres rencontrent, explique Georgette. Quand on vient visiter une ville telle que Florence en haute saison, c’est fantastique, mais on est submergé, voire épuisé, par tout ce qu’il y a à voir. On ne profite même plus de ce qui pourrait nous ravir. Je voulais simplement montrer, au travers des habitants, qu’il existe une autre façon de voyager. »  Avec ses plus de 600 posts, Georgette a réussi son pari. « Non seulement c’est merveilleux d’apprendre à connaître quelqu’un plus profondément, mais ça implique que d’autres vont faire la même expérience, ajoute Georgette. Ça a permis de créer des relations très fortes au sein de la communauté. »
 
 
 
 



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