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Idées de voyage

Zealandia, le huitième continent

Texte par

Tasmin Waby (traduit de l'anglais par Yann Champion)

Mis à jour le : 17 septembre 2020

Carte

Depuis que l’aéronautique supplémente la cartographie pour dresser un portrait précis de notre planète, il est communément accepté qu’il n’existe que sept continents sur Terre : l’Asie, l’Afrique, l’Amérique du Nord, l’Amérique du Sud, l’Europe, l’Océanie et l’Antarctique.
Et si vos manuels scolaires avaient tout faux ? Il existe désormais des preuves solides qu’il existe un huitième continent, dont la majeure partie est immergée (et, non, il ne s’agit pas de l’Atlantide). Vous l’avez peut-être même déjà visité. Il s’agit de Zealandia. 

 

D’une superficie d’environ 3,5 millions de kilomètres carrés, Zealandia (qui porte également le nom de Tasmantis) est d’environ de la même taille et de la même forme que le Groenland. Il s’est détaché de l’ancien supercontinent Gondwana au début du jurassique, puis s’est détaché à nouveau de l’Antarctique et enfin de l’Australie il y a environ 23 millions d’années, comme un iceberg vêlant de la barrière d’Amery. 

Aujourd’hui, ce huitième continent est immergé à 93%. Aussi, à moins d’être une sirène, votre seul moyen de le découvrir est de visiter les îles du Pacifique Sud qui en constituent la partie visible, séparées par de vastes océans, mais reliées entre elles sous la mer.

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Le sanctuaire animalier de Karori, à Wellington en Nouvelle-Zélande, s'appelle désormais "Zealandia", en hommage à ce continent unique englouti par la mer

Nouvelle-Zélande

La destination la plus évidente, la première qui vient à l’esprit pour qui souhaite poser les pieds sur ce continent mystérieux qu’est Zealandia est, bien entendu, la Nouvelle-Zélande. Abritant la grande majorité des habitants de Zealandia, il s’avère que c’est également l’une des destinations de voyage les plus attrayantes au monde et qu’elle dispose en conséquence d’une infrastructure touristique particulièrement adaptée. 

Si, dans l’avion qui vous mène à Auckland vous obtenez une place à côté du hublot, vous pourrez voir que la ville est construite sur une bande terrestre formée de 50 volcans. Aussi bien dans les îles du Nord que du Sud, vous pourrez visiter des paysages volcaniques, ainsi que des forêts primitives et une nature absolument unique en son genre. Mais pour avoir le meilleur aperçu de ce qu’était l’île autrefois, il faut se rendre sur Stewart Island/Rakiura, la troisième plus grande île de Nouvelle-Zélande, au sud de l’île du Sud, dont elle est séparée par le détroit de Foveaux. 

Stewart Island ne compte qu’une seule localité, à savoir la petite ville d’Oban (400 habitants). Le reste de ses 1 570 km² est classé parc national. Des falaises de l’ouest battues par la mer aux ports abrités de l’est, côté idéal pour naviguer faire du kayak et observer les oiseaux, Stewart Island est recouverte de podocarpes (les conifères du Sud) et d’arbres comme le rimu (un arbre à croissance lente), le kahikatea (surnommé “arbre des dinosaures”) et des géants millénaires comme le tōtara. Le continent néo-zélandais est aussi riche en paysages naturels, parmi lesquels certains sont encore actifs sur le plan volcanique. Mais pour vraiment échapper à la foule, une visite de Stewart Island s’impose. 

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La souveraineté politique de l’île Norfolk fait débat, mais sa géologie aussi. Zealandia commence à peine à être reconnu comme un continent, invisible, certes, mais réel

Île Norfolk

L’île Norfolk fait-elle partie de Zealandia ou est-elle un territoire extérieur de l’Australie ? Voilà qui est sujet à débats. Ancienne colonie pénitentiaire britannique, cette île balayée par les vents est en grande partie peuplée de descendants des révoltés du Bounty. Elle possède sa propre langue – le Norf’k (parfois orthographié Norfuk), mélange d’anglais du XVIIIe siècle et de tahitien – ses propres coutumes et son propre drapeau. En dépit de son histoire et de son autosuffisance (vous ne trouverez ici ni feux de circulation ni chaîne de fast food), en juin 2015, après des décennies d’autodétermination, le gouvernement australien a décidé la suppression de Assemblée législative de Norfolk et placé l’île sous l’autorité de la Nouvelle-Galles-du-Sud. Il va sans dite que cette décision de “recoloniser” Norfolk n’est pas bien passée auprès de la population

Un habitant de 79 ans, Albert Buffett, a porté la question devant les Nations Unies en arguant que les insulaires avaient été privés de leurs droits sans consultation. L’Australie a répondu en affirmant qu’il “n’y a pas de peuple ni de population indigène sur l’île Norfolk”, arguant que l’appel était émotionnel et truffé d’erreurs factuelles. L’affaire est en cours. 

En attendant un jugement, les voyageurs se rendant sur ce petit morceau de Zealandia (géographiquement parlant et non politiquement) y trouveront une île superbe remplie de vestiges de l’époque pénitentiaire et coloniale, sillonnée de sentiers de randonnée et entourée de récifs coralliens. Elle est accessible en deux heures d’avion depuis Sydney, ou Brisbane.

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Le phare Amédée à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, fut construit en 1865 ; il est depuis inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO

Nouvelle-Calédonie

Bordée par un lagon protégé par l’UNESCO, Grande Terre est l’île principale de la Nouvelle-Calédonie. Divisée par une chaîne de montagnes, ce petit avant-poste de 18.500 km² dans le sud-ouest du Pacifique est un paradis tropical avec sa végétation luxuriante, ses plages sablonneuses, ses superbes sites de plongée et ses nombreux complexes et bungalows. 

À l’instar de l’île Norfolk, la Nouvelle-Calédonie est une ancienne colonie pénitentiaire et elle fait encore officiellement partie d’un continent entièrement différent, puisqu’elle fait encore partie du territoire national français. Le mouvement indépendantiste calédonien n’a, pour l’instant, pas réussi à rompre les liens avec la France, mais un nouveau référendum est prévu pour septembre 2020. En dépit de cette situation politique, c’est en avion depuis l’Australie ou la Nouvelle-Zélande que la capitale, Nouméa, est la plus facilement accessible.

Les paysages de la Nouvelle-Calédonie laissent entrevoir un aperçu de paysages typiques de Zealandia : avec de grands conifères comme le Falcatifolium taxoides des palmiers Chambeyronia macrocarpa et des fougères géantes (Angiopteris evecta). Les troncs des Cyatheaceae (les plus grandes fougères arborescentes du monde) peuvent atteindre ici plus de 20 mètres de haut et leurs frondes sont les plus grandes feuilles du monde végétal. 

Ces plantes remonteraient aux marais du Carbonifère qui couvraient la Nouvelle-Calédonie il y a 275 millions d’années. Pour tout dire, dans certaines des langues kanakes, le nom de la fougère arborescente signifie “le début du pays des Hommes”, la mythologie de la création disant que les premiers humains sont sortis du tronc creux d’une fougère arborescente.

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Les Cyatheaceae témoignent de l’ancienneté de Zealandia

Visiter Zealandia

Aussi, pendant que les humains qui peuplent ces terres disparates parlent de politique, les géologues semblent avoir trouvé les preuves qu’il existe bien un huitième continent. Mais quels sont les critères pour être classé comme continent ? Les continents doivent être grands, physiquement distincts, entourés d'eau et, dans une certaine mesure, géologiquement homogènes.

Zealandia remplit la plupart de ces critères. Ce qui le rend différent (et d'autant plus intrigant, avouons-le), c'est qu’il est principalement submergé sous le Pacifique Sud. La Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie et l'île Norfolk sont des destinations extraordinaires à bien des points de vue, qui ne peuvent que vous inciter à découvrir ce “nouveau” continent. Mais sachez toutefois que vous ne voyez que la partie immergée de l’iceberg.
 


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