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Épidémie de Covid-19

6 leçons à tirer du confinement pour devenir de meilleurs voyageurs

Texte par

Emily Frost (traduit de l'anglais par Maud Combier-Perben)

Mis à jour le : 7 août 2020

Carte

Au cours des derniers mois, nous avons dû apprendre à vivre dans un monde sans voyage où seul notre environnement immédiat devait satisfaire nos envies d’aventure, de découverte et d’exploration. Si, depuis peu, de nombreux pays cherchent à rouvrir leurs frontières, les entreprises du monde entier reprennent leurs activités avec précaution et les compagnies aériennes cherchent à remplir leurs avions à tout prix en vue de la saison estivale, les voyages reprendront-ils pour autant au même rythme qu’avant ? Plus important encore, devraient-ils reprendre au même rythme qu’avant ?  

Le confinement aura eu le mérite de nous amener à réfléchir sur certains privilèges que nous pensions acquis et à nous demander s’il n’était pas temps d’opérer certains changements dans nos modes de vie. Du goût retrouvé pour une certaine forme de solitude à la diminution sans précédent de la pollution au niveau mondial, voyons comment les leçons que nous avons tirées du confinement pourraient modifier à jamais nos habitudes en matière de voyage.

Leçon n°1 : savoir se satisfaire d’un seul endroit

Rares sont les personnes pour lesquelles le confinement aura été synonyme de zen et de plénitude ou qui se seront pleinement contentées d’un monde réduit aux quelques mètres carrés de leur séjour. Pourtant, alors que les journées à être enfermés passaient, nous avons tous su nous accommoder de cette vie prolongée entre quatre murs. Mais alors, que va-t-il advenir de nos périples où, tels des nomades, nous enchaînions les destinations avec notre sac à dos ? Qu’en sera-t-il de nos escapades citadines où l’on courait de sites en sites ou encore de ces voyages épiques pour rallier certains des lieux mythiques inscrits sur notre agenda de baroudeur ? D’après Shobha Mohan, fondateur de RARE India, qui s’exprimait dans un article de CN Traveller, « nous verrons désormais moins de monde passer d’un site à un autre, les gens resteront plus longtemps au même endroit, à la recherche de lieux moins touristiques ».

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Lenteur et immersion seraient-elles désormais les clés du voyage ?

Cette obligation à une certaine sédentarité ira peut-être de pair avec une immersion plus en profondeur dans la destination choisie, nous donnant ainsi la possibilité nouvelle de découvrir et d’apprécier certains petits détails que nous n’aurions peut-être pas vus, trop occupés à rejoindre notre prochaine destination. Il est d’ailleurs intéressant d’imaginer la manière dont ce phénomène pourrait renverser la tendance du tourisme de masse (un véritable fléau mondial, jusqu’à l’arrivée du coronavirus tout du moins). Si les touristes ont appris à apprécier l’endroit où ils se trouvent, leur désamour pour les bains de foules en raison des risques de contamination les rendra certainement moins friands des attroupements aux abords des sites touristiques les plus prisés. Il se peut qu’à l’avenir, notre programme de vacances – autrefois une course aux « sites incontournables » – s’allège sensiblement pour privilégier les avantages psychologiques et spirituels d’une véritable immersion dans notre lieu de destination.
 

Leçon n°2 : savoir lever le pied

Le fait de parcourir de longues distances en peu de temps (le propre du voyage, au fond) donne à nos vies un rythme plus effréné, plus soutenu. Mais le confinement nous a appris ce qu’était de devoir brusquement lever le pied, de prendre chaque jour comme il vient, et d’avoir… du temps ! Oui, du temps ! Cela signifie-t-il que nous serons plus nombreux à adopter le slow travel ? Il est possible en tous cas que nous prenions plus de temps pour organiser nos vacances et que nous laissions tomber ces escapades improvisées à la dernière minute pour le week-end, qui, avant, nous semblaient normales. Dans un récent entretien avec Vox, Rafat Ali, Directeur général de Skift, déclarait qu’« il faudrait longtemps avant que la demande [touristique] ne redevienne comme avant ».

Maintenant que nous nous sommes habitués à avoir des occupations nettement moins variées et un rythme de vie beaucoup plus paisible, il y a peu de chance pour que nous ayons envie de reprendre immédiatement notre course folle aux voyages. Il est plus probable que l’on opte désormais pour des virées pas trop loin de chez nous plutôt que pour l’achat en ligne d’un vol de nuit à destination d’un pays lointain. Tony Wheeler, co-fondateur de Lonely Planet, est également persuadé de la profonde métamorphose que s’apprête à connaître le tourisme. « Nous ne sommes pas près de reprendre nos vieilles habitudes. Les gens risquent désormais y réfléchir à deux fois avant de décider de partir en week-end à la dernière minute dans un autre pays d’Europe » déclarait-il récemment dans un entretien avec le Financial Times.

Leçon n°3 : apprendre à explorer la nature qui nous entoure

Pour les personnes restées confinées, les espaces verts sont devenus de véritables havres naturels, voire des bouées de sauvetage pour celles n’ayant ni jardin, ni terrasse ou balcon. Depuis que nos libertés ont été restreintes, nos sorties contrôlées et que nos possibilités de prendre un bol d’air frais ont été méchamment réduites, nous apprécions d’autant plus la nature qui nous entoure. Sur Instagram et Twitter, on ne compte plus les photos publiées des endroits en ville où la nature dévoile sa beauté, que ce soit dans les clairières des forêts municipales, sur les promenades en bord de rivière ou dans les petits parcs, et que l’on avait jamais pris la peine d’aller découvrir.

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Nos voyages seront-ils davantage axés sur la nature ?

Forts de cette expérience, nous aurons peut-être envie d’axer davantage nos voyages sur la nature et d’y inclure plus d’activités en plein air, maintenant que nous avons découvert que même les petites balades en famille peuvent être des plus agréables. Ces changements d’habitude pourraient bien, d’ailleurs, contribuer au regain d’intérêt annoncé pour le tourisme local puisque le confinement aura permis de voir que l’aventure est parfois au bout de la rue, et pas nécessairement à l’autre bout du globe.
 

Leçon n°4 : mieux apprécier le voyage

Avoir la possibilité de partir en voyage est indéniablement un luxe. Si voyager fait partie intégrante de la vie de nombreuses personnes, tout comme compter à rebours les jours avant le prochain départ, le fait de pouvoir sauter dans un avion, un train ou de prendre une voiture et de partir à la découverte d’une autre culture en quelques heures reste une expérience vraiment très privilégiée. Le fait d’avoir été contraints de mettre nos projets de globe-trotter à l’arrêt nous a permis de voir enfin le voyage pour ce qu’il est vraiment, à savoir un cadeau ! Cette prise de conscience nous permettra peut-être d’apprécier désormais chacune de nos excursions à sa juste valeur, qu’il s’agisse d’une virée en voiture ou de vacances sur un autre continent, et de comprendre à quel point voyager est une chance et non un dû.  

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Apprécierons-nous désormais les voyages à leur juste valeur ?

Il nous faudra probablement voyager moins, mais voyager mieux, c’est-à-dire réfléchir davantage au pourquoi et au comment de nos prochaines vacances. Nous apprendrons certainement à mieux profiter des expériences que nous ferons et privilégierons sans doute des séjours plus immersifs dont le souvenir a un sens réel pour nous, quitte à retourner plusieurs fois de suite au même endroit. Être capable de faire moins souvent les choses qu’on aime les rend d’autant plus appréciables, et ça, ça ne peut être que positif.
 

Leçon n°5 : apprendre à réduire notre incidence sur la planète

Avec le ralentissement sans précédent de la surconsommation humaine, dont même le plus fervent défenseur de l’environnement n’aurait jamais osé rêver, une situation inédite s’est produite : dans de nombreuses métropoles du globe, les niveaux de pollution et de fréquentation n’ont jamais été aussi bas. La plupart des compagnies aériennes ont réduit leurs vols de manière drastique, quand elles n’ont pas tout simplement maintenu leurs équipages au sol, et la nature, plantes et animaux confondus, a doucement repris ses droits dans des lieux qu’elle avait jusqu’alors désertés.

Après des mois de confinement, l’un des changements les plus positifs qui pourraient advenir dans notre rapport au voyage serait certainement de voir le tourisme responsable et respectueux de l’environnement se hisser au rang de nos priorités. Peut-être que nous serons davantage enclins à choisir des séjours plus écoresponsables, à moins prendre l’avion ou le bateau, ou encore à compenser notre empreinte carbone. « Je pense que les road-trips vont exploser, surtout cet été. Il y aura certainement comme un contre-coup à la crise du coronavirus car les gens auront peur des grandes foules et des aéroports » explique Jessica Nabongo, fondatrice de Jet Black, dans un entretien avec Vox. Nous chercherons très certainement à savoir comment avoir une incidence positive sur nos destinations. Alors que de nombreux pays subissent de plein fouet les conséquences de la chute du tourisme, nous réfléchirons peut-être aussi davantage, lorsque nous réserverons nos vacances, à la manière dont notre argent sera redistribué, en veillant à ce qu’il profite vraiment aux gens qui en ont le plus besoin.  

Leçon n°6 : rester proche de ceux que l’on aime malgré l’éloignement

Le confinement et les mesures de distanciation sociale ont eu sur de nombreuses familles du monde entier des conséquences très douloureuses. Au cours des derniers mois, l’unique possibilité qui nous était offerte pour être en contact avec nos proches et amis était d’avoir recours à la technologie, au détriment des interactions physiques qui tissaient jusque-là notre quotidien. Ces séparations sur le long terme auront-elles également des conséquences sur nos habitudes en matière de voyage ?

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Les appels vidéos ont pris une grande place dans nos vies avec le confinement. Vont-ils devenir des incontournables du voyage ?

Si la réponse est oui, alors ces changements varieront certainement d’une personne à l’autre. Certains ne voudront plus jamais partir sans partager d’expériences concrètes et viendront donc augmenter les rangs de ceux qui voyageront désormais uniquement en famille ou entre amis, alors que d’autres, confortés par le confinement dans leur capacité à vivre en solitaires, préfèreront partir en solo dès que l’occasion se présentera. Après tout, il serait dommage de ne pas tirer parti de ces longues heures passées à apprendre à nos parents comment maîtriser les appels vidéos !



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