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Épidémie de Covid-19

Cinq conseils pour bien vivre le confinement, par un navigateur en solitaire

Texte par

Daniel Fahey (traduit de l'anglais par Vincent Guilluy)

Mis à jour le : 30 octobre 2020

Carte

Brian Thompson est le skipper britannique qui a parcouru le plus de milles nautiques en multicoques. Avec 25 records du monde à son actif, il a fait le tour du globe en solo, traversé les océans en équipage, et dérivé sur l’océan Atlantique seul avec sa compagne sans avoir la moindre idée du temps qu’il lui faudrait pour rejoindre la terre. Il nous donne ici quelques conseils pour le confinement.
 

1. Contrôler ce qui est contrôlable

Brian Thompson et sa compagne d’alors, Helena Darvelid, avaient entamé depuis cinq jours la traversée de l’océan Atlantique sur un frêle trimaran de contreplaqué inassurable quand le désastre survint : le bateau commença à tomber en pièces.
Le bau commença à se désolidariser de la coque principale, la voile à se replier. Brian était inquiet. Ils étaient à la merci du premier gros grain venu et contrôlaient à peine le bateau : lorsque le vent soufflait dans la mauvaise direction, ils devaient utiliser l’ancre flottante pour pouvoir maintenir leur position.
Prudents, ils ont tenté de tant bien que mal de revenir en Angleterre. Sans savoir combien de temps il leur faudrait pour rejoindre la terre ferme – ni s’ils pouvaient simplement y arriver. “Il faut contrôler ce qui est contrôlable, dit Brian. Si un grain se lève, on ne peut rien y faire. On ne peut que s’y préparer et limiter les problèmes du mieux que l’on peut.”
Rapporté au coronavirus, ce pourrait être prévoir vos repas de la semaine, vous laver les mains fréquemment ou maintenir en ordre votre espace de vie. Pour Brian, il s’agissait de faire des réparations rudimentaires sur le bateau et de prendre les choses au fur et à mesure. Ils mirent un mois à rentrer en Angleterre.

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Face à un long isolement, il est important de diviser les grandes périodes de temps en sections plus petites

2. Diviser votre temps en périodes plus brèves

“Tout comme le coronavirus, ces orages en mer ne sont pas dirigés contre vous. Ils sont là, maintenant, et vous devez les affronter du mieux que vous le pouvez,” dit Brian. Il suggère de diviser votre temps d’isolement en sections, avec des objectifs quotidiens ou hebdomadaires.
Tandis qu’ils dérivaient, Brian et Helena savaient que rejoindre la terre ferme était l’objectif final mais ils ne savaient pas combien de temps ça leur prendrait.
“Nous étions concentrés sur le but général, qui était de revenir à terre, dit Brian, mais il faut aussi se montrer souple. Étudier toutes les opportunités qui se présentent.” Les vents changeant de direction, le couple a établi plusieurs parcours possibles, pour regagner l’Espagne ou la France.
Essayez de ne pas penser à la durée entière de la période où vous serez éloigné, conseille Brian. Cela peut paraître insurmontable. C’est comme un enfant qui attendrait Noël dès février : ça paraît beaucoup trop loin. » Pensez plutôt à des étapes accessibles : se lever à la même heure chaque jour, prévoir ses repas, faire une heure d’exercice en plein air si c’est possible. Ou, comme le dit Brian : « Traversez un orage à la fois. Essayez d’avancer lentement, pendant un petit moment. Décidez de ce que vous allez viser. Il suffit de croire que vous pouvez y arriver.”
 

3. Restez optimiste – et aidez les autres à le rester aussi

“Quand on est à deux, je crois que l’humour est essentiel pour rester positif et garder le moral”, dit Brian. Faire des plaisanteries a beaucoup contribué à l’optimisme de Brian et d’Helena malgré leurs ennuis dans l’Atlantique nord. “Garder le sens de l’humour est très important, reconnaît Brian. Il ne s’agit pas de se forcer à rire, mais c’est important de pouvoir le faire. Si une personne a le cafard, on peut la réconforter, et vice versa.” Pour ceux qui sont confinés, on peut résoudre le problème avec un simple coup de fil à un ami ou en regardant un film comique le soir, plutôt que les informations.
 

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Brian Thompson a participé au prestigieux Vendée Globe

 
L’optimisme est encore plus impératif quand on navigue ou qu’on se confine seul. En 2008, Brian fut l’un des douze navigateurs à achever le Vendée Globe, une des courses à la voile d’endurance les plus difficiles au monde. Il passa 98 jours en mer. Parti des Sables-d'Olonne, près de La Rochelle, Brian dit que les premières heures furent les plus dures. Il venait de quitter 300 000 personnes venues encourager les concurrents pour se retrouver absolument seul.
“Pendant les premières 24 heures, on se demande vraiment : ‘comment vais-je tenir cent jours comme ça ?’ C’est comme penser à la complexité de l’Univers : si on y réfléchit trop, ça rend fou. Alors on reste positif et on pense à la suite. On pense d’abord à rallier le Cap Finisterre, puis les îles Canaries, puis à franchir l’Équateur”, dit-il.
 

4. Se maintenir en forme

En larguant les amarres de son bateau, le Bahrain Team Pindar, au départ du Vendée Globe, Brian se devait d’être dans la meilleur forme possible pour parer à toute éventualité. Certains de ses concurrents s’échouèrent, d’autres démâtèrent, le Français Yann Eliès se fractura le fémur et dut abandonner la compétition.
C’est une course dure. De France, les bateaux plongent vers le sud et contournent vers l’est le cap de Bonne-Espérance en Afrique du Sud, leurs skippers essayant de trouver le bon équilibre entre vitesse et sécurité. Les voiliers foncent plein est, passent au-dessous de la Nouvelle-Zélande, avant de remonter vers le nord pour contourner le cap Horn au Chili, et remonter vers l’Europe, toutes voiles dehors.
Brian ne dormit en moyenne que trois heures par jour. “Tout comme avec le covid 19, l’isolement sur un tel bateau signifie vous n’attraperez pas de maladie”, dit-il. Mais l’épuisement était inévitable. “Je pratiquais le sommeil polyphasique, je dormais par tranches de 45 minutes maximum.”
Si vous n’aurez pas à faire cela chez vous, Brian dit qu’il est important de ne pas manquer de sommeil, surtout face au stress. “Vous ne pourrez peut-être pas dormir huit ou neuf heures par nuit, alors faites autant de petits sommes que vous le pouvez,” ajoute-t-il.

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Brian Thompson dit que s’offrir quelque chose d’inhabituel, une fois que tout est terminé, est essentiel pour traverser une longue épreuve

5. Faites-vous plaisir quand tout sera terminé

Au bout de dix jours de course dans le Vendée Globe, Brian avait épuisé ses produits alimentaires frais. Il passa aux repas lyophilisés durant les 88 jours suivants. Il avait choisi d’emporter une grande diversité de produit : du porridge aux framboises, ou aux raisins secs, ou aux myrtilles, des curries verts thaïs, et même un repas de Noël lyophilisé. “J’avais des vitamines en comprimés, donc ça n’était pas aussi sain que si j’étais à terre, mais ce genre de nourriture me convenait. Ce n’était peut-être pas un choix naturel, mais c’était énergétique et ça me permettait d’avancer, dit-il.
Ne vous laissez pas abattre. Dites-vous que quand vous retrouverez la terre ferme, vous ferez le repas de vos rêves.” Pour Brian, ce fut un énorme bol de guacamole et du thon grillé, suivi d’une riche mousse au chocolat. Ceux qui sont en confinement peuvent commencer à imaginer le repas favori dès maintenant.
“Contrairement aux skippers de voiliers, personne n’a choisi cette situation, dit Brian en mettant en parallèle la navigation en solitaire au long cours et le coronavirus, mais tout le monde peut s’en sortir. Certains en sortiront même plus forts. Alors choisissez votre manière de traverser l’épreuve, puis décidez comment vous en tirerez le meilleur parti.”
 



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