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Idées week-end

Anvers est-elle la ville la plus cool du monde ?

Texte par

Donna Wheeler (traduit de l'anglais par Vincent Guilluy)

Mis à jour le : 20 juin 2018

Carte

Anvers a toujours été une ville singulière, quelque peu excentrique. Sa réputation de centre de la mode et du clubbing ne date peut-être que du XXe siècle mais en grattant sous la surface, on découvre un port qui a toujours été d'avant-garde. Du maître Pierre Paul Rubens à la drum'n'bass fracassante du festival Rampage, le plus grand port belge lance des tendances depuis plus de 500 ans. Anvers est-elle en permanence la ville la plus cool du monde ?

Un foyer de la littérature interdite

Lorsque Christophe Plantin arriva à Anvers dans les années 1540, la tolérance qui prévalait dans ce port riche était très en avance sur l'époque. Le métier de ce maître relieur était encore si novateur qu'il risquait la prison ou le bûcher en continuant de travailler à Paris. Quand Plantin dût mettre fin brutalement à sa brillante carrière (le bras transpercé par un coup d'épée dans une ruelle sombre), il fonda alors une imprimerie couronnée de succès et d'une grande longévité à Anvers, tout en menant une vie extraordinaire d'humaniste et de collectionneur.
Étonnamment, l'héritage de Plantin et de son gendre Jan Moretus est toujours visible sur place – presque intact de surcroît. Le génial musée Plantin-Moretus abrite deux des plus anciennes presses à imprimer du monde et la police de caractères en plomb originale façonnée par le graveur parisien Claude Garamond, qui porte son nom. Et bien sûr, sa librairie du XVIIe siècle est en parfait état.

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Les presses à imprimer exposées au musée Plantin-Moretus montrent à quel point Anvers était une ville progressiste.

L'étoile baroque d'Anvers

Si Anvers a connu des fortunes diverses lors du siècle suivant, elle n'a jamais perdu son assurance matérialiste ni sa vision unique. Son plus célèbre fils, le peintre Pierre Paul Rubens, est issu de cet environnement. Pour célébrer le génie de Rubens en 2018, l'Antwerp Baroque festival associe l'artiste à d'autres créateurs contemporains. Le peintre Luc Tuymans, l'artiste conceptuel Jan Fabre et le chorégraphe Sidi Larbi Cherkaoui ont plus en commun avec le maître baroque que leur ville d'origine : ils se délectent de sa palette sombre, évocatrice, et de son hyperémotivité théâtrale.
C'est à la Rubenshuis qu'on peut voir ses plus belles œuvres (restées à Anvers), notamment L'Annonciation et un de ses quatre (seulement) autoportraits. Ancienne maison et atelier de Rubens, le musée expose aussi des tableaux de ses contemporains tels Anthony Van Dyck, et beaucoup d'objets domestiques de l'époque.
De plus, la Rockoxhuis va rouvrir l'année prochaine. Ce musée était la demeure du grand collectionneur Nicolaas Rockox, qui fut aussi bourgmestre (maire) d'Anvers. On y trouve des tableaux de Rubens, des œuvres de Wildens et Pierre Brueghel le Jeune. L'espace rénové intégrera aussi la maison voisine, où vécut un temps le peintre de nature morte Frans Snyders.

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Anvers va célébrer l'héritage de son plus grand peintre, Pierre Paul Rubens.

Quand la mode flamande a envahi le monde

En 1986, six jeunes créateurs (tous diplômés de l'Académie royale des beaux-arts) et un chausseur-devenu-directeur-artistique sautèrent dans un van pour aller à Londres se mesurer aux créateurs britanniques lors de la Fashion Week. Personne ne put prononcer leur longs nom flamands (c'est ce que dit la légende), et ainsi naquirent les Six d'Anvers. Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Dirk Bikkembergs, Walter Van Beirendonck et Marina Yee rentrèrent tous chez eux avec des commandes de boutiques comme Barney’s à New York ou Liberty à Londres, en un moment qui symbolise parfaitement les risques pris par la mode dans les années 1980 et 1990.
Avec leur vieux complice Martin Margiela, les Six d'Anvers rendirent tout à coup les costumes à épaulettes et les robes peplum de Paris et de New York dépassés. Leur credo anti-glamour et l'effacement des frontières de genre reflétait la nature avant-gardiste de leur ville. Ils ont laissé leur marque dans tout Anvers. Walter Van Beirendonck dirige le département mode de l'Académie royale, et a lancé une nouvelle génération de créateurs belges comme Raf Simons, Véronique Branquinho ou Kris Van Assche.

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Des mannequins défilent avec des créations d'Ann Demeulemeester, l'une des Six d'Anvers.

À Zuid, bohème, face au grandiose musée des Beaux-Arts, le magasin phare d'Ann Demeulemeester est une scène spacieuse et austère, tandis que le Modepaleis de Dries Van Noten occupe l'espace le plus en vue du quartier de la mode. Ses tissus riches et ses designs spectaculaires sont présentés dans un décor d'anciennes vitrines de bois et d'ornements de cuivre. Juste en face du grand magasin de Dries, le MoMU est un des musées de la mode les plus reconnus au monde, avec des présentations temporaires ayant récemment mis à l'honneur et Dries Van Noten et Martin Margiela.
Pour emporter chez vous un peu de l'élégance anversoise, essayez les boutiques indépendantes comme Renaissance et Verso, ou Coccodrillo et Elsa (dont les propriétaires sont d'anciens élèves de Dries Van Noten) pour les chaussures. On peut aussi trouver de très beaux vêtements vintage, et des boutiques comme Verlaine sont connues dans le monde entier pour leurs articles recherchés, dignes d'un musée. Parmi les autres excellents points de ventes de créateurs, citons Rosier 41 et Label Inc, où on peut trouver des créations récentes à prix fantastiquement réduits.
 

Anvers révolutionne les pistes de danse

Quand Pump Up The Jam de Technotronic a explosé sur les dancefloors en 1989, peu savaient d'où venait ce tube, et ils étaient encore moins à avoir entendu parler de la scène dont il était issu. Ce son – la new beat – venait de la scène musicale belge qui mêlait house et hip-hop. Le réalisateur Jozef Devillé affirme dans son documentaire de 2012 The Sound of Belgium que l'étonnante musique électronique du pays, et ses nombreuses branches comme l'EBM (electronic body music), la house ou la techno, ont des racines dans les traditions populaires transgressives des carnavals, les orgues Decap des dancings et les thés dansants de campagne des années 1960-1970.

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Tomorrowland n'est qu'un des nombreux grands festivals de musique qu'on trouve à Anvers et aux environs.

À Anvers, la musique a toujours été une histoire de passion, nourrie par les étudiants en art ou de la mode, ainsi que par les prostituées, les marins et parfois un diamantaire égaré. Dans une église du XVIe siècle, le Café d’Anvers est un des meilleurs night-clubs. Il attire encore les foules dans le quartier rouge, près de trente ans après son ouverture. Le Café Beveren abrite le dernier orgue Decap de la ville, qui joue des chansons anciennes à des danseurs ravis ; les hordes branchées vont plutôt à la Pekfabriek, une ancienne fabrique de poix de Borgerhout, où la fête se prolonge tard.
Les festivals musicaux estivaux de Belgique sont aussi bien représentés à Anvers (outre l'immense fête d'EDM qu'est Tomorrowland) : Rampage met en avant drum‘n’bass et dubstep ; Dystopia vise les fans de house ; le Summerfestival est plutôt electronica et le Laundry Day offre une bonne dose de hip-hop.
La volonté permanente d'Anvers de promouvoir la diversité musicale est un bon exemple du refus de la ville de se reposer sur ses lauriers en matière d'innovation culturelle. Cet esprit d'indépendance en fait une sérieuse candidate au statut de ville la plus branchée du monde pour les cinq cents années à venir – au moins.

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