Pouilles : Culture

Arts, coutumes, religion dans les Pouilles

Religion, folklore et festivités

Dans les Pouilles, la tradition de la taranta et de la pizzica – danses effrénées et hypnotiques grâce auxquelles on tente d’annuler les effets d’une morsure imaginaire de tarentule – semble remonter à la Grèce antique.
Nombreuses sont les traditions chrétiennes qui puisent leurs racines dans d’anciens rites païens. C’est le cas notamment du carnaval, tradition archaïque liée aux cycles saisonniers et agricoles qui, dans le calendrier de l’Église, marque le début de carême, à l’exception de celui de Putignano qui semble, au contraire, être né d’un rite chrétien et avoir pris des accents païens par la suite.
De toutes les fêtes chrétiennes, Pâques est celle qui est célébrée avec le plus de fastes. De nombreuses villes accueillent alors des manifestations qui se déroulent durant toute la Semaine sainte. Certains paient cher pour avoir l’honneur et le privilège de traverser la ville en portant sur leurs épaules les lourdes statues figurant les personnages de la Passion, au cours de processions solennelles et généralement interminables. Par exemple, à Tarente, siège de l’un des rites les plus célèbres de la Semaine sainte, la Processione dei Misteri parcourt 2 km en 14 heures.
Chaque ville honore également son saint patron avec des concerts, des spectacles, de grands festins, accompagnés de feux d’artifice. Parmi les plus impressionnantes, la Festa di San Nicola de Bari , la Festa di Santa Domenica à Scorrano , la Festa  di San Trifone à Adelfia .
Enfin, la piété populaire est toujours vivante chez les anciens comme chez les jeunes. Le film du réalisateur Edoardo Winspeare, Il miracolo (2003), traite de ce besoin profond de croire en un monde magique et pourtant ancré dans le christianisme. En témoigne le sanctuaire de Padre Pio, saint du Gargano auquel sont attribuées de nombreuses guérisons miraculeuses, qui accueille près de huit millions de fidèles chaque année, ou les milliers de pèlerins qui se pressent chaque 9 mai au soir dans la crypte de San Nicola à Bari pour demander la “manne” miraculeuse.

Musique et danse

Le Sud est une terre de musique et de danse, lesquelles reflètent avec fidélité l’exubérance et la passion de cette région, surtout lors des fêtes populaires. Les divers événements qui rythment le calendrier des Pouilles peuvent être accompagnés par les cadences hypnotiques et obsessionnelles de la taranta (tarentelle), les marches solennelles et chargées de mélancolie des orchestres municipaux, ou bien les rythmes explosifs du reggae local. La musique pop, également caractérisée par de forts liens avec la région, est aussi importante que la musique traditionnelle, et souvent, les deux genres créent d’intéressants mélanges.

Tarentelle, Pizzica et musique traditionelle

Les photos en noir et blanc prises lors de rituels censés vaincre le tarentisme (maladie que l’on croyait causée par la morsure d’une tarentule) montrent des femmes allongées sur le sol, jupe voletant et corps comme en proie à des convulsions.
La musique et la danse effrénée de la tarentelle étaient un remède traditionnel au tarentisme – en dansant, on pensait annuler l’effet de la morsure venimeuse de l’araignée – et avaient une fonction cathartique ; elles accompagnaient en outre les célébrations religieuses. Le rite fut ensuite relié au christianisme et saint Paul (qui avait lui-même survécu à une morsure d’araignée) fut choisi comme saint patron ayant le pouvoir de guérir les femmes. On ne voit presque plus de spectacles de ce genre, mais la tarentelle et la pizzica (de pizzico signifiant morsure) sont encore jouées lors de nombreuses fêtes populaires : un rythme énergique et hypnotique qui donne envie de se lever pour aller danser.
Après la Seconde Guerre mondiale, la pizzica était devenue une pratique totalement obsolète, associée à l’ignorance et à la superstition. Remise au goût du jour dans les années 1970, cette tradition est aujourd’hui très populaire, surtout parmi les jeunes des milieux alternatif et rasta. La tarentelle est la musique typique du Salento, mais d’autres formes de tarantella existent aussi dans d’autres parties du Sud, telles que la Murgia, le Gargano, Naples et la Calabre.
Parmi les groupes ayant redécouvert ce patrimoine culturel, citons Officina Zoè (www.officinazoe.com), Mascarimirì (www.mascarimiri.com), Arakne Mediterranea (www.araknemediterranea.com), Aramirè (www.aramire.it), le Canzoniere Grecanico Salentino (www.canzonieregrecanicosalentino.net), Uaragniaun (www.uaragniaun.it), et les Cantori di Carpino.
Situé à la frontière du jazz et de la musique traditionnelle de l’arrière-pays des Pouilles, la Daunia Orchestra du pianiste de Foggia, Umberto Sangiovanni, s’est fait connaître hors de sa région avec des albums comme Controra (2004), Calasole (2006), Sciamboli e nuovi inverni (2011), ou Di fame di denaro di passioni (2012).
L’été, des dizaines de spectacles de tarentelle sont programmés. La manifestation la plus importante, la Notte della Taranta, se déroule à Melpignano à la fin du mois d’août où se produisent à chaque édition des musiciens de renom. Pour connaître le calendrier des spectacles de taranta, consultez la revue quiSalento (2,50 € ; www.quisalento.it), en vente dans les kiosques, ou adressez-vous aux offices du tourisme.

orchestres et musique populaire

Depuis le XIXe siècle, voire le XVIIIe siècle, beaucoup d’ouvriers agricoles et de maçons des Pouilles pratiquent un instrument de musique (trombone, tambour, etc.) par amour de la musique, pour le plaisir de jouer avec les habitants de leur village et pour divertir la communauté. Loin d’être des amateurs, ils ont de nombreuses années de pratique derrière eux et, s’ils exercent un autre métier, c’est seulement pour gagner leur vie. Contrairement aux orchestres d’autres régions, qui ne jouent que des marches, des hymnes, de la musique cérémoniale et religieuse, ceux des Pouilles jouent également de la musique symphonique et lyrique de haut niveau.
Ces orchestres demeurent une tradition bien vivante dans de nombreux villages, où résonnent, surtout lors des fêtes religieuses, des arrangements instrumentaux de célèbres airs lyriques ou des thèmes populaires, dont les cuivres et les percussions sont les protagonistes. Et la scène illuminée, généralement montée sur la place principale du village, évoque une gigantesque couronne, que l’on appelle cassa armonica (kiosque à musique).
À l’instar d’autres formes de musique populaire, la musique d’orchestre a été réhabilitée ces dernières années, notamment par la Banda di Ruvo Di Puglia qui a enregistré le CD La Banda: Traditional Italian Banda & Jazz. En l’écoutant, vous vous sentirez immédiatement transporté sur la place d’un village par une chaude nuit d’été. Le double CD Giro di banda, réalisé par le trompettiste Cesare Dell’Anna qui a dirigé pour l’occasion une fanfare de plus de 30 instruments, est un autre petit chef-d’œuvre.

Jazz et musiques actuelles

Parmi les plus importantes scènes jazz de la région, celles d’Orsara di Puglia (www.orsaramusica.it) et de Matera, en Basilicate, où se tient chaque année un festival (www.onyxjazzclub.it).
Si par le passé les Pouilles ont vu naître des auteurs interprètes à succès au festival de San Remo, parmi lesquels Domenico Modugno, Albano et Nicola di Bari, ce sont désormais les femmes qui dominent la scène : d’Anna Oxa aux jeunes comme Dolcenera, Alessandra Amoroso, Emma Marrone, ou encore Erica Mou.
Aujourd’hui, la scène musicale ne se cantonne plus à la musique classique, au jazz, au folk, au blues et au rock. Les Pouilles dévoilent un panorama d’une étonnante vitalité où se font entendre notamment des sonorités de style reggae. Le très populaire Sud Sound System (www.sudsoundsystem.com), un groupe du Salento fortement lié à sa terre d’origine, qui se produit dans toute l’Italie et à l’étranger, en est un bon exemple. Beaucoup de ses textes racontent, avec intelligence et humour, les joies et les douleurs du Sud et sont servis par une musique mélangeant ragamuffin, reggae et musique populaire.
L’étoile du reggae italien, Maria Germinario, mieux connue sous le nom de Mama Marjas, vient aussi des Pouilles.
Musicien très apprécié (et controversé) au-delà de l’Italie, Michele Salvemini est un rappeur de Molfetta, connu sous le pseudonyme de Caparezza (www.caparezza.com). Ses textes fortement politiques et dépouillés de caractère sacré, associés à des arrangements souvent géniaux, en ont fait une référence de la contre-culture nationale. L’un de ses derniers succès est consacré à sa région et à l’important attrait touristique qui en ternit les traditions : Vieni a ballare in Puglia (Viens danser dans les Pouilles).
Enfin, en matière de rock, les Negramaro (www.negramaro.com) font un tabac depuis quelques années. Ce groupe au son énergique a pris le nom du vin caractéristique du Salento. Sa force réside surtout dans la voix virtuose du chanteur, Giuliano Sangiorgi, et dans l’attrait des mélodies faciles à retenir.

Architecture

Deux styles incarnent le patrimoine architectural des Pouilles : le roman et le baroque.
Le premier provient directement d’une période culturelle brillante et intense qui murit dans les Pouilles dès le milieu du XIe siècle mais qui ne s’affirma pleinement qu’au XIIIe siècle. En effet, à cette époque, non seulement les espaces urbains furent agrandis, mais de grands lieux de culte furent construits (surtout par les bénédictins) et sont classés, par convention, dans le courant du romanico pugliese (roman des Pouilles), mais révèlent une série de caractéristiques très variées et structurées. Ce style est appelé précisément “romanico normanno-pugliese” (roman normand des Pouilles), puisqu’il tire ses principales caractéristiques de l’architecture normande. La cathédrale de Bari en est le parfait exemple, avec ses structures très massives, plus proche d’une forteresse que d’un édifice religieux, et avec ses doubles campaniles en forme de tour qui, tout comme les sculptures décoratives, rappellent la Bourgogne. Sa construction débuta en 1087, année de la translation du corps de saint Nicolas dans la ville, et période durant laquelle Bari devint le point de départ pour la Terre sainte lors de la première croisade. Les cathédrales de Trani, Bitonto, Bisceglie, Ruvo di Puglia, Giovinazzo affichent le même style, tout comme celles de Tarente, Canosa di Puglia, Lucera, Foggia, Santa Maria Maggiore di Siponto, qui prouvent que le style roman s’étendit même au-delà du territoire de Bari.
Le style baroque se développa de la fin du XVIe siècle à la seconde moitié du XVIIIe siècle, mais il s’affirma surtout dans la seconde moitié du XVIIe siècle, au terme de trois siècles assez pauvres sur le plan artistique. Vers 1650, sur tout le territoire d’Otrante, à Martina Franca, Francavilla Fontana, Nardò, mais aussi à Lecce , commença, surtout grâce aux évêques, la construction d’églises, de couvents, de résidences et de palais monumentaux, dont l’exubérance allait influencer l’architecture privée. La récurrence des motifs floraux, des personnages, des animaux mythologiques, des frises et des blasons ne s’apparente pas tant aux motifs du XVIIe siècle romain ou napolitain, qu’au style plateresque espagnol et au baroque sicilien. Ce qui permet de différencier le barocco pugliese du baroque présent dans d’autres régions italiennes.
Quant à l’architecture civile, la région est riche d’un réseau de châteaux (également de style roman), presque entièrement dû à la dynastie normande qui en débuta la construction au XIe siècle. D’autres furent érigés par Frédéric II qui, après la mort de Guillaume II et face aux barons qui défiaient l’autorité royale, décida de s’imposer. Il entreprit la création de châteaux (le plus important étant Castel del Monte et ses huit tours octogonales) dont en peu de temps le nombre s’élevait à 200, et qu’il règlementa en promulguant en 1239 le statut sur la réparation des châteaux, dans le but de renforcer leur efficacité. Ces châteaux sont encore aujourd’hui en grande partie debout. Même si beaucoup ont été remaniés au fil du temps, ils conservent en général les caractéristiques de la maison souabe .

Sculpture

À partir du XIe siècle la sculpture romane connut un développement exceptionnel. Si tous les sculpteurs de l’époque, parmi lesquels Barisano da Trani, imitaient l’ancien (par exemple, les chapiteaux du Duomo de Tarente ou ceux de la crypte d’Otrante, les motifs paléochrétiens du sarcophage, les grandes colonnes de marbre précieux de la cathédrale de Canosa), ils étaient aussi les auteurs d’œuvres originales dont on trouve la trace dans les arts mineurs ou au travers de petits objets précieux pour lesquels encore peu de temps auparavant on utilisait le bois, l’ivoire, l’or et le tissu. Il semble donc qu’à l’origine du roman, dans les Pouilles et ailleurs, on retrouve la même volonté de rendre les œuvres plus accessibles, tout en leur assurant une durée de vie plus longue, ce qui explique la redécouverte de la pierre, qui avait été dégradée durant le haut Moyen Âge et qui allait désormais s’imposer avec la renaissance des villes et avec l’avènement d’une classe marchande. Sans oublier naturellement la nécessité de produire des objets sacerdotaux, dont les pupitres, les trônes épiscopaux et les chaires, pour asseoir le pouvoir de l’Église.
Stefano da Putignano (v. 1470-v. 1539), fut un sculpteur renommé de la Première Renaissance méridionale. Il signait STHEPHANUS APULIAE POTINIAN, un nom révélé récemment à la suite de la restauration de deux œuvres à Miglionico. Vous pourrez admirez ses nombreuses crèches (presepi) en parcourant les Pouilles, en commençant par celle de la cathédrale d’Altamura , pour finir par celle de sa ville natale, Putignano, conservée dans la Chiesa Madre .

Peinture

Les fresques byzantines et médiévales qui ornent les murs des chapelles cachées dans des coins reculés de la région sont très courantes dans les Pouilles. Datant souvent des Xe et XIe siècles, ces peintures inspirèrent et définirent le culte chrétien dans ces lieux solitaires creusés dans la roche. La province de Tarente cache de nombreuses grottes monacales comme à Massafra et à Mottola, où l’on peut admirer la Cripta di San Nicola , surnommée la “chapelle Sixtine du Sud”. Vous pourrez également découvrir les charmantes fresques des cryptes cachées dans le Salento, en particulier à Poggiardo  et à Ortelle .
L’intérieur de la fabuleuse basilique du XIVe siècle, Santa Caterina d’Alessandria à Galatina , renferme de superbes fresques de la Renaissance. On ne sait avec certitude si les auteurs étaient des artisans itinérants venus du Nord ou s’il s’agissait d’artistes locaux ayant beaucoup voyagé, mais leur style évoque celui de Giotto. Les personnages, soignés jusque dans les moindres détails, arborent d’éclatantes couleurs et frappent par leurs proportions spectaculaires.
Conversano abrite les splendides toiles du cycle inspiré de La Jérusalem délivrée du poète Torquato Tasso (1544-1595), dit le Tasse. Le style du peintre Paolo Finoglio (1590-1645), reflète clairement l’influence du Caravage.
Si la ville de Barletta est célèbre pour son colosse, elle l’est aussi pour avoir vu naître Giuseppe De Nittis (1846-1884), l’unique peintre impressionniste italien ayant acquis une certaine notoriété (voir l’encadré p. 60). Après avoir étudié à Barletta et à Naples, en 1867, De Nittis emménagea à Paris, où il fut invité plus tard par Degas à participer à la première exposition consacrée à l’impressionnisme. Parmi ses œuvres de la maturité figurent des portraits de Zola et de Manet. Sa ville natale conserve la principale collection de toiles de l’artiste, exposée dans le magnifique cadre baroque de la Pinacoteca Giuseppe De Nittis . Il repose au cimetière du Père-Lachaise à Paris.

Art contemporain

Le Palazzo Caputi à Ruvo di Puglia  conserve la principale collection des œuvres de Domenico Cantatore (1906-1998). Ce peintre et illustrateur originaire de Ruvo di Puglia, influencé d’abord par Cézanne, puis par Picasso et le fauvisme, fut l’un des principaux artistes des Pouilles du XXe siècle.
La Fondazione Museo Pino Pascali à Polignano a Mare (voir p. 71) expose les œuvres de l’artiste de Bari, Pino Pascali (1936-1968), décédé prématurément à l’âge de 33 ans. Cet artiste de renommée internationale aimait l’expérimentation ludique à partir de matériaux tels que la fausse fourrure, la paille, le bois, la terre, expression directe de ses racines méridionales. Il était lié au mouvement de l’Arte povera.
Michele Circiello (www.michelecirciello.it) est un artiste du cru inspiré par l’archéologie, l’histoire et la luminosité des terres du Sud, qui revisite les traces du passé. Les personnages de ses œuvres, qui rappellent la magie d’Altamura, sont des guerriers de l’Antiquité, des archers, des cavaliers et des animaux. En 2009, trois stèles appelées Dal passato al futuro (Du passé au futur) ont été installées à l’intérieur du château de Monte Sant’Angelo . À Vieste , une salle d’exposition abrite certaines de ses œuvres, que vous aurez aussi la possibilité de voir dans de nombreux bars et restaurants.
À Lecce, ne manquez pas les pièces présentées dans la salle d’exposition du designer Renzo Buttazzo (www.petre.it ; p. 200) qui fait un usage innovant de matériaux comme le verre ou la pierre de Lecce.

Artisanat

Il est d’usage de dire que ce sont les Grecs anciens qui diffusèrent leurs techniques de fabrication de vases et d’amphores il y a environ 2 800 ans, du temps de la Grande-Grèce. Or, le Museo Provinciale de Lecce expose des céramiques messapiennes qui témoignent de la maîtrise de cette pratique bien avant leur arrivée. En effet, avant l’introduction d’autres matériaux, la céramique était utilisée pour tout : pot de chambre, jarre pour le vin, marmite, bassine pour la lessive.
Les motifs sobres et rustiques des céramiques des Pouilles sont immédiatement reconnaissables. La décoration la plus caractéristique se compose d’un fond couleur crème avec un motif très simple formé de lignes bleu foncé et d’un élément récurrent constitué par six points de même couleur. S’y ajoute souvent l’image traditionnelle du coq, symbole de fertilité, présenté les ailes déployées.
Grottaglie est célèbre pour ses céramiques très colorées et décorées, notamment les capasoni (très grandes jarres typiques, utilisées pour la conservation de l’huile et du vin). Au XVIIIe siècle, avec l’introduction de la technique de l’émaillage, la production locale s’est spécialisée dans la réalisation de céramiques décoratives . San Pietro in Lama, Laterza, Martina Franca, Canosa, Lucera, Lucugnano et Cutrofiano sont d’autres centres de fabrication de céramique. En revanche, à San Marco in Lamis, près de Foggia, la céramique est plus pauvre et plus simple car on y emploie surtout de la terre cuite.
Lecce est connue pour le travail du carton-pâte et de la pietra leccese (pierre de Lecce). Le premier est une pratique populaire qui remonte au XVIIe siècle, et qui est demeurée intacte. Dans toute la ville, on peut acheter des figurines sacrées faites de papier, de colle d’amidon, de plâtre, de paille et de fil de fer pour la structure interne, puis colorées. Il en existe de tous types et de toutes tailles (il est même possible de repartir avec un modèle grandeur nature du Christ). L’utilisation de la pierre de Lecce est encore plus ancienne . Les artisans d’aujourd’hui ont remplacé les sculpteurs d’autrefois. Néanmoins, les lampes, les boucles d’oreille et les divers objets que l’on trouve dans les ateliers du chef-lieu du Salento sont toujours exécutés avec art.
Le haut lieu régional de la fabrication de la dentelle employée pour les couvre-lits, rideaux ou draps est Locorotondo (où l’on produit également du fer forgé). On en trouve néanmoins aussi à Alberobello, dans la vallée d’Itria, Maglie, Galatina et Nardò dans le Salento, Triggiano et Capurso dans la province de Bari et Tiggiano dans celle de Lecce.
N’oublions pas le travail du jonc et des branches d’olivier pour la réalisation de paniers, de mannequins ou de véritables œuvres d’art, effectué surtout à San Severo, dans la province de Foggia, et à Cassano, Alberobello et Trani, dans la province de Bari.

Littérature

Les Pouilles ont inspiré de célèbres œuvres littéraires. Le Château d’Otrante (1764 ; José Corti, 1989) de l’écrivain anglais Horace Walpole (1717-1797) se déroule au XIIIe siècle dans la ville du Salento. Il est considéré comme le premier roman de genre gothique, et a suscité un grand nombre d’imitations (la description qui est faite d’Otrante n’est évidemment que pure fantaisie).
Parmi les auteurs français intéressés par les Pouilles, citons Laurent Gaudé qui a reçu en 2004 le prix Goncourt avec Le Soleil des Scorta (Actes Sud, 2004). Trois générations d’une famille peu recommandable transportent le lecteur à Montepuccio, village fictif du Gargano et l’y enchaînent jusqu’au point final d’une saga dépaysante et dangereuse.
Dans Io non ho paura (Je n’ai pas peur ; Livre de poche, 2004), l’écrivain à succès Niccolò Ammaniti, né à Rome en 1966, nous transporte dans un village perdu des Pouilles durant l’été 1978. La vie de son jeune héros, Michele, est bouleversée par la découverte d’un enfant retenu captif au fond d’un trou, qu’il va s’attacher à connaître. Ce récit a été adapté au cinéma par Gabriele Salvatores en 2003.
Parmi les auteurs du cru, le plus lu est sans doute Raffaele Nigro. Né à Melfi (Basilicate) en 1947, il vit aujourd’hui à Bari. Journaliste, scénariste, et spécialiste de la culture du Sud italien, son œuvre a été traduite en une dizaine de langues. Deux de ses romans sont accessibles en français. I fuochi del Basento (Les Feux du Basento ; Verdier, 1989) est un roman historique qui se situe dans les Pouilles, en Basilicate et en Calabre entre 1784 et 1861. Roman contant l’amour d’un frère et d’une sœur, La baronnessa dell’Olivento (La Baronne de l’Olivento ; Verdier, 1996), se déroule, quant à lui, entre 1440 et 1494, en Albanie et dans les trois régions du sud de la péninsule dont l’auteur s’est fait le chantre.
Autre romancier largement traduit, Giancarlo De Cataldo (Tarente, 1956), a publié de nombreux romans policiers. Le plus célèbre livre de cet écrivain par ailleurs magistrat, dramaturge et scénariste est Romanzo criminale (Métailié, 2006), adapté au cinéma par Michele Placido, sous le même titre. Il a connu une suite avec Nelle mani giuste (La Saison des massacres ; Métailié, 2008). Ont été traduits chez le même éditeur, La La forma della paura (Forme de la peur), I traditori (Les Traîtres).
Né en 1961, Gianrico Carofiglio (Bari) est un juge anti-mafia, aujourd’hui sénateur du Partito Democratico. Il s’est forgé avec sa série Guerrieri une renommée internationale en tant qu’auteur de “legal thriller”. Parmi ses nombreux romans traduits en français, citons Il silenzio dell’onda (En attendant la vague ; Le Seuil, 2013), Le perfezioni provvisorie (Le Silence pour preuve, Le Seuil, 2011), Ragionevoli dubbi (Les Raisons du doute ; Le Seuil, 2010), Il passato è una terra straniera (Le passé est une terre étrangère ; Rivages, 2009).
Dans la nouvelle génération, dont les œuvres n’ont pas encore été traduites en français, mentionnons Nicola Lagioia, né à Bari en 1973, qui a remporté le prestigieux prix Viareggio avec Riportando tutto a casa (Einaudi, 2009), un roman d’initiation et de corruption suivant les aventures de trois enfants à Bari dans les années 1980. Autre écrivain de Bari à suivre, Andrea Piva, qui a débuté avec Apocalisse da camera (Einaudi, 2006) : à travers la vie d’Ugo, un jeune-homme de bonne famille de Bari, le roman décrit une génération pervertie, peureuse, inconsciente et totalement dépourvue d’idéaux. Poète, romancier et journaliste prolifique, Mario Desiati s’inscrit dans un nouveau réalisme italien qui ne renonce pas à la fable, à la magie et au mystère. Il paese delle spose infelici (Mondadori, 2008), qui a reçu plusieurs prix et fait l’objet d’une adaptation cinématographique, est le plus connu de ses livres. Enfin, Antonella Lattanzi, née à Bari en 1979, a connu le succès avec sa première œuvre, le roman Devozione (Einaudi, 2010). Un livre bouleversant sur la drogue.

Cinéma

Les Pouilles ne se sont révélées comme terre de cinéma que sur le tard. Durant l’âge d’or du cinéma italien (1945-1975), peu de films marquants sont associés à la région, hormis l’Évangile selon saint Matthieu (1964) de Pier Paolo Pasolini, principalement tourné à Matera en Basilicate, mais aussi à Mottola ou à Massafra dans la province de Tarente. En 1968, le metteur en scène d’avant-garde Carmelo Bene signe un film baroque et délirant inspiré d’un de ses écrits, Notre-Dame-des-Turcs, dont il interprète à peu près tous les rôles ; l’un des fils conducteurs de cette œuvre expérimentale, fascinante à plus d’un titre, est le martyre de la population d’Otrante massacrée par les Turcs.
À partir des années 1990, le regain d’intérêt porté aux traditions locales a favorisé la création de productions tournées en dialecte dévoilant le quotidien et l’atmosphère typique du Sud. À cet égard, le meilleur ambassadeur des Pouilles pourrait être le réalisateur Edoardo Winspeare, dont les films sont une déclaration d’amour à sa région d’adoption, le Salento. Pizzicata (1996) est le récit d’une idylle qui se passe dans le Salento durant la Seconde Guerre mondiale ; Sangue vivo (2000) s’intéresse à la tradition de la pizzica (danse traditionnelle) à travers le différend qui oppose deux frères ; Il Miracolo (2003) raconte l’histoire d’un garçon de 12 ans que l’on croit doté de pouvoirs de guérisseur ; enfin Galantuomini (2008) narre les péripéties d’un groupe de jeunes des années 1970 à la fin des années 1990 ainsi que l’histoire d’amour d’un magistrat de Lecce avec une femme que la vie a conduite à devenir chef de la Sacra corona unita (organisation mafieuse des Pouilles). Les deux premiers films du réalisteur sont sortis dans l’Hexagone et existent en DVD en version française.
Originaire de la province de Bari, Sergio Rubini en est à son dixième long métrage avec L’uomo nero (2009). La plupart n’ont pas connu de sorties françaises. Ce réalisateur, qui décrit avec lucidité un provincialisme morne, est parvenu à faire de sa terre natale une sorte de lieu de la mémoire où les personnages dévoilent émotions, passions, ambitions, ressentiments et difficultés. Parmi ses films précédents, rappelons Le Chef de gare (1989), Tutto l’amore che c’è (2000), La terra (2005 ; tourné entre Mesagne et Francavilla Fontana, dans la province de Brindisi, et à Nardò, dans la province de Lecce) et L’amore ritorna (2004).
Trois villes des Pouilles ont servi de décor à des films qui ont connu un certain succès. À Lecce, Ferzan Ozpetek a tourné son dernier film, Le Premier qui l’a dit (2009) ; Bari a accueilli Il passato è una terra straniera (2008), un film de Daniele Vicari, tiré du roman éponyme de Gianrico Carofiglio ; et enfin, le tournage du film Les Acrobates (1997) de Silvio Soldini s’est déroulé à Tarente. Quant à la campagne, elle a inspiré La seconda notte di nozze (2005) de Pupi Avati et L’Été où j’ai grandi (2003) de Gabriele Salvatores, tourné aussi en partie dans la Basilicate.
Né en 1980, Pippo Mezzapesa a réalisé son premier long métrage, Il paese delle spose infelici, tiré du roman éponyme de Mario Desiati , en 2011. Le film est sorti en France en 2012 sous le titre Annalisa.
 Enfin, les Pouilles accueillent des tournages de films dont l’histoire est censée se dérouler ailleurs. Ainsi, Mon frère est fils unique (2007) de Daniele Luchetti, bien que situé dans une ville du Latium, a été tourné dans les rues de Foggia, de même le quartier de la Kalsa, à Palerme, que l’on voit dans Mon père va me tuer (Daniele Cipri ; 2012) n’est autre qu’un quartier populaire de Brindisi.

Mis à jour le : 30 mars 2014
Vizeat

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