Pouilles : Environnement

Talon et éperon de la botte italienne, les Pouilles s’enfoncent entre la mer Adriatique et la mer Ionienne. D’une superficie de 19 348 km², cette région située dans le sud-est de l’Italie compte 800 km de côtes, soit 10% de la totalité du littoral italien. La configuration de cette région du Mezzogiorno (le sud de l’Italie) présente des caractéristiques très variées. La queue de l’épine dorsale du pays – le massif accidenté des Apennins qui le traverse sur 1 350 km – y rencontre des forêts denses, de douces collines couvertes de champs de blé, des prés soignés et des plaines arides isolées s’étirant jusqu’à des criques de sable et des falaises escarpées.

Géographie

Des travaux d’assèchement et la mise en place de systèmes d’irrigation ont transformé les marais infestés par le paludisme de la côte ionienne en vignobles et en plantations d’oliviers et d’agrumes fertiles. Dans l’arrière-pays, des collines en pierre calcaire blanche forment le paysage lunaire aride des Murge (la facilité avec laquelle l’eau s’infiltre dans les terrains calcaires et la faiblesse des précipitations expliquent la pauvreté hydrographique en surface de la région). L’eau a creusé dans la roche calcaire des cavités et des grottes, dont certaines (comme les célèbres Sassi de Matera) ont été habitées dès la préhistoire. Le plateau de la Murgia  forme une région approximativement rectangulaire de 50 km de large sur 150 km de long au centre des Pouilles. Il offre par endroits un paysage rude et rocailleux, avec des oliviers et des amandiers s’accrochant difficilement au sol fin et argileux, alors que dans les collines pittoresques des Murge, il descend en pente douce, verdoyant et ondulé, jusqu’aux vignes et aux masserie de la vallée d’Itria.
Le relief des Pouilles est néanmoins principalement plat. Le point culminant, le Monte Cornacchia (1 161 m), fait partie de l’étroite bande des Monti Dauni, dans la chaîne des Apennins, à la frontière nord-occidentale avec la Campanie. Hormis le promontoire du Gargano, les provinces des Pouilles se succèdent avec une certaine continuité. Les plateaux du Salento sont intensément cultivés tout comme ceux du Tavoliere (grande étendue dorée de champs de blé formant un échiquier plat autour de Foggia), jadis composé de marécages où sévissait le paludisme. Éperon haut perché et boisé avançant son profil arrondi dans la mer Adriatique, le promontoire du Gargano réunit l’essentiel des forêts des Pouilles sur à peine 5% de toute la superficie de la région. Des falaises blanches calcaires, des plages de sable et de petits villages côtiers bordent un arrière-pays riche en pins d’Alep, en chênes et en hêtres. La totalité du promontoire est classée parc national (l’un des plus beaux du pays).
Beaucoup de stations balnéaires prisées d’Italie du Sud ont du mal à absorber l’impact des foules de vacanciers qui les prennent d’assaut l’été, si bien qu’elles ne tiennent pas toujours les promesses des images imprimées dans les brochures touristiques sur papier glacé. L’eau limpide et propre ourlant les plages des Pouilles n’en reste pas moins merveilleuse. La côte Adriatique ensoleillée et découpée est une succession de criques cachées, de longues plages de sable et de falaises escarpées, particulièrement saisissantes sur le promontoire du Gargano.
Les Pouilles bénéficient d’un climat méditerranéen, avec des hivers doux et humides et des étés chauds et secs.

Nature

Pratiquée dès l’Antiquité romaine, la déforestation à visée agricole et pour la production de bois a laissé des traces en Italie du Sud. Une nouvelle sensibilité envers la protection de l’environnement, des programmes de reboisement et une gestion appropriée du territoire ont néanmoins partiellement réparé les dommages causés au fil des siècles. Par ailleurs, l’intervention de l’homme n’a pas toujours des effets négatifs sur l’environnement. Par exemple, les salines de Margherita di Savoia accueillent chaque année jusqu’à 50 000 oiseaux migrateurs.

Faune

Proies pendant longtemps des chasseurs, les chats sauvages, les fouines, les cerfs, les renards et les sangliers, tout comme les chevreuils sont depuis quelques décennies des espèces protégées dans la région et ont vu leur nombre augmenter sensiblement. Le chevreuil vit notamment dans le Parco Nazionale del Gargano (parc national du Gargano), tandis que l’on trouve la lutra lutra, une espèce rare de loutre, dans les rivières Agri et Noce.
Les montagnes arrondies et boisées du promontoire du Gargano, bien arrosé par les pluies, comptent plus d’espèces d’animaux et d’oiseaux que tout le reste des Pouilles. Outre les espèces déjà mentionnées, le Gargano accueille 170 des 237 variétés d’oiseaux venant nidifier en Italie. Perchoirs verdoyants pratiques pour faire étape lors de leur longue migration de l’Europe à l’Afrique, les deux grands lacs du Parco Nazionale del Gargano (lac de Varano et lac de Lesina) et les salines de Margherita di Savoia attirent une profusion d’oiseaux dont des balbuzards pêcheurs, des airons, des flamants, des canards, des échassiers, des cormorans et des grues. C’est aussi de là que proviennent les derniers signalements du courlis à bec grêle (numenius tenuirostris), une espèce très rare, quasiment en voie d’extinction au niveau mondial. Enfin, le Parco Nazionale dell’Alta Murgia abrite la plus importante colonie italienne de faucons crécerellettes (falco naumanni), autre espèce menacée.

Flore

Des pins d’Alep séculaires couvrent la Foresta Umbra, forêt du Parco Nazionale del Gargano. On trouve couramment des chênes chevelus, des hêtres, des érables et des sapins à altitude élevée, tandis que des charmes, des chênes pubescents, des noyers et des frênes tapissent les versants. Au printemps, les amateurs d’orchidées affluent au Gargano et dans les Murge, qui rassemblent 70% des variétés d’orchidées d’Europe.
Les plaines côtières font la part belle au maquis méditerranéen avec des buissons de genièvre, de lavande, de myrte, d’arbousier et d’herbes aromatiques comme le thym, la menthe, la sauge et l’origan. Dans le sud des Pouilles, d’immenses figuiers de Barbarie (opuntia) aux feuilles charnues et des caroubiers viennent s’ajouter aux vignes et oliviers qui dominent le paysage du Mezzogiorno. Il n’est pas étonnant que les Pouilles produisent certaines des meilleures huiles d’Italie. Au cœur des Murge, les oliviers séculaires entre Ostuni et Lecce sont les plus anciens des 50 millions d’oliviers de la région.

Parcs nationaux

Les Pouilles possèdent deux parcs nationaux. Le Parco Nazionale del Gargano (voir encadré p. 92) présente une géographie particulière. Englobant tout le promontoire du Gargano et la réserve naturelle marine des Îles Tremiti, sa biodiversité reflète ses paysages variés : plages de sable, terrains bas marécageux, côtes rocheuses spectaculaires et un arrière-pays montagneux et boisé. Au cœur du promontoire, la Foresta Umbra correspond à ce qu’il reste de l’ancienne forêt qui couvrait jadis tout le Gargano. Ce parc national comprend aussi les zones humides fragiles de Frattarolo et de Daunia Risi ainsi que les lagunes de Lesina et de Varano.
Créé en 2004, le Parco Nazionale dell’Alta Murgia s’étend sur une étendue plus ou moins rectangulaire d’environ 68 000 ha dans les Murge, à l’ouest de Bari. Plus de la moitié de sa superficie se compose d’un sol dur rocailleux. Des champs cultivés et des forêts occupent le reste. Des dolines et des phénomènes karstiques superficiels (puli, aven) émaillent le paysage légèrement vallonné au sous-sol calcaire. Le parc présente un intérêt tant du point de vue naturel qu’architectural. On y trouve en effet des ouvrages typiques remarquables qui diffèrent selon leur destination : les poste, des constructions entourées de murets de pierre sèche pour protéger les troupeaux des intempéries ; les jazzi, des espaces dédiés à l’élevage souvent situés dans des emplacements inaccessibles exposés au sud et ponctués de rochers escarpés ; les masserie, des fermes d’où l’on organisait à partir du XVe siècle les travaux agricoles et, enfin, les tratturi, des sentiers herbeux empruntés par les bergers pour la transhumance des troupeaux. Pas moins de 12 itinéraires vous feront découvrir ce beau parc intéressant.
Les Pouilles comptent par ailleurs une dizaine de parcs régionaux et une vingtaine de réserves.

Réserves naturelles marines

Même si les longues plages de sable et les criques des Pouilles restent peu fréquentées, hormis en haute saison, il n’en demeure pas moins que leur popularité grandissante accroît les risques de défigurer ce magnifique patrimoine naturel. Pour faire face à ce danger, trois petites réserves naturelles marines ont pour l’instant été créées le long des 800 km de littoral de la région. Il reste certes beaucoup à faire, mais c’est un bon début.
Intégrée au Parco Nazionale del Gargano, la réserve naturelle marine des îles Tremiti  comprend un petit archipel situé à 22 km du promontoire du Gargano. Les trois îles principales s’avèrent très différentes les unes des autres. La plus grande, San Domino, est la mieux équipée en infrastructures touristiques, San Nicola est la seule à posséder une plage de sable et Capraia se résume à un affleurement rocheux.
La réserve naturelle marine de Torre Guaceto  couvre une superficie rectangulaire de 12 km² le long de la côte du Salento, au sud de Brindisi. Elle tire son nom de l’arabe gaw-sit (eau douce). La réserve comporte en effet des zones humides et des étangs d’eau saumâtre, ponctués ça et là de maquis méditerranéen et séparés du littoral essentiellement sablonneux par un cordon de dunes côtières parfois à peine dessiné, parfois plus étendu (comme sur la superbe plage de Punta Penna Grossa).
La plus petite des trois, la réserve naturelle marine de Porto Cesareo, jouxte la ville du même nom . La zone qu’elle protège est considérée comme l’une des plus belles de la côte occidentale du Salento. Ses eaux accueillent la mitra zonata, un mollusque gastéropode rare et protégé, apprécié par les collectionneurs de coquillages du monde entier. Également sur la côte ionienne, le Parco Naturale Regionale di Portoselvaggio  date de 1980. Cette réserve de 516 ha se compose de forêts touffues de pins d’Alep plantés dans les années 1950, d’eucalyptus et de maquis méditerranéen et, sur le littoral, de hautes falaises panoramiques percées de grottes marines.

Protection de l’environnement

La prédisposition de l’Italie du Sud aux catastrophes naturelles comme les tremblements de terre et les éboulements n’est pas le seul motif d’inquiétude dans le domaine de l’environnement. Depuis de nombreuses années, la centrale thermoélectrique Federico II de l’ENEL à Cerano (Brindisi), considérée en 2006 par le WWF comme le 9e plus gros producteur européen de gaz carbonique et comme la centrale la plus polluante d’Italie, se trouve au cœur des débats. Dans les faits, les Pouilles détiennent le privilège ambigu de posséder non seulement certaines des installations émettant le plus de CO² en Italie, mais aussi le complexe sidérurgique ILVA de Tarente, dont les émissions de dioxines suscitent depuis de nombreuses années et encore récemment (voir p. 232) de vives inquiétudes. Mais le tableau n’est pas partout aussi sombre. Signataire du protocole de Kyoto (ratifié en 1997 et entré en vigueur en 2005), l’Italie s’est engagée à réduire ses émissions polluantes au minimum de 5% par rapport aux niveaux de 1990 sur la période 2008-2012. À l’occasion du G8 de 2009, l’Italie (en commun accord avec d’autres pays membres) a confirmé son objectif de parvenir d’ici à 2050 à une réduction d’au moins 50% des émissions globales et de 80% des gaz à effet de serre.
Depuis plusieurs années, la région, les provinces et les communes d’un côté (dans le but de protéger la santé des citoyens et l’environnement) et l’ENEL de l’autre (dans le but de pouvoir continuer son activité) tentent de parvenir à un accord portant sur la réduction des émissions de la centrale thermoélectrique près de Brindisi. À l’heure où nous écrivons ces lignes, de nombreuses manifestations de la population pour réclamer une réduction immédiate de 30% de l’utilisation de gaz carbonique à la centrale n’avaient débouché sur aucun accord.
Les Pouilles produisent plus d’électricité qu’elles n’en consomment, aussi l’installation de soixante éoliennes sur les collines autour de la petite ville d’Alberona, dans la province de Foggia à la fin des années 1990, a suscité des réactions mitigées. Si elles dénaturent quelque peu le paysage, elles constituent néanmoins une source efficace d’énergie propre. Quoi qu’il en soit, le gouvernement ne prévoit pas pour l’instant la construction d’autres parcs d’éoliennes tant que la région des Pouilles n’aura pas présenté un programme énergétique plus détaillé.
Sur la côte, si l’Italie du Sud est parvenue à éviter la dégradation environnementale, la pollution et le bétonnage – fléaux des plages du nord du pays – la prise de conscience en matière d’environnement s’impose avec toujours plus d’urgence. Les spectaculaires grottes marines du promontoire du Gargano figurent parmi les principales curiosités de la région, mais les trop nombreuses embarcations endommagent petit à petit les cavités calcaires fragiles. Chaque été, l’entrée dans les grottes de quantité de bateaux pollue l’atmosphère et génère des vagues qui créent de l’érosion. Un débat est donc ouvert sur la nécessité d’appliquer de nouvelles restrictions de vitesse et de réglementer les visites. Jusqu’ici, l’eau du littoral d’Italie du Sud demeure relativement propre, mais avec la forte augmentation de la fréquentation touristique, la pollution de l’environnement et l’urbanisation à outrance deviennent des menaces sérieuses.

Mis à jour le : 8 avril 2014

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