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Idées de voyage

Visiter des lieux méconnus offre-t-il une meilleure expérience de voyage ?

Texte par

Daniel Fahey (traduit de l'anglais par Charlotte Connan de Vries)

Mis à jour le : 3 août 2020

Carte

Le COVID-19 a forcé le tourisme de masse à faire une pause, donnant au secteur du voyage une occasion de réfléchir, de se remettre en question et se réorganiser. Les voyageurs doivent-ils changer aussi ? S’éloigner des destinations incontournables peut-il rendre un voyage plus enrichissant ? Cet auteur pense que oui.
 
Quand la pandémie sera terminée (oui, c’est un « quand » plein d’espoir, avec les doigts croisés, pitié pourvu que ça arrive) et que nous ressortirons de chez nous, éblouis par l’extérieur, avec nos sacs à dos remplis à la va-vite, qu’irez-vous visiter en premier ?
Vous admirez peut-être des photos de cerisiers en fleurs au Japon ? Ou bien vous repérez des bars trop cools pour être vrais dans un guide de New York ? Vous vous réveillez en pleine nuit, en sueur, après un énième rêve enfiévré de Cinque Terre ?
 
Pas moi. Je n’aurai pas de liste jaunie et racornie à sortir de ma poche, pas de restaurants réputés à réserver. Au contraire, j’irai visiter des destinations moins connues où l’on me demandera : « Qu’est-ce que vous faites ici ? ». Voilà pourquoi.
 

Cela crée des interactions plus authentiques

Scouitch scouitch scouitch. Les essuie-glaces s’efforçaient de repousser le déluge qui s’abattait tandis que nous avancions à tâtons sur les contreforts du massif colombien. « Cette route, lança notre chauffeur par-dessus la pluie qui s’écrasait sur le capot, cette route s’écroule parfois, quand il fait ce temps-là ».
 
Ma compagne et moi n’étions pas censés finir sous cette tempête, et encore moins dans cette voiture. Nous attendions un bus en bas de la route de San Agustín depuis six heures. Mais alors qu’un formidable orage passait dans les montagnes, le dernier bus de la journée nous a filé sous le nez, le chauffeur faisant « non » de la tête.
 
Heureusement, Miguel, qui suivait le bus, a compris que nous étions coincés et s’est arrêté pour nous proposer de nous emmener. Si nous avions été coincés devant le Forum romain ou le Temple d’Apollon, ou d’autres ruines antiques où l’on compte plus de touristes que d’habitants, quelqu’un se serait-il arrêté ? J’en doute. Mais dans les destinations moins visitées, il semble que l’on ait plus d’interactions sincères comme celle-là.
 
Nous avons raconté à Miguel notre visite des sculptures néolithiques aux drôles d’expressions du Parc archéologique de San Agustín et il nous a conseillé de nous rendre à Popayán pour voir où le poète Guillermo Valencia avait vécu. Il serait même ravi de nous y conduire. Nous avons joyeusement accepté et payé un café à Miguel pour le remercier, sur l’étincelante Parque Caldas, la place animée du marché de Popayán, datant du XVIè siècle. 

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Pour beaucoup de voyageurs, manger dans un restaurant authentique est une expérience essentielle

Vous pouvez manger comme les habitants

Nous étions arrivés un peu avant l’heure de pointe du midi à Issoudun, si l’on peut appeler la demi-douzaine d’employés ayant passé la porte de la Brasserie de la Paix une heure de pointe. Trois personnes faisant la queue auraient constitué un assaut dans cette petite ville méconnue de la Vallée de la Loire, dont l’attraction la plus notable est une tour blanche de 27 mètres de haut, construite pour Richard Cœur de Lion en 1195.
 
C’était le but de notre visite : nous avions pris les petites routes entre Châteauroux et Bourges, et étions passés devant des champs d’orge et de petits bois verts, à la recherche d’un endroit simple où manger, de préférence un bistrot proposant un plat du jour.
 
Un sondage de 2016 révélait que la génération Y considère l’authenticité comme le facteur le plus important en voyage, et on trouve difficilement de restaurants plus authentiques que ceux qui servent un menu à prix fixe aux habitants locaux. Mais dans les lieux plus fréquentés, en particulier près des grandes attractions touristiques, cet aspect passe à la trappe au profit de la rentabilité.
 
Rien de bien sorcier à la Brasserie de la Paix. Elle compense largement son manque d’agitation métropolitaine grâce à ses asperges blanchies avec leur sauce mousseline et son filet mignon tendre cuit dans la moutarde de Dijon. La bouteille de Muscadet sec, mis en bouteille à quelques minutes de tracteur de là, avait le goût d’un secret bien gardé et uniquement révélé aux alentours. 

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Les listes de choses à faire sont subjectives, mais le budget et l’espace le sont moins

C’est moins cher, et il y a beaucoup moins de monde

C’est la photo qui va enflammer vos réseaux sociaux : seul, debout devant une immense statue blanche de Jésus, sur fond de ciel bleu immaculé, ses bras drapés écartés devant un tapis de toits blanchis par le soleil et une ville animée. Le cadre est parfait, mais comment avez-vous eu l’attraction touristique la plus célèbre de Rio de Janeiro rien que pour vous ?
 
En vérité, ce n’est pas Rio. Ce n’est pas le Christ rédempteur, la statue art déco perchée sur le Pain de sucre, mais son homologue bolivien : plus grand bien qu’un peu moins élégant, le Cristo de la Concordia se dresse sur la montagne de San Pedro à Cochabamba. Tous deux sont d’immenses interprétations de la même figure, mais la visite du second est gratuite. Les voyageurs peuvent aussi monter dans la statue elle-même et ils ont de grandes chances d’être les seuls sur place.
 
En préférant aux attractions classiques leurs doublures moins connues, vous serez non seulement plus tranquilles, mais vous réduirez également votre budget. Par exemple, aller voir la Joconde au Louvre vous coûtera 15 € pour l’entrée, mais aller voir celle du Prado, peinte dans l’atelier de Léonard de Vinci exactement en même temps, coûte moitié moins cher (et l’entrée est gratuite le soir).
 
La question à se poser est : « pourquoi je visite ? » Si vous voulez voir un amphithéâtre romain remarquablement préservé, oubliez le Colisée de Rome et optez pour Pula et son arène de gladiateurs du 1er siècle, en Croatie. Si vous préférez plonger dans des eaux d’un bleu pur, partez en Albanie plutôt qu’en Islande. Les listes de choses à faire sont entièrement subjectives, mais le budget et l’espace le sont moins.

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Les destinations méconnues offrent de nouvelles perspectives et des photos plus originales, comme ici le méandre de la Semois à Bouillon, en Belgique

Cela permet de prendre des photos plus originales

On a vite fait de tomber dans la spirale d’Instagram pour s’inspirer, de faire défiler hameaux médiévaux en France et sérénité des villages blancs, énièmes pueblos blancos espagnols, particulièrement car nos deux pays organisent des concours de beauté pour leurs villages chaque année. Mais qu’est-ce qui nous fait frissonner, quand on se débat contre un car de touristes pour prendre la millionième photo des maisons à colombages colorées de Riquewihr ?
 
Les destinations moins connues offrent de nouvelles perspectives aux voyageurs, mais aussi l’occasion de prendre des photos uniques. Avec le bon cadrage, le méandre de la Semois à Bouillon, en Belgique, se contorsionne avec autant de grâce que le fameux premier méandre du fleuve Yang-Tsé à Lijiang, en Chine.
 
Hochburg-Ach, en Haute-Autriche, est une autre destination insoupçonnée située au bord de l’eau. C’est une ville tranquille et anonyme que vous ne traverserez qu’en vous dirigeant vers le village au nom le plus grossier d’Europe (pour les anglophones), à savoir Fucking. Mais à la tombée de la nuit, elle révèle ses secrets : une vue surprenante sur le château allemand de Burghausen, datant du XIIè siècle, baigné d’une lumière dorée au-dessus l’eau turquoise de la rivière Salzach.

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En vous éloignant des foules, vous pourriez tomber sur « la prochaine tendance »

Vous pourrez vous attribuer le mérite d’avoir découvert la nouvelle tendance

L’horloge avançait vers l’heure où le soleil se lève, ce n’était pas une heure à être debout. Mais à Groningue, une ville posée près de la mer du Nord aux Pays-Bas et livrée à elle-même, le DJ russe de la boîte où je me trouvais frappait sur un Kaoss Pad qui émettait une série de bips sur un fond techno métronomique.
 
Pour faire la fête, Groningue (voir photo ci-dessus) ne vaut pas Berlin ou Amsterdam, mais cette ville étudiante a un petit quelque chose : la jeunesse de son rythme, la multitude de ses bars, la cohabitation joyeuse d’un futurisme architectural collé contre les maisons à étages au bord des canaux et les étrangetés de l’École d’Amsterdam, assez de terrasses de café pour faire rougir Paris.
 
La ville est piétonne, pensée pour ses habitants et incroyablement progressiste – il semble aussi que très peu de touristes s’y rendent. Mais après l’avoir visitée plusieurs fois, on remarque qu’il y a du changement, et j’encourage donc mes amis à y aller depuis des années.
 
J’ai récemment fait l’inauguration du Forum Groningen, ce que la ville appelle une « galerie culturelle ». Cet espace permet aux habitants de se retrouver sans obligation de consommer ; un concept que l’on pourrait observer ailleurs dans le monde, si la pandémie achève nos rues commerciales. Mais c’est ici que vous en aurez entendu parler pour la première fois, car on découvre plus de choses dans les destinations méconnues.



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