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L’impact négatif d’Instagram sur les voyages

Texte par

Rosie Bell (traduit de l'anglais par Virginie Lochou)

Mis à jour le : 12 février 2020

Carte

Difficile de se souvenir de l’époque où « Insta » n’existait pas… En tant que rédactrice voyage à temps plein, je suis régulièrement confrontée à l’omniprésence d’Instagram, par exemple quand je contacte un hôtel ou quand on me demande si je suis influenceuse Instagram (je ne le suis pas). « Comment peux-tu être rédactrice voyage, dans ce cas ? » est souvent la question suivante. Instagram s’est infiltré au cœur du voyage, en affectant la façon dont on interagit avec des lieux, dont on choisit une destination et dont on compose des récits de voyage. Au cours des dix dernières années, l’application nous a aidés à peaufiner nos rêves d’ailleurs, mais les a-t-elle également détruits ?

Les mauvais comportements des influenceurs

Instagram, qui compte plus d’un milliard d’utilisateurs mensuels, est devenu un marché très concurrentiel pour les influenceurs (existants ou aspirants). Cette saturation en incite donc certains à repousser les limites de l’étrange, et du danger, pour attirer l’attention de leurs followers et obtenir un post viral. Pour prendre des photos mortelles (parfois au sens littéral du terme), les casse-cous font les funambules au bord de précipices, pénètrent dans des lieux sans autorisation, se perchent sur des toits, s’embrassent en se tenant d’une main à la poignée d’un train en marche, s’amusent sur des voies ferrées ou prennent des selfies au bord de volcans. On a ainsi compté plus de 250 décès dus à la prise de selfies entre 2011 et 2017.
Le mauvais comportement de certains influenceurs ne s’arrête pas là : certains ont eu des relations sexuelles aux pyramides de Gizeh, ont pris des photos avec des enfants pauvres en mentionnant leur séropositivité, ont mis en scène des selfies ludiques à Auschwitz, ont dégusté la viande d’espèces en danger ou sont partis en « begpacking » anti-capitaliste en prétextant recourir au financement participatif...

Une réalité arrangée

Sur Instagram, les safaris dans le désert, la spéléologie et la plongée en haute mer sont des activités que l’on effectue en robe de soirée. Des prises de vue arrangées, comme de vastes quantités de nourriture présentées dans des paniers flottants, permettent de faire des photos à la composition esthétique, mais elles ne représentent pas la majorité des voyages et elles incitent au gâchis de nourriture.
De nombreux visiteurs venus admirer le temple de Pura Lempuyang, à Bali (#portesduparadis), ont été fortement déçus de voir que le « lac » vu dans plusieurs photos d’influenceurs était, en réalité, une illusion d’optique créée en plaçant un miroir sous un iPhone.
En tant que rédactrice voyage qui vit de sa profession, je ne suis peut-être pas la mieux placée pour critiquer mes consœurs et confrères. Néanmoins, les récits de voyage qui s’appuient sur Instagram ont tendance à exagérer la réalité : retouches poussées au maximum, couleurs plus éclatantes, autres touristes effacés et même ajout d’oiseaux. Il n’existe pas encore de guide de bonne conduite pour les influenceurs Instagram, et les images publiées peuvent ne pas être des représentations factuelles : il faut donc se méfier de ce que l’on voit.

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Parfois, faire une photo « pour Insta » a des conséquences désastreuses pour les destinations montrées

La surfréquentation

En tant qu’outil planificateur de voyage, Instagram est une appli merveilleuse. Grâce au géotagging, les sites inspirants peuvent être identifiés et enregistrés dans des dossiers, comme un classeur regroupant des brochures touristiques. Des études indiquent que certains voyageurs tiennent compte d’Instagram pour choisir des destinations en fonction du nombre potentiel de J’aime. Des sites tels que la Cappadoce, le Horseshoe Bend, au Colorado, et le Trolltunga, en Norvège, sont ainsi devenus des stars.
Pourtant, la surfréquentation pose des problèmes indéniables et certains lieux connaissent une insta-célébrité intenable pouvant mener à une fermeture définitive, comme la ferme des tournesols en Ontario, au Canada.
L’île de Santorin a posé une limite au nombre de visiteurs quotidiens, et celle de Bocaray, aux Philippines, a dû fermer pour six mois le temps de remédier aux ravages du tourisme de masse. Pour gérer les dégradations environnementales, Jackson Hole, dans le Wyoming, a demandé aux visiteurs de ne pas géolocaliser leurs photos.

Des expériences faites pour Instagram

La création d’« usines à selfies » est un autre effet négatif d’Instagram sur l’industrie du voyage. Les musées du monde entier subissent aujourd’hui la concurrence de musées Instagram, conçus tout spécialement pour des publications sur les réseaux sociaux : les Museum of Ice Cream (musée de la Glace) et Color Factory (usine des couleurs) possèdent désormais des antennes dans plusieurs villes des États-Unis. Si les musées traditionnels interdisent les photos depuis toujours, ces nouveaux lieux colorés et interactifs, eux, les encouragent. Les cafés et les restaurants, nullement en reste, s’attachent désormais à créer des cartes et des décors dignes d’Instagram.

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La recherche de "J’aime" peut inciter certaines personnes à prendre de mauvaises décisions

De nouveaux emplois

Pour nourrir cette Insta-obsession, de nouveaux emplois ont été créés, tel le rôle d’Instagrameur en chef de la compagnie Royal Caribbean. Il existe aussi un Majordome Instagram au luxueux hôtel Conrad Maldives Rangali Island, et la chaîne Ibis a testé un service d’« Instagram Sitters », chargés de gérer les réseaux sociaux des clients durant leur séjour afin que ces derniers puissent réellement en profiter.

L’hyperdocumentation

Selon les termes usuels sur Internet, « Pics or it didn’t happen » : une preuve par l’image est demandée. Le besoin de documenter les expériences vécues entraîne une analyse permanente de son environnement, en quête de moments #instafrime. Nous voulons voir le monde, mais nous le faisons de plus en plus avec des filtres et des stories. Certaines entreprises encouragent activement cette tendance à l’auto-expression, mais d’autres essaient de nous sauver de nous-mêmes. Les hôtels Wyndham Grand récompensent les clients prêts à abandonner leur portable durant leur séjour avec des plats gratuits et des spots de premier choix au bord de leur piscine. Leur mot d’ordre : se déconnecter pour mieux se reconnecter.
Il est possible de voir l’application Instagram pour ce qu’elle est : une simple série de photos au format carré. Pourtant, il ne fait aucun doute que ces carrés façonnent la façon dont nous voyons le monde.



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