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Voyage responsable

Le transport aérien sera-t-il un jour écologique ?

Texte par

Emma Sparks (traduit de l'anglais par Virginie Lochou)

Mis à jour le : 14 octobre 2020

Carte

À une époque où règnent le « flygskam » (la honte de prendre l’avion) et l’éco-anxiété, et où l’activisme pour le climat prend de plus en plus d’ampleur, nul ne peut ignorer que le transport aérien nuit à l’environnement. La campagne internationale Flight Free fait beaucoup pour la visibilité de ce désastre écologique, mais le secteur aérien n’est pas prêt de disparaître ; il est même en pleine croissance. Pourtant, avec un nombre de passagers mondiaux qui devrait doubler d’ici 2037, quelque chose doit changer, et vite. Les Amis de la Terre avancent que le « transport aérien écologique n’existe pas », mais pourrait-il le devenir ? Voici comment les compagnies aériennes tentent d’agir pour l’environnement, et ce que cela signifie pour le futur du secteur.

Compensation carbone

Le concept de compensation carbone n’est pas nouveau, mais les compagnies aériennes s’y attachent de plus en plus. Le secteur entier s’est même engagé à atteindre une « croissance neutre en carbone » après 2020. La participation au CORSIA, un programme d’atténuation des émissions de l’industrie aérienne mondiale, se fait sur la base du volontariat, mais à partir de 2027, les compagnies aériennes devront payer pour compenser les émissions de CO2 supérieures au niveau enregistré en 2020. Air France, British Airways et JetBlue commenceront à compenser l’empreinte carbone de leurs vols intérieurs cette année, et easyJet opère déjà des vols « zéro carbone ».
Les critiques du programme CORSIA le qualifient de « permis de polluer », car il est difficile de parvenir à une compensation carbone réelle. L’altitude, l’âge de l’appareil, les sièges vides et même l’heure du vol affectent les émissions carbone d’un trajet en avion, mais les calculateurs d’émissions ne tiennent pas toujours compte de ces facteurs, et la compensation effectuée peut ne représenter qu’une partie des émissions réelles. En outre, le succès des projets financés par la compensation carbone est souvent surestimé et il est difficile de démontrer leur « utilité », surtout au vu d’un rapport de l’UE expliquant que 98 % des programmes de compensation soutiennent des projets qui auraient tout de même été réalisés.
Justin Francis, PDG de Responsible Travel, a expliqué à Victoria Derbyshire, de la BBC, durant un débat télévisé : « Tout ce qui a l’air trop beau pour être vrai l’est souvent. Quand nous émettons du carbone dans l’atmosphère, il y reste pendant des dizaines, des centaines et parfois même des milliers d’années. On ne peut pas le faire disparaître avec des programmes de compensation. On ignore ainsi le vrai besoin, celui de réduire la quantité de carbone que nous émettons au départ. »

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Les ingénieurs en aéronautique développent des avions hybrides et électriques

Avions électriques

Moins chers, moins bruyants et moins polluants : les avions électriques pourraient transformer notre façon de voyager et réduire considérablement l’empreinte carbone du secteur aérien. Les ingénieurs en aéronautique s’attachent donc à créer les avions du futur. EasyJet aimerait faire voler des avions électriques sur tous les trajets de moins de 500 km d’ici 2030, et la Norvège souhaite que tous les vols courts soient effectués avec des avions de ce type d’ici 2040.
Pourtant, les longs courriers sur des jumbo-jets rechargeables sont encore loin d’être possibles, car les batteries sont trop lourdes. Par kilo, la meilleure batterie au lithium du marché contient environ 30 fois moins d’énergie que le kérosène, ce qui signifie qu’il faut en embarquer un très grand nombre. En outre, les avions classiques s’allègent en consommant leurs réserves de carburant (diminuant ainsi la quantité d’énergie nécessaire au fil d’un vol), mais le poids des batteries demeure le même. Le nombre de sièges disponibles et la portée des avions électriques resteront donc limités jusqu’à ce que ce problème de densité énergétique soit résolu. Les moyens et les longs courriers parcourant plus de 1 500 km étant responsables de 80 % des émissions carbone du secteur aérien, l’aviation électrique est encore loin de permettre des vols intercontinentaux « propres ».
En revanche, les avions hybrides, qui réduisent les émissions de carbone en alliant combustibles fossiles et moteurs électriques, pourraient devenir la norme. Airbus, qui commencera à tester son E-Fan X en 2021, espère pouvoir faire voler des avions hybrides de 100 passagers d’ici les années 2030.*

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L’utilisation de carburants durables permet de noter une réduction notable des émissions de CO2

Carburants durables

Les carburants durables d’aviation (SAF en anglais, pour "sustainable aviation fuel") sont peut-être la méthode la plus prometteuse dans l’immédiat pour réduire les émissions de carbone. Ils sont faits à base de cultures, d’huiles végétales, de copeaux de bois ou de déchets ménagers. Les méthodes de fabrication varient et certains SAF sont plus écologiques que d’autres.
Composés de matériaux qui ont déjà absorbé les gaz à effet de serre de l’atmosphère, les SAF remplacent les combustibles fossiles. Leur consommation en vol produit des émissions similaires à celles du kérosène, mais les émissions de CO2 sont réduites d’environ 80 %.
Comme l’a expliqué Darran Messem, consultant en développement durable, à Lonely Planet, « L’avantage principal des SAF, c’est qu’il s’agit de combustibles plus durables, de grande qualité, qui peuvent être utilisés dans les avions d’aujourd’hui. Il n’y a pas besoin de concevoir de nouveaux moteurs ou de nouveaux avions. Il s’agit là de la façon la plus pratique pour réduire considérablement les émissions de l’aviation qui contribuent au réchauffement climatique. »
En dépit de ces avantages, seul 1 % des 371 milliards de litres de kérosène qui devraient être utilisés dans le monde entier en 2020 sera des SAF. Les SAF étant actuellement bien plus coûteux que le kérosène standard et disponibles en plus faibles quantités, moins d’aéroports en proposent une distribution régulière. Mais ce ne sera pas toujours le cas, d’après Darran Messem.
« La réduction des émissions doit être récompensée avec un tarif carbone, qui favorisera la production de SAF et la réduction de leur coût. Au cours des 10 prochaines années, nous devrions atteindre une parité des coûts entre les carburants durables et les combustibles fossiles, le tout dans des quantités commerciales. Les aéroports et les compagnies aériennes seront ainsi incités à passer aux SAF. »

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Les plastiques utilisés en cabine génèrent des millions de tonnes de déchets

Vols zéro déchet

L’Association internationale du transport aérien (IATA) explique que les produits utilisés par les passagers ont généré plus de 6,7 millions de tonnes de déchets en 2018, principalement du plastique. Entre les emballages des couvertures, les brosses à dents jetables, les couverts à usage unique et les tasses non compostables, la quantité de plastique est considérable.
Pourtant, la révolution est en marche : le premier vol sans plastique à usage unique du monde a décollé en 2018, on ne trouve aucun plastique de ce type sur les vols opérés par HiFly et Ryanair s’est engagée à devenir une compagnie sans plastique d’ici 2023. D’autres compagnies, comme Etihad, Qantas et Air New Zealand, ont également mis en place des programmes pour réduire notablement la quantité de leurs déchets.
Les aéroports, quant à eux, investissent dans des usines de traitement des déchets qui leur permettent de transformer, sur place, les déchets alimentaires et les emballages en énergie. L’émirat de Dubaï a interdit tous les plastiques à usage unique des cafés et des restaurants de ses aéroports début 2020, la moitié des aéroports en Inde ont été déclarés comme des zones sans plastique à usage unique en 2019, et l’aéroport de San Francisco vise à devenir le premier aéroport zéro déchet d’ici 2021.

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Les vols directs sont généralement moins nocifs pour l’environnement

Vols directs et sans escales

Si vous devez absolument prendre l’avion, un vol direct est généralement moins mauvais pour l’environnement. Les décollages et les atterrissages consommant beaucoup de kérosène, les vols à une ou plusieurs escales ont un impact encore plus négatif.
À l’aube des très longs courriers, tels le Londres-Perth de Qantas et le très attendu « Project Sunrise » de la compagnie, qui reliera Sydney à New York, à Londres et à Paris (dès 2023), sera-t-il bientôt possible de partir à l’autre bout du monde avec une empreinte carbone moindre ?
Hélas, non. Les très longs courriers exigent davantage de kérosène, ce qui les alourdit, et ce qui les fait consommer davantage de carburant. En outre, ces vols s’adressent surtout aux voyageurs premium. Le vol Singapore Airlines qui relie Singapour à Newark en 19 heures, par exemple, ne comporte que des sièges Business et Premium Economy, soit environ 90 sièges en moins que les A350-900 standard. Il s’agit là d’une mauvaise nouvelle pour la planète.

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Certains gouvernements ajoutent une écotaxe au coût des billets d’avion

Écotaxe

Sur le papier, l’ajout d’une écotaxe au coût d’un billet d’avion permettrait de réduire la demande de vols et de recueillir des fonds pour l’amélioration de transports alternatifs plus écologiques, comme le train et le vélo. La Suède a ainsi ajouté une écotaxe allant de 6 à 39 € en 2018, la France a lancé sa propre écotaxe en 2020, et l’Allemagne, la Suisse et les Pays-Bas devraient en faire de même rapidement.
Néanmoins, de nombreuses critiques s’élèvent de chaque côté contre ce sujet fâcheux : les compagnies aériennes clament qu’elles veulent faire partie de la solution, et non être punies avec des taxes, tandis que les groupes environnementaux demandent des taxes plus élevées, en arguant que seuls des billets d’avion reflétant le coût environnemental réel de chaque trajet inciteront les compagnies aériennes à innover pour réduire leurs émissions plus rapidement.

 

Ce que vous pouvez faire à votre niveau

  • Évitez les vols superflus et empruntez, si possible, d’autres modes de transport. Si vous décidez de compenser votre empreinte carbone, choisissez un programme accrédité, comme Climate Care, Terrapass ou Atmosfair.
  • Choisissez des compagnies aériennes aux flottes modernes qui consomment moins de carburant. Skyscanner propose un moteur de recherche écologique qui met en avant les vols aux émissions plus faibles.
  • Apportez vos propres ustensiles et accessoires réutilisables pour le vol, comme une bouteille d’eau, un thermos, des couverts en bambou et un casque audio. 
  • Évitez les très longs courriers et les vols courts, et choisissez toujours la classe éco. Certes, il est bien plus agréable de voyager en Business ou en First, mais le luxe un prix : l’empreinte carbone de ces sièges plus vastes et plus confortables peut être six fois plus élevée que celle des sièges en classe éco.
  • Contactez votre député local pour l’inciter à favoriser les modes de transport moins polluants et plus écologiques, et votez pour des candidats qui s’intéressent réellement à l’environnement.
     



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