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Idées de voyage

Île de Gorée : l’excursion parfaite depuis Dakar

Texte par

Regis St. Louis (traduit de l'anglais par Vincent Guilluy)

Mis à jour le : 6 novembre 2018

Carte

Dakar, une des villes les plus dynamiques d’Afrique de l’Ouest, offre un mélange éblouissant de plages baignées de soleil, de marchés colorés et de night-clubs d’où les fêtards élégamment vêtus, ayant dansé toute la nuit au son du mbalax, émergent au petit matin tandis que résonne le premier appel à la prière dans ce décor couvert de palmiers. La capitale sénégalaise est aussi le point de départ vers l’île de Gorée, île tropicale paisible à 3 km seulement des gratte-ciel du centre-ville.

Avec ses rues sableuses sans voitures, ses bâtiments coloniaux couverts de bougainvillées, Gorée et ses 28 ha offrent un contraste spectaculaire à l’agitation urbaine de Dakar, et en font une excursion d’un jour idéale. Les couleurs pastel des maisons de l’île, la plage scintillante et la jolie vue sont indéniablement attirantes. Mais sous cet air tranquille, on trouve un passé déchirant bâti sur le commerce d’esclaves et l’île est un mémorial aux innombrables victimes qui y sont passées durant la période la plus tragique de l’histoire africaine. 

Histoire de l’Île de Gorée

À cause de son emplacement stratégique, l’île convoitée par les premiers colons européens a changé de nombreuses fois de mains au cours des siècles. En 1444, le navigateur portugais Dinís Dias a repéré l’île, la baptisant “Palma”. Quelques années plus tard, les Portugais y édifiaient un comptoir commercial, une église et un cimetière. Les Hollandais arrivés au début du XVIIe siècle délogèrent les Portugais, qui continuèrent à la revendiquer, puis à leur suite les Anglais et les Français, ces derniers finissant par en prendre le contrôle à la fin du XVIIIe siècle.
Pourquoi tant de luttes pour une île si petite qui manquait d’une source d’eau douce suffisante ? Gorée attirait la convoitise des Européens parce qu’ils cherchaient à contrôler le trafic d’esclaves. Bien que le nombre de prisonniers humains passés par l’île fasse l’objet d’un débat, l’île de Gorée est restée intimement liée à l’esclavage, de 1536 à 1848, lorsque les français abolirent cette pratique.
Après la fondation de Dakar en 1857, l’île de Gorée a commencé à perdre en importance, et sa population à décliner. Elle est restée à végéter durant un siècle, même si on y ouvrit en 1913 un collège de formation des enseignants. Beaucoup de ses diplômés allaient par la suite mener le mouvement pour l’indépendance du Sénégal, obtenue en 1960. En 1944, le gouvernement colonial français déclara l’île site historique, y interdisant toute nouvelle construction. Toute l’île fut ensuite inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco en 1978.

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L’entrée de la Maison des Esclaves, avec au fond la porte du “voyage sans retour”

La Maison des Esclaves

Avant l’abolition de l’esclavage, les lieux où l’on entassait les captifs africains avant de les envoyer vers le Nouveau Monde se comptaient par dizaines. La Maison des Esclaves est un exemple tragique de cette souffrance qui dura plus de trois siècles. Datant des années 1780, ce bâtiment est le plus ancien de l’île, et de loin le plus émouvant. La maison à deux niveaux présente un double escalier incurvé qui mène à l’étage supérieur, où résidait les propriétaires. Les fers, les mousquets et autres objets présentés évoquent les horreurs du passé. Au niveau inférieur, des pièces mal éclairées servaient de cellules. La porte du “voyage sans retour” reliait cette partie, semblable à des oubliettes, à la mer. C’était le dernier point d’embarquement de ces hommes, femmes et enfants innocents qu’on arrachait pour toujours à leur terre natale. Si les universitaires sont divisés sur le fait que les captifs passaient réellement par cette porte, son symbolisme est prenant, et il a impressionné de nombreux visiteurs de l’île, et parmi eux Nelson Mandela, ému aux larmes lorsqu’il s’y rendit en 1991. Parmi les autres visiteurs célèbre de l’île, citons Barack Obama, George W Bush, Bill Clinton, ainsi que le pape Jean-Paul II, qui demanda pardon au nom des missionnaires catholiques impliqués dans le trafic d’esclaves.

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Construit vers 1850 pour défendre le port de l’île, le fort d’Estrées abrite maintenant le musée historique de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN)

Le musée historique de l’IFAN

Sur la côte nord de l’île, le fort d’Estrées est une imposante citadelle bâtie vers 1850 pour défendre le port. La forteresse n’a jamais vu de bataille, mais a servi de prison civile jusqu’à 1976. Aujourd’hui, ses murs épais abritent un petit musée historique. Il couvre une vaste période, du paléolithique au combat pour l’indépendance au XXe siècle. Les présentations les plus évocatrices concernent le rôle de l’île dans le commerce d’esclaves. À l’extérieur du musée, un escalier mène en haut au mur d’enceinte, qui vous ramène au présent grâce à la vue, dans la brume, sur les gratte-ciel modernes de Dakar à l’horizon.

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Plusieurs artistes de l’île ont transformé cet abri de mitrailleuse de la Seconde Guerre mondiale en atelier

Explorer l’île de Gorée

En dehors des mémoriaux de l’île, on trouve peu de traces de son triste passé dans ses ruelles photogéniques. L’île de Gorée actuelle est le foyer d’une communauté artistique bien vivante, et il n’y a pas loin à aller pour trouver des peintures, gravures et sculptures uniques, faites par des Goréens. Peintres et artisans s’installent en plein air, et vous trouverez bijoux, masques, paniers, tissus et autres trésors dans le sud de l’île, au marché artisanal. De là, remontez la colline jusqu’aux ruines du fort Saint-Michel, où vous trouverez d’autres objets d’artisanat à vendre, le tout avec une vue magnifique sur l’île.
Après une balade sous le chaud soleil sénégalais, vous pouvez vous baigner dans l’océan pour vous rafraîchir. La petite plage proche du quai des ferries est le meilleur endroit pour se détendre ; on peut y louer fauteuils et parasols à un kiosque. Si la faim vous prend, vous pouvez commandez produits de la mer, grillades ou plats sénégalais à l’un des restaurants simples qui donnent sur le sable. Le tout s’accompagne joliment d’une Gazelle, la lager sénégalaise, bien fraîche.

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Les ruelles colorées de l’île de Gorée, sans voitures, se prêtent bien à l’exploration


Visiter l’île de Gorée : comment s’y rendre

L’île est à quelques encablures du principal terminal de ferries de Dakar, la Gare Maritime, située juste au nord du quartier du Plateau. Des bateaux font la traversée de 20 minutes toutes les heures et demie environ, de 7h30 à 22h30 – ils sont plus fréquents le dimanche.

Si la plupart des gens viennent ici en excursion d’un jour depuis Dakar, il existe plusieurs hébergements plaisants sur l’île. La Villa Castel est une charmante pension écoresponsable proche du centre de Gorée, avec des chambres doubles à partir de 70 € environ. À quelques pas de la Maison des Esclaves, au sud, la Maison Augustin Ly offre des chambres spacieuses dans une maison classique du XVIIIe siècle, couverte de bougainvillées. Chambres doubles à partir de 55 €.

Dakar a été classée destination numéro 1 de notre Best of des villes à visiter en 2019 !

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