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Reportages

Moscou comme un habitant : les bons plans de Dmitry

Texte par

Elisabeth Blanchet

Mis à jour le : 8 mars 2018

Carte

“Cela pourait être le début d’un roman”… C’est ainsi que le présentateur du JT de 20h, Laurent Delahousse, lance le sujet sur ma rencontre avec Dmitry. Un garçon russe devenu grand dont j’avais retrouvé les photos sur une pellicule oubliée dans un appareil photo, acheté aux puces à Moscou pendant l’été 2017. Le sujet raconte en effet comment j’ai retrouvé Dmitry, via les réseaux sociaux, et comment je suis finalement allée le rencontrer cet hiver à Moscou pour lui rendre ses photos : une série d’images en noir et blanc de lui, quand il avait 6 ans lors de son premier jour d’école. En attendant de devenir un roman, l’histoire des photos retrouvées s’est transformée en une belle histoire d’amitié. A Moscou, cet hiver, sur les pas de Dmitry, j’ai pu découvrir un “autre” Moscou, le sien, dont voici les meilleures adresses et expériences, ainsi que quelques petits tuyaux pour faire “comme les Russes” !

Découvrir le quartier d’Izmailovo

C’est dans le quartier d’Izmailovo, à deux stations de métro de l’appartement de Dmitry, que j’ai acheté le fameux appareil photo en juillet 2017 et c’est logiquement dans ce quartier que Dmitry et sa famille affectionnent que je m’installe, à deux pas du marché. Il s’articule tous les weekends autour de la reconstitution permanente d’un Kremlin - vieille ville médiévale russe - tout en bois, surélevé et entouré de remparts. Cet endroit qui mêle culture et attractions touristiques attire un flot incessant de russes en vacances, qui n’hésitent pas à s’y faire conduire en limousines géantes ! Malgré ces invasions répétititives, l’endroit est très sympathique : en plus d’y découvrir une succession de maisons et d’églises rebâties à l’ancienne, on peut y manger, prendre un café, et bien sûr, faire du shopping aux puces, le tout dans une ambiance unique de touristes presque exclusivement russes ! Des marchands viennent d’un peu partout vendre des objets de brocante et du passé soviétique. Armez-vous d’un papier et d’un stylo pour négocier les prix car très peu de vendeurs parlent anglais. Visitez aussi la partie “Vernissage” où des peintres vendent leurs toiles. Vous rencontrerez peut-être l’oncle de Dmitry, Yakov, qui vend ses peintures de paysages classiques. C’est lui qui a pris les photos de Dmitry en 1990. C’était sa dernière pellicule avant de se consacrer entièrement à la peinture. Oublié pendant plus de 20 ans sur une étagère, l’appareil photo fut ensuite donné à un ami de Yakov, lequel le revendit à des marchands du marché d’Izamailovo sans vérifier s’il y avait toujours une pellicule dedans…

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D-Kremlin d'Izmailovo

Séjourner dans un hôtel kitsch d’Izmailovo

Autre centre d’intérêt d’Izmailovo : les hôtels. Quatre grande tours d’une trentaine d’étages chacune datant de la fin des années 70 constituent le paysage urbain post-brutaliste du quartier. Bâtis autour de terre-pleins de béton bordés de restos et de magasins, ces grands hôtels portent les noms d’hôtels Alpha, Beta, Gamma et Vega. Sur les conseils de Dmitry, j’ai choisi l’Alpha. Si vous n’avez pas peur du kitsch, des dorures et d’une décoration surchargée, réservez une chambre ! Bien que ces hôtels soient des quatre étoiles, ils sont très bon marché - comptez entre 30 et 50 euros par nuit - . Chaque hôtel a plusieurs bars et restaurants. Certains ont même des magasins, des salons de coiffure, des spas… Ces hôtels - qui ont toujours l’air plein - ont aussi le mérite de donner un apercu de la Russie qui voyage : on y croise des Russes de tout le territoire et des anciennes républiques de l’URSS. On y vient en groupe ou en famille. Un vrai régal pour qui aime se caler dans un fauteuil kitsch et observer les va-et-vient du lobby. Construits en prévision des JO de 1980, ces tours-hôtels sont devenues des éléments architecturaux emblématiques du quartier. 

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Quartier d'Izmailovo

Découvrir Moscou en métro sur fond de musique et de foot

Dmitry est un fan de musique pop-rock, et un supporter invétéré du club Lokomotiv, dont le stade se trouve à une station de métro d’Izmailovo ! Il conseille bien sûr d’aller y voir un match, surtout dans un contexte de pré-coupe du monde qui, en 2018, se déroulera… en Russie ! Mais c’est aussi la musique qui guide les pas et les longs trajets en voiture de Dmitry - Moscou est une ville tentaculaire, immense et souvent gangrénée par les embouteillages -. D’ailleurs, il assure qu’il est nettement préférable de prendre le métro pour se rendre dans le centre de Moscou. Il ne rate pas une occasion de faire un saut à la station de Sokolniki sur la ligne 1, à deux stations de Lokomotiv ! Pour écouter de la musique live, c’est dans une autre station qu’il conseille d’aller, celle d’Arbatskaya, où, selon lui, de bons groupes se produisent presque tous les jours et gratuitement. L’endroit vaut effectivement qu'on s'y attarde le temps de quelques chansons. Au passage, une oreille experte pourra reconnaître une reprise du fameux groupe de rock russe Leningrad - le préféré de Dmitry - qui remplit des stades depuis près de 30 ans. Mais son lieu de prédilection pour voir des concerts reste le Green Theatre du parc Gorki, un vaste amphithéatre où se produisent les plus grands groupes du monde. Pour ceux qui aiment la musique plus traditionnelle, il conseille le bar à bière Glavpivtorg à deux pas de Loubianka où des groupes se produisent pendant que les clients consomment de délicieuses bières locales

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Maria, la femme de Dmitry et son fils à la station Soliniki

“Goûter” aux véritables bains russes et à la flagellation

En hiver, les Russes vont régulièrement au Banya. On y va bien sûr pour son bien-être, sa santé, pour lutter physiquement et psychologiquement contre le froid et l’hiver mais aussi pour passer de bons moments entre amis et même faire du business entre hommes et femmes d’affaires ! Mais attention, qui dit Banya dit chauffage du sauna au feu de bois et c’est à l’extérieur de la ville qu’on trouve les bains russes authentiques. Sauf un, le Par - qui signifie “vapeur” en russe - et qui se trouve à la périphérie de la capitale à la station Nijegorodskaya. Le Par est situé à la lisière d’une forêt et regroupe plusieurs maisons traditionnelles en rondins de bois. Dans chacune, un grand salon, des chambres, un sauna chauffé par une cheminée et une piscine extérieure. On peut louer une maison pour plusieurs heures, recourir aux services d’un spécialiste de la flagellation au Venik - petit balai de feuilles de chênes, d’eucalyptus ou de bouleaux - ou de masseurs. On peut aussi se faire servir à boire et à manger. La carte est bien fournie en plats traditionnels et en alcools en tout genre. Le borsch y est excellent.
Mais avant de se sustenter, on vient d’abord  au Banya pour son bien-être et faire peau neuve ! La flagellation a en effet un bienfait notoire sur la peau et l’expérience sauna - à une température qui peut monter jusqu’à 110ºC. Il s’avère que Dmitry est un spécialiste du Banya - il a aussi appris à se servir du Venik ! - et conseille de baisser la tête quand il provoque de la vapeur en versant de l’eau froide sur des pierres chauffées par la cheminée. Le chapeau de laine est de rigueur pour ne pas endommager ses cheveux et Dmitry conseille de ne pas rester plus de 15 minutes dans le sauna avant de plonger directement, sans réfléchir, dans la piscine extérieure à 11ºC. Effet bien-être immense sur tout le corps et l’esprit ! On ressort du Banya dans une sorte d’état second, incroyablement détendu.

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Photos de Dmitry de la pellicule trouvée

Flâner dans la vieille rue d’Arbat

Arpenter la vieille rue d’Arbat avec Dmitry, c’est découvrir une des rues de Moscou les plus prestigieuses, ancienne mais aussi touristique sous un autre oeil : s’arrêter par exemple devant un mur de graffiti et apprendre qu’il est entièrement dédié à Viktor Tsoi, chanteur du groupe de rock mythique Kino, décédé dans un accident de voiture en 1990. Dmitry aime aussi s’attarder devant une très belle bâtisse bleue, toute rénovée. Il s’agit de l’ancienne maison de l’écrivain Pouchkine qui s’y installa en 1830 après son mariage.
Mais dans le vieil Arbat, le spectacle est aussi vivant et dans la rue. Des groupes de musique y jouent, des poètes récitent leurs créations ou des classiques, et cette tradition perdure depuis des siècles. D’ailleurs l’écrivain Mikhail Bulgakov adorait y flâner. C’est aussi la rue du shopping et l’occasion d’acheter un lot de fameuses matryoshkas - poupées russes -, des bijoux en ambre, des oeufs Fabergé, des T-shirts ou encore des chapkas ! En cas de petit creux, goûtez un pokrovski pryanik, sorte de pain d’épices recouvert de sucre glace, faites une pause au Café Varinechnaya de la rue Arbat - un resto vintage, truffé de décorations liées aux grandes années de l’Union Soviétique - ou carrément le restaurant huppé Prague si on a les moyens…

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Vieille rue d'Arbat

Découvrir l’histoire et la culture russes dans les allées du parc VDNKh

Le VDNKh - abréviation des mots “exposition des réalisations de l’économie nationale” - ne fait pas partie de la liste des destinations les plus prisées par les touristes. Pourtant, ce parc immense de 136 ha au nord de Moscou vaut une bonne demi-journée ou plus d’excursion. Créé en 1939, ce lieu de détente particulièrement apprécié des Moscovites accueille une collection impressionnante de pavillons érigés en l’honneur des différentes républiques soviétiques mais aussi pour les expositions universelles antérieures à la chute du l'URSS. De pavillon en pavillon, on passe d’une architecture à une autre, souvent inspirée par le pays ou la région que le pavillon est censé représenter. Toute l’année des événements y sont organisés. Au milieu des belles allées largement fleuries en été, le parc d’attraction fonctionne toute l'année et se transforme en vaste patinoire l’hiver - la plus grande d'Europe -. Il y en a pour tous les goûts au VDNKh : les amateurs de créatures aquatiques se régaleront à l'aquarium, les fans de la conquête de l'espace comme Dmitry auront du mal à quitter le musée des Cosmonautes. Quant aux historiens, ils apprécieront le musée La Russie, mon Histoire. A quelques centaines de mètres, on voit la tour de télécommunications Ostankino dont le dernier étage, accessible au public, offre une vue imprenable sur Moscou dixit Dmitry.

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Près du musée des Cosmonautes

Le petits plus pour “bons-vivants” de Dmitry

  • Quand vous commandez une bière, accompagnez-la de grenki, du pain frit en forme de long parallèlépipède rectangle que l'on trempe dans une sorte de mayonnaise.

  •  Avant de vous attaquer à votre borsch, buvez un shot de vodka, “ça ouvre l’appétit !”

  •  Goûtez à la salade Olivier, genre de macédoine avec des morceaux de boeufs en plus, c’est délicieux et elle a un nom français !”

  • Il n’y a pas que la vodka, goûtez aussi aux vins arméniens et géorgiens

  • Et pour ceux qui aiment les automobiles et la technique, visitez mon musée préféré : le Vadim Zadorozhny's Museum of Equipment, au nord-ouest de Moscou à Arkhangelskoye.

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Dmitry et sa famille au restaurant Varineshnaya, son préféré