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Culture et voyage

Paris, capitale du graffiti ?

Texte par

Julien Lannoy

Mis à jour le : 15 février 2018

Carte

Paris : ses musées, ses ruelles et ses ponts romantiques, ses bouquinistes, ses monuments, ses graffitis… Poétique, souvent politique, libre et surtout pas institutionnalisé, le street-art s’affiche fièrement sur les murs de la capitale. Banksy lui-même ne trouvait-il pas l'histoire du graffiti beaucoup plus intéressante en France qu'à New York ? Petit tour d’horizon de nos lieux préférés.

L’Aérosol

Ouvert à l’été 2017 dans un ancien hangar de la SNCF, ce lieu éphémère est le nouveau spot tendance du XVIIIe nord, territoire historique des cultures urbaines. À l’intérieur, un musée dédié au street-art avec plus de 400 œuvres, dont certaines signées Banksy, JonOne, Invader, Shepard Fairey… l’entrée coûte 5 euros. En extérieur, s’étalent 300 m2 de graffitis qui changent chaque semaine. Dans une ambiance bon enfant et familiale, autour du bar décoré par Madame Moustache et des food trucks, on vient le week-end tagger le sol, faire du skate, chiller sur les transats en écoutant les DJ passer de l’electro… Les soirées rollers sont très courues !

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L'Aérosol, Paris

Le XIIIe et les fresques de la galerie Itinerrance

Depuis 2004, la dynamique galerie Itinerrance a invité de grands noms du street-art à redécorer le périph’, repeindre le pont des Arts, installer une fresque géante entre le premier et le deuxième étage de la tour Eiffel… C’est avec la même volonté de faire connaître l’art urbain au plus grand nombre qu’elle a inauguré le parcours Street art 13 en 2009, balade organisée et musée à ciel ouvert dans un arrondissement qui compte parmi les immeubles les plus élevés de la capitale. Autour du boulevard Vincent Auriol et du métro Nationale, on peut admirer des peintures gigantesques, comme celle de Shepard Fairey, alias Obey, rue Nationale. Intitulée « Liberté, Égalité, Fraternité », elle est un hommage aux victimes des attentats de 2015 (une reproduction trône dans le bureau d’Emmanuel Macron).  Sur le parcours, des fresques d’Inti, street artiste chilien qui s’inspire du muralisme sud-américain, de M-City, de Faile... les plus impressionnantes étant peut-être celles de Conor Harrington et de D*Face. Le site www.streetart13.fr répertorie la cinquantaine d’œuvres, et propose un plan pour se repérer. Certaines fresques sont éclairées la nuit pour qu’on puisse les voir depuis la ligne 6 et son métro aérien. Ne pas hésiter à s’aventurer hors des sentiers battus par la galerie vers la Butte-Aux-Cailles ou les Frigos, un deuxième parcours Street Art 13 étant aussi proposé autour de l’avenue de Choisy.

L’Art42

Ouvert à l’occasion de la Nuit Blanche 2016, Art42 (situé au 96 boulevard Bessières, Paris XVIIe) est le premier musée dédié au street-art à Paris. Au sein d’une école d’informatique fondée par Xavier Niel, on flâne au milieu des ordinateurs pour découvrir la collection de Nicolas Laugero Lasserre, avec des œuvres de grands noms tels Obey, Futura 2000, Bansky, Jef Aérosol, Jérôme Mesnager, Invader… Attention, c’est gratuit, mais c’est ouvert uniquement le mardi en soirée, ainsi qu’un dimanche par mois. Gare à l’institutionnalisation !

La Street Art Avenue

Les œuvres qui émaillent le canal Saint-Denis, de la Villette au Stade de France, offrent un cadre sympathique pour une jolie balade à pied, ou à vélo. À l’initiative de l’office de tourisme, 37 graffeurs ont investi les berges de cette bien nommée « avenue du Street Art » à l’occasion de l’Euro 2016. À l’été 2017, le parcours s’est enrichi de 6 nouvelles peintures. On flâne au gré des œuvres poétiques de Marko 93, Rébus & Bastos, Alexandra Arango, Unavida Familia, Guaté Mao... Un plan indiquant leur emplacement est téléchargeable sur le site de l’office de tourisme et des balades commentées sont parfois organisées.

Chasse aux Invaders

Une véritable invasion ! Roi du street pixel, Invader a commencé à installer ses aliens en mosaïque à Paris en 1996 – on en compte aujourd’hui 1334 dans la capitale. Toute la culture geek/pop est représentée : vous pourriez croiser au détour d’une rue Mario (sous différentes itérations, du Mario boule de feu au Dr Mario), Sonic, la Panthère rose, Dr House, Spiderman, la princesse Leia... Et on peut même partir à la chasse aux œuvres grâce à une application pour smartphone, FlashInvaders. Si le tout premier alien d’Invader est « fossilisé » (recouvert par l’enduit d’un ravalement de façade) quelque part dans une rue du XIe arrondissement, vous pouvez tout de même aller flasher le Space Invader franchouillard de la place du Tertre pour 30 points, San Goku rue Leroy-Dupré pour 50 points, ou Spock dans le parc de La Villette pour 100 points. Retour à l’envoyeur, Invader a expédié une mosaïque dans l’espace en 2015 : elle est désormais installée dans la station spatiale internationale.

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Partez à la chasse aux Invaders dans tout Paris grâce à l'application qui leur est dédiée.

Les pochoirs de Miss Tic

Bien avant l’ère du selfie et des starlettes d’Instagram, Miss Tic a affiché sa vie et ses états d’âmes sur les murs de Paris. Cette pionnière se lança dans le street-art au milieu des années 1980, un monde essentiellement masculin. Présents partout dans Paris, de la Butte-aux-Cailles à Belleville, ses pochoirs en noir et blanc en forme de journal intime réunissent une image de femme empruntée aux magazines féminins et un message, poétique, où les jeux de mots sont nombreux. Celle qui écrit sur les murs de Montmartre « De mes frasques je fais des fresques » pose aussi des messages en lien avec l’actualité : « Aux terrasses de la vie, l’éclat de notre furieuse liberté » (place Paul Verlaine sur la Butte-aux-Cailles), ou, plus léger « Sourire nuit gravement à la morosité » (devant le Comptoir des Catacombes, dans le XIVe). Sa signature est aujourd'hui très sollicitée : elle a par exemple réalisé l’affiche de l’avant-dernier film de Claude Chabrol, "La Fille coupée en deux", en 2007.

Le mur Rosa Parks

Derrière le CentQUATRE s'étale sur près de 400 m la fresque la plus longue de Paris, inaugurée en 2015 pour l’ouverture de la gare Rosa Parks à deux pas. Le collectif GFR avait alors invité 5 artistes internationaux (dont 4 femmes) à s’exprimer sur des thématiques proches du combat de Rosa Parks. Le projet a été réalisé en collaboration avec les habitants du quartier et les sujets vont du féminisme au vivre-ensemble.
>>> 104-164 rue d’Aubervilliers 

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Une partie de la fresque Rosa Park, Paris

La vitrine de Vitry

Sous l’impulsion du pochoiriste C215, Vitry est devenue en quelques années une vitrine du street art à ciel ouvert avec pas moins de 500 œuvres réparties sur tout le territoire. Ici, le maire, « pro-graffiti », n’efface pas les œuvres. C’est surtout dans les rues autour du Mac Val et de la mairie qu’on trouve le plus de choses, avec des artistes comme Kashink, Bebarbarie, Icy and Sot, Astro, Kouka etc., mais il y en a aussi près du RER !

Belleville et Ménilmontant, berceaux du street-art

Il y avait le terrain vague de Stalingrad, et il y avait Belleville et Ménilmontant. C’est dans ces deux quartiers populaires limitrophes que le street-art parisien a trouvé refuge dans les années 1980. Aujourd’hui, des hauteurs du belvédère du parc de Belleville à la célèbre rue Denoyez, totalement recouverte de graffitis (dont une partie a été détruite pour accueillir des logements sociaux), on en prend plein les yeux. Depuis 1995, le célèbre C’est nous les gars de Ménilmontant de Jérôme Mesnager représente l’âme du quartier (à l’angle des rues de Ménilmontant et de Sorbier). Sur la place Fréhel, on peut notamment voir "Il faut se méfier des mots", de Ben. Quant au mur du parking de la rue des Maronites, il est recouvert d’une fresque dédiée au rêve réalisée par des habitants du quartier. Et l'on croise aussi dans le quartier les hommes en imper de Némo… C’est le moment de sortir son appareil photo !

Le canal de l’Ourcq

De la place de la République jusqu’aux confins de la Seine-Saint-Denis, la balade le long du célèbre canal offre un joli condensé de street-art. Le mur de la rue Poulmarch qui a longtemps accueilli une grande peinture en hommage aux victimes des attentats change aujourd’hui de visage régulièrement. Un peu plus au nord, le Space Invader du Point Éphémère trône comme un phare. Au début du quai de la Loire, des artistes ont élu domicile dans la très petite mais dynamique rue Henri-Noguères. La rue de l’Ourq propose quant à elle un joli panorama. On passe sous le périph' et sa voûte illuminée (création des Arts codés et Malte Martin) direction Pantin et ses Magasins généraux, ancien temple du street-art reconverti en bureau pour publicitaires (visite virtuelle sur www.graffitigeneral.com). À pied, ou à vélo, ou même en bateau, on poursuit la balade sur le canal, dont les berges sont recouvertes de graffitis.