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Idées de voyage

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À l’écoute des conteurs australiens indigènes

Texte par

Anthony Ham (traduit de l'anglais par Vincent Guilluy)

Mis à jour le : 14 juin 2021

Carte

 L’histoire de l’Australie est tout bonnement épique. C’est une histoire dans laquelle la nature – tout un continent d’une beauté stupéfiante –, tient le premier rôle. C’est aussi l’histoire émouvante des premiers habitants du pays, dont les liens étroits avec leur terre sont pour nous autant de leçons de durabilité.

Les Aborigènes australiens forment la plus ancienne civilisation continue au monde, avec une histoire qui couvre plus de 60 000 ans. Lorsque les colons européens débarquèrent ici en 1788, des centaines de nations, de clans et de groupes linguistiques habitaient ce que nous nommons aujourd’hui l’Australie, et leur diversité était aussi grande que le pays lui-même. Il y avait des peuples des forêts, et des peuples du désert, des pêcheurs et des fermiers. Plus de deux cents ans après, ces peuples aborigènes ont gardé intact le lien avec leur terre, prise dans toute sa dimension culturelle, qu’ils appellent Country. Et les communautés aborigènes voient de plus en plus le tourisme comme une plateforme leur permettant de partager leurs histoires, et ainsi de préserver pour longtemps ce lien vital. Dans tout le pays, l’offre croissante d’un tourisme aborigène authentique nous donne l’occasion de découvrir les traditions et les contes inhérents à leur culture.

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L'art aborigène sous toutes ses formes reste l'un des meilleurs points d'entrée dans l'histoire indigène de l'Australie

Centres d’art & festivals

Depuis longtemps, les visiteurs se rendent dans l’Outback pour découvrir vraiment les nations premières du pays. Les centres d’art aborigène sont de très bons endroits pour ce faire. Vous pouvez vous retrouver assis à côté d’un ou d’une artiste peignant patiemment un motif compliqué de petits points sur de l’écorce ou de la toile. Ou vous pouvez attendre que le soleil de l’après-midi se couche en compagnie de femmes du cru tissant des paniers en feuilles de palmier pandanus. Kevin, l’artiste qui nous fait visiter le centre Injalak Arts de Gunbalanya, dans la région de la terre d’Arnhem, dans le Territoire-du-Nord, explique ainsi que tout le monde y gagne lorsque les visiteurs s’intéressent aux anciennes traditions. “Certains touristes aiment s’asseoir et nous regarder peindre. D’autres aiment discuter et poser des questions. D’une manière ou d’une autre, nous apprenons chacun l’un de l’autre”, dit-il.

À l’Injalak Arts Centre, c’est le style de peinture “aux rayons X”, où les artistes peignent comme s’ils pouvaient voir le squelette de leurs sujets, qui prédomine. Typique de ce qu’on peut trouver à l’extrême nord de l’Australie et en terre d’Arnhem en particulier, il s’inspire des œuvres millénaires qui ornent les parois rocheuses de toute l’Australie septentrionale. Œuvre des anciens, l’art pariétal, tout comme l’art moderne aborigène, est aussi une façon de conter le monde. Depuis l’Injalak Arts Centre, on peut aller visiter, à proximité, un site d’art pariétal parmi les plus importants de la région.

On peut faire une découverte similaire du côté du cap York, dans l’extrême nord du Queensland, où Jarramali Rock Art Tours propose la visite des magnifiques sites d’art pariétal de Quinkan Country, près de la localité de Laura. Classé parmi les dix plus beaux sites d’art pariétal au monde par l’UNESCO, Quinkan est un musée à ciel ouvert de l’Outback, d’une portée et d’une signification immenses. Certaines œuvres ici ont plus de 20 000 ans. Le festival de danse aborigène biannuel de Laura, qui dure trois jours, est une expression bien plus récente de cette culture mais reste profondément ancré dans le passé, et constitue la plus importante célébration de la culture et de la danse indigènes du pays. Il rappelle aussi que l’art aborigène, sous toutes ses formes, reste l’une des introductions les plus gratifiantes qui soient à l’histoire indigène de l’Australie.

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Walkabout Cultural Adventures emmène les visiteurs à travers des paysages incroyables pour leur faire découvrir les histoires et les traditions du pays

Prenez le bateau

Et si vous ne pouvez pas vous rendre dans l’Outback ? Simon Thornally, qui dirige Saltwater Eco Tours à Mooloolaba, sur la Sunshine Coast du Queensland, sera heureux de vous présenter sa communauté. “Nous sommes sur la côte, là où les touristes sont déjà présents, ainsi ils n’ont plus qu’à monter à bord pour découvrir une vraie culture indigène.” Saltwater Eco Tours emmène ses visiteurs sur les fleuves et sur l’océan à bord d’une copie plus que centenaire du voilier en bois qui servit à faire le premier tour du monde en solitaire.

Avec des guides de la nation Kabi Kabi (Gubbi Gubbi) locale, les touristes embarquent pour une exploration riche d’histoires de la vie indigène passée et présente. Ici, c’est la nourriture locale qui tient la vedette. Ce que Simon Thornally décrit comme une cuisine sous l’influence des produits du bush : “Nous mélangeons beaucoup d’herbes et d’arômes locaux, tels que noix de bunya-bunya et myrte citronné. On fait des sauces à tremper et des boissons. On fait même des cocktails – le bar du bateau est autorisé à servir de l’alcool. On propose aussi des produits de la mer locaux, crevettes et huîtres de Mooloolaba. Et puis on prépare une sauce à la noix de bunya-bunya pour tremper les crevettes, et on met du citron-caviar (lime australien) sur les huîtres.”

À 19 heures de route de là vers le nord, à Port Douglas, principale ville permettant d’accéder à la Grande Barrière de corail, Walkabout Cultural Adventures offre également un paysage d’une richesse extraordinaire à explorer. “Ici, nous sommes gâtés, dit Juan Walker, propriétaire kuku yalanji de l’agence. Nous avons une superbe forêt pluviale, et des montagnes qui descendent jusqu’à la forêt tropicale des plaines, aux fleuves et aux estuaires, aux mangroves et aux plages. Sur les plages, on trouve de belles vasières et des écosystèmes côtiers. On peut même marcher jusqu’à la lisière de la Grande Barrière de corail.”

Là encore, les contes sont au cœur de la façon d’initier le visiteur à la terre et à la culture locales. “Nous emmenons les gens et nous essayons de leur faire découvrir le plus de choses possibles sur le peuple kuku yalanji et sur notre lien avec la terre, poursuit-il. Nous voulons montrer aux gens comment tout est lié, comment les forêts pluviales sont liées aux fleuves qui sont liés à l’océan et aux récifs. Tout est interconnecté, et notre peuple le sait depuis des milliers d’années.” Pour dire les choses autrement, une seule journée ici vous permettra de remonter des millénaires d’histoire aborigène, dans un des plus beaux endroits de la planète.

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Margret Campbell, de Dreamtime Southern X, raconte les histoires aborigènes de la création, dans un quartier proche du centre de Sydney

En ville, d’autres rencontres

Vous pouvez même découvrir une nouvelle façon de voir les choses auprès des peuples aborigènes d’Australie sans quitter les grandes villes. À Melbourne, au Royal Botanic Gardens Victoria, des guides indigènes proposent des Aboriginal Heritage Walks autour de l’histoire orale qui a permis de préserver leur culture, alors même que la ville se développait autour d’eux. Le jardin botanique était autrefois un important lieu de réunion pour les peuples kulin qui parlaient les langues boonwurrung et woiwurrung. Les visites guidées donnent à voir des red gums (gommiers rouges) et des yellow box (gommiers jaunes) ayant près de 350 ans, et qui existaient donc déjà avant la colonisation européenne. On y trouve aussi une forêt pluviale indigène, une vallée de fougères endémiques et toutes sortes de végétaux du bush servant à l’alimentation, encore en usage aujourd’hui chez les peuples indigènes.
Vous verrez aussi dans le jardin les plantes utilisées dans les cérémonies, notamment celle de la fumée, grâce à ces Aboriginal Heritage Walk. “Melbourne fut bâtie ici parce que les ressources étaient abondantes, et nous présentons les nourritures qui ont permis à notre peuple de s’épanouir”, déclare l’un des guides, Christopher Jakobi, tout en arpentant Long Island, refuge de plantes et d’oiseaux endémiques. “C’est pourquoi l’endroit était, et demeure, un lieu de rencontre si important. Avant l’arrivée des Européens, toutes ces ressources permettaient à des dizaines de milliers de personnes de se rassembler et de se rencontrer en ce lieu, pour des mariages ou des échanges commerciaux. C’est un lien entre le passé et le présent.”

Au cœur du quartier de Sydney qu’on appelle The Rocks, où se trouvent quelques-uns des plus anciens bâtiments coloniaux du pays, Dreamtime Southern X remet en lumière les histoires aborigènes de la Création. La directrice, Margret Campbell, emmène les visiteurs dans un voyage à travers Sydney telle qu’elle était avant que la ville ne soit même imaginée. Il commence par une cérémonie de la fumée traditionnelle, et on y dévoile au visiteur les petits panneaux, souvent ignorés, indiquant le passé précolonial de Sydney. Mais surtout, Margret conte des histoires tirées de cette source extraordinairement riche qu’est le Dreamtime, le “Temps du Rêve” aborigène, et qui relatent la création du monde.
Les conteurs aborigènes comme Margret Campbell sont des historiens de l’oralité, et leur transmission scrupuleuse de cette histoire orale contribue à maintenir la culture aborigène vivante et fidèle à son passé. Et au passage, Campbell vous permettra de voir Sydney sous un jour tout à fait nouveau.

Ce qui vaut pour Sydney et Melbourne vaut aussi pour les autres grandes villes australiennes. À Perth, par exemple, ce qui était auparavant le Western Australian Museum est aujourd’hui le WA Museum Boola Bardip. Ce qui signifie “nombreuses histoires” en whadjuk noongar, la langue locale. Un nom idéal, vu l’importance du conte dans la culture aborigène. De l’autre côté de la frontière, en Australie du Sud, Bookabee Tours à Adelaide raconte l’histoire indigène des Kaurna de la ville. Point fort de leurs circuits, la découverte des produits locaux du bush au jardin botanique d’Adelaide.

De telles découvertes ne se limitent bien sûr pas aux grandes métropoles. En Tasmanie, le wukalina Walk permet de découvrir la splendide Bay of Fires en compagnie de guides autochtones palawa et de se mettre dans les pas des gardiens traditionnels de la région. Ainsi, avec cette nouvelle génération de rencontres, de découvertes et de visites guidées par des autochtones partout dans le pays, vous pourrez remonter le temps et relier l’Australie moderne à son histoire ininterrompue, fière et toujours bien vivante.

 

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