Malawi : Histoire

Chronologie du Malawi

Origines

La présence des hominidés dans l’actuel Malawi remonte à 2,5 millions d’années, comme en attesta la découverte d’une mâchoire à Karonga en 1993.
Les premiers êtres humains à affluer en nombre significatif furent les chasseurs-cueilleurs, il y a environ 3 000 ans ; les seconds furent les Bantous, à partir du Ier siècle. Une autre vague d’immigration bantoue se produisit vers le XIVe siècle, qui déboucha sur la formation du royaume Maravi (fin XVe-fin XVIIIe siècle), dans la vallée de la Shire.
Mais revenons en arrière dans l’histoire. Au Ier siècle, l’Afrique de l’Est avait déjà tissé des liens commerciaux avec les intrépides Phéniciens. Ce contact avec le monde extérieur n’eut de cesse de se développer à travers les échanges avec les Perses, et en l’an 1300, la ville commerçante de Kilwa avait vu le jour sur une île à 2 km au large de l’actuelle Tanzanie. De l’or issu du puissant royaume shona filtra dans la région alors dénommée Grand Zimbabwe, et les Shona, les Swahilis et les Perses commencèrent à commercer. Arrivèrent ensuite les Portugais, qui, sous prétexte d’empêcher l’expansion de l’islam dans la région, parvinrent à obtenir le monopole sur le commerce de l’or.
Ils mirent un dirigeant fantoche à la tête de la vallée du Zambèze, et en 1596, ils jouissaient du contrôle sur le Zambèze et sur les transferts d’or en provenance du royaume shona. L’ivoire était alors devenu une marchandise aussi prisée que l’or, et les Portugais étaient, on le comprend, respectueux et très craintifs à l’égard du chef Masula, qui régnait sur le Maravi, comprenant les actuelles régions Sud et Centre du Malawi.
La migration dans le secteur du Malawi s’accéléra avec l’arrivée du peuple maravi (ancêtres des actuels Chewas), qui fonda un vaste et puissant royaume dans le sud à la fin du XVe siècle, et des groupes tumbuka et phoka, qui s’installèrent vers les hautes terres de Nyika et de Viphya au cours du XVIIe siècle. Le début du XIXe siècle fut marqué par deux autres mouvements migratoires importants : les Yaos envahirent le Sud du Malawi depuis l’Ouest du Mozambique, entraînant l’exode des Maravi, alors que des groupes de Zoulous migrèrent vers le Nord depuis l’Afrique australe pour s’installer dans le Centre et le Nord du Malawi.

Le Mfecane

Le terme Mfecane, ou Difaqane (“anéantissement”, “éparpillement”), désigne la période comprise entre 1815 et 1840 environ, où des tribus indigènes d’Afrique australe s’entretuèrent dans des conflits intestins. La majeure partie de ces affrontements peuvent être attribués à un homme : Chaka, roi de l’empire Zoulou. Au début du XIXe siècle, il existait trois royaumes centralisés : Ngwane, Mdwandwe et Mthethwe. Chaka, qui régnait sur le dernier, révolutionna les combats militaires : au lieu d’utiliser les lances comme projectiles, il en fit des armes de corps à corps ; de même, il décida d’encercler l’ennemi dans une chaîne humaine en forme de fer à cheval qui se resserrait petit à petit. Très vite, les massacres se généralisèrent à toute l’Afrique australe, vidant des pays entiers de leur population et faisant quelque 2 millions de morts.
Parmi les peuples qui prirent la fuite, le clan mdwandwe mit le cap vers le Mozambique, forçant le peuple local des Tonga à former avec eux une armée coopérative – les Jere-Ngoni. En 1825, ouvrant eux-mêmes la voie du carnage, les Jere-Ngoni pénétrèrent au Malawi, terrorisant le peuple yao installé à proximité du lac et les Tumbukas au nord, dévalisant des villages, massacrant des vieillards et enrôlant de force des jeunes hommes. L’armée s’installa au bord du lac Malawi, où elle resta jusqu’à la mort du chef mdwandwe, en 1845.

La sombre époque de l’esclavage

L’histoire de l’esclavage au Malawi commença au XVIe siècle, lorsque des marchands arabes omanais, avec l’aide de membres de la tribu yao, vendirent des esclaves issus d’autres tribus aux Portugais, qui les envoyèrent travailler dans des plantations au Mozambique et au Brésil. Les intérêts des Portugais furent endigués en 1824 avec l’arrivée du sultan Saïd de Mascate qui conquit Mombasa. La demande en ivoire et en esclaves sur les marchés de Zanzibar, Kilwa, Mombasa et Quelimane était alors considérable, et pour y répondre, les marchands du sultan firent des incursions encore plus profondes dans les terres africaines. Alors que l’Amérique et la Grande-Bretagne étaient en passe d’abolir la traite des Noirs, le sultan y mit un coup d’accélérateur ; en 1839, plus de 40 000 esclaves avaient transité par le marché aux esclaves de Zanzibar.
Karonga, Nkhotakota et Salima, sur le lac Malawi, comptaient parmi les grands centres de traite des Noirs. Le port de Nkhotakota, où l’esclavagiste Salim-bin Abdullah (Jumbe) s’établit dans les années 1840, était particulièrement infâme. De là, environ 20 000 esclaves étaient transportés chaque année de l’autre côté du lac, d’où ils étaient forcés de marcher pendant trois à quatre mois pour rejoindre Kilwa, où ils étaient vendus. Lors de la traversée du lac, il pouvait arriver que seule une vingtaine de personnes sur 300 survivent aux conditions abominables qui leur étaient infligées. Au cours du trajet à pied, ceux qui étaient malades ou qui traînaient la patte étaient décapités dans le but de récupérer le harnais qu’ils portaient au cou.
Les Yaos étaient les complices des marchands arabes : ils aidèrent ces derniers à trouver des esclaves et se convertirent à l’islam. Ils migrèrent vers le nord, pillant les villages et tuant ou capturant Chewas et Maganja par centaines.

L’époque coloniale et la résistance nationale

Dans les années 1880, les puissances européennes se livraient une concurrence féroce dans la région. Si la domination coloniale mit fin aux conflits entre les marchands d’esclaves et entre les différentes ethnies, elle entraîna de nouveaux problèmes. La demande de terrains s’accrut avec l’augmentation du nombre de colons européens, et les habitants du pays devinrent soit des “squatteurs”, soit les métayers de nouveaux propriétaires terriens. La “hut tax” (taxe payée par chaque foyer au gouvernement britannique sous forme de céréales, de travail ou d’argent) fut introduite et l’on dissuada les paysans d’avoir recours aux méthodes d’agriculture traditionnelles. De plus en plus d’Africains furent forcés d’aller chercher du travail dans des plantations de colons blancs ou dans les deux Rhodésies (les actuels Zimbabwe et Zambie) et en Afrique du Sud. Au début du XIXe siècle, quelque 6 000 Africains quittaient le pays chaque année. La tendance se prolongea tout au long de la période coloniale : dans les années 1950, ce nombre était passé à 150 000.
Fomentée par des missionnaires écossais, la protestation contre le régime colonial britannique commença à se faire entendre peu avant la Première Guerre mondiale. Un vent de révolte souffla d’abord sur le Nyassaland (nom britannique du Malawi), impulsé par la Laws Mission School de Blantyre. Edward Kamwana organisa les premières manifestations contre la taxation forcée. John Chilembwe, également étudiant à l’école de missionnaires, prit lui aussi part au débat, apportant un nouvel élan. Le 23 janvier 1915, trois groupes armés issus de la Provident Industry Mission de Chilembwe attaquèrent les domaines aux mains des Européens dans les Shire Highlands : plusieurs colons perdirent la vie avant que Chilembwe se fasse pourchasser et tuer. Pour les Malawites noirs, la transition vers l’autonomie gouvernementale était amorcée.
L’idée de “fédérer” le Nyassaland avec les deux Rhodésies déclencha de nouvelles protestations. Après la Deuxième Guerre mondiale, les Rhodésiens du Sud blancs souhaitèrent continuer sur cette lancée. Le futur dirigeant du Malawi, le Dr Hastings Banda, ne tarda pas à se faire entendre : si le colonialisme plaçait effectivement les Africains en position d’infériorité, passer sous le joug de la Rhodésie serait équivalent à un retour à l’esclavage. Le Nyasaland African Congress (NAC) exprima plus fortement son opposition, aidé par Banda (alors médecin à Londres, mais très impliqué politiquement dans les actions du NAC au Royaume-Uni). Malgré cela, les Britanniques donnèrent leur accord pour la création de la fédération et en 1953, le Nyassaland fut placé sous autorité rhodésienne.
Entre temps, le Dr Banda avait rejoint son pays natal et en 1958, le NAC comptait 60 000 membres. La première émeute contre la fédération eut lieu en 1959 à Zomba, suivie d’une autre à Nkhata Bay, après quoi l’état d’urgence ne tarda pas à être déclaré. Hastings Banda et mille de ses partisans furent arrêtés puis relâchés peu de temps après, signe d’un changement de vision radical de Londres sur le Nyassaland. En 1962, la Grande-Bretagne exprima son accord quant à un projet d’autonomie gouvernementale ; en février 1963, le Dr Banda fut nommé premier ministre du Nyassaland. Le pays obtint l’indépendance totale et reprit sont nom d’origine (Malawi) le 6 juillet 1964.

Banda : du héro au dictateur

Après avoir été élu président du Malawi en 1966, Hastings Banda commença à consolider sa position et demanda à plusieurs ministres de lui déclarer allégeance. Beaucoup d’entre eux préférèrent démissionner et former un parti d’opposition. Le président les força alors à l’exil et interdit les autres partis politiques. Il continua à renforcer son pouvoir en se décrétant “président à vie” en 1971 et en interdisant la presse étrangère. Il créa ensuite Press Holdings, conglomérat dont il détenait la quasi-totalité du capital, ainsi que l’Agricultural Development & Marketing Corporation, à laquelle toutes les productions agricoles étaient vendues à prix fixes, obtenant ainsi un contrôle total sur l’économie et accumulant une fortune estimée à 445 millions de dollars US. Mini-jupes, femmes en pantalons, hommes aux cheveux longs et autres signes de débauche occidentale furent bannis.
Durant cette transition vers la dictature, Hastings Banda maintint une politique conservatrice et apporta son soutien à l’apartheid en Afrique du Sud. En retour, cette dernière apporta son aide au Malawi et développa avec lui des relations commerciales. Cela provoqua le mécontentement de l’Organisation de l’unité africaine (OUA), furieuse que le président malawite refuse d’ostraciser le régime de l’apartheid.
Hastings Banda avait des habitudes étranges : il aimait porter des chapeaux façon gangster et un chasse-mouche africain, et lors de ses apparitions en public, il était souvent accompagné d’un groupe de femmes qui dansaient tout en chantant ses louanges, vêtues de costumes à l’effigie du dictateur.
Les choses commencèrent à se corser pour Banda avec la fin de la Guerre froide dans les années 1990. L’Afrique du Sud et l’Occident n’avaient plus de raison de continuer à le soutenir, et l’opposition au niveau national prenait de l’ampleur. En 1992, les évêques catholiques du Malawi condamnèrent le régime et appelèrent au changement, et des manifestations, aussi bien pacifiques que violentes, vinrent soutenir leur démarche. Pour couronner le tout, les pays donateurs restreignirent leurs aides jusqu’à ce que Banda accepte de renoncer au contrôle total.
En juin 1993, la population fut invitée à participer à un référendum pour choisir entre un système politique multipartite et le régime autocratique du président. Plus de 80% des électeurs éligibles votèrent : les partisans du multipartisme l’emportèrent haut la main, et Hastings Banda accepta le résultat.

Les années 1990 : un nouvel espoir

En mai 1994, l’United Democratic Front (UDF), dirigé par Bakili Muluzi, remporta les premières élections multipartites du Malawi. Une fois président, Muluzi ne tarda pas à procéder à d’importants changements : les prisons politiques furent fermées, la liberté de parole et de la presse fut reconnue, et l’école primaire allait devenir gratuite. Le couvre-feu imposé officieusement par Banda fut levé. Pour les voyageurs, le changement le plus notable fut la suppression du fameux code vestimentaire évoqué plus haut.
Le gouvernement de Muluzi fit également passer plusieurs réformes économiques avec l’aide de la Banque mondiale et du FMI, consistant notamment en la suppression des subventions de l’État et en la libéralisation des échanges avec l’étranger.
En avril 1995, l’ancien président Banda fut traduit en justice après avoir été accusé d’avoir commandité le meurtre de trois ministres du gouvernement décédés dans un mystérieux accident de la route en 1983. Il fut acquitté et la décision suscita l’approbation générale, en particulier lorsque l’ancien chef d’État s’excusa publiquement pour les éventuels préjudices causés intentionnellement ou non par les membres de son gouvernement. La population était de nouveau du côté de Banda et l’état de grâce de l’UDF était bel et bien terminé.
En 1996, avec l’augmentation du taux de chômage et du prix de l’alimentation, les Malawites moyens subirent de plein fouet les réformes économiques. Les cas de malnutrition se multiplièrent, à l’instar des actes de délinquance, en particulier les vols, dans les zones urbaines. La situation s’aggrava avec la reprise trop timide de l’aide internationale, qui avait été gelée durant les dernières années du mandat de Banda.
Le Dr Banda mourut en novembre 1997. Son âge était inconnu, mais il avait certainement plus de 90 ans.

Mutharika : nouveau dictateur

En juillet 2002, Muluzi tenta en vain d’introduire un amendement à la Constitution qui lui aurait permis de briguer un troisième mandat. Après sa défaite, Muluzi désigna Bingu wa Mutharika comme son successeur ; celui-ci remporta sans surprise les élections de 2004. Beaucoup pensaient qu’il se contenterait de suivre les traces de Muluzi. Pourtant, Mutharika ne tarda pas à affirmer son indépendance en quittant l’UDF et en fondant son propre parti, le Democratic Progressive Party (DPP). Il se mit à redorer la réputation de Banda en tant que grand héro africain, provoquant de vives controverses.
La pression s’accrut avec la grave famine de 2005, le Malawi étant la principale victime des mauvaises récoltes et de la sécheresse dans la région – en 2006, dans le cadre de l’initiative Pays pauvres très endettés, le Malawi bénéficia d’un allègement de dette.
La réélection en 2009 de Mutharika donna lieu à un second mandat agité. En 2010, il renvoya du parti Joyce Banda (aucun lien avec Hastings Banda), mais fut contraint de la maintenir au poste de vice-présidente suite à son élection en 2009 en tant que colistière. En réaction, l’indomptable Joyce Banda forma son propre parti, le People’s Party. En 2011, une querelle diplomatique éclata entre Mutharika et la Grande-Bretagne suite à la fuite d’un document dans lequel il était qualifié d’“autocratique”. Mutharika rétorqua en renvoyant le haut-commissaire britannique, et la Grande-Bretagne – principal bailleur de fonds du Malawi – gela immédiatement des millions de dollars d’aide.
Les conséquences furent graves : fin 2011, le Malawi était paralysé par une hausse des prix du carburant atteignant les 150% et par de graves pénuries de carburant qui mirent dans l’impasse une industrie déjà en déclin. Mutharika bloqua les échanges avec l’étranger en réévaluant la monnaie malawite de manière démesurée sur les marchés internationaux. En juillet 2011, les États-Unis gelèrent une aide de 350 millions de dollars destinée à la remise en état du réseau électrique après que la police eut tué 20 personnes ayant participé à une vague sans précédent de manifestations antigouvernementales. Sans surprise, jusqu’à 40% des expatriés se préparèrent à quitter définitivement le Malawi.
En avril 2012, le président Mutharika fut victime d’un arrêt cardiaque. L’armée plaça un cordon de sécurité autour de la maison de Joyce Banda pour qu’elle puisse prendre la relève sans crainte que les acolytes de Mutharika ne tentent un coup d’État. Au grand soulagement de la population, elle prit ses fonctions au cours du même mois.
Joyce Banda ressere les relations avec le FMI en installant les réformes demandées. La monnaie est dévaluée à 50%. Un scandale éclate en 2013, au sujet de possibles détournements de fonds. La crédibilité de la présidente est sérieusement entachée.
En mai 2014, Joyce Banda perd les élections avec seulement 20% des suffrages. Peter Mutharika est élu avec 36% des voix.

Mis à jour le : 28 juillet 2014

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