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Idées de voyage

Safari : histoires d’éléphants (et les meilleurs endroits pour en voir)

Texte par

Anthony Ham (traduit de l'anglais par Vincent Guilluy)

Mis à jour le : 15 septembre 2021

Carte

L’éléphant d’Afrique est un gentil géant. C’est aussi le plus gros animal terrestre et peut-être le symbole le plus parlant de la grâce et de la fragilité de la nature. Si on peut facilement en voir lors d’un safari en Afrique, son existence est également menacée comme jamais auparavant. La nécessité de mieux comprendre l’éléphant et de le découvrir dans son milieu naturel n’a jamais été aussi forte. Avec ce guide, nous vous aiderons à faire les deux.

L'éléphant d’Afrique : un béhémoth (et aussi une proie)

Un éléphant d’Afrique adulte est vraiment énorme. Un mâle peut peser jusqu’à 6 048 kg, et les plus “légers” des mâles adultes pèsent rarement moins de 4 tonnes, soit deux fois et demie le poids d’une voiture familiale standard. Les femelles pèsent en général un peu plus de la moitié du poids des mâles. La différence en taille n’est pas aussi prononcée : les plus grands mâles mesurent 4 m de haut, les plus grandes femelles 3,4 m. En dehors de leur gabarit, et si le mâle n’est pas en rut, la plus grande différence se voit au niveau du front, plus anguleux chez la femelle et plus arrondi chez le mâle.

L’éléphant a le plus gros cerveau de tous les mammifères ; il peut peser jusqu’à 6 kg. Sa trompe, dont il se sert comme d’une main, peut atteindre 2 m de long et peser jusqu’à 130 kg. Elle ne contient pas d’os mais comprend près de 60 000 muscles. Ses défenses lui servent d’armes et d’outils. Les plus longues jamais recensées mesuraient 3 m de long, les plus lourdes pesaient 70 kg.

En dehors de l’être humain, l’éléphant a peu d’ennemis naturels. Dans certaines régions comme le Hwange National Park, au Zimbabwe, ou durant les années 1980 dans la région du Savuti, au nord du Botswana, quelques meutes de lions ont appris à chasser les éléphanteaux. Et laissés en liberté, les éléphants peuvent vivre de 55 à 70 ans.

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Les troupeaux d’éléphants sont toujours menés par une matriarche

La sororité des éléphants

Les éléphants vivent en troupeaux resserrés, intergénérationnels, constitués autour des femelles. L’éléphante a une des plus longues gestations du monde : près de 650 jours. Le plus souvent, la mère donne naissance à un seul petit, lequel est capable de marcher, bien que maladroitement, quelques heures après sa naissance seulement. Les éléphanteaux tètent leur mère pendant deux ans et beaucoup ne deviennent totalement indépendants qu’à l’âge de dix ans. Si le jeune éléphant est un mâle, il quitte le troupeau où il est né lorsqu’il a entre 10 et 14 ans. Il peut alors demeurer solitaire ou s’attacher à un autre mâle plus gros et plus expérimenté. Les jeunes femelles restent avec leur troupeau de naissance, qui peut comprendre leurs mères, leurs grands-mères, leurs tantes, leurs cousines et autre femelles apparentées. Ce lien femelle dure toute la vie de l’éléphante. Le troupeau est en général mené par une matriarche âgée, expérimentée, qui le guide vers les points d’eau en temps de sécheresse et est la première à se dresser pour défendre ses membres.

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L’éléphant est prêt à tout pour satisfaire ses besoins alimentaires, c’est-à-dire à manger quotidiennement l’équivalent de 5% de son propre poids

Les végétariens les plus voraces du monde

Les éléphants sont strictement végétariens et mangent herbes, feuilles, fruits et même branches ou brindilles. Un éléphant passe jusqu’à 19 heures par jour à manger, et peut en 24 heures consommer jusqu’à 340 kg de nourriture, soit environ 5 % de son propre poids. Ce qui équivaut à près de 50 tonnes par an. De l’autre « côté », un éléphant défèque jusqu’à 30 fois par jour et peut déposer près de 150 kg d’excréments. Ceux-ci ont un grand rôle écologique en participant à la dispersion des graines non digérées (source de nourriture pour les insectes, les babouins et les oiseaux), permettant ainsi aux arbres d’étendre leur territoire. Une étude a montré qu’une seule bouse d’éléphant contenait près de 5 700 graines d’acacia.

Un éléphant boit entre 100 l et 200 l d’eau par jour. Ceci pour compenser leur transpiration épidermique (jusqu’à 3,8 l par heure) et le fait qu’ils urinent près de 50 l  par jour.

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Voir des éléphants en safari est toujours un moment inoubliable

Les meilleurs endroits pour voir des éléphants en safari

Il y a deux espèces d’éléphants d’Afrique : l’éléphant de forêt et l’éléphant de savane. Plus imposant, l’éléphant de savane se trouve surtout dans les brousses et les bois peu denses d’Afrique orientale et méridionale, avec quelques populations en Afrique occidentale. L’éléphant de forêt se trouve surtout dans les forêts d’Afrique centrale, même si on peut parfois en voir en Afrique orientale ou occidentale.
Le Grand Recensement des éléphants de 2016, la plus grande étude jamais menée sur les populations d’éléphants, a dénombré 352 271 éléphants de savane en Afrique, répartis dans 18 pays.
Ailleurs, l’éléphant d’Asie, bien plus petit que l’éléphant d’Afrique, se limite aujourd’hui à des populations isolées réparties çà et là sur le subcontinent indien et en Asie du Sud-Est.

Botswana : Le Botswana abrite plus d’éléphants que tout autre pays, et en dénombrait plus de 130 000 en 2016. Tout le delta de l'Okavango est magnifique, mais le parc national de Chobe est un des meilleurs endroits d’Afrique pour voir des éléphants, gros et en grands troupeaux.
Kenya : Le Kenya est un des pays où on peut le plus facilement admirer des éléphants. Le meilleur parc national pour cela est l’Amboseli National Park, mais les parcs Masai Mara, Tsavo East et Tsavo West, ainsi que la Samburu National Reserve sont recommandés également.

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Au Kenya, l’Amboseli National Park, avec une vue imprenable sur le Kilimandjaro, est une destination de choix pour admirer des éléphants

Afrique-du-Sud : Comme pour tout ce qui a trait à la faune, le parc Kruger est le meilleur endroit pour voir des éléphants. Autre option, l’Addo Elephant National Park, le troisième parc national d’Afrique-du-Sud par la taille, est un des meilleurs endroits au monde pour en observer.
Namibie : L’Etosha National Park est le choix le plus sûr, mais voir les éléphants qui se sont adaptés au désert de Damaraland, dans le nord du pays également, est un autre option passionnante.
Tanzanie : Les populations d’éléphants sont peut-être en déclin en Tanzanie mais on a quand même de très bonnes chances d’en voir dans les parcs nationaux du Serengeti, du lac Manyara, de Tarangire et de Ruaha.

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Les safaris sur les rives du Zambèze (Zimbabwe et Zambie) vous emmènent en canoë voir des éléphants

Zambie : Le parc national de South Luangwa est le meilleur de Zambie pour voir des éléphants.
Zimbabwe : En 2016, le Zimbabwe comptait plus de 80 000 éléphants, en seconde position derrière le Botswana. Essayez les parcs nationaux de Hwange et de Mana Pools. Celui de Hwange abrite la moitié des éléphants du pays.
Malawi : Au Malawi, la réserve naturelle de Nkhotakota est un parc très intéressant, surtout depuis la réinstallation historique d’une population de 500 éléphants.
Mozambique : Au Mozambique, le parc national de Gorongosa est idéal pour admirer des éléphants.

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Même s’ils font de nombreux petits, les éléphants d’Afrique sont menacés par la hausse des activités de braconnage dans tout le continent

Éléphants en péril

À cause de leurs défenses et de la demande toujours importante en ivoire (notamment en Asie), le braconnage des éléphants a atteint des niveaux insoutenables depuis les années 1970, et leur nombre a connu une chute dramatique. L’éléphant d’Afrique est considéré comme menacé par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Dans les années 1970 et 1980, le braconnage a fait chuter le nombre d’éléphants d’Afrique de près d’1,3 millions à 500 000 environ. Au Kenya par exemple, leur population est passée de 45 000 en 1976 à seulement 5 400 en 1988. Le massacre ne s’est arrêté qu’en 1989, lorsque le commerce de l’ivoire a été interdit par la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES). Avec cette interdiction, le cours mondial de l’ivoire brut a plongé de 90%, et le marché du braconnage et de la contrebande s’est singulièrement réduit. La même année, le président kenyan Daniel arap Moi a spectaculairement fait brûler 12 tonnes d’ivoire à Nairobi, pour symboliser la détermination du Kenya à luter contre les braconniers.

Mais le braconnage a repris. L’Afrique perd plus de 30 000 éléphants par an depuis 2010, soit près de 7 % de la population totale des éléphants du continent chaque année. Ou encore 673 éléphants tués par semaine, 96 par jour, et donc quatre éléphants tués chaque heure pour leurs défenses. En 2014, pour la première fois depuis des décennies, un seuil critique a été atteint quand le nombre d’éléphants d’Afrique tués a dépassé celui de leurs naissances.
Le Grand Recensement des éléphants de 2016 a estimé à 30 % la baisse du nombre d’éléphants d’Afrique en seulement sept ans, même si toutes les nouvelles n’étaient pas aussi mauvaises. La population d’éléphants du Kenya, par exemple, a été jugée “relativement stable” avec 25 959 individus, tandis les 4 864 éléphants d’Ouganda étaient source d’optimisme, après avoir vu leur nombre baisser à quelque 800 individus dans les années 1980. À l’inverse, la Tanzanie a connu un déclin catastrophique de 60 % de sa population d’éléphants entre 2011 et 2016, avec seulement 42 871 individus, et une proportion de 2,6 carcasses d’animaux pour un éléphant vivant.

Les défenseurs de la nature attendent avec inquiétude le prochain recensement pour savoir si leurs immenses efforts pour sauver les éléphants ont endigué la montée du nombre d’animaux tués.


Première publication en novembre 2019, mis à jour en août 2020.