1. Accueil
  2. Magazine
  3. Culture et voyage
  4. Les châteaux de cinéma
Culture et voyage

Les châteaux de cinéma

Mis à jour le : 2 mai 2018

Carte

Hantés ou merveilleux, historiques ou imaginaires, les châteaux enflamment l'inspiration des créateurs. Visite guidée par quelques cinéastes inspirés.

1. Sissi impératrice (châteaux de la route sissi, Allemagne/Autriche/Hongrie)

Ernst Marischka, 1956, Autriche
L'aïeule de Barbie s'appellait Sissi et portait le costume bavarois. En atteste le second volet du tryptique pâtissier que lui a consacré ce réalisateur, assez rondouillard au demeurant. Elizabeth vient d'épouser son Franz, l'archiduc d'Autriche, mais l'étiquette de la cour lui pèse et belle-maman lui retire la garde de son enfant. De dépit, Sissi court se régugier dans le château de papa. Cerise sur la couronne, Romy Schneider prête à la malheureuse son sourire et ses larmes les plus ingénues. L'actrice mettra des années à s'affranchir de ce personnage de greluche à diadème.
Il existe une route Sissi. Ce chemin de joie démarre dans les Alpes bavaroises, fait étape dans le château d'Unterwittelsbach, près d'Augsbourg, dans le palais viennois de Schönbrunn, le « Blauer Hoh«  (la Cour bleue) de Laxenburg et s'achève dans le Versailles hongrois de Gödöllö, au nord-est de Budapest. Un itinéraire rétro qu'il est amusant de parcourir au volant d'un coupé Mercedez-Benz 300 SL d'époque, ganté de chevreau, et l'appareil Kodak en bandoulière. Ne pas oublier d'emporter une carte routière, le GPS est prohibé.

adobestock_26782569.jpeg

Bad Ischl

2.Le nom de la Rose (ITalie/Allemagne)

Jean-Jacques Annaud, 1986, Italie/France/Allemagne
En 1327, dans une abbaye bénédictine du nord de l'Italie, un moine franciscain et un novice mènent l'enquête après la mort mystérieuse de plusieurs religieux. Tiré du best-seller érudit et ludique d'Umberto Eco, ce thriller médiéval réussit sans mal à captiver avec cette enquête menée sur fond de querelles théologiques et d'Inquisition. Pièce maîtresse de l'intrigue, Guillaume de Baskerville, homme de raison plus que de foi, revêt les traits de Sean Connery dans l'un des meilleurs rôles de sa carrière.
L'atmosphère médiévale, magnifiquement rendue par la photographie et les décors, tient aussi à l'architecture du monastère qui relève davantage de la construction mentale que d'une réalité physique. Les extérieurs ont été entièrement aménagés dans les Abruzzes. Mais l'abbaye a pour modèle le Castel del Monte, dans les Pouilles, un édifice octogonal construit par Frédéric II au XIIIe siècle et aujourd'hui classé au patrimoine mondial de l'Unesco. Jean-Jacques Annaud a cependant filmé les intérieurs en Allemagne, dans l'abbaye cistercienne d'Eberbach, en Hesse, et posé sa caméra dans les monts voisins du Taunus. De quoi vous entraîner dans la spirale du temps.

adobestock_147722315.jpeg

L'abbaye cistercienne d'Eberbach

3. Harry Potter et la Chambre des secrets (Grande-Bretagne)

Chris Colombus, 2002, Grande-Bretagne
Ce deuxième opus de la série des Harry Potter présente un Daniel Radcliffe encore juvénile dans le rôle du sorcier à lunettes. Contraint de passer ses vacances chez son oncle et sa tante, Harry reçoit la visite d'un elfe le mettant en garde contre un danger menaçant le pensionnat de Poudlard… Après avoir, dans L'École des sorciers, campé le décor de l'univers fantastique de J. K. Rowling, Chris Colombus poursuit sur sa lancée. La Chambre des secrets, véritable boîte de Pandore, ménage son lot de prodiges, de farces et d'attrapes. Sans doute le plus enfantin des huit films consacrés à Harry Potter.
Poudlard est un château invisible pour les « moldus », les non-sorciers, mais les fans ont droit à un laissez-passer dans les studios de Leavesden, près de Londres, où ont été reconstitués les décors du film. La Chambre des secrets, gigantesque, mesure 2 774 m2 ! Sinon, pour approcher le réel s'il en est, rendez-vous sur le quai 9¾ de la gare londonienne de King's Cross (indiqué aujourd'hui par un panneau), d'où vous pourrez toujours espérer prendre l'imaginaire Poudlard Express. Le viaduc de Glenfinnan, dans les Highlands, a notamment servi de décor grandiose au train à vapeur. Mais la pièce maîtresse de la reconstitution cinématographique de Poudlard est le château d'Alnwick, dans le Northumberland. On y retrouve la silhouette de l'école de magie, ainsi que son intérieur, amélioré grâce à la 3D par nombre d'éléments de décor gothiques empruntés à la cathédrale de Gloucester ou au Christ Church College d'Oxford.

adobestock_93454935.jpeg

Le château d'Alnwick

4. Marie-Antoinette (château de Versailles)

Sofia Coppola, 2006, États-Unis
En signant ce biopic « trendy«  de l'archiduchesse d'Autriche devenue reine de France, Sofia Coppola se souciait moins de mettre en images les fastes de la cour et les prémices de la Révolution que de dresser le portrait d'une jeune femme prise dans le tourbillon de sa jeunesse. Kirsten Dunst, révélée par la série des Spiderman, lui prêtait sa grâce et ses caprices. Le film réinterprète la vie de Marie-Antoinette depuis son mariage avec le Dauphin, en 1770, jusqu'aux émeutes de la faim d'octobre 1789. Il surprend par les anachronismes d'une bande-son où Rameau côtoie Air et The Strokes. De quoi donner un coup de jeune aux ors de Versailles.
La réalisatrice a obtenu l'autorisation de tourner dans le château de Versailles le lundi et la nuit, quand il était fermé au public. On s'y promène à travers la galerie d'Hercule, la galerie des Glaces, autour du Petit Trianon… D'autres châteaux ont été mis à contribution, comme ceux de Vaux-le-Vicomte, Dampierre, Pontchartrain, sans oublier des hôtels particuliers parisiens, dont l'hôtel de Béhague, siège de l'ambassade de Roumanie, ou l'hôtel de Toulouse, occupé par la Banque de France. Pour une autre vision de Versailles, tournée vers les coulisses de la cour, regardez Les Adieux à la Reine (2012) de Benoît Jacquot ; Marie-Antoinette s'y montre en négligé et les quartiers des courtisans ressemble à ceux d'un pensionnat.

adobestock_70391212.jpeg

Le château de Versailles

5. La Grande Illusion (château du Haut-Koenigsbourg, Alsace)

Jean Renoir, 1937, France
Un récit d'évasion, le premier et le modèle du genre. Durant la Première Guerre mondiale, des officiers français sont emprisonnés dans une forteresse à haute sécurité commandée par un aristocrate à monocle, Von Rauffenstein. Ce film choral met à l'honneur une distribution étincelante : Gabin séduit par sa gouaille, Dalio par ses pleurnicheries et Fresnay par son phrasé cassant, sans oublier Von Stroheim, engoncé dans sa minerve. Exaltant le pacifisme et l'amitié entre les peuples, le plus grand succès de Jean Renoir est l'un des rares films conservés dans les collections du MoMA de New York.
Cap à l'est de l'Hexagone. Renoir a tourné dans la ville fortifiée de Neuf-Brisach, dans le Haut-Rhin, à Colmar, dans la vallée de Chamonix pour quelques extérieurs, et surtout dans le château du Haut-Koenigsbourg, dans le Bas-Rhin. Cette forteresse médiévale, détruite en 1633, lors de la guerre de Trente Ans, a été reconstruite au début du XXe siècle par le Kaiser Guillaume II pour marquer ce qui était alors la limite occidentale de l'Empire germanique. Son architecture militaire n'avait de valeur que symbolique mais l'édifice, perché à flanc de montagne, fait toujours impression. En été, vous risquez d'être prisonnier de la foule des visiteurs, plus d'un demi-million par an.

adobestock_136722122.jpeg

Le château du Haut-Koenigsbourg, dans le Bas-Rhin

6. Ludwig ou le crépuscule des dieux (châteaux de Bavière)

Luchino Visconti, 1972, France/Allemagne/Italie
Metteur en scène d'opéra et cinéaste munificent, Luchino Visconti lève ici le rideau sur un drame wagnérien. D'une longueur peu commune – près de quatre heures dans sa version intégrale –, Ludwig dresse un portrait sombre et désenchanté du dernier mécène de l'âge romantique. Ivre de récits épiques, d'opéra et de musique, le jeune Louis II de Bavière, joué par Helmut Berger, fait construire des châteaux extravagants où il se mure peu à peu dans la solitude et la folie. Endossant à nouveau le rôle de Sissi, Romy Schneider troque les crinolines contre les tenues de cavalière et compose un personnage au charme énigmatique, liée à son cousin bavarois par des sentiments quasi incestueux. Loin des fresques parfois boursouflées d'Hollywood, Ludwig offre une reconstitution aussi minutieuse que grandiose de l'univers du monarque.
Visconti a obtenu les autorisations pour tourner en décors naturels et dans les demeures hantées par le souvenir de Louis II. Celui-ci avait la fièvre bâtisseuse et fit construire plusieurs châteaux de style Tudor, gothique ou rococo, que l'on peut visiter dans les Alpes bavaroises. Juché sur son éperon rocheux, le château de Neuschwanstein est le plus connu des édifices de Louis II, car il inspira Walt Disney pour y loger sa Belle au bois dormant. Mais ne négligez pas la visite de Linderhof, perdu en forêt à la frontière autrichienne et entouré d'un immense parc. À voir sous la neige, par un froid glacial, pour retrouver la lumière qui nimbe le visage d'Elizabeth, « l'Impératrice errante », et voile le regard fiévreux de Ludwig.

adobestock_66293425.jpeg

Linderhof

 

Paramètres des cookies