Afghanistan : Histoire

Du fait de sa situation à la charnière du Proche-Orient, des steppes d'Asie et du sous-continent Indien, l'Afghanistan a vu, depuis des millénaires, déferler tous les grands envahisseurs. Le pays fut à de multiples reprises massacré et ruiné, mais il vit aussi s'épanouir toutes les grandes civilisations.

Des sites très anciens

Le site de Mundigak, au nord de Kandahar, témoigne d'une occupation dès le IVe millénaire avant notre ère et d'un courant d'échange entre la Mésopotamie et la vallée de l'Indus.

L'empire perse et le mazdéisme

Au VIe siècle av. J.-C. tout le territoire de l'Afghanistan actuel est annexé par les rois perses Cyrus et Darius. C'est dans la région de Bactres (l'actuelle Balkh) que Zarathoustra, ou Zoroastre, (628-551 av. J.-C.) commence sa réforme du mazdéisme, la religion de l'Iran ancien. Son enseignement, consigné dans les Avesta, fait de Ahura-Mazda un dieu plus grand que toutes les autres divinités. Il annonce en cela les religions monothéistes.

Alexandre et l'influence grecque

En 329 av. J.-C., Alexandre le Grand s'empare de la région avant de pousser jusqu'à l'Indus. Il fonde de nombreuses villes, dont les actuelles Hérat et Kandahar. L'empire en tant que tel est éphémère : la dynastie indienne des Maurya reprend en partie le pays aux puissances macédoniennes. Mais l'influence grecque reste forte et se conjugue souvent harmonieusement à l'influence indienne. Le royaume grec de Bactriane fait sentir son rayonnement même après sa disparition au milieu du IIe siècle av. J. C.

L'essor du bouddhisme

Après les invasions des Scythes et des Parthes, les Kushans, établissent, au début de notre ère, un empire relativement stable et prospère. Ouverts à toutes les influences extérieures, ils favorisent l'essor du bouddhisme et de l'art gréco-bouddhique. A partir du IIIe siècle, l'invasion des Perses sassanides ajoute une influence iranienne, plus austère, à cet fusion artistique. C'est de cette époque que dataient les deux gigantesques bouddhas taillés dans la falaise de Bamyan détruits par les talibans.

Les conquêtes musulmanes

Au milieu du VIIe siècle, après avoir vaincu les Perses sassanides, les Arabes s'emparent d'Hérat, au nord-ouest, et s'établissent au sud, dans le Sistan. Mais la conversion en profondeur du pays à l'islam ne s'effectue véritablement que sous l'influence de la dynastie turc des Ghaznavides (fin Xe-XIIe siècle). Le plus célèbre d'entre eux, Mahmud (998-1030) régna par la terreur mais fut aussi un des plus grands protecteurs des arts. Il fit édifier de somptueux palais, mosquées ou bibliothèques à Ghazni, sa capitale.

De Gengis Khan à Babour

Au début du XIIIe siècle, après avoir conquis la Chine, Gengis Khan envahit la région : il massacre la population, pille et incendie les villes et les villages, détruit même les barrages et les canaux d'irrigation. Les Afghans se relèvent à peine des ruines quand, à partir de 1370, Tamerlan (Timur Lang) s'empare de Balkh, Hérat et Kandahar. Lui aussi rase et massacre, mais il favorise également les arts et la culture. Ses successeurs encouragent même une véritable Renaissance au XVe siècle. C'est de cette époque que datent la grande mosquée de Mazar-e-Chérif et la médersa de Herat, couvertes de céramique émaillée polychrome. Puis vient encore Babour (1483-1530), descendant à la fois de Gengis Kahn et de Tamerlan, qui, en 1504, fait de Kaboul sa capitale d'où il partira pour conquérir l'Inde et fonder l'empire des Grands Moghols.

Le repli et la coupure

Avec les progrès de la navigation européenne, la route de la Soie qui passait par Hérat et Kaboul perd son attrait. La fin de ce commerce, et avec lui de bien d'autres échanges, signe l'isolement du pays, la perte de sa vitalité. Durant le XVIe et le XVIIe siècle, l'Afghanistan reste partagé entre les Perses séfévides à l'ouest (avec la ville de Hérat) et les Grands Moghols à l'est (avec Kaboul).
 

Histoire moderne

L'unité afghane

La rivalité des empires perses et moghols pour le contrôle de Kandahar favorise, au début du XVIIIe siècle, l'émergence politique de l'ethnie des Pachtoun, également appelés Afghans. Conduits par Mir Waïs, ils font de Kandahar en 1707 le centre du premier État afghan indépendant. Suit une période de conquêtes et de vicissitudes. En 1747, un chef militaire pachtoun, qui a déjà conquis Ghazni et Kaboul, se fait proclamer roi. Sous le nom de Ahmad Chah, il fonde ainsi la première dynastie afghane moderne : les Durani. Puis il étend son empire vers l'Inde, le nord-ouest de l'Iran et le nord de l'Hindou Kouch.

L'État tampon

Sous les successeurs d'Ahmad Chah, l'empire afghan souffre de conflits internes qui l'affaiblissent face à la convoitise de l'Empire britannique des Indes et de la Russie tsariste. La première guerre anglo-afghane entamée en 1839 s'achève de façon dramatique. Après un massacre de sa garnison en 1841 à Kaboul, l'armée britannique tente de se replier aux Indes et perd 16 000 soldats. Inquiète des ambitions russes, l'Angleterre envahit à nouveau l'Afghanistan en 1878 pour le forcer à accepter son protectorat. Mais quelques mois après l'installation de l'ambassade à Kaboul, ses membres sont massacrés. L'Angleterre intronise un nouveau roi, Abdul Rahman (1880-1901), et se contente désormais d'exercer son contrôle à distance. Le traité de 1893 coupe le pays pachtou en deux, l'une des moitiés restant en Inde (dans l'actuel Pakistan). Deux ans plus tard, Anglais et Russes donnent à l'Afghanistan le couloir du Whakan (ce prolongement en Chine du Pamir) pour éviter d'avoir une frontière commune. Les Anglais tentent une troisième fois d'envahir l'Afghanistan, mais doivent y renoncer rapidement. Le 22 novembre 1921 l'Afghanistan est proclamé indépendant.

1973 : proclamation de la République

Les derniers monarques tentent de réformer le pays encore médiéval dans les années 1950. Mais les rivalités entre ethnies et leur attachement aux traditions rendent difficile cette évolution. Nader Chach, qui appartient à l'ethnie pachtoun, règne depuis 1933 quand, le 13 juillet 1973, il est renversé par le prince Daoud qui proclame la République. Une fois à la tête de l'État, Daoud cherche à la fois « faire avancer » le pays et à préserver son indépendance vis à vis de Moscou. Les Soviétiques ne lui pardonneront pas et encourageront les marxistes afghans à le faire tomber.

1979-1988 : l'occupation soviétique

Une sanglante révolution prosoviétique entamée en 1978 provoque la révolte de la majorité de la population. Le 24 décembre 1979, les Soviétiques envoient l'Armée rouge en Afghanistan où ils instaurent un régime communiste dirigé par Karmal puis, à partir de 1986, par Najibullah. La plupart des pays occidentaux protestent contre cette intervention. Mais les Soviétiques sont bien décidés à rester. La résistance islamique appelle à la jihad, la guerre sainte, pour chasser l'envahisseur étranger. Les moudjahidin sont soutenus par les États-Unis, le Pakistan, la Chine et l'Arabie saoudite. Neuf ans de guérilla sanglante laissent le pays décimé et en ruine. Plus de 6 millions d'Afghans se sont réfugiés à l'étranger. L'Armée soviétique qui a subi d'épouvantables pertes entame son retrait en 1988.

1992-1996 : la guerre civile

L'envahisseur parti, les conflits internes se réveillent, plus vifs que jamais. Quand le régime communiste maintenu autour de Kaboul s'effondre en 1992, les différentes factions moudjahidines se disputent le pouvoir. L'élection du président Rabani à la tête d'une coalition ne réussit pas à empêcher la guerre civile. Animées par leurs divergences ethniques, culturelles, religieuses, les différentes factions se livrent une guerre sans pitié. Elles utilisent les armes que leur ont fournies en abondance les États-Unis, le Pakistan et l'Arabie Saoudite pour lutter contre les Soviétiques. Kaboul est bombardé à plusieurs reprises, les morts se comptent par dizaines de milliers. Le climat de violence, d'anarchie et de corruption qui règne alors explique la popularité du mouvement des talibans à ses débuts.

1996 : l'arrivée des talibans

Soutenus par le Pakistan, les talibans s'emparent de Kaboul le 27 septembre et instaurent un régime islamiste dirigé par le mollah Omar. Deux ans plus tard, le 20 août 1998, ils conquièrent la dernière grande ville du pays qui leur échappait encore : Mazar-e-Sharif. Avec eux s'ouvre le temps de la terreur et de l'intolérance au nom d'un islamisme radical. La plus grande force de résistance aux talibans reste l'Alliance du Nord, retranchée dans le nord-est du pays et dirigée par le commandant Massoud.

1998-1999 : début des représailles et des sanctions

Le 20 août 1998, en représailles aux attentats commis contre leurs ambassades en Tanzanie et au Kenya, les États-Unis bombardent les camps d'entraînement d'Oussama Ben Laden en Afghanista, où ce milliardaire saoudien, chef du puissant réseau terroriste Al-Qaida, a trouvé refuge auprès des talibans. Le 6 juillet 1999, les États-Unis prennent des sanctions contre le régime taliban. Le 19 décembre 2000, l'ONU impose de nouvelles sanctions.

2001 : les événements se précipitent

Le 9 septembre, le commandant Massoud est tué lors d'un attentat suicide perpétré par deux faux journalistes islamistes. Le 11 septembre, les attentats terroristes sans précédent perpétrés aux États-Unis déclenchent une guerre contre tous les régimes qui abritent des terroristes, au premier rang desquels celui des talibans qui abrite vraisemblablement Oussama Ben Laden. Le 7 octobre débutent des frappes militaires américaines en Afghanistan. Le régime des talibans s'effondre deux mois plus tard. En décembre à Berlin, une réunion, sous l'égide de l'Onu, nomme Hamid Karzaï à la tête d'un gouvernement de transition. De nombreux réfugiés rentrent dans leur pays. Des élections générales sont prévues mais aucun calendrier n'est encore fixé.

2004

Le 3 novembre, Hamid Karzaï est devenu le premier président démocratiquement élu d'Afghanistan, recueillant 55% des suffrages exprimés. Alors que l'État se reconstruit doucement, les talibans, qui n'ont pas réussi à empêcher la tenue des élections, voient leur influence reculer peu à peu.

2005

La transition politique se poursuit. Des élections législatives et provinciales se tiennent le 18 septembre 2005 et le Parlement est inauguré ¨le 17 décembre suivant. Toutefois, le pays doit encore faire face à de nombreux problèmes et la situation sécuritaire est très préoccupante.

2007

Les États-Unis envoient de nouvelles troupes dans le but de continuer la lutte contre les talibans. La Chambre basse du Parlement vote un projet de loi d'amnestie pour les crimes commis pendant les trente dernières années afin de favoriser une "réconcilitation nationale".

2009

Barack Obama devient président des États-Unis d'Amérique et continue la politique de lutte contre le terrorisme, entamée par son prédecesseur.

août 2009

Les élections présidentielles ne se sont pas déroulées dans les meilleures conditions (insécurité, fraude électorale, faible taux de participation...). Après l'abandon au second tour d'Abdullah Abdullah, Hamid Karzai est reconduit à la fonction de président de l'Afghanistan.

2012

François Hollande annonce le retrait des troupes françaises d'Afghanistan. 

 

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