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Culture et voyage

Récits de voyage : les grands classiques

Mis à jour le : 18 janvier 2017

Carte

D'Albert Londres à Ella Maillart, de Bruce Chatwin à Henry de Monfreid, ces écrivains voyageurs ont inspiré, par leurs écrits, bien des vocations aux aventuriers avides de mots et de nouvelles terres à explorer.

Bruce Chatwin, En Patagonie, 1977 (Argentine)

La Patagonie : le bout du monde, le vrai. Terre des jusqu’au-boutistes, dépositaire des rêves de tour du globe échoués au cap Horn, et des libertés perdues dans la pampa. Bruce Chatwin y partit au milieu des années 1970, mettant ses pas dans ceux de légendes – Butch Cassidy et Saint-Exupéry. Il se fit l’écho, dans de courts chapitres comme autant de légendes dorées, des existences invraisemblables d’illustres inconnus exilés en Terre de Feu... rentrant à son tour dans la légende fuégienne.
Il y a trois façons d’aller en Patagonie : prendre un avion de Buenos Aires pour Ushuaia, “fin del mundo” auto-célébrée. Ou bien descendre par la côte du Chili, morcelée, mais il faudra, tôt ou tard, renoncer aux routes terrestres pour prendre un bateau et naviguer entre les glaces des canaux chiliens. Ou enfin, emprunter la route de l’Est argentin, où l’on peut, à la faveur d’un arrêt, rencontrer manchots de Magellan et baleines (péninsule Valdès) et gagner la Terre de Feu en traversant le détroit de Magellan en ferry.

Isabelle Eberhardt, Lettres et journaliers, 1987 (Sahara algérien)

Le désert et la culture arabe ont transformé, de la plus pure apparence aux plus profondes pensées, la vie de plus d’un homme – et d’une femme. S’habillant à la mode masculine, se convertissant à l’islam, menant une vie nomade parmi les nomades et apprenant plusieurs dialectes, Isabelle Eberhardt (1877-1904) s’aventura loin, très loin, sans se perdre. Lettres et journaliers témoigne de son tourbillon d’expériences dans le Sahara en Algérie, à travers extraits de journaux et nouvelles dont la sereine puissance du style ne s’altère pas. 
Isabelle Eberhardt a vécu à Bône (actelle Annaba, sur la côte, non loin de la frontière tunisienne), à El-Oued, dite la “ville aux mille coupoles”, et à Batna, la capitale des Aurès, à une centaine de kilomètres de Constantine. La maison dans laquelle l’écrivaine aurait rédigé plusieurs des textes rassemblés dans le recueil menaçait ruine, aux dernières nouvelles. Depuis 2012, des tractations sont en cours pour tenter de la restaurer et de la transformer en musée. 


Portrait d'Isabelle Eberhardt. Domaine public

Peter Fleming, Courrier de Tartarie, 1936 (Asie centrale)

1935. Peter Fleming – écrivain, fine gâchette, correspondant du Times, et agent du MI6 – entreprend de rallier Pékin à l’Inde via le Xinjiang. Il faut une bonne dose de chance, de culot et de ruse pour pénétrer dans cette vaste province aux confins de trois empires, prise en étau entre le gouvernement de la lointaine Nankin, les velléités sécessionnistes des musulmans chinois et les visées expansionnistes de la Russie soviétique... et interdite aux étrangers depuis quatre ans. Une célèbre voyageuse se trouve alors aussi à Pékin : Ella Maillart. Ils partageront sept mois de caravanes, de montagnes et de déserts, et tireront chacun leur propre récit du voyage. Courrier de Tartarie relate cette odyssée de 5 600 km avec un flegme tout britannique et un humour dévastateur. Ella Maillart écrira quant à elle Oasis interdites. Deux livres aussi dissemblables de ton que les deux voyageurs l’étaient de caractère.
La région du Xinjiang, bien qu’autonome, est colonisée par les Chinois, qui constituent à présent près de la moitié de sa population, alors qu’ils n’en représentaient que 3% en 1935. Une pression démographique et culturelle qui se traduit aussi par une sévère répression identitaire.

Ella Maillart, La voie cruelle, 1947 (Iran/Afghanistan)

Il n’est plus question de découverte. Les pays que traverse Ella Maillart, de sa Suisse natale à l’Afghanistan, elle les a déjà traversés. Ce qui change, c’est le contexte, beaucoup plus lourd.
Le voyage comme thérapie : sortir de l’Europe s’apprêtant à basculer dans la guerre, en juin 1939, pour tenter de sortir une amie de son addiction à la drogue. Ella Maillart elle-même paraît avoir perdu la légèreté curieuse de ses premiers voyages, et tente de raccrocher à cette nouvelle expédition une justification ethnographique. Loin des récits de voyage comme auto-célébration de l’effort et de la distance parcourue, La Voie cruelle touche humblement aux limites des départs vers le lointain.
Impossible aujourd’hui d’emprunter la même Voie cruelle sans ressentir l’ironie de l’Histoire : la description des bouddhas géants de Bamiyan, en Afghanistan, correspond pour Ella Maillart à la paix et à la spiritualité qu’elle est venue chercher dans la région, loin des fanatismes de l’Europe en état de conflit imminent. Or, ce sont ces mêmes bouddhas qui ont été dynamités par les talibans, en 2001.

Albert Londres, Terre d’ébène, 1929 (Afrique)

On prête à Albert Londres cette définition du journalisme, qui est de “porter la plume dans la plaie”. C’est dans une réponse aux vives critiques suscitées par ces chroniques africaines, réunies dans Terre d’ébène, qu’il venait de publier dans la presse, que le reporter employa cette formule. Dans ces textes, écrits au cours des quatre mois qu’Albert Londres passa dans les colonies françaises d’Afrique, l’œil est aiguisé, le style incisif, les conclusions bouleversantes. Survivance de l’esclavage, incurie des autorités coloniales, mort de milliers d’indigènes sur la construction de la voie ferrée Congo-Océan... Le grand reporter est celui qui reste d’actualité, 85 ans après ses reportages.
Albert Londres employa tous les moyens de transport terrestres pour voyager de Dakar (Sénégal) et Brazzaville, dans ce qui formait alors l’AOF (Afrique occidentale française) et l’AEF (Afrique équatoriale française). Quant à la ligne Congo-Océan, elle existe toujours. Elle relie Brazzaville à Pointe-Noire et Mbinda, mais reste la cible d’attaques depuis la guerre civile.


La voie de chemin de fer Congo-Océan. Domaine public

René Caillié, Voyage à Tombouctou, 1830 (Mali)

René Caillié rêvait de découvrir des terres inconnues depuis son plus jeune âge ; la promesse d’un prix décerné par la Société de géographie au premier voyageur européen qui ferait la description de Tombouctou (Mali), alors interdite aux chrétiens, mit une destination sur ce rêve. Caillié y parvient après plusieurs années d’immersion dans un groupe de Maures, d’apprentissage de l’arabe et d’étude du Coran, et surtout après un très long voyage fait de privations et de maladies. Entre-temps, la relation de son voyage, rédigée notamment à partir des notes qu’il avait prises entre les lignes de son Coran, aura fait de lui le plus illustre explorateur français de son siècle.
En tombant entre les mains de rebelles touaregs en 2012, Tombouctou, la “cité aux 333 saints” se trouva exposée à une menace que des siècles d’affrontements n’avaient pas même représenté. Les radicaux islamistes, qui avaient promulgué la charia dans la ville début 2013, ont détruit plusieurs des mausolées de la ville, vestiges archéologiques uniques au monde.


René Caillé en musulman

Henry de Monfreid, Les Secrets de la mer rouge, 1932 (Corne de l’Afrique)

Aucune mission supérieure, qu’elle soit religieuse, scientifique ou même simplement sportive, ne guide Henry de Monfreid lorsqu’il quitte, à trente-deux ans, sa vie parisienne rangée pour Djibouti. L’aventure, chez Monfreid, n’est ni un but ni un exploit : c’est un mode de vie, sans foi ni loi. La seule foi qu’il embrassa, en fait, fut celle de l’islam, par commodité – car l’écrivain ne fut pas un enfant de chœur. Contrebandier, il trafiqua armes et morphine, joua à cache-cache avec les autorités, et se sortit de situations inextricables avec ses rivaux. On lit ses aventures emportées par une énergie et une langue qui n’a que leur auteur pour maître.
Les aventures de Monfreid ont essentiellement pour cadre la mer Rouge et le golfe d’Aden. La mer Rouge est une destination appréciée des baigneurs (on flotte très facilement sur son eau très salée) et des amateurs de plongée sous-marine. Plus que les contrebandiers, ce sont aujourd’hui les pirates, venus essentiellement de Somalie, qui fréquentent le golfe d’Aden, aussi la navigation de plaisance n’y est-elle pas recommandée.


Boutre à Djibouti. Carte postale, 1915-1925, Domaine public

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