Mozambique : Histoire

Chronologie du Mozambique

Fermiers et pêcheurs de langue bantoue, négociants arabes, marchands de Goa et aventuriers européens… Le Mozambique a toujours été un creuset culturel.

Les premiers pas

La première population mozambicaine était composée de petits clans de nomades éparpillés. Ces possibles cousins des Sans arpentaient probablement la brousse il y a quelque 10 000 ans. Ils ont laissé peu de traces de leur passage et l’on ignore donc à peu près tout de cette époque.
Il y a quelque 3 000 ans de cela, des peuplades de langue bantoue originaires du delta du Niger, en Afrique occidentale, entreprirent de traverser le bassin du Congo. Ils finirent par gagner l’est et le sud du continent, atteignant l’actuel Mozambique autour du Ier siècle. Pour se nourrir, ils se consacrèrent à l’agriculture, à la pêche et à l’élevage.

Les premiers royaumes

La majorité de ces Mozambicains de la première heure se constituèrent en petites chefferies, dont certaines s’unirent progressivement pour former des états ou des royaumes. Citons notamment le royaume Karanga (shona), dans le Centre du Mozambique, le fameux empire de Monomotapa, au sud et à l’ouest de l’actuelle province de Tete, ou encore le Maravi (ou Malawi), qui dominait une vaste contrée allant du fleuve Zambèze jusqu’au sud du Malawi et à la Zambie d’aujourd’hui.
Le sud du Mozambique, colonisé par les Nguni et diverses autres ethnies, demeura séparé jusqu’au XIXe siècle. À cette époque, le renforcement assuré par le puissant royaume de Gaza lui accorda un semblant de cohésion politique.

L’arrivée des Arabes

À partir du VIIIe siècle, des marins venus d’Arabie commencèrent d’arriver sur les côtes orientales de l’Afrique. Le commerce se mit à prospérer et les unions avec les autochtones de langue bantoue donnèrent naissance à la langue et à la culture swahilies. Plusieurs colonies furent fondées dès le IXe siècle. L’île de Kilwa, située dans l’actuelle Tanzanie, devint ainsi l’épicentre des réseaux commerciaux arabes en Afrique du sud-est. Quant à Sofala, près de l’actuelle Beira, elle relia Kilwa aux anciens royaumes shona et aux champs aurifères de l’arrière-pays dès le XVe siècle. Parmi les autres ports et colonies, tous gouvernés par des sultans locaux, figuraient ceux de l’île de Mozambique, d’Angoche, de Quelimane et de l’île d’Ibo.

La colonisation portugaise

En 1498, en route pour l’Inde, Vasco da Gama fit une halte sur l’île de Mozambique. Moins de dix ans plus tard, les Portugais y étaient établis et contrôlaient de nombreux comptoirs swahili-arabes. À l’origine de cette démarche, il y avait le besoin de points de ravitaillement sur la route de l’Orient, et la volonté de contrôler le commerce de l’or avec l’intérieur des terres.
Au cours des deux siècles suivants, les Portugais bâtirent diverses enclaves commerciales et forts le long de la côte, faisant de l’île de Mozambique la capitale de “l’Afrique orientale portugaise”. Vers la moitié du XVIe siècle, l’ivoire avait remplacé l’or en tête des produits d’exportation. À la fin du XVIIIe siècle, l’être humain vint s’ajouter à la liste : près d’un million d’esclaves africains allaient transiter par les ports du Mozambique.

Les luttes d’influence

Au XVIIe siècle, afin de renforcer leur mainmise, les Portugais mirent en place des prazos (vastes domaines agricoles) à partir de terres octroyées par la Couronne portugaise ou arrachées à des chefs locaux. Cette manœuvre ne produisit que de maigres résultats, si ce n’est le renforcement du pouvoir détenu par les prazeiros (titulaires des concessions).
À la fin du XIXe siècle, toujours en vue de consolider leur influence, les Portugais établirent des compagnies à charte, gérées par des sociétés privées censées développer les ressources au sein de leur territoire. En réalité, ces compagnies privilégiées adoptèrent un fonctionnement de fiefs autonomes, ne contribuant guère ainsi à renforcer l’influence portugaise. La plupart se conclurent par un fiasco économique, marqué par les conditions de travail et d’existence aberrantes imposées à la population locale.
Dans les années 1880, le début de la “ruée vers l’Afrique” vit plusieurs puissantes européennes se disputer le contrôle d’une partie du continent africain. En conséquence, le Portugal se retrouva dans l’obligation d’affirmer ses revendications locales. En 1891, un traité anglo-portugais fut signé, officialisant l’influence lusitanienne sur la région.

L’orée du XXe siècle

Au début du XXe siècle, le Mozambique connut l’un de ses épisodes les plus marquants. Poussée par le développement des mines d’or du Witwatersrand et le nouveau code du travail (1899), la main d’œuvre des provinces du Sud émigra massivement en Afrique du Sud et en Rhodésie (l’actuel Zimbabwe). Cette nouvelle législation distinguait les non indigènes (não indígenas ou assimilados), jouissant de la pleine citoyenneté portugaise, et les indigènes (indígenas), soumis aux dispositions de la loi coloniale. Sur place, ces derniers n’avaient d’autre choix que de travailler, de payer des impôts locaux et de se conformer aux lois adoptées.
Autre facteur essentiel, le sud du pays prit une importance économique grandissante. Ses liens avec l’Afrique du Sud se renforçant, Lourenço Marques (devenue Maputo) s’imposa comme un port et un canal d’exportation majeurs. À la fin du XIXe siècle, les Portugais en firent même leur nouvelle capitale au détriment de l’île de Mozambique.
À la fin des années 1920, António Salazar accéda au pouvoir au Portugal. Il interdit l’accès des colonies aux investisseurs non portugais, abolit les derniers prazos et renforça le pouvoir du Portugal en Afrique. Dans l’ensemble, les conditions de vie des Mozambicains empirèrent considérablement.

Le massacre de Mueda

Face à cette situation, le mécontentement grandit, tandis qu’une conscience nationaliste se développait. En juin 1960, des villageois organisèrent une réunion pacifique à Mueda, dans le nord du Mozambique, afin de protester contre les impôts. Les troupes portugaises ouvrirent le feu sur la foule, faisant de nombreuses victimes. Le ressentiment né de ce “massacre de Mueda” contribua à politiser les Makondés et à embraser la lutte indépendantiste. Divers soutiens extérieurs se manifestèrent, dont celui de Julius Nyerere, président du Tanganyika (l’actuelle Tanzanie) voisin. En 1962, au lendemain d’une réunion d’organisations politiques œuvrant en exil pour l’indépendance, le Frente de Libertação de Moçambique (Front de libération du Mozambique, ou Frelimo) fut fondé à Dar es Salam, en Tanzanie. Eduardo Chivambo Mondlane en devint le premier président.

La lutte pour l’indépendance

Très vite, le Frelimo se retrouva rongé par les divisions internes. Pourtant, grâce au charismatique Mondlane et à ses bases tanzaniennes, le mouvement de libération réussit à se doter d’une structure et à définir un programme d’action. Le 25 septembre 1964, Mondlane proclama le début de la lutte armée.
En 1969, dans son bureau de Dar es Salam, le président du Frelimo succomba à l’explosion d’un colis piégé. Samora Moises Machel, chef militaire du mouvement, prit alors sa succession. Sous ses ordres, le Frelimo s’efforça d’étendre sa zone d’opérations vers le sud. Pendant ce temps, les Portugais tentaient d’éliminer le soutien rural au Frelimo en menant une politique de la terre brûlée, puis en relogeant les habitants dans des aldeamentos (complexes villageois fortifiés).
Cependant, les difficultés de l’empire colonial portugais et la pression internationale grandissante finirent par saper les ressources du gouvernement. En 1974, lors d’une cérémonie organisée à Lusaka (Zambie), le Portugal accepta de céder le pouvoir au Frelimo, lequel forma un gouvernement de transition. Le 25 juin 1975, la République populaire du Mozambique fut proclamée, avec Samora Machel et Joaquim Chissano pour président et Premier ministre respectifs.

Les premières années de l’indépendance

Les Portugais se retirèrent quasiment du jour au lendemain, laissant le pays en proie au chaos, avec de rares professionnels expérimentés et une infrastructure presque inexistante. Brutalement confronté à l’obligation de gérer le pays, le Frelimo se lança tête baissée dans une politique de changement social radical.
En 1983, une fois l’irréalisme de ce programme devenu évident, le pays se retrouva au bord de la faillite. La Resistência Nacional Moçambicana (Renamo) fit alors son entrée sur la scène politique. Fondé par la Rhodésie au milieu des années 1970 dans le cadre d’une politique de déstabilisation, ce parti hétéroclite avait survécu grâce au soutien de l’armée sud-africaine et de certains appuis occidentaux.

Les ravages de la guerre

La Renamo, fruit de forces extérieures plus que de motivations politiques internes, ne possédait aucune idéologie propre, hormis la destruction massive des infrastructures et la déstabilisation du gouvernement. Pour nombre d’observateurs, ce conflit qui allait déchirer le pays pendant 17 ans n’avait rien d’une guerre “civile” : il opposait simplement le gouvernement Frelimo du Mozambique aux partisans extérieurs de la Renamo. Le recrutement se faisait souvent sous la contrainte. Outre la destruction des routes, des ponts, des voies ferrées, des écoles et des cliniques, des atrocités d’une ampleur monstrueuse furent commises.
En 1983, la sécheresse et la famine paralysèrent le pays. Face à cette situation critique, le Frelimo décida d’ouvrir le Mozambique aux investisseurs occidentaux, en échange d’une aide financière.
En 1984, l’Afrique du Sud et le Mozambique signèrent l’accord de Nkomati. Le texte prévoyait que l’Afrique du Sud retire son soutien à la Renamo. De son côté, le Mozambique s’engageait à exclure le Congrès national africain (ANC) et à s’ouvrir aux investissements sud-africains. Le Mozambique respecta son engagement, tandis que son grand voisin exploitait largement la situation sans que l’activité de la Renamo s’en trouve affaiblie.
En 1986, le modéré Joaquim Chissano succéda à Samora Machel, disparu dans un accident d’avion aux circonstances douteuses. La guerre entre le gouvernement Frelimo et les rebelles de la Renamo se poursuivit. Vers la fin des années 1980, un changement politique radical finit enfin par survenir. L’effondrement de l’URSS altéra l’équilibre politique, tandis que le nouveau président sud-africain, Frederik de Klerk, gênait le ravitaillement de la Renamo par les factions d’extrême droite.

La paix

Au début des années 1990, le Frelimo finit par renier son idéologie marxiste. Un cessez-le-feu fut suivi d’un accord de paix officiel, en octobre 1992, avant une campagne de désarmement et de démobilisation réussie sous l’égide des Nations Unies.

Mis à jour le : 1 août 2014

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