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Culture et voyage

Les plus beaux romans d'amour... voyageurs

Mis à jour le : 9 mars 2020

Carte

Derrière les folles passions amoureuses qui animent leurs héros, ces romans nous invitent à voyager aux quatre coins du monde.

 

1. "Le Docteur Jivago" de Boris Pasternak, 1957 (Russie)

Roman vaste, aussi vaste que la Russie que ses personnages parcourent, et que l'Histoire qu'ils traversent, Le Docteur Jivago est aussi, et surtout, un immense poème en prose. Youri Jivago, quoique médecin, est d'abord poète ; ce feu intérieur n'est pas de trop pour résister au froid de Sibérie et éclairer la nuit dans laquelle les luttes fratricides plongent le pays, à l'heure de la révolution russe. De la vie tout entière de Jivago, que le roman raconte, de toutes ses amours, Lara brille de l'éclat des instants volés aux ténèbres – et, depuis le film de David Lean, est à tout jamais associée à la « chanson » que lui dédia Maurice Jarre.

L'Agence Tsar Voyages propose un parcours de 5 jours et 4 nuits sur les traces de l'écrivain, de la ville de Perm (dans l'Oural, où se déroule son premier roman) à Vsevolodo-Vilva où il vécut, en longeant le chemin de fer de l'Oural. Les autorités soviétiques dissuadèrent Pasternak d'accepter le prix Nobel qu'il reçut en 1958 pour un roman qu'elles avaient tout fait pour empêcher de paraître ; Le Docteur Jivago ne fut autorisé en Russie que trente ans plus tard… C'est la raison pour laquelle c'est en Californie, à l'université de Stanford, et non en Russie, que l'on trouve les écrits originaux de Pasternak.

 

2. "Marelle" de Julio Cortazae, 1963 (Paris, Buenos Aires, Montevideo)

C'est Paris, mais le Paris des peintres, des musiciens et des intellectuels exilés, des soirées à parler de jazz et de littérature en clopant, aux accents argentin, roumain, américain, chinois, espagnol ; c'est la ville d'Oliveira vivant avec la Sibylle. C'est Buenos Aires, mais le Buenos Aires du retour et de la morne folie ; c'est la ville d'Oliveira survivant, sans la Sibylle. C'est Montevideo, et Montevideo est la ville d'Oliveira cherchant, comme un fantôme abandonné, la Sibylle qui est partie, lorsqu'il se rendait compte qu'il l'aimait. C'est Marelle, trois lieux, trois parties, et trois ordres de lecture : Cortázar conçut ses chapitres pour être lus soit dans l'ordre classique de leur succession linéaire, soit par le saut que chaque fin de chapitre invite à faire vers un autre… soit dans l'ordre qu'il vous plaira.

Titres des trois parties de Marelle : « de l'autre côté », « de ce côté-ci », « de tous les côtés ». Marelle est un roman qui se traverse à la nage, et pour cause : entre Paris et Buenos Aires, il y a l'Atlantique, et entre Buenos Aires et Montevideo, il y a le Rio de la Plata. Les capitales de l'Argentine et de l'Uruguay se font face, d'une rive à l'autre du fleuve, mais l'air y est différent : l'une tourne le dos à l'océan, tandis que l'autre s'y jette tête la première. La traversée de Buenos Aires, au départ de Puerto Madero vers Colonia, avant-poste de Montevideo, se fait en ferry, en moins d'une heure.

 

 

3. "Avec vue sur l'Arno" d'Eward Morgan Forster, 1908 (Florence, Angleterre)

Les femmes de la bonne société britannique restèrent longtemps bridées par les conventions sociales et les corsets. Dans l'Angleterre encore toute guindée d'Edouard VIII, il n'est ainsi pas convenable pour une jeune femme de sortir sans son chaperon, surtout en vacances à Florence. Mais comment ne pas tomber amoureux quand on est à Florence ? La lumière et le parfum de la capitale toscane agissent clairement, dans la première partie de ce grand roman sentimental de Forster, sur les hormones de la jeune Lucy Honeychurch et du fringuant George Emerson, mais le printemps de leur amour sera fraîchement interrompu par le chaperon. La seconde partie est celle du désespérant retour au pays et à la raison, dans ce Surrey tout bucolique et provincial, qui donne envie de retourner immédiatement à Florence…

Florence, et ses environs toscans, est une destination dont le romantisme n'est plus à prouver. La chambre avec vue, sur l'Arno donc, fut celle que James Ivory filma dans son adaptation du roman, en 1985. À l'époque, l'endroit portait toujours le même nom que dans le roman – Pensione Bertolini – mais désormais, il vous faudra chercher l'Hotel degli Orafi (un quatre-étoiles) pour jouir de la vue, et de vos sens.

 

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Le fameux Ponte Vecchio de Florence

 

4. "L'Amant" de Marguerite Duras, 1984 (Delta du Mékong, Vietnam)

Marguerite Duras raconte, avec le recul qu'offre l'écoulement de plus d'un demi-siècle, sa première classe de chair. L'éveil à la sensualité de la jeune fille à peine nubile se fait sur un bateau traversant le Mékong, sous le regard d'un élégant Chinois, le double de son âge. Le soleil et la chaleur de la colonie indochinoise, entre les deux guerres, exacerbe le désir, et accuse les contrastes : différence d'âge entre les deux amants, mais aussi différence de classe, et différence d'ethnie. L'Amant a quelque chose d'un Lolita tropical, mais raconté du point de vue de la jeune fille, par la vieille femme qu'elle est devenue.

C'est à Sadec, dans le delta du Mékong, que Marguerite Duras passa son adolescence, et qu'elle rencontra son premier amant, héritier d'une riche famille chinoise. Si l'école où enseigna la mère de Duras, institutrice de son état, existe toujours, c'est la maison habitée par L'Amant qui cultive le souvenir du lien de Duras à la ville : classée site historique national en 2009, elle retrace à la fois le parcours de Duras en Indochine, celui de l'amant à la suite de leur relation, et le tournage du film de Jean-Jacques Annaud, au début des années 1990.

 

 

5. Paul et Virginie, de Bernardin de Saint-Pierre, 1787 (île Maurice)

De son propre aveu, Bernardin de Saint-Pierre, las de voir les histoires d'amour se dérouler dans le cadre par trop familier de l'Europe, voulut en « asseoir sur le rivage de la mer, au pied des rochers, à l'ombre des cocotiers, des bananiers et des citronniers en fleur ». Un voyage amoureux vers les îles du sud avec pour gouvernail la bienséance morale : les sentiments adolescents de Paul et Virginie restent bien chastes, et ont la pureté originelle du décor édénique qui les entourent. Seuls la société des hommes, et de fatals vents contraires, forcent la sortie du paradis terrestre.

Lorsque Bernardin de Saint-Pierre écrit Paul et Virginie, l'île Maurice est une petite colonie peuplée de 20 000 habitants, dont un quart sont des esclaves. La République de Maurice est aujourd'hui indépendante et peuplée de plus d'un million d'habitants métissés, et si sa capitale, Port-Louis, n'a plus grand chose de la petite localité semi-paradisiaque décrite dans le livre, le reste de l'île offre toujours des merveilles de trésors naturels à explorer, notamment Chamarel, la « terre des sept couleurs », et le Morne Brabant, montagne de granit classée au patrimoine naturel de l'Unesco, ancien sanctuaire des esclaves.

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La chute d'eau de Chamarel, île Maurice

 

6. "Djamilia" de Tchinguiz Aïtmatov, 1958 (Kirghizistan)

On est loin de tout, dans Djamilia. L'espace d'abord : le Kirghizistan, pays de steppes et de montagnes perdues au cœur de l'Asie centrale. Puis l'époque : la Seconde Guerre mondiale, qui se manifeste ici en creux par l'absence des hommes, appelés sous le drapeau soviétique à se battre contre l'ennemi nazi. On est loin de tout, et pourtant les sentiments confus d'un tout jeune homme de treize ans pour sa belle-sœur Djamilia, sur laquelle il est censé veiller en l'absence de son frère, résonnent d'une évidence universelle. Écrit par un jeune homme kirghiz promis aux plus hautes récompenses littéraires de Russie, ce court roman se trouva un admirateur de choix en la personne d'Aragon, qui le traduisit en français.

Le Kirghizistan est un véritable bouillon de culture, au carrefour de trois grandes influences : son peuple d'origine turc utilise un alphabet cyrillique et pratique un islam mâtiné de chamanisme ! Les Kirghizs étaient nomades jusqu'à ce que le régime soviétique sédentarise la population de ce petit état enclavé au moyen des kolkhozes, décrits dans le roman. Le pays attire très peu de touristes malgré la richesse de son patrimoine naturel, dessinant de spectaculaires chaînes montagneuses surplombant de vastes vallées et le Yssik Koul, plus vaste lac de montagne au monde après le Titicaca. Une célèbre visiteuse, Ella Maillart, consigna sa découverte du pays dans la première des deux parties de Des monts célestes aux sables rouges.

7. "Autant en emporte le vent", de Margaret Mitchell, 1936 (Géorgie, USA)

Immortalisés à l'écran par Vivien Leigh et Clark Gable, les personnages de Scarlett O'Hara et Rhett Butler sont devenus des archétypes de la romance au même titre que Roméo et Juliette. Scarlett est une enfant gâtée insupportable et hautaine, le capitaine Buttler un cynique doublé d'un goujat, mais leur rencontre produit des réparties étincelantes. Le jeu du chat et de la souris durera douze ans. Le mélodrame, qui a pour toile de fond un État sudiste à feu et à sang pendant la guerre de Sécession, ne brode pas sur le thème de la cause perdue pour rien. Malgré son parti pris clairement esclavagiste et son racisme explicite – largement atténués dans le film de Victor Fleming – le livre de Margaret Mitchell continue, aujourd'hui encore, sa carrière d'incontournable roman d'amour.

La plantation de coton de la famille O'Hara se situe dans l'État de Géorgie, dont la capitale, Atlanta, est un autre théâtre essentiel de l'action. La Géorgie paya très cher son allégeance sudiste : en 1864, les industries d'Atlanta furent réduites à néant, et la campagne saccagée – le roman s'en fait l'écho. La Géorgie fut le dernier État sudiste à déposer les armes, mais elle s'est rattrapée depuis en donnant aux États-Unis et au monde le Coca-Cola, Julia Roberts et surtout Martin Luther King. La petite ville de Marietta, dans la banlieue d'Atlanta, est l'hôtesse d'un musée exclusivement consacré au roman et à son adaptation : la robe de lune de miel portée par Vivien Leigh y côtoie des effets personnels de Margaret Mitchell dans une scénographie évoquant le quotidien des plantations de coton dans la seconde moitié du 
XIXe siècle.
 


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