Biélorussie : Histoire

L’arrivée des Slaves

Les traces de présence humaine en Biélorussie remontent au paléolithique. Des Slaves orientaux des peuples krivitches, dregovitches et radimitches s’y installèrent entre le VIe et le VIIIe siècle. Les principautés de Polatsk (mentionnée pour la première fois en 862), Turau (980), Pinsk et Minsk furent formées et toutes passèrent sous la suzeraineté de la Rous kiévienne du prince Vladimir, à la fin du Xe siècle. L’économie reposait sur l’agriculture sur abattis-brûlis, l’apiculture et le commerce fluvial, en particulier sur le Dniapro (Dniepr).

La domination lituanienne et polonaise

Lorsque la Rous kiévienne fut écrasée par les Tatars mongols, en 1240, de nombreuses villes biélorusses, relativement épargnées par les invasions, devinrent vassales des Tatars. Au XIVe siècle, le territoire correspondant à la Biélorussie actuelle fut rattaché au grand duché de Lituanie. La domination russe ne s’exerça que 400 ans plus tard, laissant le temps aux Biélorusses de se distinguer, tant au niveau linguistique que culturel, de leurs voisins russes à l’est et ukrainiens au sud.
Après la conversion de la Lituanie au catholicisme, qui suivit l’unification de sa couronne avec celle de la Pologne en 1386, les paysans biélorusses restèrent orthodoxes mais furent réduits au statut de serfs.
La Lituanie accordait néanmoins une certaine autonomie à ses sujets, utilisant même le biélorusse comme langue officielle au début du XVe siècle – un fait important pour les patriotes biélorusses contemporains, qui conforte leur légitimité historique. La correspondance, la littérature, les doctrines et les statuts officiels de cette période étaient rédigés en biélorusse.
En 1596, les autorités polonaises instaurèrent l’Union de Brest, qui fonda l’église uniate (également appelée catholique ukrainienne ou catholique grecque), soumettant une grande partie de l’Église orthodoxe biélorusse à l’autorité du Vatican. L’Église uniate prônait la suprématie du pape et la doctrine catholique, tout en autorisant les rituels orthodoxes.
Durant les 2 siècles de domination polonaise qui suivirent, les Polonais et les juifs contrôlèrent le commerce et la majorité des Biélorusses demeurèrent des paysans. Ce ne fut qu’après les 3 partitions de la Pologne (1772, 1793 et 1795-1796) que la Biélorussie fut absorbée par la Russie.

Les tsars

Les tsars poursuivirent une politique de russification et, en 1839, l’Église uniate fut abolie, marquant le retour de la plupart des Biélorusses à l’orthodoxie. Les souverains russes et l’Église orthodoxe considéraient la Biélorussie comme la “Russie occidentale” et essayèrent d’oblitérer tout nationalisme biélorusse, interdisant les publications en biélorusse.
L’économie se développa doucement au XIXe siècle, avec l’émergence de petites industries comme l’exploitation du bois, la fabrication du verre et la construction navale. Cependant, le progrès industriel restait loin derrière celui de la Russie et la pauvreté des campagnes provoqua l’émigration de 1,5 million d’habitants, pour la plupart aisés ou éduqués, au cours des 50 années qui précédèrent 1917, principalement en Sibérie ou aux États-Unis.
Au XIXe siècle, la Biélorussie faisait partie de la Zone de résidence, où devaient habiter les juifs de l’Empire russe. Avant la Seconde Guerre mondiale, le pourcentage de juifs dans nombre de villes biélorusses s’élevait de 35 à 75%. La grande majorité des Biélorusses vivait à la campagne, pauvres et illettrés. La stagnation culturelle, l’absence de représentation aux postes d’influence et la domination historique des Polonais et des Russes ralentirent considérablement l’émergence d’un sentiment de nationalité distincte chez les locuteurs biélorusses. Cependant, les intellectuels s’inscrivirent dans la vague de nationalisme qui balaya l’Europe et le concept de peuple biélorusse apparut pour la première fois au XIXe siècle.

Les guerres mondiales et la domination soviétique

En mars 1918, sous l’occupation allemande, une république démocratique de Biélorussie indépendante fut proclamée, puis en janvier 1919 les Soviétiques proclamèrent la république socialiste soviétique de Biélorussie (RSSB), à Smolensk. Peu après,  l’Armée rouge envahit la plus grande partie de la Biélorussie actuelle. Lors de la guerre soviéto-polonaise de 1919-1920, les forces polonaises occupèrent Minsk pendant plus d’une année. En 1921, le traité de Riga attribua en gros la moitié occidentale de la Biélorussie à la Pologne. Une polonisation brutale s’ensuivit, provoquant la résistance armée des Biélorusses.
La partie contrôlée par les bolcheviks, de nouveau proclamée RSSB, devint l’un des membres fondateurs de l’URSS, en 1922. Cette petite zone autour de Minsk fut élargie quelques années plus tard avec le transfert par l’URSS des régions orientales de Polatsk (Polotsk), Vitsebsk (Vitebsk), Orcha, Mahileu (Moguilev) et Homel (Gomel), toutes habitées par une importante population biélorusse.
Le régime soviétique des années 1920 encouragea la littérature et la culture biélorusses et soutint la formation de plusieurs organisations à tendance nationaliste. Dans les années 1930, sous Staline, le nationalisme et la langue biélorusses furent combattus et ceux qui les prônaient, sauvagement persécutés. Les années 1930 virent l’industrialisation, la collectivisation agricole et les purges au cours desquelles des centaines de milliers de personnes furent exécutées – notamment dans la forêt de Kourapaty, près de Minsk. Ces purges décapitèrent l’élite nationaliste et marquèrent l’arrêt du développement culturel biélorusse. Ces atrocités furent révélées à la fin des années 1980 et le gouvernement du début des années 1990 tenta de les aborder avec honnêteté. Depuis, le président Alexandre Loukachenko a entrepris d’étouffer à nouveau la question.
Lorsque l’Allemagne nazie déclencha la Seconde Guerre mondiale en envahissant la Pologne, en septembre 1939, l’Armée rouge en profita pour s’octroyer une partie de ce pays, aujourd’hui l’ouest de la Biélorussie. La Biélorussie se trouva à nouveau en première ligne lorsque les Allemands envahirent l’URSS, en 1941. L’occupation qui en résulta fut brutale et la résistance partisane ne désarma pas jusqu’à ce que l’Armée rouge chasse les Allemands, en 1944. De grandes batailles firent rage autour de Vitsebsk, de Barysau (Borissov) et de Minsk, ne laissant que des ruines. Au moins 25% de la population biélorusse (quelque 3 millions de personnes) moururent entre 1939 et 1945. Un grand nombre périrent dans l’un des quelque 200 camps de concentration nazis ; le troisième plus grand camp était implanté à Maly Trostenets, où plus de 200 000 personnes, juives ou non, furent exécutées.
La Biélorussie demeura aux mains des Soviétiques à la fin de la guerre. En 1945, elle fut l’un des membres fondateurs de l’ONU et obtint plus tard un siège au Conseil de sécurité. Le pays fut transformé en centre industriel de l’ouest de l’URSS et accueillit des usines majeures, comme l’usine de tracteurs de Minsk. Il devint ainsi l’une des républiques les plus prospères d’URSS, avec un niveau de vie relativement élevé dans les centres cosmopolites.

La rébellion et l’indépendance

La catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1986 affecta davantage la Biélorussie que les autres pays (les théoriciens et scientifiques partisans affirment que Moscou avait détourné les nuages pour éviter que les radionucléides ne retombent sur la Russie), avec un quart du territoire contaminé. Ce fut l’un des quelques sujets qui cristallisèrent l’opposition politique parmi une population traditionnellement placide de communistes convaincus. 
En 1988, le Front populaire biélorusse fut formé pour soulever les problèmes posés par la catastrophe de Tchernobyl, la découverte de Kourapaty et l’usage déclinant de la langue biélorusse. Leader du Front populaire depuis ses débuts, l’archéologue Zianon Pazniak est aujourd’hui réfugié politique aux États-Unis.
En réponse à la montée du sentiment nationaliste, la République publia une déclaration de souveraineté à l’intérieur de l’URSS, le 27 juillet 1990. Cette même année, le biélorusse fut déclaré langue officielle (rejointe par le russe en 1995). Le gouvernement instaura son propre système financier et une monnaie d’État, puis tenta d’établir un système de marché libre et ouvert.
Après l’échec du coup d’État contre Gorbatchev en août 1991, le Soviet suprême (le Parlement) déclara l’indépendance nationale totale le 25 août. Le pays devint alors la république de Biélorussie. N’ayant jamais été par le passé une entité politiquement ou économiquement indépendante, la Biélorussie est l’un des produits les plus étranges de la désintégration de l’URSS.

Après l’indépendance

Stanislas Chouchkevitch, un physicien soutenu par le Front populaire qui avait fait campagne sur les négligences officielles au sujet de Tchernobyl, fut nommé chef de l’État, avec un nouveau gouvernement dominé par la vieille garde communiste. En décembre 1991, la Biélorussie devint l’un des membres fondateurs de la Communauté des États indépendants (CEI), dont le siège se trouve à Minsk.
Les difficultés économiques entraînèrent le retour en grâce des communistes, qui s’opposèrent de plus en plus ouvertement à Chouchkevitch. Ce dernier fut révoqué en janvier 1994 en raison de fallacieuses accusations de corruption.
En juillet 1994, lors des premières élections présidentielles directes du pays, Alexandre Loukachenko, ancien directeur d’un élevage collectif de volailles (et surnommé péjorativement kolkhoznik, de kolkhoz : ferme collective), remporta la majorité des suffrages. Lors de sa campagne, il avait promis de faire reculer l’inflation, d’arrêter les privatisations et de se rapprocher de la Russie.
Loukachenko s’est le premier proclamé autocrate et autoritaire ; il a consacré la majeure partie de ses plus de 10 années au pouvoir à renforcer le contrôle de tous les aspects de la société biélorusse et à la protéger de l’influence étrangère. Sa première mesure importante est intervenue en 1996, avec l’organisation d’un référendum, jugé illégitime par l’Occident, qui a dépouillé le parlement de son autorité, augmenté la durée de son mandat et ôté toute indépendance au gouvernement. Depuis, le président ne fait que s’octroyer plus de pouvoir.
Loukachenko a remporté les élections de 2001, et celles plus récentes de mars 2006, malgré la critique internationale et les accusations d’illégalité de l’opposition. Comme il peut se présenter à vie (un autre référendum en 2004 lui a donné le droit de rester en place sans restriction de temps), il a de fortes chances de conserver la présidence. Le fait qu’au cours de l’année précédant le référendum il ait augmenté 3 fois les retraites, relevé le salaire moyen pour la première fois depuis des années et triplé le prix du blé payé aux fermes d’État explique sans doute sa popularité auprès des habitants des régions rurales.
Politiquement, le pays est devenu une île isolée au cœur de l’Europe. La Biélorussie est le seul pays européen qui ne soit pas membre du Conseil de l’Europe ; elle a même perdu son statut d’invité spécial à cause de son mépris ouvert des droits de l’homme. Les mesures isolationnistes de Loukachenko ont montré son absence de considération à l’égard de l’opinion du “monde extérieur,” à l’exception de la Russie avec laquelle le président a tenté, avec plus ou moins de bonheur, de tisser des liens plus étroits (voir p. 678).
La Biélorussie “bénéficie” d’une attention internationale accrue depuis que l’administration américaine semble s’être soudainement rendu compte de son existence. En 2004, George W. Bush a signé le Belarus Democracy Act, menaçant le pays de sanctions s’il persévère dans sa politique antidémocratique. En 2005, la secrétaire d’État Condoleezza Rice a cité la Biélorussie parmi les six “avant-postes de la tyrannie” mondiaux. Cet intérêt tardif est probablement dû aux informations concernant les ventes d’armes biélorusses à l’Irak. 
La vente d’armes constitue une part importante de l’économie biélorusse ; au cours de la dernière décennie, le pays a figuré parmi les 10 premiers exportateurs d’armes mondiaux. Le Kosovo, la Palestine et la Libye comptent parmi ses clients réguliers. En 2004, Veranika Tcherkassava, une journaliste qui préparait un exposé sur les ventes de son gouvernement à l’Irak, a été assassinée dans son appartement à Minsk (voyez le site www.isn.ch/news/sw/details_print.cfm?id=10853 pour plus d’informations). 
La liste de ce que le gouvernement est capable de faire pour se protéger est aussi longue qu’attristante (voir l’encadré p. 676). Une plaisanterie sur le président peut coûter sa place à un fonctionnaire.
Loukachenko a juré de préserver sa liberté “à n’importe quel prix”. Fin 2004, il a fait passer des amendements qui donnent force de loi à ses volontés. L’armée et la police doivent exécuter ses ordres en toute circonstance et à tout moment, même lorsqu’ils enfreignent la loi internationale, comme lors de la loi martiale ou de l’état d’urgence. L’utilisation d’armes et d’équipements militaires est désormais possible en toutes occasions, à la discrétion du président ; ainsi, les soldats ne peuvent refuser de tirer sur des civils désarmés si on le leur ordonne. Une “révolution” de type ukrainienne semble bien peu probable dans les années à venir.
 

evaneos

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