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Tour du monde à vélo : témoignage et conseils

Texte par

Kevin Corbière

Mis à jour le : 23 avril 2018

Carte

Pour tout aventurier qui se respecte, un tour du monde représente certainement le voyage ultime. Avant d'entreprendre ce projet, le choix de votre mode de transport est essentiel. À mi-chemin entre le road trip et la randonnée pédestre, le vélo semble se prêter parfaitement au voyage itinérant. Outre ses intérêts économiques et écologiques, le VTT permet surtout de sortir des sentiers battus, à la bonne vitesse pour ne rien manquer des paysages et des rencontres. C'est en tout cas l'avis de Loïc, ancien globe-trotteur à vélo. Cet explorateur retrace pour nous son fascinant périple de 3 ans, nous indique les nombreux avantages du voyage à vélo et nous donne de précieux conseils sur l'organisation d'une telle expédition. Vous êtes maintenant parés pour silloner le monde à deux roues.

Pouvez-vous résumer votre itinéraire ?

"Au total, j’ai traversé une cinquantaine de pays. La première année,  j’ai visité le continent européen et l’Asie. Je suis parti en ligne droite de la France jusqu’à Istanbul, puis j’ai traversé la Turquie, l’Iran, l’Inde, l’Asie du Sud Est, la Chine et le Japon. J’ai ensuite rallié le continent américain de Vancouver au Canada, jusqu’à Ushuaia au sud de l’Argentine. Pour finir, j’ai rejoint l’Afrique du Caire en Égypte jusqu’au Cap en Afrique du Sud en passant par l’Afrique de l’Est."

Itinéraire de tour du monde

Itinéraire de tour du monde

 

Quel budget et quel matériel faut-il prévoir pour un tour du monde ? 

"Le voyage ne s’est pas vraiment passé comme prévu. Je devais partir un an et je suis finalement rentré après 3 ans et demi de périple. Niveau budget, j’ai dépensé environ 20 000 euros entre le jour de départ et le retour en France. Ce montant comprend les liaisons en avion, les dépenses quotidiennes comme la nourriture, un hébergement de temps en temps (pour changer du bivouac), les cartes routières, les entrées de parcs nationaux,  les visas… À cela, on ajoute 3 000 euros de matérielJe n’avais jamais pensé à partir plusieurs jours ou semaines à vélo. J’ai voyagé une semaine dans le Jura avec un ami et ce fut la révélation. J’ai aimé cette sensation de liberté qu’on éprouve lorsqu’on voyage à vélo. On a tout avec soi et on s’arrête quand on veut. Le seul souci, c’est qu’à vélo il faut du temps. Même en un mois, on ne fait pas grand-chose. À l’époque, j’étais salarié de la fonction publique (au même poste que j’ai retrouvé  et que j’occupe aujourd’hui), ce qui m’a permis de prendre un congé sans solde pour réaliser mon projet de tour du monde à vélo."
 

Faut-il être entraîné pour entreprendre ce type d’expédition ? 

"Il ne faut pas forcément être sportif de haut niveau pour voyager à vélo. Sur une longue distance, le corps a le temps de s’adapter en quelques semaines. Ce n’est pas comme si on partait un mois, qu’on avait un but et qu’on devait puiser dans nos ressources pour y arriver. Dans le cas d’un tour du monde, on prend l’habitude de rouler. On sait quand on peut continuer et quand il faut vraiment s’arrêter. On s’habitue aussi à l’inconfort, comme se laver dans les rivières ou résister à des conditions climatiques extrêmes. Tous ces petits soucis ne sont pas si dramatiques. Pour moi, traverser un grand col de montagne ou un pays qui semble dangereux n’est pas le plus difficile. Par contre, les zones désertiques et monotones, les longues lignes droites comme dans la Pampa sur la route nationale 40 en Argentine ont été particulièrement redoutables ! C’est tout droit, tout plat, et il ne se passe rien pendant 1500 kilomètres. Psychologiquement, c’est un peu dur, et on ne rencontre pas grand monde."

Voyage à vélo en Argentine

Voyage à vélo en Argentine

Voyage à vélo en Bolivie

Voyage à vélo en Bolivie


Pour vous, quels sont les avantages du voyage à vélo ?

"Le vélo brise la glace et crée des rencontres. Les gens viennent plus facilement vers toi. C’est un bon moyen de voyager, d’être à la bonne vitesse et de sortir des sentiers battus. Quand on voyage en backpacker, on circule d’un point touristique à un autre, d’une auberge de jeunesse à une autre… On reste souvent dans cette sphère de voyageurs où l’on ne rencontre que des backpackers. Si on rencontre des locaux, c’est dans les grandes villes et dans les zones touristiques, et le contact est faussé. Lorsqu’on voyage à vélo, en revanche, on passe par des endroits où l’on ne serait jamais passé. On fait alors des rencontres plus authentiques. Finalement, ce qui m’a marqué dans ce voyage, ce n’est pas d’avoir vu le Taj Mahal, le Machu Picchu, ou les chutes de Victoria en Zambie mais plutôt de m’être fait inviter chez des familles ou m’être arrêté au bistrot et d’avoir sympathisé avec des locaux."

Avez-vous rencontré des galères ? 

"J’ai eu quelques chutes et je me suis retrouvé plusieurs fois à l’hôpital. J’ai notamment eu deux côtes cassées et l’épaule amochée suite à une collision avec une voiture. Cet accident m’a valu 3 semaines d’immobilisation à l’hôpital de Kigali, la capitale du Rwanda. À part cet événement, je n’ai rencontré aucun problème majeur, tant au niveau mécanique que physique."
 

Réparation d'une roue de vélo en Éthiopie

Réparation d'une roue de vélo en Éthiopie

 

Pouvez-vous nous raconter une anecdote amusante ?

"Je pense à cette famille au Népal qui m’a accueilli. Avec environ 5h d’électricité par jour de façon discontinue, j’ai réussi à me connecter 10min à Internet après 2h passé dans un cybercafé à cause des coupures de courant. Le gérant du cybercafé était tellement gêné qu’il m’a invité à dîner chez lui avec sa famille. Il n’avait rien et est allé tuer un mouton pour qu’on ait de la viande à manger."

Voyage au Népal

Voyage au Népal

Voyage au Népal

Voyage au Népal

Voyage au Népal

Voyage au Népal


Au niveau de la sécurité, comme ça se passe ? 

Au Tibet, il faut un permis et être accompagné d’un guide. Une nuit, j’ai passé un check-point illégalement et un policier m’a arrêté. Il ne savait pas quoi faire de moi et a appelé son chef à 2h du matin. Il prend alors mon passeport et il essaie d’écrire mon nom mais il ne savait pas écrire en alphabet latin et me redonne mon passeport pour que je l’écrive. Il avait commencé à écrire mon nom à l’envers : C – I – O. J’ai terminé de la même façon en rigolant intérieurement."

Quels sont vos conseils aux futurs cyclistes globe-trotters ?

"Ne pas se soucier de l’aspect matériel et ne pas se focaliser sur les détails techniques. Je vois beaucoup de voyageurs qui achètent leur vélo pièce par pièce, et cherchent des accessoires à la pointe de la technologie alors qu’ils pourraient très bien se contenter de matériel plus bas de gamme. Et puis, il faut savoir se contenter du minimum. Tout ce qu’on emmène, on le porte, et c’est forcément du poids qui va nous gêner et nous ralentir. Pourquoi ne pas simplement faire comme certains backpackers en Asie du Sud-Est qui payent un vélo à cent euros, qui mettent leurs affaires sur le porte-bagage et partent à l’aventure ? Ceux-là rencontrent peut-être plus de soucis techniques, mais ils ont plus de souvenirs et d’histoires à raconter."


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