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Culture et voyage

Le Brésil à travers 7 œuvres

Mis à jour le : 24 septembre 2019

Carte

Sillonner les favelas de Rio de fond en comble, galoper dans les paysages arides du sertão, traverser une rivière infestée de crocodiles en Amazonie… autant d'expériences brésiliennes accessibles au premier venu grâce au cinéma et à la littérature.

 

1. Central do Brasil (Rio et Nordeste)

Walter Salles, 1998, Brésil/France

Central do Brasil, principale gare de Rio de Janeiro, est le point de départ de nombreux voyages. Celui du jeune garçon interprété par Vicinius de Oliveira – cireur de chaussures de son état avant d'être repéré pour jouer dans le film – qu'une écrivaine publique emmène retrouver son père au nord du pays, après l'accident de bus qui a coûté la vie à sa mère ; puis celui de l'équipe du film, qui rafla moult récompenses internationales, à Berlin et Sundance notamment ; celui enfin de Walter Salles, qui après ce triomphe continuera son bonhomme de road-movie avec Carnets de voyages, d'après Che Guevara, puis Sur la Route, d'après Kerouac.

De la foule fréquentant chaque jour Central do Brasil aux paysages dépeuplés du sertão, le film fait assurément voir du pays – le cinquième au monde par sa superficie – en reflétant assez fidèlement le meilleur moyen de le parcourir lorsqu’on ne peut s’offrir un billet d’avion : l’autocar (le réseau ferroviaire est quasi inexistant). Les personnages traversent plusieurs localités de l’État de Bahia – Vitoria da Conquista, Milagres, Xique-Xique – ainsi que celle d’Arcoverde, dans l’État du Pernambouc, réputées pour leur climat typique du Nordeste, d’une aridité grandissante à mesure que l’on s’éloigne du littoral.

 

 

2. L'Homme de Rio (Rio/Brasilia/amazonie)

Philippe de Broca, 1964, France

Faute de pouvoir filmer les aventures de Tintin en Amérique du Sud, Philippe de Broca filma les aventures de Bébel au Brésil. Ses huits jours de perm' le propulsent au débotté dans une vaste course-poursuite sur les plages de Rio, dans la capitale flambant neuve Brasilia et au fond de la jungle amazonienne. Le scénario emprunte allègrement des idées et parfois des scènes entières aux albums d'Hergé, mais l'énergie ahurissante de Belmondo lancé à toute berzingue à la recherche de sa bien-aimée, le charme de Françoise Dorléac en « fille du professeur » et l'humour potache qui traverse cette course au trésor maltèque, produisent une alchimie singulière, réjouissante et, cela va sans dire, dépaysante.

Rio de Janeiro fait partie de ces villes que l’on reconnaît du premier coup d’œil, sans même y avoir jamais mis les pieds : la plage de Copacabana, le bonde (tram du quartier de Santa Teresa, dont le service est actuellement suspendu) passant sur l’aqueduc de Lapa, et, bien sûr, le Christ sur son Corcovado, nous sont familiers. Plus originale est la partie se déroulant à Brasilia. Inaugurée depuis deux ans à peine lors du tournage, la nouvelle capitale brésilienne, dessinée par Niemeyer et sortie de terre en quelques mois au milieu de nulle part, était encore partiellement en chantier et offre un décor surréaliste à une action n’hésitant pas à flirter avec l’absurde.

 

 

3. Capitaines des sables (salvador de Bahia)

Jorge Amado, 1937

La grande pauvreté touche une portion importante de la population brésilienne depuis des lustres, et a rejoint malgré elle la collection des clichés du pays associant la misère au soleil ; si bien qu'il est difficile de l'aborder sans idées reçues. Capitaines des Sables est à la hauteur de la réputation littéraire de Jorge Amado, considéré comme l'écrivain brésilien le plus important du
XXe siècle : point de misérabilisme dans cette chronique d'un groupe de jeunes garçons opposant au dénuement une farouche volonté de vivre et une ruse confinant à la science.

Malgré des études à Rio et un exil en Europe dû à ses sympathies communistes, Jorge Amado n’a jamais renié ses racines bahianaises, et la “baie de tous les saints” sert de cadre à la plupart de ses écrits. Sa popularité à Bahia comme au Brésil ne s’est pas éteinte après sa disparition, en 2001 : des expositions ont eu lieu dans différents endroits du pays en 2012, à l’occasion du centenaire de sa naissance, une statue représente l’auteur assis au Café Vesuvio, à Ilheus, et la fondation “Casa de Jorge Amado”, dans le très touristique quartier du Pelourinho, à Salvador de Bahia, conserve et propage son œuvre. Quant aux “capitaines des sables”, c’est toujours à Bahia le surnom des jeunes gens subtilisant prestement les effets des touristes peu attentifs…

 

 

4. La Cité de Dieu (Rio)

Fernando Meirelles et Katia Lund, 2002, Brésil

On ne sort pas indemne de La Cité de Dieu… quand on en sort vivant. La violence s'abattant sans distinction sur la population de cette favela non loin de Rio, est d'autant plus insoutenable qu'elle en constitua le quotidien durant la période couverte par le film (les années 1960 à 1980) et jusqu'à une époque très récente. Le choix d'acteurs non-professionnels, issus eux-mêmes de favelas, la quasi-improvisation de certaines scènes, et le réalisme des prises de vue réalisées caméra à l'épaule, accrurent la puissance de la gifle que constitua la sortie de La Cité de Dieu : nul long-métrage n'avait, jusqu'alors, abordé ainsi de front la gangrène des gangs dans les favelas brésiliennes.

La Cidade de Deus fut construite en 1960 dans le cadre d’un vaste plan d’urbanisme visant à éloigner les favelas du centre de Rio. Si le quartier fut un repaire de meurtriers et de dealers pendant les vingt premières années, l’apparition de différentes associations sportives et artistiques améliora nettement les conditions de vie locales. En 2009, une unité de la “Policia Pacificadora” a rendu le quartier plus sûr – Barack Obama y est même venu taper le ballon avec des jeunes, deux ans plus tard.

 

 

5. Orfeu Negro (Rio)

Marcel Camus, 1959, France/Italie/Brésil

Les cordes de la lyre sont devenues celles d'une guitare, qui a le pouvoir de faire se lever le soleil, et sur le bois de laquelle on peut lire : Orfeu é meu mestre (« Orphée est mon maître »). Plongeant dans la culture de la bossa nova et du carnaval carioca à travers une relecture colorée et ensoleillée du mythe d'Orphée et Eurydice, le film de Marcel Camus révéla une part de Rio jusqu'ici peu filmée, le monde de la favela, et remporta la Palme d'or à Cannes et l'Oscar du meilleur film étranger.

Le Morro da Babilônia, où ont été filmés les extérieurs d’Orfeu Negro, est une favela située sur les hauteurs de Rio (on a d’ailleurs, tout le long du film, une vue royale sur la baie), entre les quartiers de Botafogo, Urca, Leme et Copacabana. Comme la plupart des favelas de la ville, Babilônia fut pendant plusieurs années sous la coupe de bandidos, mais elle a été “pacifiée” par l’armée en 2009, et accueille désormais une unité de police veillant sur la population du quartier. Il est possible de visiter les favelas  en empruntant notamment des motos-taxis locales – une expérience mémorable – mais il est préférable de se faire accompagner par un guide connu du quartier, quelle que soit la favela.

 

 

6. Diadorim (Sertão)

João Guimarães Rosa, 1956

Le texte de Diadorim est une forêt tropicale, foisonnante de termes et de dialectes du sertão, luxuriante d'espèces animales et végétales inconnues en Europe, peuplée d'ombres et de mythes tapis dans ses recoins les plus fascinants, et sur laquelle le diable étend une influence invisible et ambiguë. Une forêt difficile à pénétrer, aussi, tant cette immense œuvre superpose les niveaux de lecture, et tend le fil d'un monologue si baroque et rocambolesque qu'il faut apprendre la langue du narrateur avant de commencer à la comprendre. Tel est le prix à payer pour accéder à la richesse littéraire de João Guimarães Rosa, polyglotte, médecin et diplomate, qui compila dans ce roman la somme hallucinatoire de sa science et de son expérience.

Le sertão est au Brésil ce que le Far West était aux États-Unis : une frontière de civilisation, au-delà de laquelle les hommes sont livrés à eux-mêmes, s’aiment et s’entre-dévorent au mépris des lois. Signifiant littéralement “arrière-pays”, le terme fut introduit par les Portugais dès le XVIe siècle, et désignait la vaste région (environ 950 000 km2) qui s’étendait derrière le littoral colonisé, au nord-est. Par extension, il s’est appliqué aux immenses zones rurales en dehors des grandes agglomérations, et a développé une mythologie et des figures propres, dont le Jagunço (gardien de troupeau) et le Cangaceiro (bandit de grand chemin), capitales dans ce roman. Le Parque Nacional Grande Sertão Veredas, d’une étendue de plus de 230 000 ha, et à cheval entre les États de Bahia et du Minas Gerais, a été baptisé en l’honneur de João Guimarães Rosa, le titre original de Diadorim étant Grande Sertão : Veredas.

 

 

7. La Machine du monde (Minas Gerais/Rio)

Carlos Drummond de Andrade

On aborde Drummond de Andrade comme on aborde le Brésil : le pays comme sa poésie paraissent de loin former un bloc homogène, et l'approche révèle une variété et une saveur auxquelles même sa réputation ne préparait pas. Si la poésie de Drummond de Andrade est si appréciée des Brésiliens, c'est probablement parce qu'elle ressemble au pays sans renoncer à l'empreinte de son auteur, et parce qu'elle est moderniste sans être hermétique : les après-midis d'amour alanguies derrière le volet clos d'une chambre de Rio ou l'évocation ironique du goût populaire pour le feijão, ce haricot noir érigé en plat national, ont une couleur familière, et cependant édifiante.

 

Carlos Drummond de Andrade fut élevé au rang de poète national, l’un de ses textes (“Canção Amiga”) ayant même figuré sur les billets de 50 cruzados, avant l’introduction du real. Drummond de Andrade est né dans le Minas Gerais, et nombre de ses poèmes sont consacrés à cette région minière, et en particulier aux villes d’Ouro Preto (qui a conservé sa splendide architecture coloniale) et d’Itabura, où il vécut enfant. Cette dernière lui a consacré un mémorial, au seuil duquel l’un des poèmes est sculpté dans le marbre d’une monumentale feuille.


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