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Cuisine

On mange quoi à Cuba ?

Mis à jour le : 8 décembre 2016

Carte

Il y a peu de temps encore, Cuba était plus le pays du rationnement que de la gastronomie. Puis le retrait de Fidel Castro a eu l’effet d’une révélation. Réformes politiques et économiques aidant, la création culinaire, longtemps muselée par l’État, profite pleinement de ce renouveau. La révolution des fourneaux est en marche. 

Révolution culinaire à Cuba

Reléguée à l’arrière-ban de la scène culinaire internationale, la table cubaine fut longtemps réputée frugale, voire largement raillée pour ses portions congrues, ses uniques sandwichs jambon-fromage insipides, ses sempiternels poulets frits jusqu’à l’os. Depuis les réformes économiques de 2011 et l’autorisation accordée aux restaurants privés (jusque-là limités à 12 couverts) de s’agrandir et de se diversifier, le tableau a totalement changé. C’est même une révolution. Les voyageurs autrefois dépités par la cuisine cubaine et qui se consolaient avec cigares et rhum se régalent désormais de poulet au miel, de savoureuses sauces Béchamel et de versions revisitées des plats cubains traditionnels comme la ropa vieja (bœuf émincé épicé). Surfant sur cette tendance, La Havane et d’autres villes regorgent de nouveaux restaurants privés expérimentant recettes et ingrédients jusqu’ici inédits dans le pays. Enfin libérés du joug du rationnement des années 1990, les chefs cubains s’essaient désormais à la cuisine fusion ou à des cuissons rosées, agrémentant aussi leurs menus de mets comme le caviar d’aubergine. 
Pour une première visite et des papilles habituées à la variété et à l’abondance des mets, il n’y a rien de fantastique. Mais pour ceux qui ont connu Cuba au début des années 2000, la surprise est de taille.

La cuisine cubaine, fruit de 5 siècles de mélange 

Tout comme la musique et l’architecture, la cuisine cubaine est le fruit de diverses saveurs, recettes et techniques culinaires transmises par les voyageurs successifs venus sur l’île depuis l’époque de Christophe Colomb et Diego Velázquez. Une sorte de marmite bouillonnante remplie d’ingrédients importés d’Espagne, d’Afrique, de France, de la culture taïno et d’autres îles des Caraïbes, que l’on aurait laissés mijoter pendant cinq siècles.
Des Taïnos, la cuisine cubaine a conservé les légumes racines indigènes de l’île, yuca (manioc) et patates douces, ou encore les fruits telle la goyave. Les Espagnols ont laissé en héritage leur penchant pour le porc, le riz, les épices, et leurs techniques de friture. Quant aux esclaves africains, ils ont fait découvrir à Cuba les différentes manières de cuisiner les bananes plantains, ainsi que le congrí (riz et haricots aux épices préparés dans une même casserole). Enfin, Cuba partage avec ses voisins insulaires le goût inimitable de la cuisine caribéenne que l’on retrouve dans le sofrito, une sauce tomate agrémentée d’oignons, poivre, ail, feuilles de laurier et cumin. 

Toutes ces saveurs mêlées, ces traditions culinaires marinées pendant des siècles ont donné ce qu’on appelle désormais la cuisine “cubaine”, simple, généreuse et saine, raisonnablement épicée (au cumin et à l’origan en priorité) tout en étant très parfumée. Le rôti de porc est le mets de choix, suivi de près par le poulet frit ou rôti, souvent relevé de sauces au citron ou au miel. L’élément marin n’étant jamais loin, langouste, crabe, crevettes, aguja (espadon) et pargo (vivaneau) abondent, autant de saveurs marines adorées par les Cubains. Le riz accompagne prioritairement tous les plats, souvent associé à des haricots (noirs dans le premier plat, rouges dans le second) pour confectionner le moros y cristianos ou le congrí. Autre mets phare : les légumes racines, souvent accompagnés de plantains, cuisinés de mille et une façons. 
En saison, les avocats cubains sont un régal et les fruits tropicaux abondants. Le petit-déjeuner des casas particulares débute généralement par la traditionnelle quinte fruitée – banane, papaye, mangue, ananas et goyave. Sur ces cinq fruits, seuls la goyave et l’ananas étaient présents sur l’île avant l’arrivée des Espagnols. Bananes et mangues sont un apport colonial venu d’Asie, tandis que les papayes viennent d’Amérique du Sud. 

Ne quittez pas Cuba sans avoir goûté au plat national, la ropa vieja, au rôti de porc avec ses accompagnements, au picadillo (bœuf haché aux olives et aux câpres), aux tostones (plantains frites deux fois) et aux moros y cristianos.

Histoire du rhum à Cuba 

Au milieu du XIXe siècle, les Cubains sont devenus les pionniers de la distillation du rhum en transformant avec succès l’aguardiente, eau-de-vie grossière et non raffinée consommée par les marins et les pirates de la région en un “Ron Superior” doux et blanc employé aujourd’hui dans des cocktails chics tels que le mojito et le daiquiri. À l’origine de cette métamorphose se trouve l’expérimentation menée en 1862 par un Catalan, Don Facundo Bacardí Massó (1814-1886), dans sa “rhumerie” de Santiago de Cuba (un ancien entrepôt portuaire), en laissant macérer l’excellente canne à sucre produite dans la région pour la distiller et produire une nouvelle sorte de rhum vieux, délicat, frais et fruité au palais. Ce fut un succès quasi immédiat et Bacardí devint très vite synonyme de rhum, la famille catalane jouant désormais d’influence dans les affaires du pays jusqu’à l’arrivée de Fidel Castro au pouvoir au début des années 1960. Bacardí, dynastie et entreprise, quitta alors Cuba pour les Bermudes, la marque disparaissant pour toujours du marché cubain. Mais la rhumerie fondée par Don Facundo produit toujours le Ron Caney local, fameux “rhum de la révolution”, mis à vieillir dans les anciens tonneaux Bacardí. 

Autre célèbre dynastie cubaine de producteurs de rhum, un peu moins prospère que la première, les Arechabala ont fui Cuba en 1973 après la saisie par le gouvernement révolutionnaire cubain de l’entreprise familiale Havana Club, fondée un siècle plus tôt à Cárdenas par José Arechabala. Aujourd’hui, Club Havana représente 40% des ventes d’alcool à Cuba.
Outre la fabrique de Ron Caney à Santiago et celle de Havana Club désormais installée à Santa Cruz del Norte près de La Havane, Cuba compte plus de 100 distilleries de rhum. Les gens du cru vous parleront très probablement du Ron Santiago de Cuba, du Ron Mulata (fabriqué à Villa Clara) ou du Ron Varadero.
Le rhum cubain est produit à partir de la mélasse, un résidu du raffinage de la canne à sucre. Sa fabrication à Cuba a été supervisée par des générations de maestros romeros (maîtres rhumiers), qui doivent posséder au moins 15 années d’expérience dans la dégustation de rhum. La couleur (brun, ambré ou blanc) et l’âge (ñejo) caractérise le rhum. Les bons rhums peuvent avoir 3 ans comme 14 ans d’âge. Si les visiteurs ont une préférence pour les cocktails à base de rhum (toujours du rhum blanc), les Cubains apprécient plus le rhum brun et sec, servi sans glace, à l’arôme plus pur.

Spécialités régionales

Caibarién 

Cette petite ville de la province de Villa Clara est la capitale cubaine du crabe.

Baracoa

Un univers à mille lieues du reste de Cuba. Cucurucho (mélange de miel, noix de coco, goyave et noix), bacán (tamal ou papillote farcie de purée de banane, de crabe et de noix de coco), teti (minuscule poisson endémique du Río Toa) et lechita (sauce coco épicée) figurent parmi les spécialités.

Playa Larga et péninsule de Zapata

Dans le sud de la province de Matanzas, hôtels et casas particulares servent du ragoût de crocodile (élevé pour la consommation).

Bayamo

Les ostiones (huîtres, le plus souvent à la sauce tomate) se mangent couramment dans les rues de la grande ville du Granma.

Oriente

Le congrí (riz aux haricots rouges assaisonné de cumin, poivre et porc) vient de l’est de Cuba, aux influences africaines. À l’ouest, on trouve davantage les moros y cristianos (aux haricots noirs, sans porc).

Las Tunas

Berceau de la caldosa, épaisse soupe aux légumes racines, poulet et épices.


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