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Culture et voyage

Les styles de tatouage à découvrir à travers le monde

Texte par

James Gabriel Martin (traduit de l'anglais par Vincent Guilluy)

Mis à jour le : 26 février 2021

Carte

Le tatouage n’a jamais été aussi populaire. De plus en plus de gens acceptent et même adoptent cet art corporel, forme d’expression de soi et d’identité personnelle. Mais dans de nombreuses sociétés et civilisations, le tatouage a une grande importance culturelle et historique depuis la nuit des temps. Beaucoup de ces méthodes et pratiques traditionnelles persistent encore aujourd’hui et sont parfois accessibles aux voyageurs respectueux des autres cultures. Voici six styles de tatouage uniques, de tous les coins du monde.

1. Irezumi

L’irezumi est le tatouage japonais dont l’histoire est multiséculaire. Les érudits en trouvent des traces jusqu’à la période Jōmon (14 500 – 300 av. J.-C.), avec une forte hausse de popularité à l’ère Edo (1603 – 1867). Cette forme d’art a fini cependant par avoir mauvaise réputation à cause de la pratique consistant à tatouer les criminels pour les punir.
Aujourd’hui encore, les liens entre le Japon et cette forme d’art sont compliqués. Si les jeunes générations l’adoptent, le pays peine encore à séparer tatouage et criminalité : de nombreux onsen (bains publics) par exemple ne vous laisseront pas entrer si vous ne couvrez pas vos tatouages (même si un site Internet récent permet aux visiteurs de trouver des onsen où les tatouages sont acceptés).


Le tebori (“fait à la main”) voit les tatoueurs utiliser des aiguilles fixées à un long manche de bois à l’aide de fils de soie. Si cette méthode est aujourd’hui moins répandue, des artistes comme Takashi Matsuba préservent l’avenir de cette technique en perpétuant la tradition. Cette méthode permet de créer des nuances riches et subtiles, grâce à des encres créées tout spécialement.
Ce style s’inspire de l’Ukiyo-e (peintures et estampes). Le munewari, autre style bien particulier, permet à un artiste de créer un tatouage couvrant le corps entier, mais qui laisse la peau nue autour des clavicules et du milieu du ventre. On pense qu’il dérive de la volonté de porter des kimonos sans montrer ses tatouages.
Les thèmes et les motifs japonais se sont aussi avérés de très bonnes sources d’inspiration pour des styles qui sortent des traditions, et des images de samouraïs, carpes, oni, dragons et fleurs de cerisier se retrouvent dans l’art corporel partout dans le monde.


2. Traditionnel américain

Avec ses contours forts, ses formes nettes et son usage de couleurs vives mais peu nombreuses, le tatouage traditionnel américain est immédiatement reconnaissable. Motifs populaires, les pin-ups, cœurs, poignards, bateaux, hirondelles, ancres, sirènes et autres thèmes nautiques correspondent aux gens qui les ont rendus populaires : marins et soldats.

Des artistes inspirés par l’Asie ont créé un nouveau style hybride, dont un bel exemple est Norman “Sailor Jerry” Collins, un des meilleurs représentants du tatouage traditionnel américain.

En 1928, Collins s’engagea dans l’US Navy et voyagea en Chine et au Japon avant d’ouvrir sa propre boutique à Honolulu, où il invita de futures légendes du tatouage comme Ed Hardy, Mike Malone et Kazuo Oguri en apprentissage. Le tatouage gagna en popularité, en grande partie grâce aux soldats qui se faisaient tatouer quand ils étaient en poste loin de chez eux.
Dans les années 1950-1960, les mouvements de contre-culture américains, gangs de motards notamment, étaient largement tatoués, et les années 1970-1980 virent le mouvement punk adopter cet art corporel. Aujourd’hui, le style simple et net du tatouage américain traditionnel a évolué dans diverses directions : néo-traditionnel, portrait ou new school, notamment.

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Les feuilles du henné, réduites en poudre, servent à faire une teinture

3. Mehndi

Depuis l’Antiquité, le henné sert à teindre tissu, peau et cheveux. Le mehndi est une forme d’art corporel où on utilise une pâte faite à partir de feuilles séchées de cette plante pour dessiner des motifs détaillés et compliqués, en général sur les mains, les bras et les pieds.
On applique cette pâte humide et on la laisse sécher avant d’en ôter la croûte. Cette tradition du mehndi se retrouve en Inde, en Afrique et au Moyen-Orient, avec des motifs de fleurs ou géométriques, dans une infinité de variations.
En Inde, le mehndi est très pratiqué pour les mariages hindous et les fêtes comme Bhai Dooj ou Diwali, tandis que les musulmans du sous-continent le pratiquent aussi pour des fêtes comme l’Äid-el-Fitr.

Ornement corporel temporaire, on trouve des kits à mehndi dans les boutiques d’artisanat et de loisirs créatifs du monde entier, ainsi qu’en ligne. Si vous avez visité une ville d’Asie, du Moyen-Orient ou même d’Europe suffisamment importante, vous aurez probablement vu des gens dans la rue se faire tatouer au henné.
Ces tatouages font de jolis souvenirs de voyage et durent environ deux semaines. Il convient cependant de rester prudent. Le henné est le plus souvent sans danger lorsqu’il est fait à partir de produits naturels, mais la chose est difficile à vérifier auprès de ceux qui pratiquent dans la rue. Si vous souhaitez vous faire tatouer au mehndi, cherchez quelqu’un qui vous proposera un henné brun plutôt qu’un noir ou un rouge, car ces deux dernières couleurs ne sont pas naturelles.
 

4. Sak Yant

Faits à main levée, les tatouages magiques thaïlandais sont devenus très prisés des routards et des célébrités, et beaucoup se rendent dans le pays tout exprès pour s’en faire faire un. Cette tradition ancienne est très enracinée dans l’histoire de l’Asie du Sud-Est.
Cet art se pratique aussi au Laos, au Cambodge et au Myanmar (Birmanie). En général, un moine bouddhiste, ou Ajahn, y crée un dessin à main levée avec des figures géométriques, des symboles, des divinités ou des animaux. La croyance veut que ces tatouages confèrent une protection magique à la personne qui les porte, variant selon le moine qui les crée. Les dessins diffèrent selon le type de protection et de bonne fortune.


Ces tatouages s’accompagnent de règles à suivre pour que la magie puisse opérer. Certaines seront assez faciles à suivre (éviter la violence, par exemple) mais d’autres plus originales, formulées par les maîtres bouddhistes (ne pas manger de citrouille ou tout autre type de courge, ou bien ne pas passer sous un bananier) peuvent paraître étranges au visiteur.
Les visiteurs font la queue dans des temples bien spécifiques pour se faire tatouer, avant de faire un don au temple. Les moines emploient les techniques traditionnelles, et les conditions d’hygiène et le partage du matériel en choqueront peut-être certains.
Ces moines ne parlent souvent pas d’autre langue que la leur, ce qui peut compliquer l’opération. Il existe cependant des sociétés telles que Sak Yant Chang Mai, spécialisées dans l’accueil de touristes (individuels) cherchant à se faire tatouer par des Ajahn.
 

5. Polynésien

On débat encore des véritables origines de la culture polynésienne et de la manière exacte dont le tatouage s’est répandu si largement dans ce triangle d’archipels de l’Asie du Sud-Est.
Mais, du tatau samoan traditionnel au kākau hawaiien en passant par les dessins des tribus maories de Nouvelle-Zélande, le tatouage est un acte fortement ancré dans ces sociétés, et ce depuis longtemps.
De fait, son influence s’est beaucoup étendue, et l’explorateur du XVIIIe siècle, James Cook, est considéré comme l’un des premiers à avoir introduit le mot tatouage en Europe, après y être revenu en 1771 à la suite d’un voyage en Nouvelle-Zélande et à Tahiti. Très souvent, on y tatouait les gens pour marquer leur passage à l’âge adulte, et cet art corporel leur conférait force et statut social.

Le tatouage polynésien a connu une résurgence dans les années 1980, avec une résurrection de nombreux styles qui étaient en voie de disparition. L’emplacement sur le corps joue aussi un rôle dans la signification du tatouage, la partie supérieure étant généralement liée au ciel tandis que la partie inférieure est plus reliée à la terre. Les artistes y pratiquent maintenant à la fois les méthodes traditionnelles, à main levée, et modernes, à la machine.
Parmi les motifs, tortues, carapaces, vagues, lézards, pieux, tikis, pointes de flèches, dents de requins, y sont fréquents. Comme toute chose, découvrir les pratiques ancestrales d’une autre culture doit se faire avec respect. La plupart du temps, la volonté de comprendre et d’apprécier leur importance culturelle est un bon début pour les non Polynésiens qui voudraient se faire tatouer.
Les artistes modernes ont des approches diverses. Beaucoup travaillent à main levée et créent des motifs qui déroulent une histoire au fur et mesure. Dans la tradition, les motifs indiquaient l’héritage, l’histoire, le statut et la maturité de la personne qui les portait, tandis que les motifs modernes se concentrent parfois plus sur l’esthétique.

 

6. Celtique

Les Celtes étaient un ensemble de tribus d’Europe centrale qui se déplacèrent vers l’est et l’ouest du continent et eurent une forte présence en Grande-Bretagne et en Irlande. Si aucune image de tatouages celtes antiques ou médiévaux ne nous est parvenue, d’anciens textes écrits y font référence.
Les Pictes (du bas latin Picti signifiant “peints” ou “tatoués”) étaient un groupe de langue celtique installés dans certaines parties du nord de l’Écosse qui, selon les Romains en tout cas, ornaient leurs corps de dessins bleus.


Ce qu’on désigne souvent comme de l’art celte est en réalité un mélange de représentations venues de différents endroits, à différentes périodes. En Irlande, le célèbre dessin à trois spirales, gravé sur l’une des pierres de la chambre de Newgrange, date en faite de 2 500 ans avant l’arrivée des Celtes dans la région, tandis que les pierres pictes portaient déjà des gravures en ogham qui influencèrent peut-être ensuite les hautes croix sculptées.
Le christianisme et l’avènement de l’art monastique et insulaire donnèrent lieu à la création de spirales, d’entrelacs, de clés et de triskels, comme on peut en voir dans le célèbre livre de Kells, à Dublin. Aujourd’hui, ces représentations sont devenues des motifs populaires dans ce qu’on appelle communément le tatouage celtique, très apprécié des voyageurs qui vont en Irlande et veulent en ramener un superbe souvenir gravé dans leur peau.