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Les plus belles aventures à vivre au Guyana

Texte par

Felix Zeltner (traduit de l'anglais par Vincent Guilluy)

Mis à jour le : 2 novembre 2022

Carte

C’est peut-être une des destinations de voyage les plus méconnues : le Guyana sur la côte nord-est de l’Amérique du Sud, est un peu plus grand que la France mais avec seulement 790 000 habitants, c’est un des pays les moins peuplés au monde.

La nature sauvage occupe 95 % de son territoire, avec des savanes, des fleuves terreux pleins de méandres et des plateaux montagneux embrumés, le tout enserré dans une des dernières forêts pluviales vierges du monde. C’est la destination idéale pour se couper de tout, et vous y croiserez rarement d’autres visiteurs – si seulement vous en rencontrez.

Si vous êtes un voyageur chevronné, prêt à dépenser un peu pour vivre des aventures uniques – admirer d’en haut la plus haute chute d’eau en un seul tenant du monde ou aller de nuit à la rame pour observer des caïmans, par exemple – soyez prêt : vous allez tomber amoureux.

Je reviens d’un voyage familial au Guyana et voici selon moi les meilleures choses à y faire, quelle que soit la période (même la saison des pluies).

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Parmi les monuments à admirer à Georgetown, la cathédrale Saint George.

Se balader dans Georgetown et grignoter

Commencez votre voyage par la capitale du pays, Georgetown. Dans cette ancienne colonie britannique, tout le monde parle anglais et on conduit du côté gauche de la route.

Allez à pied dans le centre de Georgetown, un matin de semaine, pour prendre vos repères. L’atmosphère du quartier est plaisante et les habitants de la capitale sont très accueillants. Mais pensez à laissez vos objets de valeur inutiles chez vous, en cas de vol, et visitez la ville de jour, quand elle est plus sûre.

Commencez votre balade près de State House, là où réside le président du pays. En partant de là, vous trouverez beaucoup d’endroits où bien manger. Prenez un café, un sandwich ou une pâtisserie chez Petit Four, si vous avez des envies de cuisine française. Si ce sont les saveurs indiennes qui vous attirent, commandez un curry et du roti (pain)chez Shanta’s Puri Shop, petite gargote bien connue située un peu plus loin dans la rue. 

Avant de vous dirigez vers Main Street, poursuivez la balade en traversant le luxuriant Promenade Gardens (plus ou moins accessible selon les précipitations). Dégustez une rafraîchissante eau de coco achetée à l’un des vendeurs ambulants et longez, à l’ombre, la promenade de la capitale.

Le bon conseil : Téléchargez WhatsApp sur votre téléphone avant de partir. Au Guyana, presque tout le monde – même les petites boutiques et les restaurants – se sert de cette appli pour communiquer.

Puis allez vers le sud jusqu’à St George’s Cathedral. Bien qu’actuellement en travaux et fermé au public, cet édifice de 43 mètres (143 pieds ; un des plus hauts bâtiments en bois au monde) reste imposant vu de l’extérieur.

Faites-en le tour et allez du côté du fleuve pour plonger dans l’agitation du Stabroek Market, le marché le plus animé du pays. Ou tournez le dos au fleuve et allez visiter Bourda Market, plus calme. Si vous vous sentez l’esprit aventureux, demandez à un vendeur de vous aider à goûter à un fruit que vous n’avez encore jamais mangé – la sapotille, vous connaissez ?

Pour vous rafraîchir après cette balade, demandez  au Marriott Hotel un pass d’une journée pour accéder à la piscine de l’hôtel. C’est la plus grande de la ville, et elle est digne d’un palace.

Le bon conseil : Si vous avez apprécié votre taxi à la sortie de l’aéroport, demandez au chauffeur son numéro de téléphone : vous pourriez vous en faire un ami qui vous aidera beaucoup dans vos déplacements.

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Hautes de 250 m, les chutes de Kaieteur sont les plus importantes chutes à un seul saut au monde

Tombez sous le charme de Kaieteur (mais n’y tombez pas)

Une fois bien installé dans la capitale, allez voir la principale attraction naturelle du Guyana, les chutes de Kaieteur. Le plus simple est d’y aller en avion depuis l’aéroport de Georgetown – il faut sinon faire un trek périlleux de 5 jours (minimum) à travers une épaisse forêt pluviale. La plupart des tour-opérateurs du Guyana proposent des excursions d’un jour à Kaieteur, incluant le transfert vers et depuis l’aéroport, le trajet à bord d’un avion de la compagnie locale, un guide compétent et des en-cas après l’atterrissage.

Nous avions réservé notre excursion auprès de Wilderness Explorers, un des tour-opérateurs les mieux réputés de la région. Roraima Tours, Air Guyana Tours et Dragon Tours sont aussi des options très appréciées, tandis que Rainforest Tours est une agence réputée pour ses treks par la voie terrestre.

Notre première vision du cœur de la forêt pluviale, lorsque notre avion de huit places a émergé d’un gros nuage d’orage, nous a laissé sans voix (hormis quelques “Oh !” et “Aah !” Au-dessous de nous, l’imposante cascade entourée d’une épaisse végétation d’un vert profond semblait tirée d’un jeu vidéo de fantasy. L’eau dégringole d’une hauteur de 250 m  jusqu’au fond de la gorge – soit cinq fois la hauteur des chutes du Niagara – d’où son titre de “plus grande cascade à un seul saut au monde.”

Les chutes portent le nom d’un chef local, Kai, qui se serait sacrifié en allant à la pagaie se jeter du haut de la cascade afin de faire cesser une guerre tribale. Certains Guyaniens évitent la zone parce qu’ils la pensent chargée d’un mysticisme dangereux.

En s’approchant des chutes, tremblant devant ces dizaines de milliers de litres d’eau qui se déversent par seconde à quelques mètres de distance, la proximité d’une telle force naturelle est presque terrifiante.

Les chutes se situent dans le parc national de Kaieteur, une des premières zones protégées de toute l’Amérique Latine et des Caraïbes, créée en 1929. On est ici sur le bouclier des Guyanes, vieux de 2 milliards d’années, une des régions les plus riches en biodiversité du monde, où on découvre fréquemment de nouvelles espèces.

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Au Guyana, vous pourrez observer des morphos, les plus grands papillons d’Amérique du Sud.

Le plus important à savoir peut-être pour votre voyage, c’est que ce site, le plus connu du Guyana, est vierge de toute intervention humaine. Il n’y a pas de garde-fous, pas de boutique de souvenir kitsch, pas d’hôtel. Durant la saison des pluies, vous serez peut-être l’unique touriste au milieu de familles locales, de scientifiques ou de directeurs de mine ayant pris un jour de congé. Face à cette nature inviolée, j’ai eu un fort sentiment d’impuissance, d’insignifiance, la sensation que je n’étais pas à ma place.

Si vous vous sentez écrasé par ce spectacle, ou que vous commencez à avoir le vertige, prenez du recul et demandez à votre guide de vous montrer la faune des environs. Vous verrez peut-être des golden rocket frogs (aromobatidæ), des Morphos (les plus grands papillons d’Amérique du Sud) ou quelques-unes des centaines espèces d’oiseaux qui vivent derrière ce rideau aquatique.

Apprendre l’art du liming

Une fois revenu à Georgetown, après Kaieteur ou un autre endroit de l’intérieur des terres où vous aurez pratiqué observation de la faune, pêche, ou trek dans la jungle, il sera temps de vous mettre au "liming". Ce terme guyanien par excellence signifie tout simplement passer du bon temps avec des amis. Le mot est utilisé ailleurs aux Caraïbes mais ici au Guyana, c’est un art de vivre – et il y a beaucoup d’endroits à Georgetown pour cela.

Commencez chez le chef cuisinier Delven Adams, revenu au pays après avoir vécu aux États-Unis, et qui avec sa compagne Malini Jaikarran a créé dans leur maison des faubourgs le Backyard Café. Ils y proposent chaque jour à une clientèle peu nombreuse une cuisine d’inspiration caribéenne, faite de produits tout frais du marché.

Il faut réserver plusieurs jours, voire semaines à l’avance (et se montrer persévérant) pour faire partie de ces quelques heureux clients. Venez à l’heure, vous risqueriez autrement de perdre votre place à table.

Si vous n’arrivez pas à trouver une place au Backyard, essayez l’Oasis Café, dans le centre. Également tenu par un couple, c’est un bistrot en extérieur qui propose gâteaux, pâtisseries et sandwichs au petit déjeuner, et un buffet le midi. Si vous préférez dîner à l’intérieur parce qu’il fait trop chaud ou qu’il pleut, essayez un des restaurants indiens comme Aagman, où vous trouverez des classiques tels que Kurkuri Bhindi (gombos – aussi appelés calous – frits croustillants) et poulet au beurre.

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Situé sur la côte atlantique, le phare de Georgetown guide les navires jusqu'à la rivière Demerara.

Une fois bien assimilé le concept de liming, sortez faire la fête n’importe quel soir de la semaine (mais les dimanches sont plus animés), en prenant un taxi jusqu’au Sea Wall, la capitale mondiale du liming. Cette digue de béton bâtie par les colons néerlandais a été agrandie plusieurs fois depuis la fin du XIXe siècle. Colons, prisonniers et gens du cru y ont travaillé pour protéger le rivage, au-dessous du niveau de l’eau à marée haute. Le temps passant, c’est devenu un endroit très apprécier pour se détendre et flâner.

Les bons endroits pour se mettre au liming sont au débouché de Vlissengen Road ou de Sheriff Street. Allez voir les peintures murales du Sea Wall, un verre à la main, écoutez la musique et détendez-vous parmi tous ceux qui viennent ici profiter du vent frais, en amoureux ou en famille, en groupes de danseurs ou de motards qui défilent.

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Pour rejoindre le Suriname, il faudra traverser le fleuve Corentyne.

Faire une excursion au Suriname

Il y a eu une Guyane française, une britannique, une néerlandaise, une portugaise et une espagnole. L’espagnole et la portugaise ont été rattachées au Vénézuéla et au Brésil, la Guyane française est restée à la France, les Britanniques et les Hollandais ont laissé leurs anciennes colonies devenir indépendantes (en gardant une certaine forme de contrôle). Ce sont aujourd’hui le Guyana et le Suriname, plus petit pays d’Amérique du Sud.

Quitter le Guyana et rejoindre par la terre une des autres Guyanes est une aventure en soi ; votre voyage sera ponctué de villages de cow-boys isolés et de rivières au franchissement aléatoire. Commencez donc par faire le voyage d’une journée vers le sud-est jusqu’au Suriname, en traversant le fleuve Corentyne.

Si un pont reliant les deux pays est en projet, le seul moyen officiel de traverser le fleuve est le ferry, mais sachez que ses horaires sont incertains. Il y a au moins une traversée par jour, c’est à peu près la seule chose qu’on puisse savoir sans se rendre au terminal du ferry.

Quittez Georgetown avant 4 heures (du matin) avec des provisions pour le petit déjeuner et le déjeuner. Emportez visa électronique, passeport et certificats de vaccination. Prenez un chauffeur expérimenté : ânes et bétail tendent à divaguer sur les routes, le matin, et les conducteurs en excès de vitesse sont nombreux.

Si votre chauffeur vous dépose au terminal du ferry et ne vous emmène pas plus loin (la chose est courante), demandez-lui de vous aider à trouver un autre chauffeur pour poursuivre après la traversée jusqu’à Paramaribo, la capitale du Suriname. Certains chauffeurs font le voyage aller-retour entre les deux pays plusieurs fois par semaine, et vous avez de bonnes chances d’en trouver un avec sa voiture à bord du ferry.

Après avoir passé la douane, vous pourrez trouver de quoi manger (des choses comme des chips et des crèmes glacées) au kiosque situé dans le terminal. Une fois à bord du ferry, profitez de la brise et traversez tranquillement le Corentyne, à l’eau couleur de bronze.

On ne se rend compte qu’on a quitté le Guyana qu’en passant sous le drapeau du Suriname, sur l’autre rive. Passez un jour ou deux au Suriname pour aller admirer la jungle vierge de la réserve naturelle de Brownsberg et l’architecture hollandaise de Paramaribo avant de rentrer en prenant un avion de la compagnie aérienne régionale.