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Reportages

Ce que j’ai appris de mes voyages en fauteuil roulant

Texte par

Louise Bruton (traduit de l'anglais par Maud Combier-Perben)

Mis à jour le : 28 juillet 2020

Carte

Le handicap a toujours fait partie de ma vie, d’abord avec des béquilles, puis avec un fauteuil roulant. Je sais donc parfaitement à quel point la notion d’accessibilité est universellement vague ! Quel que soit le type d’hébergement choisi et indépendamment des recherches que je peux faire avant de prendre un avion, il y aura toujours des obstacles sur mon passage. Il ne s’agit pas de pessimisme de ma part mais simplement de réalisme, ce qui me permet de ne pas être totalement prise au dépourvu lorsque les choses se compliquent.

Ces dernières années, voyager est devenu ma priorité. Je suis partie faire des road-trips aux États-Unis, passer des week-ends à Berlin ou Lisbonne, célébrer le mariage d’un ami sur le Lac Côme, j’ai participé à des excursions à travers les paysages gelés d’Islande et fait des découvertes au Japon qui ont changé ma vie.
 

Apprendre à relever les défis

Une ville parfaitement accessible est une vue de l’esprit. Cela n’existe pas. Si certaines bénéficient d’un réseau de transports en commun ou de plusieurs sites touristiques complètement accessibles aux personnes handicapées, le concept même d’accessibilité reste assez flou et varie en fonction des l’endroit et des gens à qui l’on a affaire.

Lors du départ

Lorsque vous réservez un billet d’avion, pensez à bien préciser le type d’assistance que vous désirez. Vous pouvez demander à l’avoir dès l’enregistrement ou uniquement à partir de l’embarquement si vous préférez faire les boutiques en duty-free tranquillement. De plus, il est préférable de contacter directement la compagnie aérienne concernée pour vous assurer d’avoir un siège adapté. En effet, les personnes à mobilité réduite ne peuvent pas avoir un siège près des issues de secours et sont généralement placées côté hublot pour éviter que d’autres passagers n’aient à les chevaucher pendant le vol.
Les vols long-courriers disposent généralement d’un fauteuil roulant à bord si vous avez besoin d’aller aux toilettes. Comme il s’agit rarement d’un modèle très sophistiqué, vous aurez besoin d’aide pour passer du fauteuil au cabinet de toilette. Par ailleurs il arrive qu’il faille attendre un peu avant que le personnel de bord amène le fauteuil et dégage l’allée. Il est donc plus sage d’anticiper et de ne pas attendre le dernier moment pour aller au petit coin. Malheureusement, les court- et moyen-courriers ne proposant pas ce service, j’évite de trop boire pendant les quelques heures qui précèdent le décollage.

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Petite baignade dans le lagon secret de Fludir, en Islande

Les assurances de voyage

Les compagnies d’assurance reconnaissent la plupart des handicaps comme des invalidités préexistantes et si vous êtes en fauteuil roulant, votre police inclut a priori tout frais supplémentaire. Toutefois, si vous êtes sous traitement médical, que vous voyagez contre l’avis de votre médecin ou que vous devez subir une opération chirurgicale à court terme, il se peut que votre contrat ne vous couvre pas. Certains assureurs spécialisés dans les polices pour personnes handicapées incluent spécifiquement la perte des dispositifs d’aide à la mobilité, les dommages qu’ils peuvent causer ou qu’ils subissent, ou prennent en charge le remplacement des accompagnants si les vôtres venaient à être malades. Aussi, pour vous assurer de disposer du contrat qui vous convient le mieux, prenez directement contact avec les compagnies d’assurance.

Se préparer à devoir faire des compromis

Que je choisisse un hôtel cinq étoiles ou petit budget, une grande ville ou un village perdu, il me faut toujours faire trois fois plus de recherches que mes amis non handicapés pour le même voyage, et faire des compromis pour vivre les mêmes choses qu’eux. 
Je dois ainsi faire avec des hébergements présentés comme accessibles aux fauteuils roulants mais qui, en réalité, ne le sont pas tout à fait. Cela va des trois petites marches pour accéder au hall d’entrée qui m’obligent à me faire aider, à la salle de bains que je dois rallier tant bien que mal car mon fauteuil ne passe pas dans la porte, aux restaurants dont les toilettes sont à l’étage en passant par les hôtels haut de gamme où les aménagement pour personnes en fauteuil roulant existent, mais uniquement dans la chambre, et imposent donc à mes amis de s’occuper de moi pour aller à la piscine. Sans compter les longs détours en bus ou en taxi, plus cher, lorsque je ne peux pas utiliser le train ou le métro, les stations et les gares n’étant pas toujours pourvues d’ascenseurs.

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En road-trip aux États-Unis

Bien vérifier que les lieux sont adaptés

Lorsqu’un lieu, hôtel, restaurant ou autre, est présenté en ligne comme accessible aux personnes handicapées, il est impératif de le vérifier en passant un coup de fil ou en envoyant un e-mail pour bien savoir de quelle « accessibilité » il s’agit, en demandant également les dimensions des portes, le nombre de marches, la taille de la salle de bains ou de l’ascenseur. Je me suis mordu les doigts de ne pas l’avoir pas fait lorsque que me suis retrouvée coincée en arrivant de nuit à Barcelone dans une auberge de jeunesse qui, bien que présentée comme accessible aux personnes à mobilité réduite, était située au quatrième étage d’un immeuble dont l’ascenseur était trop étroit pour accueillir mon fauteuil. Après plusieurs appels, le personnel dans tous ses états m’a finalement trouvé un studio (avec une marche à l’entrée !) où l’ascenseur était suffisamment grand. Donc, pour éviter ce genre d’écueil, appelez et vérifiez tous ces détails avant votre arrivée.

Les frais supplémentaires

Lorsqu’on dépense beaucoup d’argent ou qu’on fait un long voyage, on tient à savoir exactement ce pour quoi on paie. Et cela est particulièrement frustrant quand on sait que les chambres aménagées pour les personnes à mobilité réduite sont parfois les plus chères ! En cas de réservation par le biais d’un site tiers, veillez à bien contacter l’hôtel directement pour confirmer que votre chambre dispose de tout ce dont vous avez besoin et n’hésitez pas à demander une réduction après avoir souligné la surfacturation des chambres aménagées. D’après mon expérience, mieux vaut être trop prudent plutôt que d’arriver le nez au vent en espérant que l’hôtel tiendra les promesses faites en ligne.
Certains circuits organisés voient également leur tarif augmenter quand ils doivent prévoir les aménagements nécessaires aux personnes en fauteuil. En Islande par exemple, j’aurais pu parcourir le Golden Circle via une sortie organisée 100 % accessible avec un bus aménagé pour venir me chercher et me déposer à ma chambre. L’idée était très tentante, mais je me suis abstenue car le prix par personne était d’environ 400 €, contre 80 € pour les personnes valides. J’ai donc préféré devoir descendre de mon fauteuil, me hisser dans le bus et faire l’inverse pour regagner mon fauteuil. J’ai décidé d’en rire car même si toute cette aventure n’était pas des plus glamours (ce genre de choses l’est rarement), mon compte en banque m’en a été reconnaissant !  

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Les chutes de Gullfoss, en Islande

Prévoir un plan B

Il vous faudra prévoir toute une organisation en amont si vous avez envie d’authenticité et de découvrir les cultures traditionnelles. Si vous voulez dormir dans un cottage au toit de chaume en Irlande, dans une hutte sur une plage en Indonésie ou dans un ryokan au Japon, ne vous attendez pas à y trouver tous les aménagements nécessaires à votre mobilité. Mais en sachant cela à l’avance, vous pourrez, avec vos compagnons de voyage, prévoir des solutions pour vous aider à vous lever, même si, parfois, le plus sûr reste d’avoir un plan B, histoire de ne pas être pris complètement au dépourvu. Un plan B est également très utile pour les transports. Je vous recommande donc de bien étudier les moyens de transports avant votre arrivée sur place pour bien savoir lesquels, entre les bus, les trains ou les tramways, proposent une assistance ou disposent d’accès aménagés. Dans les grandes gares ferroviaires, le plus simple pour planifier vos trajets reste de taper votre destination dans Google Maps et de demander conseil au guichet d’information où on vous expliquera comment vous y rendre le plus simplement possible.   

Toujours faire des recherches

Une étude récente du site britannique Compare the Market a placé Luxembourg, Berlin, Stockholm, Oslo et Berne en tête des villes les plus accessibles, sans grande surprise vu leur culture progressiste et libérale. Si elles sont toutes situées sur des terres pour la plupart assez plates et bénéficient d’une architecture moderne, ne vous abstenez pas pour autant de faire vos recherches avant de vous y rendre. Essayez d’obtenir le plus d’informations possibles avant le départ, faites la liste des sites incontournables et familiarisez-vous avec les réseaux de transport en commun ainsi qu’avec la géographie des lieux. Ainsi, vous serez en mesure de surmonter toute difficulté potentielle.



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