Tibet : Culture

Les racines de la religion au Tibet

Le Tibet peut déconcerter ceux qui sont déjà familiarisés avec le bouddhisme zen. L’aspect grandiose des temples, le culte des icônes et les divinités protectrices parfois assoiffées de sang se dressant dans les entrées, tout cela semble venir démentir les principes élémentaires d’une foi ascétique, qui prône le renoncement et la modération.
En fait, l’implantation du bouddhisme au Tibet fut fortement marquée par le Bön, une croyance qui tire son origine du chamanisme – elle est notamment caractérisée par des éléments tels que dieux et esprits, exorcisme, sorts magiques, talismans, tambours rituels, sacrifices, culte des rois morts. Des pratiques populaires, comme celles des drapeaux de prière, sont profondément ancrées dans la tradition bön-po.
Les interactions du bouddhisme tibétain avec le culte des esprits du Bön et le panthéon hindou, de même que les affinités du Tibet avec le tantrisme, l’un des courants de la pensée bouddhique, ont donné naissance à d’innombrables déités, courroucées ou aimables. Sont venues s’y greffer la tradition scolastique des universités bouddhiques indiennes et les traditions ascétiques et méditatives de la religion himalayenne. Aussi touffues et déroutantes ces iconographie et philosophie soient-elles, les principes élémentaires du bouddhisme sont quant à eux fortement enracinés dans l’expérience quotidienne. Même les lamas et les moines de très haut rang sont étonnamment pragmatiques.

Le Bouddha

Le bouddhisme est né dans le nord-est de l’Inde vers le Ve siècle av. J.-C., à une époque où la religion locale dominante était le brahmanisme. Certains brahmanes, en vue de présider aux offrandes qui allaient être faites à leurs dieux, se soumettaient à un ascétisme rigoureux. Ils se rendaient dans des lieux très isolés, où ils jeûnaient, méditaient et pratiquaient des techniques yogiques.
Nombre des concepts fondamentaux du bouddhisme trouvent leur origine dans la société brahmanique de cette époque. Le Bouddha, né Siddhartha Gautama (vers 560-480 av. J.-C.), fut l’un des nombreux ascètes errants dont les enseignements conduisirent à la fondation d’écoles religieuses rivales.
La vie de Siddhartha Gautama reste en partie mystérieuse. On sait qu’il est né à Lumbini (dans l’actuel Népal) d’une famille princière, qu’il s’est marié et a eu un fils, avant de renoncer à sa vie de privilèges pour se lancer dans une quête spirituelle qui devait l’aider à donner du sens aux souffrances du monde. Après avoir étudié auprès de nombreux maîtres, il s’orienta vers un ascétisme intense, mais arriva à la conclusion qu’une telle voie était par trop extrême. Pour finir, à l’endroit aujourd’hui appelé Bodhgaya (État du Bihar), en Inde, Siddhartha Gautama médita sous un bo (pipal, ou arbre de la Bodhi). À l’aube, au terme de sa troisième nuit de méditation, il devint le Bouddha (l’“éveillé”).
De nombreux épisodes fameux de la vie du Bouddha sont peints sur les murs des monastères, depuis sa naissance et ses sept premiers pas (symbolisés par des fleurs de lotus surgissant du sol), à son ascèse qui le montre d’une extrême maigreur, et à la tentation par Mara, le prince des démons qui régit le monde des désirs.

Langues

Les deux langues principales parlées au Tibet sont le tibétain et le mandarin. Dans les villes (la campagne étant bien différente), presque tous les habitants parlent tibétain et mandarin, et tous les Tibétains suivant des études supérieures sont obligés de parler chinois. Linguistiquement parlant, ces deux langues ont peu en commun.
La syntaxe est différente et les intonations sont bien plus importantes en tibétain.
De plus, contrairement aux dialectes chinois, le tibétain n’a jamais recouru aux idéogrammes.
 

Bonjour.  ta·shi di·lek
Au revoir. ka·lii pèi (lorsque l’on reste)
ka·lii shu(lorsque l’on part)
Désolé.    gong·da
Excusez-moi. gong·da
S’il vous plaît. tu·djè·sig
Merci. tu·djè·tchèi

 

Comment allez-vous ?   kèi·uâng kou·sou
di·po yin·bèi
Bien, et vous ? ie·bo·yin kèi·uâng·yâng
kou·sou di·po yin·bèi
Comment vous appelez-vous ? kay·uâng·gui tsen·lâ
kâ·uèi·uèi
Je m’appelle… ngay·ming·la … uèi
Vous parlez anglais ? kèi·uâng in·dji·kèi
shing·gui yo·bèi
Je ne comprends pas. ha ko ma·song

 

Alimentation

Ne vous attendez pas à ce que les repas soient un temps fort de votre séjour au Tibet. Quelques restaurants à Lhassa et certaines pensions de campagne sont passés du stade du régime de subsistance à celui d’une gastronomie bourgeonnante, mais le repas fait plutôt figure de nécessité que de plaisir. En revanche, les légumes frais et les aliments conditionnés sont désormais plus répandus et les restaurants chinois, fànguǎn (饭馆) ou cāntīng (餐厅), ne manquent pas.
 

Denrées de baseet spécialités

Cuisine tibétaine
Dans les foyers de l’Himalaya, l’aliment de base consiste en une pâte faite de tsampa (farine d’orge grillée) et de beurre de yak, dilué dans un liquide – eau, thé ou bière. Les Tibétains malaxent la pâte et forment des boules à la main, ce qui est plus difficile qu’il n’y paraît. Agrémentée de sucre et de lait en poudre, la tsampa constitue un porridge acceptable, l’équivalent d’un casse-croûte bienvenu lors d’une randonnée. Toutefois, on s’en lasse vite.
Les momo et la thugpa sont des mets relativement courants. Les premiers
sont des petits raviolis à la viande, aux légumes, ou à ces deux ingrédients. Savoureux, ils sont habituellement cuits à la vapeur ou frits. La thugpa est une soupe de nouilles avec de la viande et/ou des légumes. La hipthuk (bouillon de viande de yak et pâtes de forme carrée) et la thenthuk (avec plus de nouilles) sont deux variantes de ce plat. Les vermicelles phing font parfois également partie des ingrédients.
Un autre choix fréquent est le shemdre (parfois appelé bœuf au curry), un ragoût de pommes de terre et de viande de yak sur du riz. Dans les meilleurs restaurants, à Lhassa ou à Shigatse, vous pourrez goûter au damje ou au shomday (riz sauté, servi avec des raisins et du yaourt), au droma desi (ginseng sauvage avec des raisins, du sucre, du beurre et du riz) et le shya vale (sortes de crêpes roulées et garnies d’une farce à base de viande de yak). Les grands restaurants tibétains (sakhang) sont spécialisés dans les abats de yak et beaucoup de plats témoignent des nombreuses façons de préparer la langue, l’estomac ou les poumons
du bovidé.
Cuisine han (chinoise)
Toute grande ville tibétaine compte désormais des restaurants chinois, mais ils sont 50% plus chers que dans le reste de la Chine.
La cuisine chinoise présente au Tibet est presque exclusivement sichuanaise – la plus relevée de Chine ! Le yúxiāng (鱼香), est une sauce sichuanaise appréciée, forte et piquante. Combinant ail, vinaigre et piment, elle est aussi censée avoir le goût de poisson mais tient plus d’une marinade douce et acidulée. Vous goûterez aussi au huājiāo (花椒 ; poivre du Sichuan), une épice, et non un poivre, tirée de baies de plusieurs arbustes, au goût parfumé et qui a certaines caractéristiques du piment ; elle est très usitée dans la gastronomie sichuanaise.
Cuisine musulmane hui (chinoise)
Les restaurants hui disséminés dans la plupart des villes changent agréablement de la cuisine han ou tibétaine. On les reconnaît au drapeau vert qui flotte habituellement sur la devanture, ou aux inscriptions en caractères arabes sur l’enseigne. La plupart des cuisiniers viennent de la préfecture autonome hui de Linxia, elle-même située dans la province de Gansu.
La cuisine a pour plat de base les nouilles et, bien sûr, n’inclut jamais de porc.
Certains mets méritent votre attention. Les gānbànmiàn ressemblent à des spaghettis bolognaises sautées, à la viande de bœuf ou de yak, parfois accompagnées de poivrons verts. Les chǎomiànpiàn consistent en des raviolis farcis à la viande et aux légumes. Les xīnjiāng bànmiàn (nouilles du Xinjiang) sont assez semblables, mais la sauce est servie dans un bol à part. Vous pourrez parfois assister à la fabrication des nouilles en cuisine.

Art et histoire

Les arts du Tibet sont une synthèse de nombreuses influences. L’art et l’architecture bouddhiques des dynasties Pala (Inde) et Newar (Népal) constituèrent une première source d’inspiration importante dans le centre du Tibet, tandis que les cultures bouddhiques de Khotan (oasis de la route de la soie, dans l’actuel Xinjiang) et du Cachemire traversèrent les montagnes et gagnèrent le Tibet occidental. L’influence neware est clairement visible dans les premières sculptures en bois du Jokhang, et l’influence cachemirienne est particulièrement marquée dans les fresques de Tsaparang (Tibet occidental). Des influences chinoises ont aussi été absorbées, comme on le voit clairement au monastère de Shalu près de Shigatse et dans le style Karma Gadri prédominant dans l’est du Kham. Plus tard est apparu un style clairement tibétain appelé Menri, mis au point et perfectionné dans les monastères de Drepung, de Ganden et de Sera, tous trois aux alentours de Lhassa.
L’art tibétain est extrêmement conservateur et conventionnel. L’expression personnelle et l’innovation ne sont pas franchement appréciées, puisque l’interprétation individuelle est vue comme un obstacle à l’objectif premier de l’art tibétain, censé représenter le chemin vers l’illumination. La création d’art religieux est considérée avant tout comme un acte de mérite et l’artiste reste généralement anonyme.
L’héritage artistique du Tibet a été en grande partie anéanti lors de la Révolution culturelle. Ce qui n’avait pas été détruit était bien souvent expédié en Chine ou sur le marché de l’art à Hong Kong. Plus de 13 500 œuvres ont regagné le Tibet depuis, mais cela ne représente qu’une fraction du total des pièces volées. Beaucoup d’artisans tibétains ont été persécutés ou ont fui le Tibet. Ce n’est que récemment que les artistes restés sur place ont pu reprendre leur travail et commencer à transmettre à de jeunes Tibétains des techniques qui étaient sur le point de s’éteindre. De nouveaux ateliers d’artisanat traditionnel font constamment leur apparition dans la vieille ville de Lhassa.

Danse et théâtre

Quiconque a la chance d’assister à une fête tibétaine aura probablement l’occasion de voir des spectacles de cham, une danse rituelle masquée, effectuée pendant plusieurs jours par des moines et des lamas. Chaque geste et mouvement du cham a une signification, mais c’est incontestablement le tableau des danseurs aux masques bigarrés qui fascine le pèlerin.

Musique

La musique est un aspect de la vie culturelle tibétaine qui comporte un important héritage profane. En ville, les chansons constituent un vecteur majeur pour diffuser des critiques sociales, des faits d’actualité et des satires politiques. Dans la vie sociale tibétaine, le travail et les loisirs sont considérés comme autant d’occasions de chanter. Aujourd’hui encore, on voit souvent des équipes d’ouvriers travaillant à la reconstruction des monastères tout en chantant à l’unisson. Dans les groupes comportant des hommes et des femmes, les deux groupes chantent tour à tour des refrains rythmés.

Littérature

Le développement d’une forme écrite du tibétain est attribué à un moine nommé Tonmi Sambhota et coïncide avec l’introduction du bouddhisme sous le règne de Songtsen Gampo du VIIe siècle. Avant cela, les traditions pré-bouddhiques étaient transmises oralement grâce à des légendes relatant les exploits des premiers rois, la présence des esprits et les origines du peuple tibétain. Certaines de ces traditions orales furent ensuite transcrites au moyen de l’alphabet tibétain.

Architecture

La plupart des premiers édifices religieux, comme le temple du Jokhang à Lhassa, ont été très influencés par l’architecture des dynasties Pala (Inde) et surtout Newar (Népal). Un style architectural typiquement tibétain émergea peu à peu. Il s’exprima pleinement avec l’édification des grands ensembles monastiques Gelugpa, d’imposants chortens (sanctuaires bouddhiques), de dzong (forts) au sommet des collines, mais aussi de tours de pierre moins connues dans les régions de Kongpo et de Qiang (ouest du Sichuan). Le grand architecte américain Frank Lloyd Wright aurait accroché une photographie du Potala au mur de son bureau.

Peinture

Comme pour les autres formes d’art tibétain, la peinture est très symbolique et peut être interprétée à différents niveaux. Elle est presque exclusivement religieuse.

Statuaire et sculpture

Tout comme la peinture, la statuaire tibétaine est quasiment toujours de nature religieuse. Mesurant entre quelques centimètres et plusieurs mètres, les statues représentent habituellement des divinités et des lamas vénérés. La plupart des petites statues sont creuses et ont été remplies de textes, de prières, d’amulettes et de genévrier lors de leur consécration. Très peu des statues en argile ou en métal encore visibles au Tibet datent d’avant 1959.

Artisanat

À Lhassa, la croissance économique de ces dernières années a entraîné un réel développement de l’artisanat traditionnel, même si la production est en partie destinée au marché touristique chinois.

Mis à jour le : 3 août 2015
Vizeat

Articles récents

Guide de voyage Guide de voyage

Lonely Planet : Comprehensive and inspirational guides with thousands of detailed listings, reviews and recommendations for…

Paramètres des cookies