Louisiane : Culture

Langue

Les visiteurs sont souvent surpris de ne pas entendre davantage parler français en Louisiane. Américain depuis 1812, l'État a, en effet, eu le temps d'apprendre l'anglais. L'anglais parlé dans le Vieux Sud se caractérise avant tout par son accent. "Louisiana", par exemple, se prononce "LOOZ-ee-na" et "New Orleans" est prononcé "noo-OR-lins".
Pour minoritaire qu'il soit, le français est cependant bien vivant dans les 22 paroisses qui forment l'Acadiana. Selon une enquête menée en 1990 par le Codofil (Conseil pour le développement du français en Louisiane), plus de 40% des habitants de ces paroisses parleraient français, contre moins de 30% dix ans plus tôt. Ces chiffres méritent cependant d'être nuancés. Une certaine proportion de Cajuns, immergés de longue date dans la culture anglo-saxonne, ne parlent en effet que quelques mots de français. De plus, le français ne perdure en Louisiane qu'en tant que langue parlée, rares étant ceux qui le lisent ou l'écrivent.
Le lexique ci-après n'est qu'un avant-goût des savoureuses sonorités du français cajun, assez proche du québecois.
aster : maintenant bougue : individu Cadien(enne) : Cajun char : voiture chaudière : casserole chevrette : crevette cocodril : alligator écrivisse : écrevisse fromille : fourmimaringouin : moustique musique à bouche : harmonica ouaouaron : grenouille piastre : dollar

Nourriture

Au carrefour de diverses traditions culinaires géographiques et historiques, les cuisines créole et cajun figurent parmi les plus originales qui soient. La première, d'influences française, espagnole et africaine, fait la part belle au beurre et à la crème. La seconde, plus épicée, mêle des traditions françaises et locales et emploie volontiers le lard et le "roux", mélange de lard et de farine utilisé pour épaissir les préparations. Le jambalaya, plat cajun, est proche de la paëlla espagnole (riz, fruits de mer, légumes, saucisses et épices mijotés). D'origine créole, le gombo consiste pour sa part en une soupe épaisse à base d'okras (plante potagère dont le goût rappelle les pois ou les fèves). Ce plat qui paraît simple relève en fait d'une fine alchimie d'épices, de roux, de sauce piquante et de saveurs empruntées, selon les cas, à l'andouille, aux écrevisses ou encore aux crevettes. Grand classique de la cuisine cajun, les écrevisses sont cuites à l'étouffée et cuisinées dans une sauce tomate relevée d'oignons et d'épices. Lors des crawfish cook off, on apporte sur la table un grand plateau d'écrevisses cuites que les convives dégustent nature, avec les doigts. Autre spécialité locale, le po-boy est un sandwich chaud garni d'huîtres ou de crevettes frites ou encore d'andouille (nom donné aux saucisses fumées cajun).

Religion

Les convictions religieuses ont toujours joué un rôle important dans les États du Vieux Sud, parfois appelé "Bible belt" (le bastion de la Bible). La Louisiane, qui compte plus de 4 300 lieux de culte divisés en une cinquantaine de confessions, ne fait pas exception à la règle. Les questions religieuses ont autant divisé la population des États du Sud dans le passé que la question ethnique. Les protestants évitaient de s'associer aux catholiques ; ces derniers et les juifs étaient autant persécutés par le Ku Klux Klan que les Noirs. Aujourd'hui encore, Noirs et Blancs fréquentent souvent des lieux de culte distincts. Si La Louisiane est majoritairement protestante, la ville de la Nouvelle-Orléans et le pays cajun sont avant tout catholiques. Un grand nombre d'Afro-américains adhèrent également à cette confession.
L'Église baptiste du Sud est le fer de lance du protestantisme du Vieux Sud. Sermons enflammés, baptêmes dans les rivières, enseignement biblique et règles de vie strictes la caractérisent.
La religion a toujours soudé les communautés afro-américaines, qui ont créé leurs propres églises dès l'époque de l'esclavage. L'African Methodist Congregation a ainsi participé à l'implantation de nombreuses églises dans tout le sud des États-Unis. Les églises noires ont été la proie de nombreuses attaques inspirées par la haine raciale dans le passé. Récemment encore, en 1995, elles ont été victimes d'une série d'incendies criminels dans le Vieux Sud.
Les traditions vaudoues cohabitent parfois avec le christianisme en Louisiane. Une communauté juive est établie de longue date dans certaines villes des rives du Mississippi.
Mardi gras, qui clôt le carnaval et embrase La Nouvelle-Orléans en février est sans conteste la plus extravagante coutume de Louisiane. Avant que l'Église catholique ne s'approprie cette manifestation populaire pour inaugurer les quarante jours de carême, le mardi gras était un rite païen célébré pour fêter l'approche du printemps. Il avait également pour but de tourner en ridicule l'aristocratie créole en imitant son fastueux train de vie. S'ils se sont éloignés de leurs significations d'origine, le carnaval et le mardi gras restent cependant d'exceptionnelles occasions de faire la fête. Les défilés des "krewes" (clubs exclusivement masculins dont l'appartenance se transmet de génération en génération) sont le clou du spectacle. Ces parades généralement constituées d'une douzaine de chars suivis de fanfares défilent dans les rues de la ville avant le bal masqué du Vieux Carré.
Quelques traditions cajuns perdurent également. Lors des mariages, on organise encore parfois la money dance, durant laquelle les convives épinglent des billets de banque sur le voile de la mariée. Il peut également arriver que l'on se réunisse pour la traditionnelle boucherie hivernale, au cours de laquelle on tue un cochon.

Arts

La Nouvelle-Orléans est bien sûr le berceau du jazz, dont les origines remontent à l'époque où les esclaves se rassemblaient le dimanche sur Congo Square pour danser et chanter. Les musicologues s'accordent pour reconnaître en Buddy Bolden le véritable précurseur du jazz. Entamée en 1894, sa carrière de cornettiste lui valut le titre de "King" en 1905. Il ne reste, hélas, aucun enregistrement de sa musique. Suite à la loi de 1917 qui imposa la fermeture des cabarets de Storyville – le quartier "chaud" de La Nouvelle-Orléans – de nombreux musiciens de jazz quittèrent la ville pour Chicago, Kansas City puis New York. Certains interprètes originaires de La Nouvelle-Orléans – Louis Armstrong en tête – acquirent ainsi une réputation internationale. À partir des années 1920, le jazz s'est progressivement développé en différents courants : swing, be-bop, fusion, free-jazz. Si elle l'a vu naître, La Nouvelle-Orléans ne peut plus guère être considérée comme la "capitale" du jazz : la scène de New York, notamment, est maintenant bien en tête.
La plus importante contribution artistique louisianaise de ces dernières années est liée au renouveau de la culture cajun. Chaleureuse et endiablée, la musique traditionnelle cajun mêle les sonorités de la guitare espagnole, du triangle africain, du violon français et de l'accordéon allemand. Accompagnée de paroles chantées en français, cette musique qui rappelle parfois le bluegrass ou la country est avant tout l'occasion de danser le two-step ou la valse. Les Créoles noirs ont ajouté des accents de rhythm'n' blues à cette même base instrumentale pour créer le zydeco, également chanté en français. Ce style musical se caractérise aussi par l'utilisation du frottoir, instrument en métal dont la forme évoque un battoir à lessive sur lequel on bat la mesure avec des cuillers. Zachary Richard et J.C. Chénier ont exporté la musique cajun au Canada et en Europe.
La Louisiane offre d'exceptionnels exemples d'architecture coloniale. Le Vieux Carré de La Nouvelle-Orléans et les plantations qui jalonnent les rives du Mississippi, notamment, regorgent de colonnades et d'ornementations en fer forgé typiques des styles coloniaux français et espagnols. Les édifices louisianais se sont par la suite enrichis d'apports anglo-saxons, souvent mâtinés d'esthétisme grec.
Mark Twain, William Faulkner ou encore Tennesse Williams sont au nombre des grands romanciers américains à avoir transcrit dans leur œuvre l'ambiance particulière du Vieux Sud.

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