Égypte : Culture

Coutumes et cultures égyptiennes

Mode de vie

La société égyptienne est complexe. Il y a bien sûr des différences incommensurables entre un paysan du delta du Nil et un employé du Caire – mais même ces derniers peuvent avoir des modes de vie très divers. La majorité de la population égyptienne oscille entre deux modèles extrêmes. D’un côté il y a des familles religieuses conservatrices dans lesquelles les femmes portent l’abaya, une longue robe noire dissimulant les formes, et les hommes, la galabeya, un genre de djellaba. Dans ces milieux traditionnels, les cousins se marient entre eux, aller à Alexandrie est le voyage d’une vie et tout est la volonté de Dieu. Mais, dans certaines autres strates de la société, les familles commandent un hamburger chez McDonald et voyagent régulièrement aux États-Unis, les filles portent des petites robes noires moulantes et flirtent ouvertement, et l’on n’entre dans une mosquée que le jour de ses funérailles.

Multiculturalisme

La plupart des habitants vous expliqueront fièrement qu’ils descendent des anciens Égyptiens. S’il existe une part de vérité dans ces propos, le pays a aussi été envahi par les Libyens, les Perses, les Grecs, les Romains et, surtout, les 4 000 cavaliers arabes qui investirent le pays en 640. Pendant les siècles qui suivirent, l’Égypte accueillit une migration arabe substantielle, et des mariages interethniques furent célébrés. Les Mamelouks, à la tête du pays entre le XIIIe et le XVIe siècle, étaient d’origines turque et circassienne. Les Turcs ottomans leur succédèrent à partir de 1517 jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Toutefois, de récentes études ADN ont montré que 68% de la population ethnique égyptienne était originaire d’Afrique du Nord.En dehors des Égyptiens de la vallée du Nil, il existe également quelques groupes ethniques d’origine ancienne. Les ancêtres des Bédouins d’Égypte, vraisemblablement originaires de la péninsule Arabique, se seraient ensuite installés dans le désert Occidental, le désert Oriental et le Sinaï. Dans le désert Occidental, en particulier dans l’oasis de Siouah et alentour, subsiste un petit nombre de Berbères qui ont conservé une grande partie de leur identité.Dans le Sud, les Nubiens, grands et à la peau sombre, sont venus de Nubie, la région entre Assouan, en Égypte du Sud, et Khartoum, au Soudan. Ce territoire a presque entièrement disparu sous les eaux du lac Nasser dans les années 1970, après la construction du grand barrage d’Assouan.

Langue

L'arabe égyptien (ECA), surtout la langue de la rue, n'a presque rien à voir avec l'arabe classique. L'arabe parlé par un Égyptien éduqué, même si sa prononciation est différente, se rapproche en revanche beaucoup plus de celui de ses voisins : un Jordanien ou un Irakien cultivé pourra discuter avec lui politique ou littérature, mais acheter du pain dans une boulangerie égyptienne sera pour ces derniers un vrai casse-tête.La prononciation de l'arabe est assez difficile; pourtant, apprendre ne serait-ce que quelques mots ou expressions vous ouvrira bien des portessalut : salam 'alaikoum (litt. : la paix soit avec toi)(réponse) : wa 'alekum es salam (litt. : et sur toi aussi)bienvenue : ahlan wa sahlanbonjour : sabah al-khayrbonsoir : misa al-khayrau revoir : ma'as salaama (litt. : va en paix)merci : choukranemerci beaucoup : choukrane gazilanoui/non : aywa/la'pardon : 'assifcomment allez-vous ? : izzayyak (à un homme), izzayyik (à une femme), izzayyoukoum (à un groupe)je vais bien : kwayyis ilHamdou lillah (à un homme)kwaysa il Hamdou lillah (à une femme) : kwaysin ilHamdou lillah (à un groupe)je m'appelle... : ismi...je ne comprends pas : ana mish faahem/fahmaoù est le marché ? : fein as-souq ?je veux changer de l'argent : ana 'ayiz ousarraf foulous

Religion

Environ 90% de la population égyptienne est musulmane. L’islam domine la vie quotidienne de façon discrète, presque inconsciente, et pourtant presque tous les hommes répondent à l’appel à la prière du muezzin le vendredi midi ; la foule qui sort en masse des mosquées bloque alors les rues.La grande majorité des 10% d’Égyptiens restants sont des chrétiens coptes. Les deux communautés cohabitent plus ou moins harmonieusement. Ainsi, lors des manifestations de la place Tahrir, au Caire, en 2011, l’une des images les plus inspirantes fut de voir des musulmans protégeant des coptes pendant qu’ils priaient, et inversement.Cependant les coptes subissent de plein fouet la violence islamiste, et ce depuis les années 1980 et 1990, ce qui eut pour effet d’augmenter de façon significative leur immigration aux États-Unis, au Canada ou en Australie. Aujourd’hui, l’insécurité et les persécutions à leur encontre sont constantes. En 2017, des églises coptes ont été visées par des attentats à la bombe le dimanche des Rameaux. Toujours en 2017, au mois de mai, au moins 28 pèlerins ont trouvé la mort près de Minya lorsque des hommes armés ont ouvert le feu sur les bus qui les transportaient. Et en novembre 2018, le même lieu a vu un attentat similaire se reproduire, faisant 7 victimes.

Arts

Littérature

Naguib Mahfouz

Lauréat du prix Nobel de littérature en 1988, Naguib Mahfouz a été l’une des figures les plus importantes de la littérature arabe du XXe siècle. Né en 1911 dans le quartier musulman du Caire, il a commencé à écrire à l’âge de 17 ans et a publié plus de 50 romans et 350 nouvelles – beaucoup considèrent la Trilogie du Caire comme son chef-d’œuvre –, des scénarios, des pièces de théâtre et des articles. Influencé à l’origine par les grands écrivains européens, Mahfouz fit ensuite entendre une voix égyptienne unique, inspirée de conversations entendues dans les cafés et du parler des rues du Caire. En 1994, un attentat islamiste en réponse à l’un de ses romans, allégorie peu déguisée de la vie des grandes figures de l’islam, dont le prophète Mahomet, le laisse en partie paralysé. Il décède en 2006.

Autres auteurs

Mahfouz était issu d’une grande tradition littéraire égyptienne, comme d’autres auteurs de son temps. Citons notamment Taha Hussein, un intellectuel aveugle qui passa la majeure partie de sa vie en délicatesse avec les gouvernements successifs ; Tawfiq al-Hakim, dramaturge alexandrin ; et Youssef Idris, auteur de nouvelles d’une rare puissance. Les écrivaines égyptiennes connaissent elles aussi le succès à l’international. Parmi elles, l’auteure féministe et militante, Nawal el-Saadawi a ainsi vu sa fiction Ferdaous, une voix en enfer traduite dans 28 langues tandis que son essai La Face cachée d’Ève, qui analyse le rôle des femmes dans le monde arabe, demeure interdit en Égypte. Pour sa part, Ahdaf Soueif écrit surtout en anglais, son ouvrage le plus célèbre s’intitule Lady Pacha.

Romans égyptiens contemporains

Aussi connu dans le monde que Naguib Mahfouz, Alaa El-Aswany est un ancien dentiste qui écrit aujourd’hui sur le peuple égyptien, la pauvreté et les écarts sociaux. Son best-seller, L’Immeuble Yacoubian, paru en 2002, offre un aperçu sombre et captivant de la société cairote contemporaine à travers la vie des habitants d’un immeuble du centre. Il s’agit à ce jour du roman arabophone le plus vendu au monde. Salwa Bakr s’exprime sur des sujets tabous, comme les préjugés sexuels et les inégalités sociales. En français, on pourra lire Des histoires dures à avaler et l’excellent roman Les Messagers du Nil. L’œuvre de Youssef Rakha est quant à elle profondément ancrée dans la ville du Caire. Son roman Le Livre des cercles est le récit d’une quête d’identité passionnante, tandis que dans Crocodiles (non traduit en français) l’auteur tisse son histoire autour des événements qui se sont déroulés en 2011.

Cinéma

Pendant les années 1940 et 1950, âge d’or du cinéma égyptien, les studios du Caire tournaient chaque année plus de 100 films musicaux qui remplissaient les salles obscures de tout le monde arabe et font toujours figure de classiques dans la région. Et si la capitale égyptienne est restée un haut lieu du cinéma jusque dans les années 1980, il ne s’y tourne toutefois plus qu’une vingtaine de films par an aujourd’hui. Youssef Chahine (1926-2008) fut assurément un réalisateur hors norme dans le paysage cinématographique égyptien. Celui que l’on surnomme le Fellini égyptien a tourné plus de 35 films et a été récompensé à Cannes en 1997 pour l’ensemble de son œuvre. Parmi les plus célèbres de ses films : Gare centrale, Adieu Bonaparte, Alexandrie pourquoi ? ou encore Le Destin. Depuis la révolution de 2011, une nouvelle génération de réalisateurs est apparue, donnant au cinéma égyptien une nouvelle direction passionnante. Jehane Noujaim a ainsi été nommé aux Oscars et récompensé par trois Emmy Awards pour son film The Square, qui traite des manifestations de la place Tahrir en 2011-2013. Également plusieurs fois primé, Rags and Tatters d’Ahmad Abdalla est un film remarquable, abordant la révolution avec franchise et sous une forme inhabituelle, puisqu’il est essentiellement muet.

Musique

Musique classique

La musique classique arabe connaît son apogée dans les années 1940 et 1950. Par le biais de la radio, les chanteurs égyptiens, élevés au rang d’idoles, captivaient et enflammaient les auditeurs d’Alger à Bagdad. La plus célèbre fut Oum Kalsoum, star incontestée du XXe siècle. Ses chansons d’amour et ses qasa’id (longs poèmes) étaient l’expression même de l’identité arabe. À l’époque, l’amour que les Égyptiens lui portaient prenait de telles proportions que les rues se vidaient entièrement le premier jeudi après-midi du mois, à l’heure de son concert radiodiffusé. Ses équivalents masculins, Abdel Halim Hafez et Farid el-Atrache, ne susciteront jamais un culte aussi fervent qu’“As Sitt” (la Dame). À son décès en 1975, des millions d’Égyptiens en deuil envahissent les rues de la capitale.

Variété

Rejetant les mélodies traditionnelles et leur tonalité mélodramatique, les morceaux réalistes et parfois subversifs d’Ahmed Adawiyya, s’inspirant de la rue, ont su capter l’état d’esprit d’une époque, dominant la culture populaire tout au long des années 1970. Ce nouveau genre musical appelé jeel (“génération”) est caractérisé par une rythmique ponctuée de claquements de main et de tintements, un accompagnement dansant au synthétiseur et une ligne vocale répétitive et entraînante. Le jeel se rapprochera ensuite de la pop occidentale sous l’influence notamment d’Amr Diab, souvent décrit comme le Ricky Martin du monde arabe. Autre héritage d’Adawiyya, le chaabi (de “populaire”) est beaucoup plus brut et ses paroles comportent souvent un aspect satirique ou politique provocateur. Si Hakim en incarne la face présentable, en 2010 le morceau Ezay ? (Comment ?) du chanteur Mohammed Mounir a été interdit, car trop politique. Depuis la révolution de 2011, la jeunesse bouge sur du mahraganat, un genre mêlant rythmes répétitifs et rap auto-tuné. Les artistes enregistrent souvent chez eux et diffusent leurs morceaux sur Internet. Mohamed Saber, alias Diesel, est l’un des plus créatifs du genre, tandis qu’Al Sadat Abdelaziz, alias Sadat, en est le plus célèbre représentant. À travers le mahraganat, ces jeunes décrivent leur quotidien, et utilisent l’argot pour exprimer leurs difficultés et leurs désillusions.

Arts visuels

Avec la révolution de 2011, les arts visuels égyptiens sont entrés dans une ère de liberté et de joyeux désordre ouvrant à des artistes les portes du succès international. Ahmed Bassiouny, tué au troisième jour des manifestations, a ainsi été exposé à titre posthume à la Biennale de Venise en 2011. Certains artistes n’hésitent pas à orner les murs de graffitis pour s’approprier l’espace public. Ganzeer, qui est certainement le graffeur le plus connu d’Égypte, a créé les images les plus percutantes et les plus engagées du pays. Cependant, cette pratique a été interdite par le gouvernement du président Al-Sissi ; Ganzeer vit désormais aux États-Unis et nombreux sont ceux qui, comme lui, ont émigré. Malgré tout, la scène artistique visuelle égyptienne continue de se développer, en partie grâce au soutien d’espaces d’art contemporain, comme la Townhouse Gallery et la Mashrabia Gallery au Caire.

Danse orientale

Les peintures retrouvées dans les tombes égyptiennes en témoignent : l’art de la danse remonte au moins à l’époque pharaonique. Au cours de la période médiévale, les ghawazi (caste de danseurs) voyageaient avec les conteurs et les poètes, donnant des représentations publiques. Au XIXe siècle, les autorités religieuses, offusquées de voir des musulmanes danser devant des “infidèles” en voyage en Égypte, bannissent les danseuses du Caire et d’Esna. La danse orientale ne regagna un semblant de crédibilité qu’avec l’arrivée du cinéma, qui nimba cet art d’une aura glamour et fit la réputation d’une poignée d’artistes : dans les années 1990, la danseuse Fifi Abdou devint ainsi l’une des personnalités les plus célèbres du pays. Néanmoins, depuis le début des années 1990, des islamistes parcourent les fêtes de mariage des quartiers pauvres du Caire pour empêcher les femmes de danser et de chanter, privant ainsi de ressources les artistes les plus modestes. Depuis, peu d’Égyptiennes osent se produire, et les touristes acclament désormais des danseuses étrangères. L’avenir de la danse orientale égyptienne paraît incertain. 

Cuisine

La cuisine de rue est à la portée de presque toutes les bourses, et les Égyptiens font volontiers la queue devant les meilleurs étals de kushari (mélange de nouilles, riz, lentilles noires, oignons frits et sauce tomate) et de ta’amiyya. Parmi les spécialités nationales, on retrouve la très surprenante molokhiyya (soupe de feuilles de corète, forte en goût), le hamam (pigeon) et les mahshi (légumes farcis).Le thé et le café sont servis très forts et sucrés. Le thé (shai) est le plus souvent noir et très chargé en tanin, et le café généralement du café "turc" (ahwa turki).Pour les musulmans les plus stricts, l'alcool est haram (interdit), mais il est toléré (et bu) par la majorité des Égyptiens. Vous trouverez donc de la bière, du vin et des alcools locaux (souvent chers et de piètre qualité pour un étranger).

A table

Les Égyptiens font habituellement trois repas par jour. Au petit-déjeuner, ils mangent le plus souvent du pain et du fromage, avec parfois des olives et un œuf au plat, à la maison, ou un sandwich au foul (purée de fèves), acheté en allant au travail. Le déjeuner est généralement le principal repas de la journée. Il se prend aux heures d’ouverture habituelles des restaurants et cafés, à partir de 14h, mais plus couramment entre 15h et 16h. Le soir, la plupart des Égyptiens prennent un dîner léger ou grignotent. Les portions étant souvent énormes, commandez avec retenue, car le gaspillage est mal vu.

Végétarien et végétalien

On trouve facilement des plats à base de légumes. Vous pourrez vous repaître de mezze, de salades, de foul, de ta’amiyya, et parfois manger des omelettes ou des tajines (tagen) de légumes, à base de gombo (okra) et d’aubergine. En cas de doute, vous pourrez aussi toujours commander des pitas en quantité et un bol de houmous. Soyez vigilant, car on peut, par inadvertance, manger de la viande par le biais du bouillon souvent utilisé dans les soupes et les tajines dits “végétariens”.

Mis à jour le : 4 octobre 2019
Vizeat

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