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Reportages

Une randonnée loin de tout, en Macédoine du Nord

Texte par

Alex Crevar (traduit de l'anglais par Yann Champion)

Mis à jour le : 21 octobre 2019

Carte

À 3h30 du matin, le cinquième jour de notre expédition le long des montagnes de l’ouest de la Macédoine du Nord, nous avons troqué nos bâtons de randonnée pour des rênes et sommes montés à cheval en quête d’un nouveau sommet. Nos lampes frontales éclairaient la vapeur d’eau émanant de nos bouches, qui se mêlait à la fumée des cigarettes roulées à la main. Nous avons quitté Galičnik, village niché dans le massif de la Bistra, et avons progressé lentement, dans l’obscurité, sur plus de sept kilomètres escarpés avec un dénivelé de près de 1 000 mètres jusqu’au sommet du mont Medenica.

Pour les explorateurs et les aventuriers qui ne connaissent pas cette étendue inexplorée de la Macédoine du Nord, pays de la péninsule balkanique situé dans le sud-est de l'Europe, une excursion dans cette chaîne de sommets et de massifs (parmi lesquels ceux de Šar, Bistra et Jablanica) est toujours la découverte d’une des meilleures randonnées (et des moins connues) d’Europe. Mais même pour les membres à cheval du groupe (qui vivent tous dans les Balkans et connaissaient déjà très bien la topographie de la région) ce fut un plaisir.

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Chevauchée sur le mont Bistra

Sur les huit jours qu’a duré notre randonnée, nous avons effectué des étapes qui commençaient dans le nord-ouest de la Macédoine du Nord, chevauchaient la frontière du Kosovo, puis partaient vers le sud en longeant la frontière albanaise. Notre itinéraire traversait un parc national et comprenait les visites d’églises orthodoxes vieilles de plusieurs siècles et d’un monastère construit par saint Clément il y a plus de 1 000 ans. Nous dormions dans des abris à flanc de colline et nous réveillions avec la rosée glacée du matin accrochée à nos tentes. Autour d’un café préparé sur un poêle, nous discutions avec les habitants de sujets variés, allant de la politique à la tonte des moutons, et observions leurs doigts épais et burinés glisser sur les cartes pour nous expliquer de quelle manière les montagnes de la région définissaient autrefois les frontières de la Yougoslavie. Le trajet s’acheva sur les rives de l’ancien lac tectonique d’Ohrid, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, qui a une profondeur de 300 m et s’étire sur plus de 34 km.

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Dans les monts Šar, avec le col du Vrtop et Kobilica (2 528 m) en arrière-plan

À ce moment-là, cependant, nous étions encore en train de trotter derrière notre guide, Vasko Velickovski, le fondateur de Sherpa, agence de Galičnik spécialisée dans les excursions à cheval. Nous ne nous sommes arrêtés que lorsque nous avons atteint le sommet. Nos montures n’en pouvaient plus. Nos fesses non plus. Il était 5h30 du matin. Le ciel, très clair, s’élargissait à mesure que le soleil apparaissait à l’horizon, projetant ses rayons dorés sur une étendue scintillant de la rosée du matin.
Au nord, je parvenais à retracer l’itinéraire des jours que nous venions de passer. La moitié supérieure de notre trajet avait été dominée par une ligne de crête ondulant le long de la chaîne des monts Šar, qui compte plus de 30 lacs glaciaires, quelque 200 espèces de plantes endémiques, ainsi que des ours bruns, des lynx et des chamois. Le sentier (qui fait également partie de la Via Dinarica, gigantesque itinéraire de randonnée qui traverse les Balkans en allant de la Slovénie à la Macédoine du Nord) offrait une sorte d’itinéraire en slalom entre les plus beaux sommets du pays.

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Cuisine traditionnelle dans le village de Galičnik

Aleksandar Donev, le Macédonien qui avait organisé notre excursion, m’a rejoint au trot pour se placer derrière moi pendant que j’admirais le dédale formé par les sommets ondoyants en essayant de distinguer les endroits où nous avions été. “La beauté de ce sentier et de ce pays, c’est qu’il concentre une incroyable richesse en termes d’activités, de culture et de gastronomie sur une zone relativement compacte”, m’a dit M. Donev, dont la société Mustseedonia, installée à Skopje, propose des excursions sur-mesure et promeut le tourisme responsable. “Tout cela fait de la Macédoine un endroit idéal à visiter, parce que l’on a à la fois les paysages et l’occasion d’apprendre l’histoire en remontant aux racines de l’Europe. Je suis heureux que l’on puisse voir tout ça aujourd’hui – parce qu’il va falloir se battre pour que ça reste comme ça.

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Le lac glaciaire Karanikola vu depuis le mont Karanikola (2 409 m)

Au loin, je pouvais suivre ce paysage éblouissant qui menait jusqu’à la star de notre randonnée et des monts Šar : le mont Ljuboten et sa forme de pyramide culminant à 2 498 m. Nous y avons passé la nuit, à la Villa Ljuboten, un gîte offrant un point de départ idéal où nous nous sommes régalés de saucisses, de grillades, de tomates et d’aubergines grillées dans des bols et assiettes en terre cuite. Tout en buvant des verres de rakija (alcool local) maison, nous avons organisé notre prochaine randonnée vers le sud – un itinéraire qui nous ferait passer par le Titov Vrv, point culminant des monts Šar (2 748 m). Nous avons ensuite quitté le massif pour rejoindre le sommet du gigantesque mont Korab, le point culminant du pays (2 764 m), qui se dresse comme un phare au-dessus de la Macédoine du Nord et de l’Albanie. Par la suite, notre groupe s’est retrouvé englouti dans les 730 km² de pinèdes denses et protégées du parc national de Mavrovo, avec ses lacs regorgeant de truites.

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Randonnée sur le mont Plat (2 398 m), avec le Titov Vrv en arrière-plan

L’une des raisons pour lesquelles j’adore faire de la randonnée dans cette région, c’est que l’on ne sort pas des nuages, puisque l’on est toujours dans les plus hauts sommets des Balkans,” m’a expliqué le guide de haute montagne Uta Ibrahimi, propriétaire de l’agence kosovare Butterfly Outdoor Adventure, alors que nous approchions du sommet du Korab. “On fait les sommets en serpentant entre les trois pays –en restant à plus de 2 500 m– et on reste là… à regarder des jours durant le monde magnifique qui s’offre à nos pieds.
Lorsque nous sommes revenus aux écuries de Sherpa à Galičnik, le soleil était passé de l’autre côté de l’horizon. Nous étions épuisés, couverts de poussière, et terriblement affamés. Le parfum des poivrons verts, rouges et jaunes cuisant sur le poêle flottait au-dessus du corral. Des morceaux de fromage frais nous attendaient à côté de plats de burek sur une table de bois sciée grossièrement. Nous nous sommes assis et avons trinqué au rakija.

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Centre équestre Sherpa, au village de Galičnik

Il y a ici une sorte de richesse dans la simplicité qui est magnifique, explique Thierry Joubert, directeur de Green Visions, une agence de tourisme-aventure bosniaque. On n’a que l’essentiel et c’est plus qu’assez. C’est peut-être un esprit qui vient de l’éloignement particulier des montagnes. C’est peut-être dans la nature des gens. Tout ce que je sais, c’est que quand on marche en Macédoine, on finit par faire corps avec le territoire. Et c’est très agréable.



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