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Reportages

Percez les secrets des Dolomites italiennes

Texte par

Orla Thomas (traduit de l'anglais par Vincent Guilluy)

Mis à jour le : 20 avril 2021

Carte

Incroyablement pittoresques, les Dolomites attirent les randonneurs de tous niveaux en Italie du Nord. Si elles offrent de nombreuses occasions de treks solitaires, marcher en compagnie d’un guide local permet de percer les secrets de ces “montagnes pâles”.

Balade dans l’histoire, jusqu’à un château perché

Le château d’Arco semble tiré d’un conte de fées. Médiéval, posé au sommet d’un éperon rocheux et entouré de cyprès, il semble fait pour garder une princesse ou un trésor. Désireuse de trouver l’une ou l’autre, je suis partie un matin d’Arco, la ville blottie à ses pieds, en compagnie d’une guide locale et historienne, Laura Tessaro.
“J’ai peur de n’avoir que deux vitesses, rapide ou lente”, me dit-elle en optant pour la seconde tandis que nous traversons la piazza principale, baignée d’un soleil matinal. Une cloche d’église marque l’heure tandis que nous descendons une rue pavée bordée de balcons où sèche du linge, ornés parfois des vrilles d’une passiflore en fleur.

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Le château d’Arco domine la ville éponyme

On est à moins d’une heure du lac de Garde et l’endroit est tout aussi joli que les villes qui le bordent mais Arco n’attire que quelques visiteurs. “Ici, nous sommes entre le lac et les montagnes, dit Laura. J’aime cette ville ; elle est restée authentique.
Ceux qui y viennent manquent rarement de monter au château. Cinq itinéraires légèrement différents y mènent, passant soit par l’arboretum de la ville riche en végétation méditerranéenne, soit par des oliveraies ; certains suivent une pente plus abrupte tandis que d’autres zigzaguent. Laura m’explique que la position stratégique du château d’Arco, en surplomb de la vallée, a permis aux différentes générations de ses occupants nobles de voir de loin qui y arrivait.

Aujourd’hui, les ruines ne sont plus qu’un reflet du bâtiment d’origine. La mise au jour d’une des tours effondrées du château a permis de découvrir une chose bien singulière, une pièce ornée de fresques du XIVe siècle ayant un thème inhabituel : l’éducation des femmes. En scrutant dans l’obscurité ces peintures délavées, je vois de belles jeunes femmes passer du jeu de dés au jeu de dames, du trictrac aux échecs. Et dans la séquence finale, une jeune étudiante remporte la partie contre son maître. “Tu imagines ? me dit Laura. À cette époque ! Alors que tout le pouvoir était aux hommes…” C’est bien là un trésor, et la fin plaisamment anachronique de ma quête du conte de fées.

Réservez un circuit avec Laura auprès de Mercuria Guides.
 

Se dégourdir les jambes et aller voir des ours avec un guide du parc naturel

“Quand j’étais adolescent, mes amis étaient en bas, au lac de Molveno, et cherchaient la compagnie des filles, mais moi je préférais rester ici, seul, à marcher dans les montagnes”, me dit Michele Zeni, qui travaille pour le parc naturel d’Adamello Brenta. Les choses ont peu changé en vingt ans sauf que maintenant, Michele est payé pour se consacrer à la nature. Il ressemble un peu à Bear Grylls, l’aventurier britannique, mais avec une douceur dans l’attitude qui n’appartient qu’à lui.

“Quand on est seul dans la nature, on fait moins de bruit, dit-il, et on peut voir plus d’animaux.” Il nourrit une grande passion pour les ours. Son regard s’allume lorsqu’il évoque la première fois qu’il en a vu un, ou les quatre heures qu’il a passées à suivre une mère et ses oursons. “Pour les anciens, l’ours était une créature magique. Il mourait chaque hiver et ressuscitait au printemps – comme Jésus.”

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Michele Zeni travaille au parc naturel d’Adamello Brenta

Une pluie diluvienne tombe tandis que nous quittons Malga Dagnola Bassa, un refuge de montagne isolé du parc naturel, mais les nombreux arbres nous abritent. Pommes de sapins et de mélèzes jonchent le chemin, à côté des nids de fourmis rousses fabriqués avec leurs aiguilles. Michele tapote doucement un nid, m’encourageant à faire de même, ce qui leur donne à nos mains une odeur de vinaigre : c’est l’acide formique projeté par les fourmis qui sert à les défendre. Nous reprenons notre ascension et Michele me désigne de temps en temps – presque en chuchotant – une fleur rare, tel le lys martagon, une plante protégée.

“À chaque mètre qu’on gagne en altitude, les traces humaines se font plus rares”, dit-il avec satisfaction.

Le sentier arrive à Malga Dagnola Alta, un refuge dans une clairière d’où on voit un sommet baptisé le Piz Galin. Michele me dit que ce type de roche est plein de petites grottes où les ours hibernent, et me tend ses jumelles pour que je cherche des signes de vie, à défaut d’ours, peut-être un chamois ou une perdrix des neiges. Je scrute la montagne, en vain.

“Il y a des animaux ici, mais ils sont farouches”, dit Michele en ajoutant que leur invisibilité est une bonne chose. “Un ours confiant est un ours mort – celui qui s’approche trop sera tué par un chasseur, donc les animaux qui survivent sont les plus craintifs.” Il y a quelque 70 ours bruns dans cette partie des Alpes centrales, et Michele se satisfait de ne les apercevoir que rarement – du moment qu’ils restent à l’abri.

Apprenez-en plus sur le parc naturel d'Adamello Brenta et les activités qu’il propose.
 

Grimper dans les montagnes avec un guide alpin

Tandis que le téléphérique de Grostè prend de l’altitude, je sens mon anxiété suivre la même trajectoire. Je suis ici pour affronter ma première via ferrata, un de ces itinéraires de montagnes, qu’on trouve partout dans le monde, que des câbles et des échelles rendent accessibles. Les via ferrata ont vu le jour dans les Alpes et sont très importantes dans les Dolomites, là où les soldats italiens et austro-hongrois les ouvraient dans leur rivalité pour contrôler ce champ de bataille capital de la Première Guerre mondiale.

En approchant du Sentiero Vidi, un parcours adapté aux débutants du nord des Dolomites de Brenta, c’est contre ma nervosité que je dois batailler. “Faire que les gens se détendent fait partie de mon travail”, me dit Silvestro Franchini, mon guide de montagne, en réglant mon harnais. Ancien skieur de l’équipe nationale italienne, il est visiblement à l’aise ici. “La via ferrata n’est ni de la randonnée, ni de l’escalade – elle se situe quelque part entre les deux.”

Le début est facile mais le terrain se fait vite plus pentu, le sentier étroit traverse un paysage où les arbres sont de plus en plus rares, et qui devient presque lunaire par son aridité grise. En arrivant à un passage qui paraît plus difficile, Silvestro nous encorde, m’explique comment il me retiendra si je perds l’équilibre, et me donne des conseils pour la suite. “On grimpe d’abord avec sa tête, dit-il. Puis avec les pieds, et seulement en dernier avec les mains.” Nous longeons un promontoire, bordé d’abrupts vertigineux de chaque côté, soigneusement assurés par le harnais au câble de métal. De l’autre côté, les seules autres personnes que nous rencontrerons sont un septuagénaire joyeux et son petit-fils de seize ans, qui se mesurent à la via ferrata.

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Orla et son guide Silvestro Franchini admirent la vue

Nous montons une échelle à travers un nuage et débouchons sur des saillies, au pied de la Pietra Grande (2 937 m/9 636 ft). Les stries de la roche sont aussi visibles que les rayures d’un tigre. “Chaque couche représente un âge différent, dit Silvestro, une autre page de l’histoire des montagnes.”
En continuant sur le sentier, je réalise qu’il me paraît presque normal d’être ainsi perchée. Je savoure la vue majestueuse sur la vallée au lieu de m’imaginer dégringoler vers le fond. Et, le sang ne battant plus à mes oreilles, je commence à percevoir d’autres sons : le sifflement d’une marmotte, une cloche de vache qui sonne au loin.

Avant de commencer notre descente, nous faisons une pause en haut d’un éboulis, où Silvestro me prend la main. “Il est temps de te débarrasser de ta peur pour de bon ! » Il m’entraîne à grandes enjambées dans les cailloux, et de petits morceaux de schiste cascadent autour de nous comme des éboulements miniatures. Lorsque nous arrivons en bas, dans une prairie pleine de fleurs sauvages, je m’allonge avec bonheur dans l’herbe, la tête posée parmi les edelweiss et les fleurs de nigritella au parfum de chocolat.

Réservez une excursion avec Silvestro via Guide Alpine Campiglio.
 

Glaner des trésors comestibles avec la “dame des herbes”

Il n’y a qu’une seule façon d’arriver au Rifugio Nambino, une pension traditionnelle de montagne : à pied. Depuis un parking arboré proche de la station de Madonna di Campiglio, un sentier monte en lacets à travers une épaisse forêt, le long d’un torrent qui cascade sur des rochers moussus. Au bout de vingt minutes, j’arrive à sa source, le lac de Nambino qui donne son nom à la pension, alimenté par la fonte des neiges et qui scintille au soleil. Des jolis chalets de bois partagent ses rives avec un seul autre bâtiment, niché parmi les arbres : une petite maison aux cheminées trapues et aux volets de bois.
C’est la maison d’Eleonora Cunaccia, Noris pour ses amis, la “dame des montagnes” pour les autres. Noris vit ici tout l’été et passe ses journées à glaner des herbes sauvages et autres plantes comestibles, qu’elle fournit à des restaurants ou qu’elle transforme en produits qui se vendent en ligne.

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Noris glane dans une prairie, près de chez elle

Noris a longtemps été restauratrice, travaillant sans relâche dans son établissement étoilé au Michelin, mais a pris une autre direction après avoir divorcé. “C’est cette vie que j’ai choisi, explique-t-elle en me servant une tasse de thé à la menthe fraîche et en insistant pour que je prenne une tranche de son délicieux gâteau aux carottes. J’aime la liberté d’être dans les bois, de travailler en pleine nature.”
Elle me tend un panier d’osier et nous partons. Noris fait rarement plus de quelques pas avant de plonger vers le sol et de faire une nouvelle découverte : épinards et cresson sauvages, persil ou petites fraises roses. Dans un champ plein de thym à fleurs pourpres, elle gambade devant moi comme une elfe excitée, en recueillant de grandes brassées de plantes. “Hier, j’a fait une soupe avec ça, me dit-elle en rayonnant de fierté. Chaque jour, je découvre de nouvelles choses que m’offre la nature et je me demande : comment puis-je les utiliser ?”

On peut acheter les produits de Noris dans sa boutique en ligne, Primitivizia.
 

S’ouvrir l’appétit en visitant une ferme laitière

Les vaches de Malga Juribello, une ferme proche de la station de montagne de San Martino di Castrozza, profitent de leurs vacances d’été. Ce troupeau de Brunes des Alpes, de Valdostaines pies rouges et de Holstein passe les mois de juin à septembre loin de sa ferme de plaine habituelle dans d’excellents pâturages, à 1 900 m d’altitude. Mon arrivée à pied en compagnie de Claudio Valorz les déconcerte. Claudio est le fermier qui prend soin de cette malga – mot qui signifie à la fois “pâturage de montagne” et “refuge de montagne” – depuis près de vingt ans.

“Je suis retraité, admet-il, mais je viens toujours, pour le plaisir. Chaque année, la montagne me rappelle.” On comprend bien pourquoi. La chaîne des Pale di San Martino dominant les prairies vert vif offre un paysage d’un charme bucolique tel qu’on croirait le décor d’une publicité pour du chocolat. Et comme sorti d’un casting, un jeune apprenti agriculteur bien bâti s’est assis sur un tabouret pour une démonstration de traite à la main. Si on ne la pratique plus guère aujourd’hui, la plupart des fermiers sont fiers de maîtriser cette technique. “Les jeunes retrouvent de l’enthousiasme pour l’agriculture, dit Claudio. Au lieu de partir en ville, ils sont plus nombreux à rester au pays et y travaillent en se servant des technologies nouvelles.”

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Traite manuelle à la ferme

Outre les 150 bovins, on élève à Malga Juribello moutons, porcs, lapins et chèvres. “Notre objectif premier a toujours été d’enseigner, dit Claudio. Pour montrer aux gens nos pratiques agricoles et partager notre mode de vie. »
Nous terminons notre balade au restaurant, simple, où est servi le petit déjeuner. Je goûte leur fromage à pâte dure, au goût fort et salé adouci par du miel. Je dévore des yaourts aux noisettes en sirop. Le plus délicieux de tout est peut-être le beurre, généreusement étalé sur du pain. D’un jaune riche, résultat du fort taux de bêta-carotène que contiennent l’herbe des Alpes, les nombreuses aromatiques et les fleurs sauvages que broutent les vaches, c’est le meilleur beurre que j’aie jamais goûté, toute la pureté des montagnes s’y concentre en une seule bouchée.
 

Organiser votre voyage dans les Dolomites

S’y rendre et circuler

L’aéroport le plus proche de des Dolomites du Trentin est celui de Vérone (Verona), mais on peut aussi atterrir dans les villes voisines de Milan ou Venise, ou arriver par Innsbruck, en Autriche. Les transports en commun sont limités dans cette région rurale, et il vaut mieux louer un véhicule à l’aéroport.

Où se loger

Dans les Dolomites du Trentin, les authentiques refuges de montagne sont de merveilleux endroits où s’imprégner de l’atmosphère particulière de la région et goûter la cuisine locale bien particulière, plus alpine que typiquement italienne. Réservez une chambre avec balcon au Rifugio La Montanara pour avoir une vue de premier ordre sur les sommets, et ne manquez pas de séjourner au Rifugio Nambino, au bord du lac. À Arco, Garni On the Rock est une bonne base de départ ; à San Martino di Castrozza, nous recommandons l’Hotel Cima Rosetta.

En savoir plus

Le site Internet de l'Office du tourisme est plein de suggestions et de conseils utiles pour préparer votre voyage. Certaines régions des Dolomites du Trentin comme Madonna di Campiglio ont aussi leur propre site, utile.

Orla Thomas est allée dans les Dolomites avec le soutien de Visit Trentino. Les contributeurs de Lonely Planet n’acceptent aucune contrepartie en échange d’un reportage favorable. 


Guide de voyage

Lonely Planet : un guide de référence, à la fois pratique et culturel, pour découvrir le nord de l’Italie

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