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Cuisine

Les meilleures destinations pour les amateurs de bière

Texte par

Yann Champion

Mis à jour le : 25 mars 2022

Carte

Comptant parmi les boissons les plus populaires du monde, la bière se décline en une multitude de spécialités locales qui offrent une diversité d’arômes et de saveurs tellement incroyable que certains n’hésitent pas à avancer que les personnes affirmant ne pas aimer la bière devraient plutôt dire qu’elles n’ont pas encore trouvé celle qui leur plaît. Aussi, afin de vous donner un (petit) aperçu de cette diversité, nous vous proposons d’emmener vos papilles en voyage vers les cinq plus grands pays de la bière.
 

1. Belgique

En dépit de sa petite taille, la Belgique a eu une influence incroyable sur le monde de la bière, puisqu’elle a donné naissance à beaucoup des styles qui comptent aujourd’hui parmi les plus répandus au monde. Si vous commandez une bière dans un estaminet, il serait dommage de ne pas profiter de l’occasion pour vous essayer à ce merveilleux éventail, en découvrant, par exemple, le goût emblématique et délicieusement acide d’une véritable gueuze, mariage délicat de jeunes et de vieux lambics (le lambic étant une bière à fermentation dite “spontanée”, c'est-à-dire sans ajout de levure) ou, pour palais moins aguerris, le goût acidulé, plus doux, d’une rouge des Flandres (parfois aussi appelée “vieille brune”, ou “oud bruin”), longuement mûrie en fût, comme la Rodenbach, voire une véritable Kriek, lambic dans lequel ont macéré des cerises.
On notera aussi sur place l’importance des bières puissantes et complexes aux noms “démoniaques” comme la Duvel (“diable” en flamand) ou, à l’inverse, dont le nom fait référence à l’imaginaire religieux, notamment les fameuses bières “d’abbaye” (double, triple et quadruple) héritées du brassage monastique (attention toutefois : aujourd’hui, seules les bières dites “trappistes” sont véritablement brassées sous le contrôle des moines). Ajoutez à cela les bières blanches (brassées avec du blé et un ajout d’épices), les saisons (jadis réservées aux travailleurs agricoles et dont l’amertume très sèche s’avère particulièrement rafraîchissante) et d’innombrables spécialités locales inclassables et vous comprendrez facilement pourquoi le Plat Pays a vu sa “culture de la bière” inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2014.

 

 

2. Allemagne

Évoquer l’Allemagne en parlant de bière convoque généralement à l’esprit l’image des fêtes bavaroises de la bière, avec leurs grandes tablées festives entre lesquelles circulent des serveuses en dirndl portant des Masse, lourdes chopes d’un litre. La bière qui y est généralement bue est de la lager blonde et légère, bière élaborée selon un principe inventé en Allemagne, la fermentation basse, qui a tellement révolutionné le monde de la bière qu’il est devenu la norme internationale dans le secteur industriel. Pourtant, s’il est vrai que la pils (variante de lager crée en République tchèque… nous y reviendrons) domine le marché allemand, on aurait vraiment tort de limiter la bière allemande à cela. En effet, en raison de son important passé brassicole, l’Allemagne a développé de très nombreux styles de bières qui lui sont propres, avec notamment beaucoup de spécialités plus ou moins régionales. Parmi ces dernières, les Weizenbieren (ou Weißbieren) bières de blé bavaroises, se distinguent des bières blanches belges par le fait que l’on n’y ajoute pas d’épices et qu’elles se déclinent en plusieurs variétés : Heffeweizen (sur lie), Dunkelweizen (des bières “blanches”… brunes !), WeizenBock (très forte), Hopfenweisse (houblonnée), etc. Pour des goûts qui sortent un peu plus des sentiers battus, les amateurs ne manqueront pas de goûter aux lagers brunes très fortes que sont le Doppelbock ou l’Eisbock (obtenu en faisant geler un Doppelbock, puis en retirant les glaçons, pour concentrer encore plus le goût). Enfin, les plus curieux pourront s’essayer à l’acidité d’une Berliner Weisse (bière blanche légère berlinoise), à la saveur étonnante d’une Gose (bière au sel) de Leipzig ou, pour les plus téméraires, au goût fortement fumé d’une véritable Rauchbier de Bamberg.

3. Îles britanniques

N’en déplaise à notre Obélix national, fort dépité par la cervoise tiède qu’il découvre dans Astérix chez les Bretons, celui qui penserait pouvoir faire la leçon aux Britanniques en matière de bière serait bien prétentieux. En effet, fortes d’une expérience de plus de 2 000 ans, les îles britanniques ont toujours été un bastion des bières de qualité, notamment au travers de leurs célèbres pubs, où est servie de la real ale, bière de fermentation haute, non filtrée, non pasteurisée et conditionnée en casks (tonneaux traditionnels, dans lesquels la bière continue d’évoluer) et non en kegs (fûts métalliques utilisés partout ailleurs, avec adjonction de gaz carbonique pour pousser la bière en pression). Pour les amateurs de bière, les îles britanniques ont surtout été à l’origine d’une multitude de styles particulièrement appréciés des amateurs aujourd’hui. En Angleterre, on ne manquera pas d’apprécier une pinte de vraie bitter au pub, mais pour rapporter un souvenir dans ses valises, on préférera une bouteille de barley wine (littéralement “vin d’orge”), bière de caractère pouvant dépasser les 10% d’alcool, qu’il est conseillé de laisser vieillir plusieurs années en cave avant de la déguster lentement au coin du feu, comme un vieux cognac. En Écosse, les wee heavies (aussi appelées scotch ales) sont aussi des bières très fortes, très maltées et assez sucrées, idéales pour se remettre d’une longue promenade automnale dans les Highlands. Il est aussi à noter que c’est en Écosse qu’est née la brasserie Brewdog, qui est aujourd’hui devenue un vrai géant international de la scène craft (le monde des bières de qualité, par opposition aux bières de consommation courante produites par les grands groupes industriels).

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La brasserie Brewdog est désormais internationalement connue

Enfin, on ne saurait, bien sûr, faire l’impasse sur l’Irlande et sa célèbre Guinness, stout (bière noire au goût très torréfié) qui est carrément devenu l’un des emblèmes du pays. Il faut toutefois savoir que, à l’origine, le stout n’était pas, en lui-même, typiquement irlandais : au départ son nom complet était stout porter (“porter fort”), le porter étant une bière brune apparue à Londres au début du XVIIIe siècle et qui devait son nom aux porteurs de marchandises qui en étaient très friands.



4. République tchèque

Contrairement aux pays susmentionnés, la République tchèque est connue pour être le pays d’un seul style de bière. Mais quelle bière ! La pils, incarnation même de la bière blonde légère de fermentation basse, extrêmement appréciable, mais qui a malheureusement été tellement copiée (souvent très mal) et diffusée que l’appellation semble aujourd’hui totalement galvaudée. Pour déguster LA véritable pils d’origine, il vous faudra donc opter pour la Pilsner Urquell, brassée depuis 1842 dans la ville de Pilsen avec les houblons de Bohême qui lui procurent cette fine amertume qui la caractérise. Un véritable monument national tchèque dans votre verre !

 

5. États-Unis

Aussi étonnant que cela puisse paraître pour qui associe les États-Unis aux bières industrielles totalement insipides qui dominent le marché américain, le pays de l’Oncle Sam est devenu le fer de lance du renouveau de la bière de qualité à travers le monde, en étant à l’origine de la « révolution » IPA (prononcez « Aïe pied ») qui a secoué le monde de la bière au cours de la dernière décennie. Cette dernière doit son origine à une loi américaine de 1978 qui, en mettant fin à l’interdiction de brasser de la bière chez soi, donna naissance à un important mouvement de brasseurs amateurs passionnés qui, à force d’expérimentations, finirent par se professionnaliser (nombre des plus célèbres brasseries craft d’aujourd’hui viennent de ce mouvement). Bière emblématique de ce renouveau, l’American IPA, avec ses arômes végétaux caractéristiques, constitue même aujourd’hui une famille de bières à part entière, qui se décline en plusieurs styles (West Coast IPA, Double IPA, Session IPA…).

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Etes-vous amateurs d'IPA ?

l s’agissait à l’origine d’une bière britannique, l’IPA (India Pale Ale), qui, d’après la légende, était fortement houblonnée afin de mieux supporter le voyage vers l’Inde lorsque le pays était une colonie britannique (Cette histoire encore répétée un peu partout est toutefois fausse. Elle a sans doute été inventée au début du XIXe siècle à des fins marketing). Souhaitant imiter l’IPA anglaise, les brasseurs américains utilisèrent les variétés de houblons qu’ils avaient à disposition sur place. Or, il s’avéra que les houblons américains étaient beaucoup plus aromatiques que les houblons britanniques, conférant à la bière des notes végétales intenses, notamment d’agrumes ou de fruits exotiques. Une nouvelle bière était née et son succès à travers le monde finit par devenir tel qu’il suscita un regain d’intérêt du public pour les bières ayant du goût et déclencha des vocations de brasseurs à travers le monde entier. Il est d’ailleurs presque rare aujourd’hui de voir une brasserie artisanale qui ne possède pas d’IPA à l’américaine dans sa gamme.

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Dans chaque destination ou presque, une nouvelle bière locale à découvrir !

Vous en voulez encore ?

Si ce petit itinéraire a piqué votre curiosité, nous ne saurions que trop vous recommander l’excellent site Internet des Coureurs des boires, véritables globe-trotters biérophiles, qui vous feront découvrir d’autres cultures brassicoles riches et étonnantes, allant de l’Éthiopie au Bouthan, en passant par le Pérou et le Japon.



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