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Reportages

Le nomadisme numérique, voyager tout en travaillant

Texte par

Elisabeth Blanchet

Carte

Même s’il est impossible de les compter, une chose est sûre, les nomades digitaux sont de plus en plus nombreux. Ordinateur portable sous le bras, ces nomades des temps modernes voyagent de pays en pays, au gré des saisons, des rencontres, des coups de coeur, des affinités, tout en gagnant leur vie. Rencontre avec d’étonnants voyageurs d’un nouveau genre. 
“Sortie d'une école de commerce, je suis passée par pas mal de métiers dans des grandes entreprises. Bons salaires et voyages d'affaire réguliers étaient le lot quotidien de mon existence, mais quid de ma liberté ?”, constate Haydée, 31 ans. Dynamique et curieuse, elle estime avoir perdu 7 années précieuses de sa jeunesse au profit d’entités qui ne lui apportaient ni reconnaissance ni créativité. En 2010, la liberté l’emporte, elle plaque tout et “ré-envisage le voyage comme elle l’aime” : en immersion sur de longs mois. Armée de son ordinateur portable, elle s’installe en Amérique latine et travaille comme traductrice pour Joël Robuchon, “une période charnière pour me redéfinir et savoir ce que j'allais faire par la suite”. 
Haydée embarque son partenaire Tony dans l’aventure nomade. Ils partent vivre un an dans les Balkans, développent un service de rédaction web de storytelling. Les premiers revenus commencent à entrer. L’année est concluante. Haydée et Tony rentrent en France, laissent leur appartement, vendent toutes leurs affaires et deviennent nomades à 100%.
Leurs voyages au long cours, des Balkans à Taïwan en passant par Buenos Aires, les inspirent : ils créent le site travelplugin.com qui offre aide et support à la création d’entreprises en ligne. 

Mais qui sont-ils ?

Rédacteurs web, traducteurs, développeurs web, webdesigners, blogueurs, voilà les professions de la plupart des nomades digitaux. Mais il n'existe toutefois “pas vraiment de profil type", constate Antoine Burret. Nomade, chercheur en socio-anthroplogie, co-fondateur de Poc Foundation et de la fondation de droit suisse Cintcom et auteur du livre Tiers-Lieux. Et plus si affinités, il résume toutefois : "La plupart ont entre 20 et 40 ans, ce sont aussi bien des hommes que des femmes. Souvent, ils ne peuvent pas travailler dans des structures classiques car ils ont des profils atypiques ou refusent tout simplement d’y travailler”. Dans son livre,  le spécialiste de 35 ans analyse les “tiers-lieux”, des espaces de co-working avec une configuration sociale comme il aime l'expliquer.
Car les nomades se regroupent, que ce soit dans des cafés, des bibliothèques, des espaces de co-working ou autres "fablabs". Parce qu’ils ont besoin de facilités techniques certes, mais aussi par magnétisme. “À la base, tu viens pour toi, pour exercer ton activité et pour profiter des ressources techniques du lieu. Mais au fur et à mesure, à travers une relation quotidienne, des choses apparaissent. Le mélange des gens devient intéressant”, explique Antoine. Un exemple parmi tant d'autres, celui de l’Open Factory à Saint-Etienne, où à force de se cotoyer, des nomades en sont venus à développer un projet de voiture open source !

Faire ce qu’on veut, quand on veut, où on veut…

“Être nomade digital, c’est pouvoir créer son propre lifestyle, c’est à dire aller où tu veux, faire ce que tu veux, comme tu veux, être avec qui tu veux tout en gagnant un revenu grâce à ton activité”. Telle est la définition de Michael, 28 ans, nomade digital depuis 2011. Il voyage et dirige à distance son entreprise dans le secteur de l’orientation aux étudiants qu’il vend en 2015 pour se consacrer à son blog Traverser la frontière et écrire un livre "Pourquoi voyager seul ?" Mais Michael met en garde : “Attention, ce n’est pas aussi facile qu’on le pense : on peut vite devenir obsédé par son activité et avoir du mal à lacher prise”.
Ce n’est pas non plus le jackpot financier. “Mon salaire est moins important par rapport à ce que je pourrais gagner en France mais je choisis des destinations pas chères afin de ne pas trop dépenser d'argent. Par exemple l'Indonésie, l'Espagne ou la Colombie. Il faut savoir s'adapter, être plus frugal et en profiter en vivant dans des pays avec un faible coût de vie”, conseille-t-il.

Pour Haydée, outre les soucis pratiques liés aux déménagements, "nous n'avons pas d'adresse fixe, un numéro de téléphone qui change tous les 6 mois, ... nos sociétés sédentaires ne sont pas adaptées et nous marginalisent ”, c'est le fait que les nomades numériques soient "considérés comme trop "instables" pour pouvoir être mis dans des cases et gérés facilement” qui l'embête. 

Chez soi, c’est partout !

Qu'en est-il du mal du pays ? Du manque de repères ? Les symptômes sont inexistants pour nos trois nomades digitaux ! Leur "chez soi", c'est partout où ils se plaisent. “Le principe du nomade digital est de découvrir le monde, je n'ai donc pas réellement de destination préférée. À raison de 6 mois par pays à présent, j'ai encore le temps d'en expérimenter 46 avant mes 60 ans !”, constate Haydée qui admet toutefois avoir un faible pour Belgrade et Buenos Aires.
Michael avoue de son côté avoir eu un gros coup de coeur pour la Colombie et les Philippines. Quant à Antoine, il insiste sur le fait que son adresse est avec lui, dans sa poche, mais finit par donner quelques noms de villes européennes particulièrement dynamiques : Amsterdam, Genève, Barcelone, Londres, Lille, Rennes, Bordeaux, Montpellier… Une liste non exhaustive  des villes de prédilection des travailleurs nomades qui s'étoffe jour après jour en fonction du nombre croissant de luer "commaunuté". Car le phénomène est en pleine expansion.
“La nouvelle génération comprend très bien que tout est désormais possible avec Internet. Certains gagnent maintenant leur vie en postant des photos sur Instagram. C’est assez dingue, résume Michael. Le nomadisme digital n’en est qu’à ses débuts”.