1. Accueil
  2. Magazine
  3. Culture et voyage
  4. 7 films pour visiter Paris sans y être
Culture et voyage

7 films pour visiter Paris sans y être

Mis à jour le : 9 janvier 2017

Carte

Pour goûter aux charmes de la Ville Lumière, inutile de battre son pavé sous la pluie ou de se serrer dans une rame de métro surpeuplée. Allumez votre écran et voyez défiler ses monuments, ses quartiers et ses icônes.

1. Hôtel du Nord

Marcel Carné, 1938, France
L'édifice est aussi menu que le film, monumental. Hôtel du Nord est un classique parmi les classiques, réalisé par le plus classique des cinéastes français, Marcel Carné. En voilà un, de chef-d'œuvre, qui n'a pas volé son affiliation au « réalisme poétique » : description de la misère sociale des classes populaires héritée du naturalisme à la Zola, et attendrissement sentimental sur les eaux du canal Saint-Martin au milieu de la ville. Le complet-veston de Louis Jouvet, la gouaille d'Arletty et les dialogues riches en bons mots d'Henri Jeanson – dont certains sont devenus cultes, « Atmosphère, atmosphère !… » – ont assuré au film une place privilégiée dans l'imaginaire cinématographique de Paris.
Ce sont tous les alentours de l'hôtel du Nord, canal Saint-Martin compris, qui ont été reconstitués aux studios de Boulogne-Billancourt. Le poids des appareils de prise de son, surtout, rendaient les tournages in situ très lourds – on voit toutefois la façade du véritable hôtel, et le canal, dans les images d'ouverture. L'hôtel du Nord existe toujours, face à l'écluse des Récollets, et a été reconverti en un douillet café-restaurant moderne, ne se privant évidemment pas de rappeler son mythique passage à l'écran.

2. Les 400 Coups

François Truffaut, 1959, France
Avant même de devenir cinéaste, François Truffaut était célèbre dans le milieu, pour la violence de ses diatribes contre « la qualité française » – terme désignant ironiquement les productions stéréotypées et déconnectées de la société qui dominaient alors le cinéma – dans les colonnes des Cahiers du cinéma et de Arts, où il appelait de ses vœux un renouvellement, tant dans le fond que dans la forme, des films français. C'est dire combien il était attendu au tournant lorsqu'il passa à la réalisation de son premier long-métrage. La claque fut à la hauteur de l'enjeu : d'inspiration autobiographique, cette chronique de la délinquance ordinaire d'un enfant mal aimé lança Jean-Pierre Léaud, porté en triomphe à Cannes, et marqua le premier succès populaire de la Nouvelle Vague.
L'un des principes phares des  « jeunes Turcs » de la Nouvelle Vague était le tournage en décor réel. Pour Truffaut, ce décor fut celui de son enfance, au pied de la butte Montmartre, entre la place Pigalle et la place de Clichy. Sur celle-ci, le Gaumont-Palace – aujourd'hui démoli –, qui pouvait accueillir jusqu'à 6 000 spectateurs, était le cinéma des toiles hebdomadaires de la famille Truffaut. Quant au parvis du Sacré-Cœur, il offre une superbe aube sur Paris au fugueur.

3. Un Américain à Paris

Vincente Minnelli, 1951, États-Unis
Paris, c'est encore plus beau sans y aller. Le lion de la Metro Goldwin Meyer ne s'est pas contenté de reconstituer Paris dans ses studios : il a concrétisé le fantasme américain de Paris ! Si l'illusion est réaliste pour les quartiers de Montmartre, la brume des quais de Seine, et réinvente le joyeux bazar des ateliers et des chambrées d'artistes du Paris bohème, elle est magnifiquement assumée dans le ballet de plus d'un quart d'heure qui clôt le film et constitue le clou du spectacle. Gene Kelly et Leslie Caron dansent dans une gravure colorée et euphorique de Paris convoquant ses plus fameux lieux romantiques et de la Belle Époque, sur la musique de George Gershwin. Le compositeur n'eut pas eu à rougir de cette adaptation sur grand écran de son ballet, ni de l'interprétation de I'll build a stairway to paradise par Georges Guétary.
Chaque décor de la grande séquence du ballet a été dessiné par Irene Sharaff en hommage à un peintre : ainsi la place de la Concorde emprunte-t-elle au style de Raoul Dufy, le marché aux fleurs à celui de Manet, et la place de l'Opéra à Van Gogh. L'influence la plus aisément reconnaissable – son nom est même inscrit dans le décor – est celle de Toulouse-Lautrec, dont plusieurs affiches et dessins bien connus du Moulin Rouge s'animent au passage de Gene Kelly.

4. Chacun cherche son chat

Cédric Klapisch, 1996, France
Cédric Klapisch a pris la Bastille, et à bras-le-corps. Chacun cherche son chat décrit la mutation du quartier, quand de populaire il est devenu branché après la construction de l'Opéra, et donne l'occasion de voir les habitants du quartier interpréter leur propres rôles à l'écran. Avec ses airs de comédie documentaire, le film retranscrit l'inimitable et attachante atmosphère du quartier, loin de la carte postale, proche de la lettre d'amour.
Si proche, et pourtant déjà si loin : la Bastille, et surtout le périmètre autour de la rue des Taillandiers, ont beaucoup changé depuis le tournage du film, tant en termes d'urbanisme que de population. Klapisch, et quelques acteurs du film (dont Renée Le Calm, « l'ancienne » du film et du quartier), s'en firent déjà les témoins quelque cinq années plus tard, dans un documentaire figurant sur la première édition DVD du film. Le Pause-Café, situé rue de Charonne et où se déroulent plusieurs scènes du film, a depuis connu une certaine inflation, tant en notoriété qu'en tarification.
 

5. À Bout de Souffle

Jean-Luc Godard, 1960, France
On pouvait, à l'été 1959, voir Jean Seberg crier « New York Herald Tribune ! » sur les Champs-Élysées et déambuler en compagnie de Jean-Paul Belmondo, sans forcément se douter qu'il s'agissait de cinéma. Économie et discrétion du tournage : pour réaliser ce travelling, point de rails sur le sol ni de grosse équipe, mais Jean-Luc Godard poussant un tricycle des PTT muni d'une caisse, dans laquelle s'est caché son chef-opérateur, Raoul Coutard, sous de faux colis. À eux deux, Coutard et Godard développent une méthode de prise de vue « sur le vif » à laquelle le premier, qui vient du film d'actualité, est habitué, mais que le second veut appliquer à la fiction. La petite équipe filme dans la rue, avec un matériel léger et une liberté esthétique iconoclaste, que Godard radicalisera sur la table de montage. Sa carrière de briseur de tabous cinématographiques ne faisait que commencer.
Paris, lorsque le film arrive sur les écrans en 1960, n'a jamais paru aussi vivant, ni ses rues aussi conformes à celles que les spectateurs empruntent chaque jour. Les Champs-Élysées y bruissent de leur agitation quotidienne, de cafés et de cinémas – le Normandie, dans le hall duquel Belmondo se parcourt les lèvres du pouce face à une photo de Bogart. Le couple fait un tour nocturne place de la Concorde, avant de finir sa course derrière le boulevard Montparnasse, rue Campagne Première, terrain d'élection du Paris bohême que Modigliani, Picasso, Ernst et Giacometti fréquentèrent en leur temps.

6. Minuit à Paris

Woody Allen, 2011, États-Unis/Espagne
Woody Allen ayant peu l'occasion de tourner à Paris – les coûts de production y sont particulièrement onéreux – chaque incursion du cinéaste dans la Ville Lumière est empreinte d'un onirisme peu commun dans le reste de sa filmographie. Ainsi fait-il s'élever Goldie Hawn dans le soir de Paris, au cours d'une danse sur le quai de la Tournelle, dans Tout le monde dit I love you, et ressuscite-t-il au cours de différents voyages dans le temps, dans Minuit à Paris, le Montparnasse Saint-Germain-des-Prés et le Montmartre que connurent Pablo Picasso, Salvador Dali, Luis Buñuel, Man Ray, Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald… avant de remonter encore plus loin, à la Belle Époque, et de mettre cette fois en scène Edgar Degas, Toulouse-Lautrec et Paul Gauguin.
Les personnages des films de Woody Allen étant le plus souvent de classe sociale aisée, voire très aisée, il n'est pas étonnant de retrouver les personnages d'Owen Wilson et de Rachel McAdams séjourner au Bristol, l'un des plus fameux hôtels de luxe de Paris, et se promener sur la place Vendôme. Plus abordable mais non moins touristique est leur déambulation sur le marché aux puces de Saint-Ouen, et le long des boîtes de bouquinistes se trouvant du pont Marie au quai du Louvre, et du quai de la Tournelle au quai Voltaire. Outre le musée Rodin et celui de l'Orangerie, Woody Allen nous emmène également hors de Paris, à Versailles, et à Giverny, dans les jardins de Monet.

7. Un Monstre à Paris

Bibo Bergeron, 2012, France
La spectaculaire crue de la Seine, en 1910, occulta un autre événement contemporain et non moins sensationnel : l'apparition à Paris d'une sauterelle géante vêtue comme Aristide Bruant, jouant de la guitare et crapahutant sur les toits du Sacré-Cœur. Heureusement, un siècle plus tard, prescription oblige, Bibo Bergeron rendit justice à cette extraordinaire affaire qui compromit à l'époque les plus hautes autorités policières, dans un film d'animation à la musique signée M et Vanessa Paradis.
Pour recréer le Paris de 1900, Bibo Bergeron en revisita évidemment les éléments-clés, à la fois symboles de l'Art déco parisien et réalisations représentatives des constructions en fer du siècle précédent : la tour Eiffel, la grande serre du Jardin des plantes (de nouveau ouverte au public depuis 2010), le pont des Arts (aujourd'hui célèbre pour ses milliers de cadenas amoureux), et le funiculaire de Montmartre (qui emmène chaque année plus de 3 millions de passagers vers le Sacré-Cœur). Quant au nom donné au monstre, Francœur, c'est un hommage à un cœur historique du cinéma à Paris : les anciens studios Pathé, dont seul le portail subsiste, et s'ouvre désormais aux étudiants de la plus importante école de cinéma européenne, la Fémis.


Paramètres des cookies