Bruxelles : Les Incontournables

Bière : voyage gustatif

Nul besoin de présenter Stella Artois et Jupiler, mais ces pils (bières lager de fermentation basse, blondes, limpides et légères) vendues dans le monde entier sont l'arbre qui cache la forêt – petit cours intensif sur les innombrables bières belges.
La bière est ici bien plus que l'ingrédient clé d'une bonne soirée entre amis. Elle est à la Belgique ce que le vin est à la France : une boisson à savourer en prenant le temps d'apprécier ses caractéristiques et ses saveurs uniques. Il faudrait une vie entière pour goÛter toute la production locale, puisqu'on estime qu'un millier de bières différentes sont brassées dans le pays (le nombre exact est impossible à déterminer tant les bières de saison et les éditions limitées sont nombreuses). À chacune est attaché un verre au logo de la marque (indiquant le niveau où commence le col de mousse), à la forme conçue pour en rehausser la saveur et les arômes, d'où des façons différentes de servir chaque bière. Dernier point, la plupart des bières belges sont servies en bouteille, non à la pression.
Ce sont les congrégations religieuses qui, les premières, ont concocté ces joyaux de la brasserie internationale. Les onctueuses bières trappistes aux couleurs or plus ou moins sombres (6 à 12% d'alcool) sont produites depuis des siècles par des moines de l'ordre cistercien. À l'heure actuelle, seules trois abbayes continuent à brasser en Flandre et trois en Wallonie. Si vous souhaitez goûter à l'une des productions locales, demandez la Westmalle Triple, produite près d'Anvers.
La Belgique aussi a son « champagne », le lambic (lambiek en flamand), dont la fabrication peut prendre jusqu'à trois ans. Le secret ? Une fermentation spontanée causée par des levures sauvages lors du refroidissement à l'air libre. Le lambic le plus apprécié est la gueuze, qui évoque le cidre. Les lambics fruités, comme la kriek à la cerise, sont moins amers ; évitez pourtant certaines versions industrielles, trop sucrées. À Bruxelles, laissez-vous tenter par les lambics de Cantillon.
On peut leur préférer les bières blanches (witbier en flamand), à la robe trouble et de couleur pâle, comme la Brugs Tarwebier à Bruges. Ces blanches sont délicieuses en été : on les déguste fraîches avec une rondelle de citron, contrairement à la plupart des bières belges, meilleures à température ambiante.
La Belgique produit également des blondes (avec en tête la Duvel), des bières dites d'abbaye (puissantes et fortes, comme la Leffe, brassées selon les techniques originales des moines mais non dans les abbayes), les Vlaams Rood (rouges flamandes, vieillies en fÛts) et les amères Oud Bruin (« vieilles brunes », assemblages de bières jeunes et vieilles, avec fermentation secondaire en bouteille).
Après ce bref tour d'horizon, passez à la dégustation !

Chocolat : le savoir-faire de grands chocolatiers

On est d'abord séduit par des effluves de chocolat chaud, doux, fondant. Puis le regard se porte vers les rangées de bouchées, de pavés ou de perles, du brun intense au blanc crémeux en passant par le brun rouge, ornés d'une feuille d'or ou de volutes. Sans oublier les tablettes délicatement emballées et les gourmandises en sachet. Un vendeur aux mains gantées de blanc décrit la composition de chaque chocolat, à la crème ou à la ganache par exemple, avant de composer le ballotin de votre choix.
Acheter du chocolat est un art en Belgique – et c'est le moins, quand les meilleurs atteignent 120 € le kilo.
Le pays produit 220 000 tonnes de chocolat par an et doit sa réputation à cette texture soyeuse obtenue par un conchage (brassage) long et à l'utilisation exclusive de beurre de cacao. Mais l'histoire de la conquête de ce précieux ingrédient par la Belgique est moins alléchante : c'est l'invasion du Congo par le roi Léopold II qui ouvrit aux Belges les plantations de cacaoyers de l'Afrique centrale. Comme de nombreux chocolatiers belges, Côte d'Or est né en 1883 alors que le cacao était transporté à travers la jungle à dos d'éléphants, d'où le logo de la marque. De nos jours, les chocolatiers tendent à adopter les pratiques du commerce équitable.
La profession connut un grand moment en 1912, avec l'invention à Bruxelles des pralines belges. Ces bonbons traditionnels au chocolat sont désormais mis au goût du jour par des fabricants audacieux, qui les parent d'arômes surprenants : cigare de La Havane, chou-fleur, petit pois, piment, wasabi, etc. Puisque vous composez vous-même votre assortiment, vous pouvez goûter quelques pépites originales sans acheter un ballotin entier de saveurs… déroutantes.
Outre les quelques boutiques chic des grands chocolatiers, comme Pierre Marcolini à Bruxelles, Dominique Persoone à Bruges ou Burie et Del Rey à Anvers, il existe plusieurs chaînes prestigieuses. Côte d'Or, Godiva (aujourd'hui détenu par une société américaine), Leonidas et les fruits de mer en chocolat de Guylian sont les plus connus à l'étranger ; en Belgique même sont également prisés l'inventeur de la praline Neuhaus, Corné ou encore Galler, qui propose aussi ses pralinés en bâtons (mention spéciale pour le chocolat blanc fourré aux pistaches fraîches). Vous trouverez également ces grandes marques en supermarché à des prix bien inférieurs à ceux pratiqués en boutique.
Si vous prenez l'avion, sachez que vos délices vous suivront jusqu'à votre départ : l'aéroport international de Bruxelles est ainsi le premier point de vente de chocolat au monde.
Les adresses des meilleurs chocolatiers sont indiquées.

La B.D : des bulles à consommer sans modération

Le 9e art conserve une place de choix en Belgique. Il reste omniprésent dans la presse et vit une nouvelle jeunesse. Les bandes dessinées actuelles prennent parfois des accents engagés. C'est le cas de Brüsel de François Schuiten et Benoît Peeters, album de la série Les Cités obscures, qui relate l'histoire d'une vieille cité détruite par une nouvelle ville, métaphore des effets de l'UE et de l'urbanisme contemporain sur la capitale belge.
La bande dessinée a pris son essor en Belgique à la même époque que l'Art nouveau – ce qui explique les liens que tisse entre les deux mouvements le Centre belge de la bande dessinée, à Bruxelles : ce musée national a en effet été aménagé dans d'anciens magasins de tissus conçus par l'architecte Art nouveau Victor Horta. Le centre présente la production de BD et abrite notamment des expositions permanentes consacrées aux Schtroumpfs (qui ont été créés par le Bruxellois Pierre Culliford, alias Peyo, en 1948) et à Tintin, le plus célèbre personnage belge.
Georges Remi, lui aussi natif de Bruxelles et plus connu sous le nom de Hergé (un pseudo créé en inversant ses initiales), est le créateur du jeune reporter, dont les aventures à travers le monde débutèrent avec Tintin au pays des Soviets (1929–1930), suivi de Tintin au Congo (1930–1931). L'album fut redessiné en 1946 et expurgé par Hergé de plusieurs de ses références colonialistes. Considéré comme politiquement incorrect, il reste aujourd'hui très controversé. Hergé mènera pour ses œuvres suivantes des recherches culturelles et historiques méticuleuses.
Parmi les autres icônes de la BD belge figurent Spirou, créé par Rob-Vel (en 1938 et paru dans le journal homonyme) ; Bob et Bobette (Suske en Wiske en flamand), inventés par l'Anversois Willy Vandersteen en 1945 ; Lucky Luke, créé par Maurice de Bevère alias Morris en 1946 ; Néron, de Marc Sleen, né en 1947 ; Gaston Lagaffe dessiné par André Franquin (1957) ; ou encore le Chat de Philippe Geluck (1983), pour n'en citer que quelques-uns.
Le parcours BD à Bruxelles fait revivre la plupart de ces personnages et bien d'autres. Vous trouverez des dizaines de librairies spécialisées dans la capitale comme à Bruges, Anvers et Gand : consultez la rubrique Shopping de chaque ville.

Mode : la mecque des stylistes d'avant-garde

Ancienne région drapière, la Belgique était destinée à briller sur les podiums européens de l'élégance. On attribue l'émergence récente des Belges dans la mode aux « Six d'Anvers » – Ann Demeulemeester, Dries Van Noten, Walter Van Beirendonck, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs et Marina Yee –, qui ont fréquenté ensemble l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers. En 1987, ils traversent la Manche et organisent à Londres un défilé audacieux au succès immense, grâce à un savant mélange de talent décomplexé et de marketing futé : les médias délaissent leurs noms imprononçables, s'emparent immédiatement du concept des Six et Anvers est bientôt connue dans le monde entier. L'Académie en tire un prestige qui attire de nouvelles générations de créateurs, les grandes marques ouvrent des boutiques, professionnels et amateurs de mode viennent en masse. En dépit de leur légendaire modestie, les Belges finissent par comprendre qu'ils sont en passe de voler la vedette à Paris et Milan.
Malgré un chiffre d'affaires colossal, la mode belge garde jalousement son indépendance. Anvers en reste l'épicentre, avec un intéressant musée, le MoMu, installé avec l'Académie royale dans le ModeNatie, dans le quartier de la mode. La création prospère aussi ailleurs, comme en témoignent les boutiques de stylistes à Bruges, à Gand et à Bruxelles surtout, rue Antoine Dansaert. Consultez la rubrique Shopping de chaque ville pour les meilleures adresses et lisez l'entretien avec Bart Willems pour entrer dans les coulisses de la mode made in Belgium.

Balades fluviales : découverte des villes au fil de l'eau

De nos quatre villes, Bruges est la plus connue pour la beauté de ses canaux qui serpentent au cœur de la ville ancienne à la belle architecture gothique. Pourtant, les trois autres cités invitent aussi à une découverte au fil de l'eau : rivières et canaux sillonnent la charmante vieille ville de Gand ; à Bruxelles, de nombreux canaux sont aujourd'hui souterrains, mais des bateaux vous conduiront malgré tout à la découverte des quais des quartiers industriels ; Anvers, enfin, bien que dépourvue de canaux, est traversée par le majestueux Escaut, un fleuve auquel elle doit son port en pleine expansion – le deuxième d'Europe, et le quatrième au monde.
Retrouvez des renseignements détaillés sur ces croisières. Comme la météo est souvent capricieuse, il peut faire frais sur l'eau, même en été : emportez un vêtement chaud en toute saison.

Genièvre : l'ancêtre belge du gin

Si la Belgique est réputée pour ses bières, son genièvre (jenever en flamand) est tout aussi fameux, au moins pour les initiés. Les Belges distillent ce puissant mélange d'eau-de-vie de grains, de baies de genièvre et de plantes depuis le Moyen Âge, époque à laquelle il servait de remède. Exporté vers la Grande-Bretagne, son nom et ses saveurs évoluèrent pour donner naissance au gin.
Comme pour la bière, il est impossible de recenser précisément le nombre de genièvres produits en Belgique. Ils sont estimés à 300 environ, avec une gamme enivrante de goÛts. Si certains arômes fruités, comme la framboise, évoquent parfois le sirop antitussif, les versions moins sucrées sont plus désaltérantes. En belge qui se respecte, le genièvre vient aussi parfumer le chocolat.
Servi dans des verres à liqueur, cet alcool se boit lentement. Il titre environ 35%, et le plus fort, à la stramoine (datura), atteint 53% d'alcool. Bien que les genièvres soient classés en genièvres vieux (oude) et jeunes (jonge), cette appellation ne dépend pas de leur âge, mais des ingrédients et des techniques de distillation. Ceci dit, les genièvres ayant effectivement quelques années d'âge sont meilleurs.

Cyclisme : tous à bicyclette !

« Le vélo, c'est sacré », disent les Belges, une affirmation qui va ravir tous les amateurs de la petite reine.
La Belgique étant un plat pays, en particulier cette partie de la Flandre où se trouvent Bruxelles, Bruges, Anvers et Gand, le vélo y est un moyen de locomotion peu éprouvant. Ajoutons à cela que les pistes cyclables sont nombreuses, tout comme les parcs à vélos pour stationner ; les tarifs de location, déjà très accessibles, ne cessent de baisser, avec notamment le service Cyclocity de vélos en libre-service. Cette nouvelle initiative de la municipalité bruxelloise permet de louer un deux-roues dans toute la ville à des tarifs horaires imbattables. Bruxelles a même sa fête annuelle du vélo, Dring Dring. Des visites guidées permettent aussi de découvrir la capitale à bicyclette.
Si le vélo en ville ne vous tente pas, lancez-vous sur les allées cyclables des parcs ou mettez le cap vers la côte belge, à moins d'une heure de bicyclette de Bruges.

Marchés et foires

Il est chaudement recommandé de partir avec une valise vide, pour rapporter non seulement des vêtements de créateurs, des chocolats et des bières prestigieuses, mais aussi les trouvailles que vous ne manquerez pas de faire sur les étals.
Toutes sortes de marchés se tiennent régulièrement dans les quatre villes, qu'il s'agisse d'élégantes foires aux antiquités, parfaites pour dénicher porcelaines, cristal et meubles rares, de brocantes ou de marchés aux puces riches en articles d'occasion – BD, CD, vieux vinyles ou vêtements vintage. Sans compter les marchés alimentaires, parfaits pour les gourmands ou en vue d'un pique-nique.
L'Avent coïncide avec les marchés de Noël : sur les grands-places des villes, on musarde alors entre jouets, artisanat et décorations de Noël, en s'accordant dans le froid un verre réconfortant de vin chaud. Chaque année, ou presque, apparaissent également des sculptures sur glace tandis que des patinoires de plein air sont installées pour tout le mois de décembre. Les offices du tourisme vous en fourniront les adresses, mais le plus simple est encore de suivre la foule.
Autres plaisirs des marchés et des foires : les délices vendues dans des baraques, qu'il s'agisse de gaufres ou de cornets de frites-mayonnaise !

Musique vivante

Quel est le point commun entre Adolphe Sax, Jean « Toots » Thielemans et Jacques Brel ? Ils sont belges. Les premiers ont joué un rôle essentiel dans l'évolution de la musique jazz. Sax inventa en 1846 le saxophone. Thielemans, légendaire joueur d'harmonica, s'est notamment produit avec Ella Fitzgerald, Quincy Jones et Paul Simon et continue, à 80 ans passés, de galvaniser son public. Il faudrait aussi mentionner Django Reinhardt, dont les concerts électrisants ont fait date dans l'histoire du jazz manouche. Quant à Brel, quoique catapulté vers la gloire dans la France des années 1950, il conserva des liens étroits avec son pays natal, comme le montre la fondation qui porte son nom.
Aujourd'hui, ce passé est perpétué par une scène musicale très vivante, avec de nombreux clubs et café-concerts à Bruxelles, Bruges, Anvers et Gand. Le jazz est particulièrement bien représenté – sélection d'adresses. Les festivals ne manquent pas, tels le Brussels Jazz Marathon en mai, avec des centaines d'artistes se produisant dans toute la capitale, ou la biennale Jazz Middelheim, qui accueille à Anvers des musiciens de talent.

Dans les coulisses des diamantaires

Les vitrines des bijouteries des halls de la gare d'Anvers, superbement restaurée, sont éblouissantes. Cependant, dans le quartier des diamantaires, en particulier dans les rues piétonnes Shupstraat, Hoveniersstraat et Rijfstraat, vous découvrirez un monde moins tape-à-l'œil. Ici, les diamants se négocient dans la rue, les instituts se cachent derrière des grilles d'acier et les discrètes beurzen voor diamanthandel (bourses aux diamants) abritent des pierres précieuses d'une valeur de plusieurs millions d'euros.
Plus de 70% de la production mondiale de diamants bruts se négocient dans ce quartier hautement sécurisé d'Anvers, une ville qui compte quatre bourses aux diamants et 1 500 diamantaires. Dans ce secteur traditionnellement dominé par les juifs orthodoxes travaillent aujourd'hui près de 60% d'Indiens, d'où la présence de la Banque centrale indienne. Les contrats sont conclus par une poignée de mains et le vœu « mazal » – bonne chance en hébreu.
Les diamants sont en moyenne 20% moins cher chez les détaillants anversois, qui s'approvisionnent dans les pays producteurs, que partout ailleurs dans le monde. Si vous n'achetez pas, vous pourrez vous cultiver au magnifique Diamantmuseum d'Anvers (musée du Diamant) et admirer le travail des tailleurs de diamants à Diamondland. On peut également assister au polissage dans les caves du Diamantmuseum de Bruges, où ces techniques furent mises au point au XVe siècle avant que les diamantaires s'installent à Anvers.

Mis à jour le : 8 avril 2014

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