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Astuces voyage

Peur de l’avion : ne laissez pas la panique vous clouer au sol

Texte par

Caterina Hrysomallis (traduit de l'anglais par Anna Alvarez)

Mis à jour le : 13 novembre 2019

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Phobie répandue, la peur de l’avion peut transformer un voyage en une incroyable source de stress. Elle empêche même certains de se lancer pleinement dans l’aventure de leurs rêves. Trois initiés nous livrent leurs conseils pour gérer l’angoisse avant et pendant le vol.

L’avis du psychologue

Les Posen est psychologue clinicien à Melbourne. Son intérêt pour l’aviation l’a conduit à se spécialiser dans un domaine passionnant : depuis 25 ans, il travaille avec des patients de tous horizons qui appréhendent de prendre l’avion, des adolescents aux PDG.
“L’angoisse des passagers s’explique de deux façons : ils surestiment le danger, au sens physique ou psychologique, et sous-estiment leur capacité à affronter la situation”, explique Posen. D’après son expérience, la peur de l’avion se développe souvent chez deux catégories de gens. “C’est un trouble qui se manifeste fréquemment chez les femmes de 32 à 38 ans avec enfants. Tout à coup, leurs angoisses ne sont plus une affaire purement individuelle. Il y a d’autres personnes en jeu, et ces personnes dépendent d’elles. Il arrive aussi que cette peur se développe chez des individus qui, une grande partie de leur vie, se sont trop fié à leur intellect au détriment de leurs émotions et ne savent pas reconnaître les signes d’angoisse.”
Selon Posen, quelle que soit la cause sous-jacente de la phobie, le point de départ pour apprendre à la gérer est le même. “À mon avis, il faut commencer par la biologie de l’angoisse, repérer comment elle affecte le corps. Les manifestations physiques, comme l’accélération du rythme cardiaque et la transpiration, sont des indicateurs-clés.”

Alors, que faire quand on présente de tels symptômes ? “L’objectif est de maîtriser sa réaction de peur. N’essayez pas de retrouver votre calme : le calme n’est que le résultat, pas l’objectif, affirme-t-il. Retrouver son calme, c’est agréable, mais ce n’est pas le comportement-cible. L’objectif, c’est d’être capable de gérer ce qui nous tombe dessus, en toutes circonstances”.
Posen estime que vouloir à tout prix être calme est un objectif trop ambitieux. “Les gens se disent souvent Je suis calme quand je maîtrise la situation, alors que dans l’avion, il y a justement beaucoup de choses qu’on ne maîtrise pas. Au lieu de chercher à être calme, mieux vaut chercher à se concentrer. On peut y parvenir simplement en employant des techniques de respiration. La respiration consciente induit un état de concentration qui permet de réaliser des activités soigneusement planifiées et répétées, susceptibles d’aider le passager à gérer et maîtriser ses émotions.”

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Le psychologue Les Posen aide les passagers angoissés à surmonter leur peur

Posen a également découvert que le fait de se renseigner sur l’aviation – savoir comment fonctionne un avion, comprendre ce qui se passe exactement quand l’avion roule sur la piste, pendant le décollage, les turbulences et l’atterrissage – a aidé de nombreux patients. C’est un sujet sur lequel on peut facilement se documenter par soi-même. Pour ceux qui souhaitent approfondir, certaines compagnies aériennes proposent des formations dédiées à la “peur de l’avion” (on en trouve aussi sur Internet).

“Pendant le vol, beaucoup d’éléments peuvent mettre les passagers mal à l’aise. Le but est qu’ils puissent se sentir capables de faire face aux sensations inhabituelles, comme les forces G ou les bruits insolites.” En revanche, Posen invite les passagers angoissés à ne pas être trop dépendants des distractions. “Attention. Avec le temps, les distractions perdent de leur efficacité, prévient-il. Demandez-vous : et si mon iPhone ne marchait plus ? Et si les piles de mes écouteurs antibruit étaient à plat ? Serais-je encore capable de gérer ce vol ? C’est un bon test. Il est important d’avoir une alternative.”

L’expertise d’une hôtesse de l’air

Cassandra Crossley est hôtesse de l’air chez Qantas. Comme Posen, elle est convaincue que savoir comment fonctionne un avion, même superficiellement, peut aider les passagers angoissés. Elle estime également que les passagers sont mal informés sur la question des turbulences. “Les gens s’inquiètent souvent des oscillations de l’avion en cas de turbulences, alors qu’il s’agit d’un phénomène normal. Elles n’ont pas d’incidence sur le vol. L’avion ne risque pas de tomber. Même quand les turbulences sont fortes et provoquent des secousses, les pilotes sont suffisamment entraînés pour faire les manœuvres nécessaires dans les situations délicates. Il est toutefois important d’attacher sa ceinture pour éviter d’être éjecté de son siège et blessé. Ça peut faire peur, mais ça finit par passer.”

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Selon l’hôtesse de l’air Cassandra Crossley, le personnel de bord a suffisamment d’expérience pour rassurer les passagers angoissés

“Nous avons également à cœur de rappeler aux passagers que même si le personnel de bord sert les repas et les boissons, sa mission principale est de s’assurer que l’appareil est sûr et en capacité de voler. L’essentiel pour nous c’est de vérifier que tous les contrôles de sécurité ont été effectués. Dans les rares cas où il y a effectivement quelque chose à revoir ou à réparer, on s’en occupe immédiatement. Évidemment, cela entraîne parfois un retard et de la frustration chez les passagers. Mais la priorité, c’est la sécurité.”
Crossley encourage les passagers angoissés à s’adresser à l’équipage, même s’ils ont quelques réticences à le faire. Le personnel a été confronté aux situations les plus diverses à bord et peut souvent conseiller des exercices capables de soulager les passagers en proie au stress.

Les conseils d’une passagère qui a dépassé sa peur

Agapi Markogiannakis travaille pour une société de conseil spécialisée dans le développement du leadership et la psychologie positive. Elle doit souvent prendre l’avion pour son travail. Sa peur de l’avion l’a mise à rude épreuve, mais elle a puisé dans la psychologie positive qu’elle enseigne aux autres pour apprendre à gérer sa propre angoisse. “Quand j’étais jeune, je n’étais pas aussi angoissée à l’idée de prendre l’avion. Mais depuis que j’ai des enfants, je suis devenue beaucoup plus nerveuse. Quand on laisse des gens derrière soi, on est envahi de pensées comme Et s’il m’arrivait quelque chose ?, explique Markogiannakis. Même sur les courts trajets, je me sentais fébrile, surtout en cas de turbulences. Les turbulences me font vraiment paniquer.”
Markogiannakis dispose de toute une série de techniques et de stratégies pour venir à bout du vol. “Les films sont essentiels pour moi et j’ai toujours de bons écouteurs pour m’isoler au maximum du bruit du moteur. Je prévois exactement comment je vais m’occuper pendant le vol. J’ai un tas de choses à faire, des magazines à feuilleter, mes snacks préférés… Je décide des films que je vais regarder et de quand je vais les regarder. Savoir à quelle heure le repas sera servi peut aussi aider.”

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Agapi Markogiannakis a dépassé sa peur en utilisant des techniques qui ont fait leurs preuves

En dehors de ces distractions, elle se concentre sur trois choses : la pleine conscience, la curiosité et la capacité à identifier ses émotions.  “Pendant le décollage et les turbulences, je médite. C’est quelque chose que l’on peut facilement apprendre soi-même. J’ai parfois recours à la visualisation, si j’en ressens vraiment le besoin. J’essaie de m’imaginer ailleurs et de penser à ce que me réserve mon voyage. Au moment de l’atterrissage, ça va, c’est la fête, youpi !” plaisante Markogiannakis.
Elle rejoint Posen sur la question des manifestations physiologiques. “Je passe en revue mon corps, de la tête aux orteils, à la recherche de tensions, puis je me concentre pour les éliminer.” Markogiannakis estime que la curiosité est un puissant antidote contre l’angoisse. “J’ai découvert qu’on ne peut pas vraiment être curieux et anxieux à la fois. Que mon attention se fixe sur des personnes ou des objets présents à bord, ou sur les choses extraordinaires qui m’attendent à destination, j’essaie de tenir ma curiosité en éveil.
Sa troisième technique repose sur l’idée qu’identifier ses émotions permet de se détendre. “Quand on se sent angoissé, le simple fait de prononcer le mot angoissé peut suffire à affronter sa peur”, explique-t-elle. Mais Markogiannakis ne se laisse pas submerger. “Le désir de me rendre où je veux et de faire ce que j’ai à faire l’emporte sur ma peur de l’avion, conclut-elle. Ma peur ne m’empêche pas de voyager.
 



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