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Culture et voyage

7 cafés vus dans des films célèbres

Mis à jour le : 9 janvier 2017

Carte

Du diner américain au bistrot bien de chez nous, certains lieux entretiennent une histoire particulière avec le cinéma. Gros plan sur ces cafés mythiques du 7e art.
 

1. Rick's café, Casablanca (Maroc)

Dans Casablanca, de Michael Curtiz, 1942, États-Unis
Mélodrame archi-rediffusé, trois fois oscarisé, et médaillé de bronze dans le classement des cent meilleurs films américains (après Citizen Kane et Le Parrain) d'après l'American Film Institute. Lors de la Seconde Guerre mondiale, Rick Blaine, un Américain installé à Casablanca, gère un bar huppé où se croisent collabos, trafiquants et résistants. Rick ne se mêle pas de leurs affaires mais la donne change quand apparaît un couple en quête de sauf-conduits pour fuir le pays. L'épouse a le visage de son ancien amour… Humphrey Bogart et Ingrid Bergman, sublissime, composent ici l'un des plus beaux couples du cinéma. Peu importe que le scénario enfile les clichés, ce théâtre d'ombres, mis en lumière par un magicien du clair-obscur, Arthur Edeson, a hanté des générations de cinéphiles.
Impossible pour Curtiz de tourner au Maroc, alors administré par le régime de Vichy. Les décors ont été fabriqués dans les studios hollywodiens de la Warner, en Californie. Mais la légende a rejoint la réalité. Une Américaine a reconstitué le night-club et son ambiance musicale dans un riad des années 1930, au cœur de la medina de Casablanca : le Rick's Café. Rien ne manque à l'exotisme des lieux. Au premier étage, le film de Curtiz est projeté non-stop. On n'en finit jamais de réviser ses classiques et de murmurer à l'oreille du pianiste : « Play it Sam. Play As Time Goes By »… Un bémol, le prix des consommations qui laisse les Marocains à la porte.
 
 

2. La Cigale, Nantes (France)

Dans Lola, de Jacques Demy, 1961, France
Jacques Demy avait déjà tourné les images de Lola lorsqu'il rencontra Michel Legrand, et lui demanda d'écrire la musique du film, dont devait au départ s'occuper Quincy Jones. Double challenge : Legrand ne dispose que de quelques jours pour composer et enregistrer son travail, mais surtout il doit créer la chanson de cabaret qu'interprète Anouk Aimée en collant aux mouvements des lèvres de l'actrice, qui a joué la scène (tournée, comme le reste du film, en muet) sans partition ni paroles ! Le résultat est bluffant, et marque le début d'une longue et fructueuse collaboration entre le cinéaste et le musicien.
Avant d'être un décor de cinéma, Nantes fut d'abord le décor de l'enfance de Jacques Demy, ce dont sa compagne Agnès Varda témoignera dans le très beau Jacquot de Nantes. Le cinéaste compose dans Lola, son tout premier long-métrage, un tableau attendri et nostalgique des lieux qui le virent grandir, dont l'emblématique passage Pommeray – construit en 1843 et jouissant d'une belle lumière naturelle grâce à sa verrière – et la Cigale, le cabaret dans lequel se produit son héroïne. Cette brasserie située place Grassin fut inaugurée en 1895, et son inscription aux monuments historiques, en 1992, a permis d'en protéger la décoration intérieure, d'une rutilance et d'un foisonnement typiques de l'époque Modern Style. Elle est ouverte de 7h30 à minuit, pour un repas complet, ou un simple café.


 
 

3. Bagdad Café, Californie (USA)

Dans Bagdad Café, de Percy Adlon, 1987, Allemagne
Larguée par son mari, une grosse dame allemande échoue dans un motel perdu dans le désert de Mojave, entre Los Angeles et Las Vegas. Le Bagdad Café reçoit les marginaux du coin, et sa propriétaire, une mama black pas franchement commode, finit par adopter la naufragée teutonne. Celle-ci fait des tours de magie et va transformer cet établissement miteux en joyeux music-hall. Un film fétiche des années 1980 aux couleurs sépia.
Le Bagdad Café existe toujours, mais pas à Bagdad, un village fantôme sur la mythique Route 66. Vous le trouverez à l'est de Barstow, à Newberry Springs, au pied d'une montagne sombre que l'art du cadreur a quasi effacé de l'arrière-plan. L'endroit n'est pas aussi isolé qu'à l'écran et se trouve dans une sorte de faubourg. L'intérieur est resté dans son jus, une déco des années 1950, moleskine, couleurs défraîchies. L'appentis a disparu, le motel a fermé, mais les murs du diner sont couverts d'ex-voto, en l'occurrence des T-shirts laissés par des fans, en majorité européens. La nostalgie fait tourner ce petit commerce qui sert des steaks-frites à 7,95 dollars et de la bière pour 3 dollars.


 
 

4. Café des 2 moulins, Paris (France)

Dans Le Fabuleux destin d'Amélie Poulain, de Jean-Pierre Jeunet, 2001, France
Que ceux qui n'ont pas vu cette comédie romantique et montmartroise lèvent le doigt ! Record mondial au box-office pour ce film français (23 millions de billets vendus) avant le tsunami des Intouchables. Le réalisateur, qui venait de signer Alien IV, a eu carte blanche pour exploiter ses talents d'imagier et renouveler le genre du réalisme poétique. Amélie est serveuse dans un bar de Montmartre et s'emploie à faire le bonheur des gens. Servie par un sens inné de l'observation, sa vocation lui vaut de rencontrer une foule de personnages, y compris un prince charmant dont la vie oscille entre un train fantôme et un sex shop. Ce joyeux capharnaüm devait lancer la carrière d'Audrey Tautou.
Quelques-uns ont reproché à Jeunet de montrer un Montmartre de carte postale aux couleurs rétro, proche des clichés de Doisneau, loin de la réalité actuelle du quartier. Mais il a dessiné une carte du Tendre, et la féerie de l'intrigue ne visait pas au documentaire sociologique. Malgré tout, le flâneur peut y retrouver quelques décors, même si le bureau de tabac a fermé en 2002. Arrêt obligatoire au Café des 2 Moulins au 15 rue Lepic, devenu un lieu d'attraction touristique. Ensuite, faire ses courses à l'épicerie de Collignon, rue des Trois-Frères, ou au marché de la Butte avec son étal de primeurs. En ligne de fuite, le Sacré-Cœur et ses boutiques de souvenirs. Les Américains, les Coréens, les Finnois et les Balouchistanais adorent. Souriez, vous êtes filmé.


 
 

5. Cabaret Normand, Calvados (France)

Dans Un singe en hiver, d'Henri Verneuil, 1962, France
Le bagout des piliers de comptoir prend une saveur toute truculente lorsque c'est Michel Audiard qui signe les dialogues, puis Gabin et Belmondo qui les interprètent. Réunis par Henri Verneuil dans un petit village de la côte normande, le monstre sacré du cinéma français et l'étoile montante de la Nouvelle Vague – on est en 1961 – partagent leur ivresse et accordent leurs talents en donnant de la voix dans les rues de Tigreville, et dans les tympans du tenancier du « Cabaret normand ». Les murs du petit café de village résonnent encore des réparties parmi les plus hautes en couleur du cinéma hexagonal. « Arrière, les Esquimaux ! »
En 2012, Villerville, dans le Calvados, fêta le cinquantième anniversaire du séjour de la fine équipe pour l'adaptation du roman d'Antoine Blondin : les rues se parèrent d'affiches du film, et la municipalité, non contente d'évoquer les plus mémorables scènes sur les lieux de leur tournage, signala « Tigreville » à l'entrée du village ! La façade du « Cabaret normand », quant à elle, est restée absolument identique, mais il n'est toujours pas bien vu de danser le flamenco sur les tables du café…
 
 

6. Mulberry Street Bar, New York (USA)

Il est situé au numéro 176 de la rue dont il emprunte le nom, et les bad boys du cinéma hollywoodien en ont plus d'une fois franchi le seuil : le Mulberry Street Bar, dans le quartier de Little Italy à New York, baigne dans un jus propice aux rencontres feutrées sur fond d'affaires louches et/ou sentimentales. Al Pacino et Johnny Depp dans Donnie Brasco, Andy Garcia et Sofia Coppola dans Le Parrain 3, Kim Basinger et Mickey Rourke dans Neuf Semaines et demie, s'y retrouvent ; récemment ce sont les mafiosos de la série Les Soprano qui en firent un lieu privilégié de réunion – ce dont la vitrine du bar, qui affiche un visuel de la série, se targue…
Avant même de servir de lieu de tournage, le bar accueillait régulièrement une (future) vedette de cinéma en la personne de Frank Sinatra, et se nommait à l'époque le Mare Chiaro. La pâtine des boiseries, le teint fatigué du miroir et la résistance du juke-box entretiennent le cachet d'antan du lieu, même si l'inévitable écran plat des cafés du XXIe siècle s'est imposé, goguenard, dans un coin du plafond, sous l'œil de Sinatra.
 
 

7. Quality Café (Los Angeles)

Où donc, à Los Angeles, prendre un verre dans un endroit discret, ou bien manger quelques œufs bacon sur le pouce, de préférence en compagnie d'un partenaire avec lequel échanger quelques répliques dignes de figurer dans un film ? On peut croire qu'il n'y a qu'une seule adresse pareille à Los Angeles, depuis les années 1990, et c'est celle du Quality Café, dont la petite salle a peut-être passé plus de temps à accueillir des tournages, que de vrais clients… Décor typique du diner américain tel qu'il s'est popularisé dans les années 1950 : deux banquettes en cuir de part et d'autre d'une petite table, cuisine ouverte juste derrière le comptoir. Spielberg y a fait bûcher Tom Hanks dans Attrape-moi si tu peux, Gwyneth Paltrow y fait, dans Se7en, des confessions à Morgan Freeman, lequel y retourne en compagnie d'Hilary Swank dans Million Dollar Baby, de Clint Eastwood. Scarlett Johannson, Laurence Fishburne, Brad Pitt, Joseph Gordon-Lewitt ou encore Nicolas Cage figurent également parmi ses clients fictifs, mais la liste est trop longue pour tenir ici !
Le Quality Café a pris le parti de sa cinégénie. L'enseigne existe toujours, au 1238 West 7th Street, dans le centre de Los Angeles, mais depuis 2006, la salle n'ouvre plus que pour les tournages...

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