Les trulli des Pouilles : maisons traditionnelles au toit conique
Les trulli sont des habitations traditionnelles en pierre sèche, emblématiques des Pouilles, dans le sud de l’Italie. Avec leurs toits coniques, leurs murs blanchis à la chaux et leurs silhouettes dignes d’un décor de légende, ils composent l’un des paysages architecturaux les plus singuliers d’Europe.
À Alberobello, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, ces maisons aux formes géométriques — cônes, cylindres, pinacles et sphères — s’assemblent en un véritable kaléidoscope de pierre. Blottis les uns contre les autres, les trulli semblent tout droit sortis d’un conte.
Sur les toits, taureaux, croix et symboles ésotériques, peints à la chaux, témoignent d’anciens cultes solaires, de croyances populaires et de rites destinés à repousser les mauvais esprits. Depuis le belvédère, la précision de cette architecture, dont la rigueur n’exclut ni la fantaisie ni la poésie, saisit immédiatement le visiteur.
Pourquoi les trulli ont-ils un toit conique ?
La forme conique permettait une construction autoportante, solide et facile à démonter. À l’origine, cette caractéristique répondait à des contraintes fiscales imposées par le royaume de Naples, mais elle offrait aussi une excellente régulation thermique.
L’histoire des trulli, entre contrainte fiscale et génie paysan
Derrière l’apparence féerique des trulli se cache une histoire profondément ancrée dans le contexte politique et fiscal des Pouilles. Loin d’être de simples fantaisies architecturales, ces maisons en pierre sèche sont le fruit d’un ingénieux compromis entre autorité seigneuriale et savoir-faire paysan, né pour contourner des règles fiscales strictes.
Un impôt à l’origine d’une architecture unique
Au XVe siècle, un édit du royaume de Naples — la Pragmatica de Baronibus — instaure un impôt sur toute nouvelle construction. Pour contourner cette taxe, les comtes Acquaviva de Conversano autorisent leurs paysans à bâtir des habitations à condition qu’elles soient construites en pierre sèche, sans mortier.
Ainsi naît le trullo : une maisonnette circulaire surmontée d’un toit conique autoportant, facile à démonter en cas d’inspection royale. Une réponse ingénieuse à une contrainte fiscale, devenue au fil du temps un modèle architectural à part entière.
De l’habitat paysan au patrimoine mondial
L’édit reste en vigueur jusqu’en 1797, lorsque Ferdinand IV accorde à Alberobello le statut de cité royale, mettant fin à la servitude féodale. L’événement est symbolisé par la construction de la Casa d’Amore, premier bâtiment de la ville édifié en chaux et mortier.
Au fil des siècles, les techniques s’affinent. Les pinacles, véritables signatures des maîtres trullari, se diversifient. La cocla, élément terminal du toit, adopte des formes variées, parfois chrétiennes. Les motifs peints sur les chiancarelle (lauzes) évoluent également : symboles antiques de Mercure ou de Jupiter, puis cœurs mariaux ou signes à portée cosmique.
Alberobello, capitale des trulli en Italie
Impossible d’évoquer les trulli sans s’arrêter à Alberobello, véritable emblème des Pouilles. La ville compte plus de 1 500 trulli, formant un paysage urbain unique au monde, où les toits coniques s’étendent à perte de vue.
Le Trullo Sovrano
Parmi les édifices emblématiques, le Trullo Sovrano occupe une place à part. Unique trullo à deux étages, il rompt avec les canons traditionnels. Transformé en musée, il permet de comprendre l’organisation intérieure de ces habitations et les conditions de vie d’autrefois.
L’église Saint-Antoine
Autre curiosité remarquable, l’Église Saint-Antoine adopte elle aussi la forme d’un trullo. Son immense toit conique domine le quartier et illustre l’adaptation de cette architecture vernaculaire à un édifice religieux — un cas unique dans la région.
La Casa Pezzolla
Enfin, la Casa Pezzolla constitue l’un des plus vastes ensembles de trulli communicants d’Alberobello. Aujourd’hui musée, elle retrace l’évolution historique de la ville et met en lumière les techniques de construction en pierre sèche.