Nicaragua : Culture

Coutumes, arts, religion... au Nicaragua

Le Nicaragua cultive avec fierté la littérature, la danse, les arts, la musique et la cuisine nés sur ses terres. Ce caractère farouchement indépendant ne résulte pas seulement de la révolution et de la guerre des Contras mais remonte à la colonisation espagnole, quand les peuples autochtones obtinrent une autonomie limitée au prix d’énormes sacrifices.
Aujourd’hui encore, le Nicaragua semble souffrir d’une sorte de stress post-traumatique. Si vous comprenez l’espagnol, vous entendrez d’innombrables histoires de tanks, d’explosions, de bombardements aériens ou de champs minés. Pour autant, ex-sandinistes et ex-Contras travaillent, jouent et vont à la messe ensemble : toutes les tensions du passé semblent bel et bien apaisées. Concernant la période du sandinisme, les avis divergent mais les deux parties sont toujours ouvertes à un débat constructif. Mêlez-vous à la conversation et vous en apprendrez bien plus sur le climat politique du pays qu’en lisant un journal ou un guide de voyages.
Bien sûr, les comportements diffèrent d’une région à l’autre. Les habitants de la côte atlantique, qui parlent anglais ou miskito, se considèrent rarement comme des Nicaraguayens à part entière, et beaucoup préfèreraient réintégrer l’Empire britannique plutôt que de continuer à subir l’oppression des “Espagnols” de la côte pacifique. Les éleveurs de bétail des hauts plateaux du centre s’opposent aux ingérences du gouvernement fédéral, tandis que les cueilleurs de café de Matagalpa ou les étudiants de León sont prêts à aller manifester à Managua s’ils estiment avoir subi des injustices.
Dans l’espoir de vous vendre quelque chose, beaucoup de commerçants nicaraguayens se lancent dans des flatteries débridées voire des déclarations d’amour, surtout sur les marchés.

Religion

Pratiqué par environ 59% de la population, le catholicisme est la religion dominante au Nicaragua. Il conserve toutefois de nombreux éléments autochtones, comme en témoignent les cérémonies et la décoration des églises de San Juan Bautista de Subtiava à León et de María Magdelena à Masaya. La théologie de la libération a aussi influencé le catholicisme nicaraguayen, poussant le prêtre et poète Ernesto Cardenal à préconiser la résistance armée face à la dictature de Somoza. Publiquement réprimandé puis défroqué par le pape Jean-Paul II, Cardenal demeure une figure religieuse très appréciée. L’incroyable palette d’églises catholiques et les fascinantes fiestas patronales font partie des atouts majeurs du Nicaragua.
Par ailleurs, près de 16% des Nicaraguayens se déclarent athées ou agnostiques, une part très élevée pour l’Amérique latine.

Une nation de poètes

La poésie est au cœur de l’identité culturelle du Nicaragua. Les deux principaux quotidiens du pays publient un supplément littéraire dans leur édition du vendredi, chaque lycée possède un club de poésie et n’importe quel campesino (fermier) ramassant du café dans les montagnes peut réciter quelques vers du plus grand poète de tous les temps, Rubén Darío, la voix de la nation.
Le Nicaragua compte également quelques “poètes guerriers”, des individus pour lesquels la plume et l’épée sont indissociables dans la lutte. Parmi les plus célèbres, citons Leonel Rugama, qui retint la Guardia Nacional tandis que le héros Carlos Fonseca s’échappait, Rigoberto López Pérez, qui assassina Somoza à León, le théologien de la libération Ernesto Cardenal et l’ancienne sandiniste Gioconda Belli.

Musique

Les musiques et danses folkloriques ont été fortement stimulées par la révolution, qui cherchait davantage à exploiter les ressources culturelles présentes au Nicaragua qu’à importer des productions étrangères. Par conséquent, vous aurez sans doute l’occasion d’assister à un concert ou à un spectacle de danse traditionnelle ; le plus pratique est de se rendre aux Noches Verbenas, organisées tous les jeudis soirs au Mercado Artesanías (marché national des artisans) de Masaya. Rendez-vous également dans les centres culturels, installés à proximité du Parque Central dans la plupart des grandes villes, ou dans les théâtres municipaux de Granada, León et Managua. Les fiestas patronales (fêtes patronales) sont souvent l’occasion de voir des spectacles ; dans les hauts plateaux du nord, la polka est très prisée.
L’instrument de musique le plus répandu est le marimba, une sorte de xylophone en bois précieux. Vous apprécierez ses mélodies en sirotant un verre de chicha (boisson à base de maïs, légèrement alcoolisée), dans un Parque Central ombragé. Les maîtres du marimba et d’autres formes de musique traditionnelle du Nicaragua sont les frères Mejía Godoy (voir le site www.losmejiagodoy.com). Essayez de les voir sur scène à Managua.

Peinture et sculpture

Au Nicaragua, la discipline artistique la plus ancienne est la céramique : des pièces simples et fonctionnelles étaient fabriquées dès 2000 av. J.-C. et des représentations sculpturales firent leur apparition vers 300. À l’arrivée des Espagnols, les céramiques nicaraguayennes étaient sophistiquées, artistiques et souvent utilisées au cours des cérémonies. En outre, elles témoignaient d’une forte influence aztèque, aussi bien dans leurs formes que dans leurs ornementations. Sachez qu’il est illégal d’emporter des céramiques précolombiennes hors du Nicaragua.
Quasiment aussi ancienne, la sculpture sur pierre devint populaire vers 800, quand quelqu’un réalisa que le basalte volcanique friable pouvait être façonné avec des outils en obsidienne ramenés du Mexique et du Guatemala. On trouve des pétroglyphes dans tout le pays : il s’agit généralement de motifs linéaires assez simples, gravés à la surface d’une pierre. Pour les découvrir, de nombreux circuits sont organisés au départ de la Isla de Ometepe, de Granada et de Matagalpa.
Les grandes statues en pierre (pouvant atteindre 5 m de haut), expressives et figuratives, sont plus rares mais méritent le coup d’œil ; les meilleurs musées se trouvent à Granada et Juigalpa. Aujourd’hui, des statues en pierre de meilleure qualité, en stéatite polie et translucide, sont produites dans les ateliers de San Juan de Limay, près d’Estelí.
La peinture semble avoir fait son apparition en même temps que les Espagnols (même si des éléments prouvent que les statues et les pétroglyphes étaient à l’origine plus colorés). Les premières œuvres traitaient surtout de sujets religieux ; pour les admirer, visitez le Museo de Arte Sacre et le Museo de Arte Fundación Ortiz-Guardián, à León. Le musée Ortiz-Guardián retrace l’histoire de la peinture nicaraguayenne jusqu’à nos jours, avec notamment le style romantique et impressionniste de Rodrigo Peñalba, qui fonda l’école des Beaux-Arts, et le groupe Praxis, créé dans les années 1960 par Alejandro Arostegui, qui se distingue par son réalisme social et ses représentations de la faim, de la pauvreté et de la torture.
Dans les années 1970, Ernesto Cardenal fonda une communauté d’artistes sur les Islas Solentiname. Cet archipel isolé, au sud-est du Lago de Nicaragua, est aujourd’hui mondialement connu pour ses peintures aux couleurs fascinantes et ses sculptures en bois de balsa qui s’intègrent à merveille dans le paysage tropical. Si vous ne pouvez pas vous rendre sur les îles, essayez de voir les œuvres sur les marchés de Masaya ou dans les galeries d’art de Managua ou de Granada.

Théâtre et danse

La musique, la danse et le théâtre traditionnels sont difficiles à dissocier : les trois disciplines sont généralement mêlées au sein de spectacles qui se caractérisent aussi par des costumes extraordinaires, des influences religieuses et des feux d’artifice. Parmi les pièces régulièrement jouées par les artistes de rue et les compagnies professionnelles, citons La Gigantona, qui met en scène une énorme femme espagnole et un minuscule Nicaraguayen. La danse des vieux est un autre classique : un homme âgé fait la cour à une séduisante grand-mère, mais quand elle succombe à son charme, il commence à flirter avec des jeunes femmes du public.
Le théâtre moderne n’est pas très développé au Nicaragua, et seules les grandes villes sont dotées de lieux adaptés. Le cinéma indépendant est en plein essor, et vous pourrez voir des films à petit budget, souvent des documentaires traitant de thèmes ouvertement féministes ou progressistes, dans les centres culturels. En revanche, les cinémas programment presque uniquement des grosses productions hollywoodiennes.

Architecture

Le succès de la conquête espagnole poussa la mère patrie à se libérer des formes architecturales françaises, comme le style gothique, et à tenter ses propres expériences, sur le Vieux Continent et dans les Amériques.
Certaines des premières églises du Nouveau Monde sont construites dans un style hispano-mauresque (mudéjar), avec des structures massives, des toits en bois et des motifs géométriques. Influencé par l’Islam et par la Renaissance italienne, l’art plateresque (avec notamment des filigranes sophistiqués en argent) orne les autels, par exemple à El Viejo.
Très en vogue dans les années 1650, le baroque est le style le plus populaire au cours du siècle suivant. Le baroque primitif, avec des colonnes en adobe et en bois ravissantes mais dénuées d’ornementations, est très répandu dans les petites villes coloniales. Il cède la place au baroque espagnol (parfois appelé churriguera), très extravagant, avec par exemple des vignes de pierre grimpant le long d’énormes piliers.
Granada et León s’enorgueillissent des plus célèbres exemples d’architecture espagnole, mais des trésors de l’époque coloniale sont disséminés dans tout le pays.

Mis à jour le : 14 juin 2014
Vizeat

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