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Culture et voyage

Les villes les plus rock'n'roll du monde

Mis à jour le : 9 janvier 2017

Carte

Pour avoir inspiré de grandes figures du rock, ces villes attirent des cohortes de fans sur les traces de leur idoles. Retour aux sources de la légende.
 

1. Nico et New York

Chelsea Girl, 1967
« Here's Room 506… » Les premières paroles de la chanson interprétée par l'égérie d'Andy Warhol désignent une chambre du célèbre Chelsea Hotel. Sur un texte de Lou Reed, Nico raconte de sa voix caverneuse l'étrange faune qui peuple les couloirs de ce lieu, qui était alors un véritable caravansérail de l'underground new-yorkais. Pour son premier album solo, l'ancienne mannequin allemande a pu compter sur des collaborateurs de génie, à commencer par les membres du Velvet Underground, dont elle fut la chanteuse éphémère, mais aussi Bob Dylan (I'll Keep It With Mine) et le débutant Jackson Browne, dont la chanson These Days fait aujourd'hui figure de classique. Parallèlement à sa carrière de chanteuse, l'icône des sixties devint la muse du cinéaste Philippe Garrel et apparut dans plusieurs de ses films expérimentaux. Elle devait disparaître en 1988 à Ibiza après une chute de vélo.
222 West sur la 23e rue, à Manhattan. L'adresse était connue de toute la planète pop et du gotha artistique des années 1960–1970. Le Chelsea Hôtel, un immeuble en brique construit en 1883, a vu séjourner dans ses murs de plus en plus décrépis et tartinés de fresques psychédéliques, Janis Joplin, Jimmy Hendrix, Jim Morrison, Leonard Cohen, mais aussi le cinéaste Milos Forman et bien d'autres… Son manager, l'adorable Stanley Bard, assurait la pension gratuite aux plus fauchés de ses clients. On l'a viré depuis mais ses derniers locataires font de la résistance. Délabré, le Chelsea Hotel attend une rénovation et son promoteur n'est pas prêt à lâcher l'affaire. Rendez visite à ce monument de la pop avant qu'il ne soit trop tard, ne serait-ce que pour honorer ses fantômes.


 
 

2. The Eagles et Los Angeles

Hotel California, 1976
Los Angeles a toujours été une terre promise pour les artistes en devenir. Palmiers, plages et filles en bikini : qui ne trouverait pas l'inspiration dans un cadre pareil ? Sauf qu'après plusieurs années d'excès en tout genre dans le milieu musical dépravé de Los Angeles, les lendemains de fête sont parfois difficiles et l'addiction à la dope devient un vrai fardeau. Voilà pour l'arrière-plan de la chanson culte des Eagles dont les paroles sibyllines ont été interprétées par les fans de maintes manières – beaucoup y voyant un centre de désintox pour rock stars, d'autres un repaire de satanistes. Don Felder a coupé court aux hypothèses farfelues en parlant de sa chanson comme d'une parabole sur le côté obscur du rêve américain. Une chose est sûre : malgré sa durée hors normes (plus de 6 minutes), Hotel California et son inoubliable solo a connu un succès monstre avec des millions d'exemplaires écoulés à travers le monde. Le bon côté du rêve américain, cette fois !
Les Eagles ont mis en paroles et en musique une Californie qui était moins celle des paradis artificiels que d'une descente de trip. L'Hotel California dont les paroles nous expliquent qu'on le rejoint par « une autoroute sombre et déserte » est un symbole, même si Beverly Hills aurait pu l'abriter. Plutôt que de visiter un centre de « réhab », faites cap sur la plage de Malibu, en remontant la Pacific Coast Hwy, de préférence au coucher du soleil et en mettant la chanson à plein tubes pour vous mettre dans l'ambiance : c'est ici que Don Felder aurait mis au point la série d'accords de ce titre mythique.


 
 

3. La trilogie berlinoise de David Bowie

 
 
Low, Heroes et Lodger, 1979–1980
Ziggy remisé au vestiaire, Bowie s'échappe de l'atmosphère corrompue de Los Angeles pour revenir en Europe, du côté de l'électro des Allemands de Kraftwerk, et signer un tryptique qui fera date : Low, Heroes et Lodger. Pas un franc succès commercial mais la boîte à outils des deux décennies suivantes. En coulisses, Brian Eno, producteur de génie, donne ses indications aux musiciens à l'aide d'un jeu de cartes qu'il a inventé, Les stratégies obliques, faisant régner la loi de l'aléatoire dans leur jeu. Résultat, une fresque sonore monumentale, avec ses phases rapides, lentes, minimalistes ou nappées de volutes orchestrales. De la new wave à l'electro, tout le monde s'est partagé le butin. Et Bowie, « le synthétiseur de son époque », a définitivement assis sa légende sur ces trois albums-là.
Seul Heroes a été produit dans l'enclave berlinoise, mais le climat est bien celui des bords de la Spree avant la chute du Mur. Berlin-Ouest était alors une oasis entourée des barbelés du Rideau de fer dans laquelle on vivait dos aux miradors. Inspirant, non ? La ville est alors un creuset de la contre-culture où certaines rock stars en perdition – David Bowie donc, mais aussi Iggy Pop ou Nick Cave un peu plus tard – viennent rechercher un nouvel élan créatif. Pour revivre ce moment clé de l'histoire du rock, faites cap sur Kreuzberg, un quartier qui conserve un peu de son esprit subversif des années 1980. Certaines agences, telle Fritz Music Tours (www.musictours-berlin.com), organisent des visites des célèbres Studios Hansa où David Bowie et bien d'autres ont enregistré leurs albums. Dirigez-vous ensuite vers Oranienstrasse, où le club SO36, haut lieu de la culture punk, se maintient contre vents et marées.


 
 

4. Oasis et Manchester

(What's the story) Morning glory, 1995
Si la planète rock s'est remise à l'heure anglaise au milieu des années 1990, c'est en grande partie à Oasis qu'on le doit. Le groupe de Manchester n'est pas le premier à avoir surfé sur la vague brit pop, mais le triomphe de son deuxième album était du jamais-vu depuis les Beatles. La recette des frères Gallagher ? Un vrai savoir-faire pour composer des hits imparables, un talent certain pour remplir les stades et une légende noire (déclarations scandaleuses, excès de drogues) pour nourrir les gazettes musicales et renouer avec la geste rock des années 1970. Entre deux fâcheries, les enfants terribles de la brit pop ont régalé leur public de quelques pépites pop-rock, avant de se séparer avec fracas en 2009.
Le fief urbain d'Oasis, Manchester, suinte le rock, la bière et le foot. Façades de briques, friches industrielles et des clubs mythiques comme l'Hacienda, fermée en 1997. Une ville charbonneuse à souhait qui a bercé des ténébreux, Joy Division, les Smiths, avant de sacrer les Gallagher. Oasis s'appelait à l'origine The Rain. Rien d'étonnant sous ces latitudes. Un pèlerinage là-bas permet de côtoyer une faune bariolée – punks, hipsters, mods, gothics… Côté « gigs » (concerts), le « Roadhouse » voit se produire la scène locale mais pas seulement. La Manchester Academy est davantage réservée aux grosses machines. Ne pas oublier l'electro dans des clubs tels que le Warehouse Project et le Sankeys. Les Mancunians n'ont jamais été manchots dans ce registre. Et pour faire le touriste en sortant de Picadilly Station, portez vos pas vers le Northern Quarter, vitrine branchée de la ville, le bazar habituel, bars, clubs, boutiques.


 
 

5. Elvis Presley et MeMphis

Don't be cruel, 1956
Qui n'a jamais eu la banane en écoutant Elvis ? Les déhanchements suggestifs du King, son timbre gorgé de blues et de country, le rythme binaire endiablé de ses chansons ont plongé au bord de l'extase mystique tout ce que l'Amérique comptait de filles à socquettes et à jupe plissée. C'est en 1956 que le rock'n'roll fait une percée décisive aux États-Unis sous l'impulsion d'Elvis, dont les titres, parmi lesquels le mémorable Don't Be Cruel écrit par Otis Blackwell, caracolent en tête des ventes. Au mois de décembre de cette fameuse année, Elvis rencontra par hasard Carl Perkins, Jerry Lee Lewis et Johnny Cash aux studios Sun Records de Memphis. L'enregistrement qui résulte de leur bœuf improvisé, rebaptisé « The Million Dollar Session« , compte une fascinante version de Don't be cruel.
Blues, rock'n'roll, country… Memphis s'enorgueillit d'avoir vu naître les plus grands courants de la musique populaire américaine au XXe siècle. Aussi, on se rend surtout dans la ville natale de Muddy Waters et de BB King pour se recueillir sur les lieux saints du rock'n'roll. Commencez votre pèlerinage par le 706 Union Avenue, adresse du Sun Studio : c'est là que tout a commencé avec l'enregistrement en 1951 de Rockett 88, premier specimen sonore du rock. Un bus vous conduira ensuite sur Beale Street, artère historique du blues, avant l'étape incontournable à Graceland, la très kitsch résidence du King transformée en musée et qui abrite aussi sa tombe, sise, au 51 Elvis Presley Boulevard.


 
 

6. Nirvana et Seattle

Come as you are, 1992
Écrit et créé comme un hymne à la singularité et à la marginalité, Come as you are est devenu un modèle de tube universel, aux côtés de Smells like teen spirits, dès de la sortie du second album de Nirvana. Sous les accords de guitare et par la voix de Kurt Cobain, le grunge, fusionnant le punk et le rock alternatif dans une boule d'angoisse existentielle, est brusquement passé de la scène confidentielle de Seattle aux passages en boucle sur MTV, propulsant à leur tour d'autres groupes tels que Alice in Chains sur la scène internationale. Si la grande heure du grunge est passée, Seattle, elle, reste le foyer privilégié de scènes alternatives américaines.

7. LES BEATLES ET LIVERPOOL

Penny Lane/Strawberry Fields Forever, 1967
Un 45 tours, deux chansons et trois coups de génie. Il aura fallu la publication isolée de ce single à double face sous la pression insistante des producteurs pour que les Beatles inventent un nouveau son, changent le cours de l'histoire du rock et modifient à jamais l'image de leur ville natale. Oui, c'est bien la maussade Liverpool qui est mise en lumière dans ces deux chansons aux paroles nostalgiques et planantes : John Lennon évoque dans Strawberry Fields Forever un orphelinat de l'Armée du Salut près duquel il jouait enfant, tandis que Paul Mc Cartney se remémore avec Penny Lane un quartier de son enfance. Dans la phase d'intense créativité qui précède la sortie de l'album de leur apogée, Sergent Pepper, les arrangements font la part belle aux expérimentations sonores, annonçant la vague psychédélique qui s'apprête à déferler.
Liverpool a su faire fructifier l'héritage des Beatles. Dès l'aéroport, rebaptisé John Lennon, vous aurez droit à une statue de l'auteur d'Imagine. En ville, outre le populaire musée Beatles Story, plusieurs agences proposent des tours dédiés aux Fab Four. Le bus à impériale aux couleurs du Magical Mystery Tour suit un parcours passant par Penny Lane, la maison natale de George Harrison, le pavillon familial de Paul Mc Cartney au 20 Forthlin Road ou celui de John Lennon au 251 Menlove Avenue, avant de faire halte au Cavern Club, leur première scène, et au Casbah Coffe Club. Quant au « Strawberry Fields« , immeuble victorien démoli vers 1970, il a laissé place à une structure d'accueil pour enfants, le « John Lennon Court« , fermée il y a quelques années. Inutile de chercher le portail d'origine : trop de fans l'ayant dégradé, vous n'en verrez qu'une réplique.


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