Lac Issyk-Koul

Long de plus de 170 km sur 70 km, le lac Issyk-Koul (Ysyk-Köl) est le deuxième plus grand lac de montagne au monde après le lac Titicaca en Amérique du Sud. Son nom, qui signifie “lac chaud”, est un peu exagéré. Certes, la profondeur extrême des eaux, l’activité thermale souterraine et une légère salinité l’empêchent de geler au cœur des rudes hivers d’Asie centrale, malgré une altitude dépassant 1 600 m. En outre ses eaux bleu vif étonnamment tempérées créent un microclimat de douceur. Toutefois, les touristes courageux qui s’y baignent ne profitent pas de palmiers mais des neiges éternelles de la chaîne de l’Alataou.
Si les “stations lacustres” attirent les visiteurs kazakhs, les abords du lac sont souvent jonchés de détritus et le principal point d’intérêt pour les Occidentaux se borne aux randonnées en montagne. La partie des Tian Shan du Centre à laquelle on accède depuis le lac est sans doute le plus beau terrain de trekking d’Asie centrale. Les treks les plus prisés parcourent les vallées au sud
de Karakol.

Histoire

Le niveau du lac a fluctué au cours des siècles, submergeant des villes du rivage. À l’extrémité est, des archéologues ont mis au jour des objets de la cité engloutie de Chigu (IIe siècle av. J.-C). La crique de Mikhaïlovka, près de Karakol, révèle aussi les vestiges d’un village partiellement submergé. Les indices géologiques montrent que le niveau des eaux a baissé ces 500 dernières années, de 2 m environ seulement au total.
Avant que les Kirghiz n’arrivent au Xe siècle et jusqu’au XVe siècle, la région semble avoir abrité un foyer de civilisation sace (scythe). La légende veut que Timur Lang (Tamerlan) l’ait ensuite utilisée comme quartier général d’été. Actuellement, on recense au moins 10 villages engloutis et les chasseurs de trésors fouillent depuis longtemps le lac en quête d’objets, qui remonteraient aussi bien aux moines chrétiens qu’à Gengis Khan.
Dans les années 1860 et 1870, des colons russes arrivèrent et fondèrent des villes rudimentaires : la ville de Karakol vit le jour en 1969, suivie dans les années 1870 par Tüp, Teploklyutchenka (Ak-Suu), Ananyevo, Pokrovka (aujourd’hui Kyzyl-Suu) et un chapelet d’autres qui ont souvent gardé leur nom d’origine. Beaucoup de Dounganes et d’Ouïghours arrivèrent dans les années 1880, fuyant la répression des soulèvements musulmans dans les provinces chinoises du Shaanxi, du Gansu et du Xinjiang. Les Kirghiz et les Kazakhs autochtones menaient alors encore pour la plupart une existence nomade.
À l’époque soviétique, les rives du lacs étaient parsemées de stations thermales, mais la région d’Issyk-Koul (et l’essentiel du Kirghizstan, au-delà de Bichkek) était totalement interdite aux étrangers. Les habitants parlent de vastes plantations de pavots à opium et de cannabis, autorisées par l’État, qui auraient disparu au début des années 1970 sous la pression internationale. Par ailleurs, l’Issyk-Koul était utilisé par la marine soviétique pour tester des torpilles de haute précision, à l’abri des regards occidentaux inquisiteurs. Un centre de recherche militaire se développa autour de Koy-Sary, sur l’anse de Mikhaïlovka, près de Karakol. Après l’indépendance en 1991, le président russe Boris Eltsine demanda son maintien, mais le président kirghiz Askar Akaïev décida de le fermer. Des blagues circulent à propos de la “marine kirghize”, faisant référence à une flotte de 40 vedettes de gardes-côtes délabrées, désormais remisées à Koy-Sary (qui demeure interdit aux visiteurs) ou désarmées, et affectées au transport de marchandises et de touristes. Aujourd’hui, le secret du lac reste le mystérieux jekai, version locale du monstre du Loch Ness. Le tourisme, qui s’est effondré avec l’Union soviétique, s’est relevé ces dernières décennies grâce à l’afflux de touristes kazakhs fortunés et d’athlètes russes, qui apprécient la douceur du climat et l’altitude, parfaites pour s’entraîner en hiver.

Nord d’Issyk-Koul

Une centaine de complexes hôteliers s’égrainent le long de la côte nord du lac, mais les hôtels sont éloignés les uns des autres, plutôt discrets, et les visiteurs sont souvent surpris de voir à quel point les villages agricoles entre les établissements semblent avoir peu changé au fil des décennies. Les week-ends d’été, la route est prise d’assaut par les touristes, mais hors saison elle offre une balade agréable avec ses paysages de montagne que l’on aperçoit au nord et plus loin vers le sud, tels des apparitions. Les touristes vont principalement à Tcholpon-Ata (et Bosteri). Plus à l’est, la région est très rurale et parsemée de tumulus le long de la route et d’anciennes tombes en adobe dans les champs, derrière les rangées de peupliers.

Tamtchy

Ce petit village en bordure du lac, à 35 km à l’ouest de Tcholpon-Ata, possède une jolie plage et comptait davantage de vaches que d’habitants lors de notre passage. La principale curiosité est une tentative comique de reconstitution d’un château européen au milieu des arbres en bord de plage. Ce “Stary Zamok” est censé abriter un hôtel, qui était fermé lors de nos recherches. Le CBT local, facilement repérable sur la route principale de la bourgade, vous aidera à trouver véhicules, randonnées à cheval et hébergement chez l’habitant. En dehors de la saison d’été, le village est en sommeil.
À 5 km environ à l’est se situe l’aéroport international d’Issyk-Koul, un nom bien pompeux pour une piste d’atterrissage sans même un terminal. Il est essentiellement utilisé l’été par des vols charters en provenance du Kazakhstan.

Tcholpon-Ata

Au cœur de l’été, Tcholpon-Ata se réveille pour devenir l’épicentre d’une vie balnéaire improbable sur la rive nord du  lac Issyk-Koul : corps bronzés, Jet-Ski et bambins mangeant des glaces en journée, cafés en plein air, discothèques et jeunes amoureux repoussant les limites des convenances le soir. Les vacanciers sont en majorité de riches Kazakhs et Russes, ainsi que le gratin de Bichkek. Tcholpon-Ata n’est pourtant pas un endroit particulièrement huppé. La plupart des établissements chics sont en bordure de plages privées très éloignées de la ville. Nombre sont regroupés à Bosteri à 10 km à l’est, où, en face du Dolphin Deluxe Hotel, vous trouverez un grand huit et la plus grande roue du pays.
Pour nombre d’Occidentaux, la station balnéaire revêt peu d’intérêt : ils s’y arrêtent pour observer les pétroglyphes ou organiser des treks à cheval. L’été, du jeudi au dimanche, les prix des taxis et hôtels sont multipliés par deux, mais en semaine et en dehors de la haute saison (qui va de mi-juillet à août), on a l’endroit tout à soi.
Une autre plage plus petite mais agréable s’étend au nord de l’entrée du yacht club, derrière l’hôtel Ai-Petri.
La forêt d’Ornok, au nord du champ de pétroglyphes, est appréciée de la population locale qui viennent y cueillir des champignons en août. Suivez la vieille route forestière longeant la vallée par la gauche avec la rivière sur votre droite.
Kruiz Yacht Club. Au printemps, les bateaux amarrés avec les sommets enneigés en toile de fond constituent une magnifique scène. En été, plusieurs bateaux proposent des sorties de 90 minutes sur le lac, incluant une halte de 15 minutes pour nager en eaux profondes. Le club abrite aussi un petit musée gratuit et un centre de plongée.
Pétroglyphes. Au nord de l’ancienne voie rapide ralliant l’aéroport, on découvre un immense champ de roches glaciaires aux parois gravées ou piquetées. Certains de ces pétroglyphes remontent à la fin de l’âge du bronze (environ 1500 av. J.-C.), mais la plupart furent réalisés par les Saces (du VIIIe siècle av. J.-C. au Ier siècle de notre ère), avant l’arrivée des Kirghiz. Les prêtres scythes utilisaient ce lieu pour des sacrifices et des rites liés au culte solaire. Ils vivaient dans des villages maintenant submergés dans la baie.
Des gravures plus récentes remontent à l’époque turque (Ve-Xe siècle). La plupart représentent des bouquetins (ibex). Les pétroglyphes les plus impressionnants, juste en face du guichet, représentent la chasse aux bouquetins à l’aide de léopards des neiges domestiqués. De nombreuses autres gravures sont difficiles à distinguer ou à différentier de dessins récents. Les originaux arborent de petits chiffres jaunes. La carte du site qui se trouve de l’autre côté du comptoir d’accueil, peu détaillée, n’est pas d’une grande utilité. Organisez votre visite en fin d’après-midi, la plupart des roches donnant vers l’ouest ou le sud.
Depuis le centre-ville, remontez Akmatbay-Ata jusqu’à la fin de la route bitumée puis bifurquez à gauche sur Almakutchkov. La partie sud du site se trouve derrière des barrières métalliques noires. Si les portes sont fermées, entrez par le côté est, qui n’est pas protégé. Depuis le site, vous profiterez d’une belle vue plongeante sur l’Issyk-Koul. Pour organiser une visite guidée des pétroglyphes, renseignez-vous auprès du musée régional.
Rukh Ordo. Ce curieux parc thématique-musée installé dans un grand édifice en bord de mer retrace les légendes kirghizes, les personnages qui ont marqué l’histoire du pays et les interactions de
cinq religions.
Musée régional. Ce musée typique bien présenté expose des copies de bijoux scythes en or trouvés dans la région. Signalons également une section ethnographique traitant des bardes et du costume kirghiz, une autre sur l’archéologie sous-marine et un modèle 3D du lac Issyk-Koul illustrant bien sa profondeur.
Pegasus Horse Trekking. Pegasus Horse Trekking et la Pegasus Guest House sont dirigés par la même gérante, qui propose des randonnées à cheval dans la vallée d’Ornok et sur les bords du lac, aide les cavaliers moins sûrs d’eux et peut organiser des excursions de plusieurs jours pour Grigorievka et au-delà. Si vous l’avertissez quelques jours auparavant, elle peut également mettre sur pied une démonstration de jeux équestres nomades (20 000 soms) à l’hippodrome. En juillet, vous pouvez y assister gratuitement à la faveur des manifestations équestres annuelles.

Grigorievka

Certains des plus beaux paysages de la rive nord se trouvent en haut de la vallée de Tchong Ak-Suu (20 soms/pers, 50 soms/véhicule), immédiatement au nord du village de Grigorievka. Traversée par une rivière impétueuse, la vallée s’étend sur 22 km jusqu’à un ensemble de trois petits lacs de montagne. On peut randonner sur tout le trajet, mais il est également possible de faire de l’auto-stop ou d’y aller avec son propre véhicule. En été, on trouve en chemin de nombreux hébergements en yourte et en relais routier (un autre hébergement en yourte est aussi proposé au premier lac). Les jeunes garçons du coin proposent de louer des chevaux, et des fauconniers vous proposeront de tenir un aigle sur le bras – un frisson qui se paie, bien sûr.
Pegasus Horse Trekking organise des treks à cheval entre Grigorievka et les gorges de Semyenovka, avec nuit en yourte ou en tente.
Semyenovka, la localité voisine, donne accès à la vallée de Kitchi (“petit”) Ak-Suu, connue pour la gorge de Kyrtchyn, sa station de sports d’hiver et à un autre campement de yourtes, Yurta Kubat Sidikov, dont les deux yourtes douillettes sont à 2,5 km après la guérite des gardes forestiers.

Karakol

Karakol se résume à un damier de rues poussiéreuses, mais constitue une base idéale pour accéder à certains des meilleurs sites de ski et treks alpins d’Asie centrale. Même si la ville n’est pas spécialement belle, par temps clair, les vieux volets bleus et les murs blanchis des vieilles isbas avec en toile de fond les sommets enneigés lui confèrent un certain charme. Ces maisonnettes rappellent l’ancien âge d’or soviétique qu’a connu la ville autrefois : construites en 1869 en renfort pour accueillir les nouvelles garnisons de Teploklyutchenka (Ak-Suu), elles ont abrité de nombreux marchands, officiers et explorateurs, notamment le célèbre Nikolaï Prjevalski en l’honneur duquel Karakol fut rebaptisée Prjevalsk entre 1939 et 1991.
Mosquée Dungan. Avec son toit à trois pointes, son avant-toit sculpté et ses piliers extérieurs en bois, cette mosquée colorée (1910) a des airs de temple bouddhique mongol. Fermée à la prière entre 1933 et 1943, elle a miraculeusement survécu à l’ère bolchévique pendant laquelle les huit autres mosquées de la ville ont été détruites.
Marché aux animaux. L’un des plus grands marchés aux animaux du pays, à 2 km au nord du centre. Le décor de moulins à farine délabrés peut rebuter, mais les montagnes aux sommets enneigés en toile de fond sont splendides. La marshroutka n°102 vous dépose sur Udilova au beau milieu d’un attroupement de véhicules et camions de fourrage. Des quais de déchargement en terre mènent au nord. Jouez des coudes pour rejoindre le bâtiment principal, à une rue au nord, où se déroulent des ventes de chevaux et où l’on trouve de belles pièces de sellerie en cuir.
Le marché est situé à environ 25 minutes de marche du bazar de Makish. Descendez la rue Lenina (le Moulin Bereke, bien indiqué, est à mi-chemin), puis coupez à travers le terrain vague en face du n°279. Sinon, remontez Kydyr Ake, prenez la deuxième à gauche (à côté d’un magasin de ciment) et suivez les voitures.
Cathédrale de la Sainte-Trinité. Cette imposante cathédrale en bois entourée d’arbres est surmontée de tours au toit vert et de coupoles jaunes. L’église en pierre originale érigée en 1872 s’est effondrée en 1890 lors d’un tremblement de terre. Une nouvelle version, en bois, fut bâtie sur les mêmes fondations en 1895, avant d’être transformée en club par les bolcheviks qui détruisirent ses cinq bulbes dans les années 1930. Les travaux de reconstruction n’ont commencé qu’en 1961 et le culte n’y est célébré que depuis 1991. Des photos retracent l’histoire du bâtiment. Les femmes doivent se couvrir la tête pour entrer.

Environs de Karakol

Altyn Arashan (“spa d’or”) est sans doute la destination la plus prisée au départ de Karakol. Organisée autour de sources chaudes, cette station s’inscrit dans une vallée de carte postale, à 3 000 m d’altitude avec, à l’extrémité sud, la haute silhouette du pic Palatka (4 260 m).
La majeure partie de ce secteur dépend de la réserve naturelle d’Arashan, dédiée à la recherche botanique, où vivent une vingtaine de léopards des neiges et quelques ours. Ces animaux sont rares, et l’on rencontre surtout des chevaux et les troupeaux de moutons des familles des environs.
On dit qu’à l’époque soviétique, 25 léopards des neiges y furent capturés et envoyés vers des zoos du monde entier jusqu’à ce que Moscou annule les permis de chasse, en 1975.
Altyn Arashan compte plusieurs petites sources chaudes (200 soms). L’eau alimente naturellement une série de bassins en béton dissimulés dans des cabanes en bois. Les bassins empestent le soufre, mais des certificats (traduits) sur la porte vantent les vertus curatives de ces eaux chaudes et détaillent les pathologies qu’elles traitent.
Chaque cabane se ferme de l’intérieur ; demandez la clé à la maison la plus proche de la cabane de votre choix. Après un bain chaud délicieusement délassant, sortez et courez en hurlant vous plonger dans la rivière glacée.
Depuis les sources, il faut 5 heures de marche pour atteindre l’extrémité du glacier Palatka, qui entoure le pic du même nom.
Vallée de Karakol Au sud de la ville du même nom se déploie la superbe vallée de Karakol, classée parc national.
La vallée offre de belles possibilités de randonnées mais, pour en profiter, il vous faudra investir dans une tente et un réchaud et faire une journée de marche avant de profiter du charme de l’endroit. Plus haut dans la vallée principale, à la jonction de plusieurs autres vallées et itinéraires de trekking, le camp d’Ai Tör, géré par Alp Tour Issyk Köl, dispose d’une douche, d’une banya (3 $US), d’emplacements de camping (100 soms), d’un poste de secours en montagne et d’un service radio. C’est là que l’on contrôlera votre permis d’accès au parc. De mai à mi-octobre, vous pouvez envisager une rude journée de randonnée (préférable avec une nuit de camping) jusqu’au lac d’Ala-Köl (3 530 m), que l’on peut également rallier en 4 heures en franchissant la crête au départ d’Altyn Arashan.

 

Mis à jour le : 16 février 2015
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