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Voyager via une agence locale, un vrai plus ?

Texte par

Christophe Corbel

Carte

Utilisant toute la puissance d’Internet, les agences locales et francophones sont devenues un maillon essentiel dans la préparation au voyage. Sont-elles la véritable cerise sur le gâteau du voyageur connecté ? Pour le savoir, voici trois portraits d’expatriés et la présentation d'acteurs qui tentent d’organiser cette nouvelle offre. 
Cela fait pas mal d’années que les utilisateurs de guides Lonely Planet, et les voyageurs en général, ont basculé sur Internet pour la préparation de leur voyage. Achat de billet d’avion, réservation d’hébergements, échanges d’expériences, les outils et applis en ligne sont parfaitement calibrés pour permettre au voyageur de s’organiser de A à Z sans intermédiaire.

Une mutation rendue possible grâce à Internet

Cette désintermédiation du voyage, comme l’appelle les spécialistes, s’accompagne d’un autre phénomène : la multiplication des agences locales et francophones. Bien entendu, les agences locales ont toujours existé. Mais dans le passé, elles se cantonnaient à fournir leur expertise de terrain aux agences en France pourvoyeuses de clients. Au mieux, celles-ci acceptaient de montrer quelques guides locaux. Aujourd’hui, grâce à Internet, ces agences locales ont la possibilité de s’adresser directement aux voyageurs français.
Mais la vraie nouveauté depuis quelques années, c’est la naissance d’une génération d’agences locales 100% francophones et 100% compatibles avec le public connecté des voyageurs !

Des structures jeunes montées par des francophones

Francophones et expertes de leur destination, ces structures se retrouvent sur tous les continents. Aussi bien dans les pays à fort potentiel touristique que dans des régions parfois plus confidentielles. À leur tête, des francophones, souvent jeunes, installés depuis plusieurs années dans leur pays d’adoption et qui, mettant à profit leur connaissance de la culture et l’attente de leurs compatriotes, utilisent Internet pour réduire la distance physique qui les sépare des voyageurs européens.

Au Botswana

C’est le cas par exemple d'Essentiel Botswana, équipe franco-botswanaise composée d'un réceptif botswanais et d'un guide naturaliste francophone basés à Maun, et d'un tour-opérateur basé en France qui ont été réunis par Julien Marchais. Cet ingénieur écologue a vécu au Botswana de 2001 à 2005. C'est durant cette période, alors qu'il était en contrat avec une association environnementale, qu'il conçoit ce partenariat original. "Assez rapidement, je me suis aperçu que l'écotourisme était un moteur puissant pour préserver la nature et permettre le développement d'une région. J'ai proposé à des opérateurs batswana de créer cette équipe. Nos premiers safaris ont débuté dès 2004. L'idée est simple : la relation entre les partenaires est transparente et surtout nous supprimons les intermédiaires sans réelle valeur ajoutée. Nous essayons ainsi de proposer le produit au meilleur tarif possible, tout en offrant aux voyageurs francophones les avantages d'un tour-opérateur français avec son cortège de garanties et l'expertise d'un réceptif local. Nous avons une passion pour ce pays et sa nature sauvage et nous voulons, en tant qu'experts, la faire découvrir aux voyageurs grâce aux excellents guides francophones et opérateurs touristiques du Botswana. »

Au Brésil

Yannick Olivier lui a posé ses valises au Brésil. Après avoir travaillé dans le réseau des Alliances françaises en Asie en particulier, il accepte un contrat dans le Nord-Est du Brésil à São Luís (Saint-Louis), puis à Recife. En 2005, à la fin du contrat, avec sa petite famille, il décide de s’établir dans la capitale de l’Etat du Pernambouc et se lance dans un projet de rachat de Posada. Le projet avortera mais la décision est prise. « On savait qu’on voulait faire quelque chose dans le domaine du voyage sur le territoire brésilien. Mais on ne voulait pas faire ce qui existait déjà, et en particulier les incontournables de l’époque : Rio, les chutes d’Iguaçu, Bahia... Recife était une bonne opportunité, on s’en rend compte aujourd’hui car la région n’était pas du tout exploitée par les agences établies. À l’époque, les parcs nationaux de cette région étaient absents des catalogues, notamment le parc national des Lençóis Maranhenses ». Alter-nativ Brésil prend donc son envol en 2005. Là aussi le lien avec le voyageur se fait grâce à Internet. « Au début, sans client et sans contact, on a passé beaucoup de temps à développer notre notoriété, en achetant de la visibilité sur Internet. Cette époque est révolue. Maintenant le bouche à oreille nous apporte plus de la moitié de nos voyageurs ». Confiance et recommandation sont donc des maillons essentiels de la réussite de ces agences locales.

En Inde

Autre exemple, Shanti Travel, créé il y a 10 ans par un trentenaire installé à New Delhi, Alex Le Beuan. « Après mon bac et avant de rentrer à l’Inalco (Institut National des Langues et Civilisations Orientales), je suis parti explorer l’Inde et le Népal. Puis, j’ai commencé à accompagner des groupes de voyageurs pour des agences françaises. Je passais 5 à 6 mois par an sur place pour créer les itinéraires, puis je rentrais en France, l’autre moitié de l’année. Un boulot très enrichissant mais j’ai été totalement conquis par l’Inde et je n’avais absolument plus envie de retourner en Europe.  En 2004, j’ai décidé de me mettre à mon compte et de développer une offre sur l’Inde, puis sur l’ensemble des pays asiatiques. Être local et francophone a tout changé dans notre rapport avec le voyageur. Non seulement nous avons une expertise très pointue parce que proche du terrain mais en plus nous apportons un exotisme au client en Europe. Quand je prends un client au téléphone alors que je suis au bureau à New Delhi ou dans un cybercafé face aux rizières à Bali la conversation porte d’abord sur la météo locale. On est tout de suite dans l’ambiance. »

Une offre qui s’organise… avec parfois de nouveaux intermédiaires

Si Internet a permis l’éclosion de ce réseau d’agences locales et francophones, certains intermédiaires tentent aussi d’apporter de la clarté pour le voyageur. Car dénicher la bonne agence sur Internet n’est pas une mince affaire. C’est le cas d’Evaneos, poids lourd du secteur, qui compile les offres de dizaines d’agences locales disséminées dans le monde entier en se plaçant comme un nouveau maillon de ce modèle économique. Le voyageur peut consulter un catalogue par pays, demander un devis à plusieurs agences et acheter une prestation. Fort d’un catalogue de plusieurs dizaines d’agences, Evaneos se rémunère en prenant une commission sur la prestation vendue par l’agence locale. 
D’autres acteurs proposent un modèle parfois un peu différent. Prochaine Escale par exemple mise sur les agences locales mais celles-ci doivent être immatriculées en France. Trip Connexion est une plateforme de mise en relation entre voyageur et agence locale. Pour le voyageur, c’est gratuit mais un droit d’entrée est demandé à l’agence locale pour figurer sur le catalogue. Ce système à l’avantage de ne pas interférer économiquement dans la relation entre le voyageur et l’agence.
Autre tendance, le regroupement d’agences locales au sein de collectif afin de présenter un catalogue sur plusieurs destinations. C’est le cas du réseau Voyages Réceptifs qui compte une quinzaine d’agences indépendantes, de Madagascar au Laos en passant par les Balkans ou le Népal, ou encore du réseau Kamimundo, spécialisé lui sur l’Amérique du Sud.
Autre solution pour les voyageurs, rencontrer physiquement les agences locales. Une quarantaine d’entre-elles (représentant 50 destinations) seront ainsi présentes début octobre à DirecTravel (Paris, 1er et 2 octobre). Une façon pertinente de concilier la puissance d’Internet et l’indispensable contact humain nécessaire au voyageur désireux de connaître son hôte avant de s’engager avec lui. 
 
Question à Christophe Sentuc, fondateur du RDV DirecTravel

Acheter une prestation par Internet auprès d'un opérateur situé à des milliers de km de la France, c'est risqué ?

C.S. : Il faut distinguer deux cas de figure. Le premier : l'opérateur est représenté par une agence immatriculée en France qui traitera avec le voyageur, alors ce dernier bénéfice de toute la garantie des lois françaises. Second cas : l'opérateur n’est pas immatriculé à ce registre et le client ne peut pas bénéficier de la garantie française. Il est lié à celle du pays dans lequel est immatriculé l'agent local.
Dans ce second cas, il doit alors être très vigilant aux conditions proposées et contractées avec son interlocuteur : veiller en particulier à ses modalités de paiements, d'annulation et d'assurance en cas d'accident ainsi que de non respect d'exécution du contrat. Si ces clauses ne sont pas clairement énoncées sur le site Internet, il faut prendre à son entière responsabilité tous les risques encourus ou passer sa route !
Enfin, le voyageur devra souscrire une assurance annulation. Elle peut être automatiquement incluse quand on paye une prestation avec une carte bancaire spécifique (Premier, Gold, etc.) mais il est impératif d'en vérifier le domaine de couverture.