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Culture et voyage

Voyages rêvés aux confins du confinement

Texte par

Olivier Cirendini

Mis à jour le : 23 mars 2020

Carte

Sale temps pour les désirs d'ailleurs. Mais heureusement il reste le rêve, les voyages imaginaires, les contrées improbables et les paysages intérieurs…
 
Je pourrais commencer l’éloge de mon voyage par dire qu’il ne m’a rien coûté.” Ainsi commence le Voyage autour de ma chambre de Xavier de Maistre. En 1794, ce jeune officier est condamné à quarante-deux jours d'arrêts suite à une affaire de duel, et doit à son rang d'être consigné dans sa chambre, et non dans quelque obscur cachot. Plutôt que de se morfondre sur son sort, l'auteur choisit de transformer l'expérience en un improbable voyage, dans lequel il détaille avec humour ses pérégrinations domestiques. “Ma chambre (…) forme un carré long qui a trente­six pas de tour (…). Mon voyage en contiendra cependant davantage ; car je la traverserai souvent en long et en large (…). Je ferai même des zigzags, et je parcourrai toutes les lignes possibles en géométrie, si le besoin l’exige.
 
Ça vous dit quelque chose ? Sans aucun doute depuis que nous voici, les uns et les autres, confinés dans nos cocons. Mais l'officier – y verrons-nous le fruit de la formation militaire ? – décide de ne pas subir. Voire même de goûter aux petites joies de ce confinement forcé : “Après mon fauteuil, en marchant vers le nord, on découvre mon lit (qui) est situé de la manière la plus heureuse : les premiers rayons du soleil viennent se jouer dans mes rideaux. (…) J’entends le gazouillement confus des hirondelles (avez vous remarqué qu'en ville, faute de circulation, on entend les oiseaux ces derniers jours ?). J'avoue que j'aime à jouir de ces doux instants.”

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Plutôt que de se morfondre sur son sort, l'auteur choisit de transformer l'expérience en un improbable voyage

Le fougueux duelliste, certes, avait l'avantage d'être accompagné dans son épreuve de son domestique et de sa chienne – animal de compagnie fort prisé par les temps qui courent, notons-le au passage, vu qu'il justifie plusieurs sorties quotidiennes. Mais que l'on soit ou non confiné avec un majordome, un valet de pied ou un compagnon à poil ou à plumes (et qui sait, peut-être avez vous la chance d'être en bien meilleure compagnie ?), rallions-nous à son exemple et rendons-nous à l'évidence (sanitaire) : alors que les bourgeons s'apprêtent à sortir leur nez dans le printemps qui point, nous voilà obligés à remettre à plus tard nos projets d'escapades et à reléguer nos désirs d'ailleurs à notre paysage intérieur.

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La liberté d'imaginer, quelque part, un monde, où tout reste à faire.

C'est le moment ou jamais d'imaginer des voyages dans des contrées ou, de toute façon, nous ne mettrons jamais les pieds. C'est ce qu'a fait Henry Michaux. Avec Ailleurs, voyage en Grande Garabagne, écrit en 1936, il nous emmène à la rencontre des peuples les plus étranges dans un pays tout droit sorti de son imagination. On y fait par exemple avec délices la découverte des Emanglons, qui se plaisent à  dormir “enroulés autour d'un tambour auquel un serviteur imprime un lent mouvement rotatif” et se nourrissent d'écarassins, animal “un peu comme la loutre, mais le corps plus tassé, et les yeux munis de trois paupières”. Au long de ces pages pleines d'humour, on croisera également les Ourguouilles, qui “n'ont souci de rien”, et pléthore de peuplades aux étranges coutumes.

D'autres, plus près de nous, ont décidé d'explorer la même veine. Une joyeuse bande d'Australiens a ainsi créé il y a quelques années la collection de guides de voyages Jetlag Travel Guide. On leur doit notamment un réjouissant ouvrage consacré à La Molvanie, le pays que s'il existait pas faudrait l'inventer. Totalement bidon car issu tout droit de leur imagination, ce pays où les paysans locaux offrent aux visiteurs des verres d'eau-de-vie d'ail fait l'objet au fil des pages, dignes des Monty Pythons, de descriptions détaillées de sa gastronomie, de ses hôtels et de ses “richesses” touristiques.

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Tous ces récits, imaginaires certes, éveilleront à coup sûr chez vous des envies de voyage

On pourra aussi se plonger dans l'hilarant Journal de Gand aux Aléoutiennes de l'excellent Jean Rolin, récit d'un vrai-faux voyage en cargo où l'on voit les marins organiser des courses en sac dans les coursives durant les coups de vent et le commandant rechercher l'individu qui a dérobé la poire de son goûter, ou (re)découvrir les étonnants Atlas de la collection Arthaud : Atlas des pays qui n'existent pas (cinquante États improbables, non reconnus et largement méconnus), Atlas des zones extraterrestres… Autant de voyages dans des pays qui font mentir le regretté Franck Zappa, qui affirmait qu'“on ne peut prétendre être un pays sans avoir une bière et une compagnie aérienne”…

Et puis, bien sûr, il y a le virtuel. Le XXIe siècle nous avait quasiment promis la téléportation (ou bien mon esprit s'était-il emballé ?) mais nous a offert Google Earth. Le monde à portée de clics. Je recommande particulièrement l'Atacama, (presque) aussi beau derrière un écran que dans la réalité (soyons magnanimes).
Le point commun de tout cela ? Le voyage sans risque, certes, mais aussi et surtout le rêve. La liberté d'imaginer, quelque part, un monde, fût-il faux, où tout reste à faire. L'explorateur qui sommeille en nous ne peut laisser un confinement brider ses voyages intérieurs. Have a good trip et prenez soin de vous !
 
 



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