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Publié le 29/09/2026 8 minutes de lecture
À moins d’une heure de Lyon et aux portes de Mâcon, le Beaujolais déroule ses collines entre vignobles, villages de pierres dorées et reliefs plus boisés. Dès la fin septembre, les premières couleurs d’automne gagnent les coteaux. Quelques semaines plus tard, le jaune, l’orange et le roux ont remplacé le vert. Une saison idéale pour découvrir cette région compacte, loin des grands flux touristiques, à pied, à vélo ou au fil de ses petites routes.
Une fois les vendanges terminées, les routes retrouvent peu à peu leur calme. Saint-Amour, Juliénas, Morgon, Fleurie, Brouilly… Autant de noms familiers qui prennent ici la forme de villages, de monts et de parcelles accrochées aux pentes et constituent l'une des plus belles routes des vins de France.
Au nord se concentre le Beaujolais des Crus. Plus au sud commence le pays des Pierres Dorées, reconnaissable au calcaire ocre chargé d’oxydes de fer qui colore ses maisons. À l’ouest, les vignes cèdent progressivement la place aux reliefs boisés du Beaujolais Vert. Quelques dizaines de kilomètres suffisent pour passer d’un sommet couvert de vignes à un village médiéval, d’un musée de géologie à un étonnant jardin construit à la main.
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Admirer les couleurs d’automne depuis le mont Brouilly
À 484 mètres d’altitude, le mont Brouilly domine une bonne partie des coteaux alentour. La chapelle Notre-Dame-des-Raisins, construite en 1854, occupe son sommet. C’est d’ici qu’il faut observer les couleurs changer.
Juste à côté, le Géoscope rassemble plusieurs roches caractéristiques de la région. Labellisé Géoparc mondial UNESCO depuis 2018, le Beaujolais compte près de 300 types de sols sur 1 550 km². Une diversité qui devient nettement moins abstraite lorsqu’on commence à regarder ce qui se trouve sous les rangs de gamay.
Sillonner les routes du Beaujolais à vélo électrique
Le vélo est une autre manière de comprendre le vignoble. Aurélien Lapalus en a fait l’un des fils conducteurs de Semita Tours. Cycliste depuis l’enfance, il découvre, il y a une dizaine d’années, la Nouvelle-Zélande à vélo, avec ses sacoches, et surtout une autre manière d’avancer dans un territoire. De retour en France, l’idée lui reste en tête.
Entre-temps, il se passionne pour le vin, travaille dans plusieurs domaines et se forme à Dijon. Depuis 2023, il emmène de petits groupes en vélo électrique sur les routes du vignoble et adapte ses circuits aux envies de chacun. Une demi-journée représente généralement douze à quinze kilomètres, entre les hauteurs de Régnié, la Madone de Fleurie ou la Côte du Py, avec des arrêts pour parler sols, histoire locale et appellations. Certaines balades se prolongent même chez un vigneron.
Visiter Oingt et les villages des Pierres Dorées
Il est impossible de comprendre le Beaujolais sans se diriger vers le sud où un changement de palette attend le visiteur. Oingt domine la vallée d’Azergues au cœur du pays des Pierres Dorées, du nom de ce calcaire riche en oxydes de fer qui donne aux maisons leurs nuances jaunes et orangées. Seul village du Rhône labellisé parmi les Plus Beaux Villages de France, il concentre ruelles en pente, façades ocre et maisons anciennes autour de son église Saint Matthieu et de sa tour médiévale. Le village n’est pourtant pas figé dans son décor. Une vingtaine d’artistes et artisans y travaillent encore, dans des ateliers consacrés à la calligraphie, au vitrail, à la peinture, au verre ou encore aux bougies végétales, dont plusieurs ouvrent leurs portes aux visiteurs en fin de semaine.
Il faut ensuite grimper jusqu’à la tour d’Oingt pour gagner le chemin de ronde et regarder les collines alentour. Restaurée par des bénévoles, elle reste le meilleur point de vue du village. L’été, des apéritifs y sont organisés, réunissant un vigneron autour d’un mâchon local. Début septembre, changement d’ambiance avec les orgues de barbarie : le festival est né en 1980, avant de prendre progressivement de l’ampleur. Un musée consacré à la musique mécanique a ouvert en 2021 pour prolonger cette histoire toute l’année.
À quelques kilomètres, Vaux-en-Beaujolais cultive un autre genre de célébrité. C’est ce village que Gabriel Chevallier choisit comme décor de Clochemerle, son roman satirique publié en 1934, dans lequel l’installation d’une pissotière déclenche une véritable guerre de clocher. Le succès fut tel que le nom a fini par coller au lieu. Un musée revient aujourd’hui sur l’écrivain et cette fiction devenue presque indissociable du village.
Déguster les vins du Beaujolais autrement
Au Château de Pizay, l’œnotourisme se dévoile autrement. L’œnothèque, inaugurée en 2016, propose huit ateliers sensoriels où l’on apprend à observer la robe d’un vin, reconnaître des familles d’arômes, comprendre les tanins ou sentir l’influence du bois. Pas besoin de maîtriser le vocabulaire œnologique, le parcours est destiné à tous les publics. On sent, on manipule et on compare avant de retrouver ces sensations dans le verre et de repartir avec un diplôme.
À Blacé, le Château de Champ-Renard préfère passer par les accords gourmands. Parmi les expériences proposées : une dégustation de quatre cuvées rouges et blanches associées à des fromages affinés, ou un accord de quatre vins avec les chocolats d’un artisan local. Les deux s’intègrent à une visite du domaine, des vignes et du cuvage. Une manière moins intimidante d’aborder la dégustation lorsqu’on n’est pas expert.
Plus au nord, à Romanèche-Thorins, le Hameau Dubœuf se prête particulièrement bien à une visite en famille. Ouvert en 1993, le site s’étend sur 30 000 m² et aborde une quarantaine de thématiques autour de la vigne et du vin, avec plusieurs milliers d’objets de collection et des spectacles interactifs. La visite commence dans la charmante reconstitution d’un hall de gare façon 1900. Georges Dubœuf, surnommé le « pape du Beaujolais » voulait créer un lieu à la fois pédagogique et ludique, accessible aux petits comme aux grands. Mieux vaut donc prévoir deux heures qu’une visite éclair.
Explorer le patrimoine et la géologie du Beaujolais
La pierre constitue un autre fil rouge du territoire. À Saint-Jean-des-Vignes, Fossiléa fait remonter l’histoire bien plus loin que celle du vignoble.
Ouvert en 2025, le musée replonge dans le Jurassique, lorsque la mer recouvrait encore la région. Après le mont Brouilly et les Pierres Dorées, les paysages observés depuis le début du séjour prennent soudain une autre épaisseur. Une visite guidée permet notamment de mieux relier les fossiles, roches et minéraux observés dans les vitrines aux paysages traversés quelques heures plus tôt. Ici, la pierre raconte 180 millions d’années d’histoire géologique. Quelques kilomètres plus loin, elle raconte cette fois les souvenirs d’une vie à deux.
À Civrieux-d’Azergues, le Jardin de Nous Deux est portée par une histoire intime. En 1975, Charles et Pauline Billy s’installent dans une maison entourée d’un terrain en pente. Alors âgé de 65 ans et sans formation artistique, le propriétaire, marqué par la découverte du Palais idéal du facteur Cheval, décide de construire à son tour quelque chose de ses mains, en s’inspirant des voyages effectués avec son épouse.
Pendant seize ans, le jardin se couvre de tours, colonnes, ponts, statues, architectures miniatures, mélange les époques et les pays. Il taille et assemble pierres dorées et matériaux de récupération tandis qu’elle l’aide à repérer et collecter les pierres. Leurs voyages fournissent le reste. Venise côtoie Sintra, la Guadeloupe, le Parthénon, la Thaïlande, un pont romain ou encore un village médiéval du Bourbonnais.
Le travail est interrompu par la mort de Charles Billy en 1991. Après plus de trente ans de fermeture, le jardin revit à partir de 2021 lorsque Stéphanie Fito et Dimitri Loisel rachètent la maison. Soutenus par la Fondation du patrimoine, ils restaurent le lieu et l’ouvrent à nouveau au public. Moins un musée qu’un album de souvenirs devenu architecture, le Jardin de Nous Deux se découvre en autonomie ou lors d’une visite guidée. Stéphanie le raconte avec une passion communicative et confie encore y déceler de nouveaux détails au fil des semaines.
Carnet pratique pour un séjour dans le Beaujolais
Pour organiser un séjour dans le Beaujolais, voici une sélection d’adresses où manger et dormir, ainsi que les principales options pour rejoindre la région.
Où manger dans le Beaujolais ?
À Belleville-en-Beaujolais, la Maison des Beaujolais réunit restaurant et cave sous le même toit. Créée en 1952 par des vignerons pour promouvoir le vignoble, elle a été reprise en 2021 par Guillaume Mithieux, maître sommelier. Plus de 650 références exclusivement beaujolaises y sont aujourd’hui proposées sur place ou à emporter, et au prix domaine. En cuisine, Benjamin Dudet, arrivé en 2022, travaille un registre régional. Son pâté en croûte est devenu l’un des plats emblématiques de la maison, aux côtés d’une cuisine de saison qui fait largement appel aux producteurs des environs.
À Oingt, L’AteLier joue depuis 2025 la carte du déjeuner simple et fait maison, avec tartines salées, croques et desserts servis toute la journée (dont des brioches perdues). Une adresse sans chichi, pratique pour faire une pause avant de repartir à pied dans les ruelles du village.
Où dormir dans le Beaujolais ?
À Villié-Morgon, Cécile et Alban accueillent les voyageurs aux Foudres du Chêne du Py, dans leur exploitation familiale installée au pied de la Côte du Py, l’un des lieux-dits les plus réputés de l’appellation Morgon. La famille travaille la vigne depuis quatre générations et propose des hébergements depuis une quinzaine d’années. En 2020, le couple a ajouté une chambre d’hôtes aménagée dans deux anciens foudres récupérés dans des caves près de Perpignan. L’un abrite la chambre, l’autre la salle d’eau, tous deux reliés par une terrasse en bois.
Le séjour reste étroitement lié au domaine : les hôtes proposent des dégustations dans leur cave, ainsi que le petit déjeuner et, sur demande, des planches de charcuterie et fromages. Entre les vignes, l’ancienne carrière de grès voisine et la vue largement dégagée sur les collines, l’endroit joue surtout la carte du calme.
À Lantignié, Emeline et Florian sont partis d’un tout autre imaginaire avec les chambres d’hôtes Nuit de Légende. Le couple s’est lancé dans la restauration d’une ancienne maison de mineurs en pierre, perchée à environ 600 mètres d’altitude et ouverte sur les collines du Beaujolais. Lui est fan du Seigneur des Anneaux, elle de l’univers de Harry Potter. Les deux amateurs de fantasy ont choisi de mêler leurs références dans une maison d’hôtes qui ne ressemble pas vraiment aux autres.
Deux premiers logements déclinent cet univers : la Hobbit Home, inspirée des hobbits, et le Placard du Sorcier, qui lorgne davantage du côté de la magie. À ceux-ci se sont ajoutées en 2026 deux bulles climatisées - chacune représentant un univers - installées face au paysage pour dormir sous les étoiles. Sur place, on peut également dîner ou commander des planches à partager, déguster du vin et prendre le petit déjeuner dans la Taverne du Dragon. Le projet n’est d’ailleurs pas terminé puisque de nouveaux hébergements devraient voir le jour dès l’année prochaine.
Pour ceux qui préfèrent rester au plus près des vignes sans forcément choisir un hébergement insolite, le Château de Champ-Renard propose aussi deux gîtes au sein du domaine. Installés dans les dépendances de la propriété, ils permettent de dormir à quelques pas du vignoble et du château, et de prolonger plus tranquillement une journée de visite ou de dégustation.
Comment aller dans le Beaujolais ?
Depuis Paris, le plus simple est de rejoindre Mâcon-Loché TGV, accessible en une heure et demie depuis la gare de Lyon, puis de louer une voiture. Le Beaujolais est étendu et une grande partie des villages se trouvent à l’écart des gares : pour suivre cet itinéraire, la voiture reste quasiment indispensable.
Depuis Lyon, les TER permettent de gagner facilement Villefranche-sur-Saône, Belleville-sur-Saône ou Romanèche-Thorins, sur l’axe qui remonte ensuite vers Mâcon. Là encore, mieux vaut récupérer une voiture une fois sur place pour rejoindre les coteaux du Beaujolais des Crus, le mont Brouilly ou les villages des Pierres Dorées.
Ce reportage a été réalisé avec l’aide de Beaujolais Tourisme. Les contributeurs de Lonely Planet n’acceptent aucune contrepartie en échange d’un reportage favorable.