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Tuesday, March 13th 2007, 3:33pm

Quand le guide de voyage remplace la rencontre avec les habitants du pays.

Quand le guide de voyage remplace la rencontre avec les habitants du pays.

Par Sebastien Robert, Ignace Fabiani
et Martin Tonglet*


Cusco, Pérou, Février 2007. Assis sur les marches de la cathédrale dominant la place centrale de la ville, nous profitons de l’air frais et des premiers rayons du soleil. En cette heure matinale, la place est encore calme. Nos regards, curieux, se fixent sur un couple de touristes qui l’air un peu perdus et désemparés, semblent chercher leur itinéraire dans un guide de voyage. Visiblement agacés de ne pas se retrouver et en désaccord l’un avec l‘autre, ils s’arrachent le guide des mains et tentent de le tourner dans toutes les directions pour se repérer. N’y arrivant toujours pas, ils se lèvent, balayent la place du regard et se dirigent vers nous.
- « Sorry, could you please help us, we’re a little lost ? »
- « Euh… yes what can we do for you ? »
- « Would you happen to know how to go from here to the Monumento Pachacuteq ? We’ve desperately been looking on the map that’s in our Lonely Planet, but we’re unable to see where we should go… »

Fin de l’épisode. L’histoire se termine bien : grâce aux précieux renseignements que nous leur avons donné, ces deux touristes ont pus se rendre là où ils voulaient. Cependant après avoir vu cette scène se répéter maintes et maintes fois dans chaque lieu où nous avons voyagé, nous sommes amenés à nous poser quelques questions :

- Pourquoi chercher dans un guide muet une information que tous les habitants de la ville connaissent ? Ne vaut-il pas mieux poser directement la question à quelqu’un ?
- Quand ce couple – ou d’autres – se décide enfin à poser la question, pourquoi décident-ils de la poser à nous – des français – alors qu’il y a sur la place au moins une vingtaine de péruviens qui connaissent beaucoup mieux la ville, puisque c’est la leur ?

En observant ce phénomène de plus près, nous nous apercevons que les guides de voyage ont pris une telle importance que bien souvent, ils remplacent le contact avec les êtres humains. Puisque la vérité sort de la bouche des guides de voyage, tout ce qui n’est pas écrit dans ces guides ne vaut pas la peine d’être vu ou vécu.

Quand nous voulons connaître l’histoire ou la culture d’un pays, nous ouvrons notre guide.
Quand nous voulons savoir où manger, où dormir, où sortir,… nous ouvrons notre guide.
Quand nous voulons savoir quel quartier visiter, quelles rues arpenter,… nous ouvrons notre guide.

Pourtant les premiers spécialistes d’une ville, d’un pays, ne sont-ils pas ses habitants ?

Ne serait-ce pas plus enrichissant et envoûtant de découvrir l’histoire du Pérou en écoutant parler le vieux péruvien assis sur le banc à coté de nous ?
Ne serait-ce pas plus savoureux et excitant de sortir manger et danser avec des habitants de Cusco qui connaissent parfaitement les lieux sympas pour sortir ?
Ne serait-ce pas plus agréable et intéressant de se balader dans les rues d’un quartier avec un de ses habitants qui nous explique l’histoire et les spécificités de ce quartier, plutôt que de cheminer le nez dans notre guide ?

Quand nous voyageons, chaque question, chaque problème que nous avons pourrait être l’occasion d’aller à la rencontre des habitants du pays que nous voulons découvrir. Cela pourrait être un prétexte pour entrer en conversation avec eux et vivre des moments d’échange et d’enrichissement mutuels. Malheureusement, bien trop souvent, en cherchant les réponses dans notre guide, nous tombons dans un mutisme triste et stérile.

Il ne s’agit pas de dire que les guides de voyages sont mauvais en soi ou qu’il n’y a pas des moments où ils peuvent peut-être être utiles, mais juste de constater qu’ils finissent trop souvent par être des prétextes à la non-rencontre avec les habitants du pays.

Or si nous ne voyageons pas pour rencontrer d’autres êtres humains, alors pourquoi voyageons-nous ?

Pour voir des paysages, la nature, un petit village de montagne, les ruelles d’une vielle ville ? Tout cela est très beau bien sûr, mais après ? Au final, il semble bien que ce que nous retiendrons de nos voyages ce sont bien les Autres. Les autres qui nous donnent de leur temps, de leurs sourires, de leurs connaissances,… Dès que nous prenons le temps de s’écouter, de partager et de se laisser un peu bousculer par l’autre, nous nous apercevons que nous avons tant à apprendre les uns des autres. Finalement, c’est pour cela que nous voyageons, pour grandir.

Les guides de voyages sont parfois perçus comme les « clés » du voyage. Espérons qu’ils ne soient pas des clés qui ferment les portes de notre rencontre avec les habitants des pays que nous prétendons découvrir…


* Sebastien Robert, Ignace Fabiani et Martin Tonglet sont actuellement plongés dans une rencontre avec les habitants du continent Américain en voyageant de Montréal au Canada jusqu’à Buenos Aires en Argentine. Pour plus d’informations sur leur voyage peu ordinaire voir leur blog : http://descentedesameriques.over-blog.com

2

Tuesday, March 13th 2007, 3:58pm

Merci pour cette anecdote. A Lonely Planet on pense depuis longtemps qu'il ne faut pas hésiter à laisser son guide à l'hôtel pour ne pas en être tributaire (lève les yeux de ton guide !). Que le voyage est une découverte et une rencontre. Que les guides contiennent des sections langues qui permettent d'échanger quelques mots. Que nous avons aussi une collection de guides de conversation qui permettent d'aller au-delà des quelques mots échangés. Mais pour cela il faut effectivement avoir envie de rencontres. Enfin pour te contredire je dirais que le guide papier peut-être aussi utilisé comme un pretexte pour établir le premier contact avec les habitants, que l'on soit dans les transports en commun ou dans la rue... Mais là encore il faut avoir envie de rencontres.

Pierbe

Unregistered

3

Tuesday, March 13th 2007, 11:22pm

Comme tu le dis, administrareur, tout est une question de volonté de faire des rencontres... Avec ou sans guide, d'ailleurs. Ceci dit, un guide est utile pour s'introduire dans un pays, faire les premiers pas. Pour ma part, en Amérique Latine, notamment au Brésil, je n'en ai plus besoin. Je connais, et je sais me faire comprendre. Il est aussi utile pour celles et ceux qui n'ont pas le temps. Pour trois semaines de tour, mieux vaut avoir un guide... ou un don extraordinaire pour les langues et l'adaptation culturelle. Quoi que si on se prépare un peu avant...

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4

Saturday, March 17th 2007, 6:31pm

C'est bien vu.
Fondamentalement, je suis d'accord avec le point de vue de sebigma, mais je voudrais faire 2 remarques:
le problème de la langue peut être vraiment difficile à résoudre dans certains pays, ce qui limite la communication. Si ton vieux péruvien sur son banc ne parle que Quechua, langue que j'ignore, la communication sera basique (c'est quand même mieux que s'ignorer).
je ne suis pas sûr que les habitants d'une ville soient toujours si compétents que cela. J'en ai vu pas mal en Inde, des habitants qui ne semblaient pas connaitre l'endroit où je voulais aller, des indiens qui m'accompagnaient pour visiter un temple et qui pouvaient au maximum me dire les noms des dieux sculptés ici ou là.
Et un touriste étranger qui dans une ville française voit une maison avec une plaque: "ici est né machin"; et qui demande à un passant: "Qui s'était machin?"; est-ce sûr que le passant saura lui répondre?

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wcf.user.option.userOption43: amerique latine, oceanie et asie

5

Monday, June 4th 2007, 2:35pm

hola !
entièrement d'accord sur la réflexion, quoi que...
pour avoir voyagé en amérique latine, je me suis rendue compte d'une chose : souvent les gens n'osant pas dire qu'ils ne savent pas par peur de passer pour un impoli, risquent de t'indiquer absolument n'importe quoi !
j'en ai fais l'expérience plus d'une fois (certaines anecdotes sont à mourir de rire).
alors privilégions la rencontre avec l'habitant plutot autour d'un verre, en attendant le bus, etc... mais je peux comprendre que des touristes ne s'adressent pas toujours aux locaux. D'autant plus qu'il y a encore et toujours la barrière de la langue (quoi que c'est vrai qu'à Cuzco...)

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Wednesday, July 4th 2007, 8:17pm

Euh! Y a pas qu'en Amérique latine que les gens qui ne savent pas t'envoient à l'autre bout de la planète.
J'en ai fait la triste expérience pas plus tard que dimanche dernier à Paris, ville où j'habite.
J'arrive place Montparnasse pour un RV avec un ami avec comme seule indication; "café truc" à côté du cinéma "tartempion";
Ne trouvant pas le café en question, je demande à un kioskier qui me dit la même chose qu'un de ses vieux clients: "Cest derrière sur le Bd du Montparnasse";
je vais donc derrière et quid du café en question...en fin de compte je le trouve tout seul, il est Avenue du Maine!

Autre anecdote, en Italie, il y a plusieurs années; je demande, papier à la main l'adresse d'une très grosse entreprise à un passant qui m'envoie.............au bout du bled; levant machinalement la tête, je m'aperçois que je suis devant la boîte en question.

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7

Wednesday, July 25th 2007, 9:53pm

communiquer

Est-ce que la communication passe toujours par la langue ???

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8

Thursday, July 26th 2007, 10:29am

RE: communiquer

euh..je veux dire par ...la parole

Mais bon...tout le monde aura compris...bien sûr


Ah là là...la communication...même quand on parle la même langue !!!