L’actualité Birmane a relancé les pressions internationales sur le régime militaire en place depuis 45 ans. Parallèlement aux initiatives Onusiennes, certains défenseurs des valeurs démocratiques prônent le boycott touristique. Cette stratégie ne fait pas l’unanimité et incite les acteurs du tourisme à s’expliquer
Largement médiatisée, la répression des manifestations anti-junte du mois de septembre a revigoré le débat sur le boycott du tourisme en Birmanie. D’un côté, les partisans d’une fermeté de principe refusent au nom de l’éthique démocratique toute compromission avec un régime honni. De l’autre, une approche moins radicale tend à prioriser les besoins immédiats d’une population isolée vivant souvent à la limite du seuil de subsistance, et fait le pari du développement économique et des échanges avec l’extérieur.
Ne pas cautionner les dictateurs
"Le tourisme en Birmanie pose un problème d’ordre éthique", estiment différents groupes de défenseurs des valeurs démocratiques. Les militants considèrent en effet que ce secteur d’activité alimente avant tout les caisses de la junte au pouvoir et sert à masquer l’horreur du régime. "En allant en Birmanie vous cautionnez le régime et vous lui permettez d'avoir une image plus respectable", prévient par exemple le site Internet en français,
Action Birmanie,), qui soutien le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi. "La Birmanie est l’un des rares pays au monde où le développement touristique est aussi directement lié aux violations des droits de l’Homme les plus graves", lance de son côté
info-birmanie.org stigmatisant notamment le travail forcé, les déplacements de population, le blanchiment d’argent ou encore l’émergence d’un tourisme sexuel pour étranger info-birmanie.org.
"Cela devrait pourtant être relativement facile pour les entreprises de cesser leurs opérations en Birmanie compte tenu du faible volume de visiteurs", estime Owen Tudor, chef du département des relations internationales de la confédération syndicale britannique Trades Union Congress (TUC).
Ne pas abandonner les Birmans
D’autres estiment néanmoins qu’un boycott sur le tourisme ferait finalement plus de mal à la population qu’à la junte. Beaucoup craignent en effet qu’un arrêt du tourisme ne contribue à isoler davantage le pays et ne prive une partie de la population, déjà considérablement appauvris, de précieux emplois (voir notre encadré sur les chiffres). "Cela ne va pas toucher la junte qui bâtit l’essentiel de sa richesse sur les ressources naturelles du pays", affirme Ken Scott de la société spécialisée dans le voyage basée à Bangkok,
ScottAsia Communications. En place depuis 45 ans, le régime ne manque d’ailleurs pas de partenaires économiques (Voir à ce sujet l’article d’Asia Sentinel Business & Burma et Singapour and Burma).
"Plusieurs entreprises birmanes [de tourisme] ont déjà fermé et des gens ont perdu leur emploi après les manifestations, explique Hervé Fléjo, directeur de
l’agence Gulliver, basée à Rangoun. "Lorsque les militaires s’en sont pris aux moines, la population a été très choquée et reste inquiète, explique-t-il. Mais ce qui les angoisse aussi beaucoup, c’est l’idée que les étrangers s’en aillent et laissent le pays se refermer sur lui-même."
"Il faut être réaliste, commente un français qui a récemment découvert la Birmanie, la population ne peut pas se mettre en "stand-by" en attendant le grand changement. Chaque jour, il leur faut manger, se soigner, s’instruire, etc. Est-ce en les laissant seuls face à leurs oppresseurs que l’on espère voir les choses s’améliorer ?"
Pierre QUEFFELEC. (www.lepetitjournal.com - Bangkok avec AFP) jeudi 18 octobre 2007
Le tourisme en Birmanie en quelques chiffres
Plus de 1,3 millions d’emplois, soit 6% du total d’actifs du pays, dépendent du secteur touristique, indique l’agence londonienne World Travel and Tourism Council. Selon des chiffres officiels, environ 630.000 étrangers sont entrés dans le pays en 2006 et ont dépensé 164 millions de dollars. Mais ce chiffre comprend toutefois les marchands transfrontaliers et autres courts séjours effectués depuis les pays voisins. Selon l’Organisation Mondiale du tourisme, 264.000 vacanciers étrangers ont visité le pays l’an dernier. Un chiffre en progression de 13,5 pourcent par rapport à 2005, même si la Birmanie reste l’un des pays d’Asie les moins visités. Seuls le Bhoutan et le Bangladesh affichent une fréquentation inférieure. Les groupes de touristes les plus importants en Birmanie viennent de Thaïlande, de Chine et du Japon. Mais les autorités de ces trois pays indiquent chacun une forte chute de la demande.
Légère reprise après une chute de la fréquentation
En raison de l’actualité, de nombreux touristes étrangers ont annulé leurs réservations ces dernières semaines malgré l’arrivée de la belle saison. A défaut de ne pouvoir remplir les avions, plusieurs compagnies aériennes ont dû réduire le nombre de leurs vols vers Rangoun ces derniers jours. Néanmoins, les affaires semblent reprendre.
Diethelm Travel, une société de tourisme qui oeuvre en Birmanie depuis 1996 et emploie une soixantaine de personnes dans le pays, encourage à nouveau les touristes à visiter le pays alors qu’elle avait suspendu le mois dernier ses services vers la Birmanie.
Hervé Fléjo, Directeur de l’agence de voyage Gulliver, basée à Rangoun, emploie 50 personnes dans tout le pays et entendait bien ne laisser tomber ni son affaire, ni ses employés.
Malgré de nombreuses annulations après les manifestations, Gulliver a maintenu ses offres de voyage, et la société de voyage enregistre depuis quelques jours de nouvelles réservations. Il est clair que l’on va accuser le coup en terme de fréquentation cette saison, explique Hervé Fléjo, mais on va se serrer les coudes pour passer la crise tous ensembles." Gulliver explique sur son site Internet
http://www.gulliver-myanmar.com/ sa position sur le boycott.