Ballades a pied et a bicyclette autour de M-rauk (sur la route de Sittwe-M-rauk et dans les environs).
Sittwe - M-rauk via les collines de Salagiri et le sanctuaire de la Mahamuni: Nous traversons le pont sur la rivière Kaladan. Sur la rive droite, opposée à Kyauktaw, s'élèvent les collines de Salagiri où d'après la tradition, Gautama Bouddha se serait reposé avec 500 disciples avant d'atteindre la colline de Sirigutta qui deviendra le sanctuaire de la Mahamuni. Présentement, il y a un Bouddha géant debout le doigt pointé dans la direction où il passa ses vies antérieures, un second allongé (en position dite Parinirvâna) et deux caityas (un vieux zedi et un plus récent). La vue panoramique du sommet de la crête s'étend sur toute la plaine rizicole autour de la Mahamuni et jusqu'aux contreforts de la chaîne arakanaise. Comme le Bouddha à l'époque, nous continuons à pied 5 miles (8 km) jusqu'à l'ancienne Dhanyawadi, capitale de l'Arakan à partir du 6éme siècle BC jusqu'en 370 AD. Certains historiens font même remonter son existence jusqu'à 3000 ans BC. Au cours des differents periodes qui se succedent, les capitales ont pour nom a tour de role: Vesali (370-994 AD), Sambawak ou Pymsa (1018-1118 AD), Parain (1118-1142 AD), Khrait (1142-1250 AD), Launggret (1250-1404 AD) et M-rauk (1430-1784 AD). L'image Mahamuni, coeur du bouddhisme arakanais, coïncide avec l'arrivée du Bouddha dans la région. Le roi Candasuriya s'en fut aux collines de Salagiri pour rencontrer le Bouddha et l'inviter à Dhanyawadi, distante de 5 miles. Le Buddha séjourna dans la capitale (troisième du nom d'après les inscriptions de la colonne d'Ananadacandra) pendant 7 jours. Selon le manuscrit Sappadanapakarana écrit sur une feuille de palmier, au moment de son départ, le roi demanda au Bouddha de laisser une image de lui-même. Bouddha accepta la demande du roi. Avec le consentement de Bouddha, Sakra et Visvakarman fondirent une statue, réplique fidèle de celle de l'Illuminé. Le Bouddha souffla dessus pour lui insuffler la vie. Afin de protéger la statue, Candasuriya érigea un sanctuaire qu'il fit construire sur la colline Sarigutta en commémoration de la visite. La statue était orientée vers l'ouest où ont eu lieu les 4 principaux événements qui devaient régir sa vie; sa naissance, son illumination, son premier sermon en tant que Bouddha et sa mort. Les représentations symboliques de ces épisodes, notamment sur les empreintes de pied, sont: le lotus ou le taureau pour la naissance, l'arbre pour l'illumination, la roue pour le sermon et le stupa pour le Parinirvâna. Tout bon bouddhisme qui se respecte se doit de visiter s'il en a les moyens les endroits où se sont déroulés ces événements (Lumpini au Népal, Bodhigaya, Sarnath et Kusinagara en Inde). Rien ne reste du sanctuaire d'origine excepté un mur d'enceinte, un réservoir et quelques pierres sculptées qui prouvent que nous sommes à la croisée des chemins. L'endroit où le brahmanisme, l'hindouisme se sont mêlés avec le bouddhisme Mahayana et Thévarada. Ce dernier seul subsistera, percera et se répandra florissant dans toute l'Asie du sud-est. Depuis ces temps immémoriaux jusqu'en 1785 AD, la statue fut ardemment vénérée quand sur ordre du roi Bodawpaya de Mandalay, elle fut la cause d'une dispute entre les deux royaumes. Le roi ordonna de la ramener là où actuellement elle trône.
- Dhanyawaddy et le site de Vesali: l'histoire de nouveau oblige à une nouvelle pause à Vesali, l'ancienne capitale surnommée encore "la ville aux escalier de pierre" comparable à une Venise tant les canaux (Chaung) permettaient aux bateaux d'y arriver à quai. Elle était plus importante en superficie que Dhanyawaddy et des champs de riz étaient cultivés à l'intérieur de ses murs d'enceinte. Ils s'étendent à perte de vue. La piste caillouteuse nous berce jusqu'à M-rauk. On finit par s'habituer aux rudes conditions de transport.
- Le dimanche matin, j'emprunte un vélo et roule par des chemins de traverses dans la campagne juqu'à venir buter sur le débarcadère de Ninja et jouir de la vue sur le fleuve Lémyo. Au moment de le quitter, un couple de touriste de haute stature - probablement des Allemands - sont sur le point de rendre visite à un village Chin en amont de la rivière. Ils vont voir ces fameuses femmes Chin dont on tatouait le visage afin que les Birmans n'aient pas envie de les voler et les garder il y a plus d'un siècle. Les rites ont la vie dure et parmi les vieilles femmes, on rencontre des visages tatoués d'encre noire, une sorte de défiguration qui provoque plus de répulsion que d'attirance pour ces êtres malmenés, jouets entre les mains des hommes. La location du bateau leur coûte 38 000 kyats (soit 40 U.S environ 35 Euros) dont 10% payés en taxe à l'état. A cela s'ajoute 10 à 15 000 kyats pour la rémunération du guide accompagnateur. Une petite fortune dans la région dont peu en récolte les bienfaits. Il y a des départs tous les jours. A une cinquantaine d'Euros la ballade magnifique sur le fleuve en bateau avec au bout l'espoir de voir et photographier les femmes tatouées, voilà de quoi allécher les nantis ! Ils ne donnent jamais l'impression qu'on les prend pour des porte-monnaie ambulants et bien pire encore moins pour des bourriques... S'ils avaient un minimum de sens de l'orientation, ils se rendraient compte qu'ils ont quittés M-rauk et se sont dirigés vers le sud-est. La ballade les emmène vers le nord à 20 miles (32 km) ce qui revient à 3 heures de bateau pour arriver à leur but. Des embarquements plus proches de M-rauk seraient possibles et raccourciraient le temps de voyage mais ceci n'est pas dans l'intérêt des "voyagistes" locaux. De tous ceux rencontrés sur les sites archéologiques, personne n'a résisté à la propagande mise en place incitant à visiter les femmes tatouées. Cet exemple de voyeurisme se rapproche de celui des femmes girafes Padaung que l'on présente à la frontière thaïe (région de Mae Hong Son). Le bateau à moteur dispose de chaises longues, 4 personnes y prennent place à bord, le couple, le guide et le skipper. Les autochtones sont loin de voyager avec tant d'aisance. Je les regarde s'éloigner. Je vais aussi aller visiter ces gens mais à pied. Cela demande un peu plus d'effort mais je vais pouvoir y rester le temps que je veux.
- Launggret et le sanctuaire de Kadhotein :Je quitte le bord du fleuve pour pédaler toute la journée en direction de Kadothein, soit 16 km (10 miles) après M-rauk sur la route qui mène à Rangoun. Quand je traverse Launggret, bourgade désordonnée et ancienne capitale de l'état de l'Arakan, je n'en crois pas mes yeux. Complet changement de décor, je suis au Bengal oriental, les femmes portent le foulard à l'indienne et les habitants ont la peau très foncée. Partout s'étale la misère et voir un peuple oublié, discriminé et souffrir me remplit de tristesse. J'écoute la langue et reconnais les plaisantes intonations du dialecte de Chittagong (Bangladesh). Le manque d'éducation y est pour quelque chose et tous ces êtres misérables ne savent pas ce qui peut exister à côté de leurs conditions inhumaines de vie. Je fais un aller-retour au marché sans descendre de bicyclette afin de ne pas provoquer d'attroupement. A cet endroit dénommé "pater kila" en dialecte local, je suis le temps de la traversée de l'ancienne capitale dans un autre monde culturel, un autre pays.
- A la borne "100 miles", je tourne à droite après avoir demandé si je suis bien sur le bon chemin. Trois kilomètres d'une piste à travers une campagne aride qui s'étend au pied d'une chaîne de colline. J'ai l'impression que la nature l'a placée agissant comme un contrefort naturel à la misère qui règne ici bas. Surprenant mais je tombe sur un moine anglophone à l'entrée du sanctuaire. Je regrette de ne pas avoir pris ni cierge ni bâton d'encens. Il est 10h00 quand je fais demi tour. Je finis la journée sur les hauteurs de la pagode Haridaung. Un peintre exerce son talent et communique avec les touristes occasionnels venus saluer le coucher de l'astre lumineux. Il tente de les séduire et de leur vendre un tableau. Je garde le vélo jusqu'à ce soir car j'ai encore besoin de ses trois livres pour compléter mon histoire de l'Arakan. Passé 21h00, l'extinction de la lumière, je lui rapporterai ses biens. Par chance, le premier ministre Soe Win est de visite et du fait de sa présence, il octroie une heure supplémentaire d'électricité, extinction des feux à 22h00 au lieu de 21h00 comme chez les scouts lorsqu'ils ont été sages. Je quitte sous les feux des réverbères rejoindre le doux rêveur. Je m'attarde un peu et discute avec lui avant de reprendre le chemin du retour. J'ai fixé mon départ à pied vers Bagan demain matin tôt pour profiter de la fraîcheur matinale.
N.B: Le récit de voyage date de novembre / décembre 2005 (les conversions monétaires sont à reconsidérer légèrement à la hausse).
- Chaque jour suffit à sa peine. Un voyage commence toujours par un petit pas. Le premier est sur le point d'être fait, il y en aura encore beaucoup d'autres avant de parvenr à destination. A suivre...