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Sunday, May 27th 2012, 4:10am UTC+2

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Saturday, January 3rd 2009, 8:26pm

Une fois rendus à Mrauk u..

Des idées de visites de villages aux alentours en marchant 15 km par jour, ou s'aidant de bus locaux

Des expériences pour rejoindre Bagan...

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Thursday, January 8th 2009, 6:43am

Ballades a pied et a bicyclette autour de M-rauk (sur la route de Sittwe-M-rauk et dans les environs).

Sittwe - M-rauk via les collines de Salagiri et le sanctuaire de la Mahamuni: Nous traversons le pont sur la rivière Kaladan. Sur la rive droite, opposée à Kyauktaw, s'élèvent les collines de Salagiri où d'après la tradition, Gautama Bouddha se serait reposé avec 500 disciples avant d'atteindre la colline de Sirigutta qui deviendra le sanctuaire de la Mahamuni. Présentement, il y a un Bouddha géant debout le doigt pointé dans la direction où il passa ses vies antérieures, un second allongé (en position dite Parinirvâna) et deux caityas (un vieux zedi et un plus récent). La vue panoramique du sommet de la crête s'étend sur toute la plaine rizicole autour de la Mahamuni et jusqu'aux contreforts de la chaîne arakanaise. Comme le Bouddha à l'époque, nous continuons à pied 5 miles (8 km) jusqu'à l'ancienne Dhanyawadi, capitale de l'Arakan à partir du 6éme siècle BC jusqu'en 370 AD. Certains historiens font même remonter son existence jusqu'à 3000 ans BC. Au cours des differents periodes qui se succedent, les capitales ont pour nom a tour de role: Vesali (370-994 AD), Sambawak ou Pymsa (1018-1118 AD), Parain (1118-1142 AD), Khrait (1142-1250 AD), Launggret (1250-1404 AD) et M-rauk (1430-1784 AD). L'image Mahamuni, coeur du bouddhisme arakanais, coïncide avec l'arrivée du Bouddha dans la région. Le roi Candasuriya s'en fut aux collines de Salagiri pour rencontrer le Bouddha et l'inviter à Dhanyawadi, distante de 5 miles. Le Buddha séjourna dans la capitale (troisième du nom d'après les inscriptions de la colonne d'Ananadacandra) pendant 7 jours. Selon le manuscrit Sappadanapakarana écrit sur une feuille de palmier, au moment de son départ, le roi demanda au Bouddha de laisser une image de lui-même. Bouddha accepta la demande du roi. Avec le consentement de Bouddha, Sakra et Visvakarman fondirent une statue, réplique fidèle de celle de l'Illuminé. Le Bouddha souffla dessus pour lui insuffler la vie. Afin de protéger la statue, Candasuriya érigea un sanctuaire qu'il fit construire sur la colline Sarigutta en commémoration de la visite. La statue était orientée vers l'ouest où ont eu lieu les 4 principaux événements qui devaient régir sa vie; sa naissance, son illumination, son premier sermon en tant que Bouddha et sa mort. Les représentations symboliques de ces épisodes, notamment sur les empreintes de pied, sont: le lotus ou le taureau pour la naissance, l'arbre pour l'illumination, la roue pour le sermon et le stupa pour le Parinirvâna. Tout bon bouddhisme qui se respecte se doit de visiter s'il en a les moyens les endroits où se sont déroulés ces événements (Lumpini au Népal, Bodhigaya, Sarnath et Kusinagara en Inde). Rien ne reste du sanctuaire d'origine excepté un mur d'enceinte, un réservoir et quelques pierres sculptées qui prouvent que nous sommes à la croisée des chemins. L'endroit où le brahmanisme, l'hindouisme se sont mêlés avec le bouddhisme Mahayana et Thévarada. Ce dernier seul subsistera, percera et se répandra florissant dans toute l'Asie du sud-est. Depuis ces temps immémoriaux jusqu'en 1785 AD, la statue fut ardemment vénérée quand sur ordre du roi Bodawpaya de Mandalay, elle fut la cause d'une dispute entre les deux royaumes. Le roi ordonna de la ramener là où actuellement elle trône.

- Dhanyawaddy et le site de Vesali: l'histoire de nouveau oblige à une nouvelle pause à Vesali, l'ancienne capitale surnommée encore "la ville aux escalier de pierre" comparable à une Venise tant les canaux (Chaung) permettaient aux bateaux d'y arriver à quai. Elle était plus importante en superficie que Dhanyawaddy et des champs de riz étaient cultivés à l'intérieur de ses murs d'enceinte. Ils s'étendent à perte de vue. La piste caillouteuse nous berce jusqu'à M-rauk. On finit par s'habituer aux rudes conditions de transport.
- Le dimanche matin, j'emprunte un vélo et roule par des chemins de traverses dans la campagne juqu'à venir buter sur le débarcadère de Ninja et jouir de la vue sur le fleuve Lémyo. Au moment de le quitter, un couple de touriste de haute stature - probablement des Allemands - sont sur le point de rendre visite à un village Chin en amont de la rivière. Ils vont voir ces fameuses femmes Chin dont on tatouait le visage afin que les Birmans n'aient pas envie de les voler et les garder il y a plus d'un siècle. Les rites ont la vie dure et parmi les vieilles femmes, on rencontre des visages tatoués d'encre noire, une sorte de défiguration qui provoque plus de répulsion que d'attirance pour ces êtres malmenés, jouets entre les mains des hommes. La location du bateau leur coûte 38 000 kyats (soit 40 U.S environ 35 Euros) dont 10% payés en taxe à l'état. A cela s'ajoute 10 à 15 000 kyats pour la rémunération du guide accompagnateur. Une petite fortune dans la région dont peu en récolte les bienfaits. Il y a des départs tous les jours. A une cinquantaine d'Euros la ballade magnifique sur le fleuve en bateau avec au bout l'espoir de voir et photographier les femmes tatouées, voilà de quoi allécher les nantis ! Ils ne donnent jamais l'impression qu'on les prend pour des porte-monnaie ambulants et bien pire encore moins pour des bourriques... S'ils avaient un minimum de sens de l'orientation, ils se rendraient compte qu'ils ont quittés M-rauk et se sont dirigés vers le sud-est. La ballade les emmène vers le nord à 20 miles (32 km) ce qui revient à 3 heures de bateau pour arriver à leur but. Des embarquements plus proches de M-rauk seraient possibles et raccourciraient le temps de voyage mais ceci n'est pas dans l'intérêt des "voyagistes" locaux. De tous ceux rencontrés sur les sites archéologiques, personne n'a résisté à la propagande mise en place incitant à visiter les femmes tatouées. Cet exemple de voyeurisme se rapproche de celui des femmes girafes Padaung que l'on présente à la frontière thaïe (région de Mae Hong Son). Le bateau à moteur dispose de chaises longues, 4 personnes y prennent place à bord, le couple, le guide et le skipper. Les autochtones sont loin de voyager avec tant d'aisance. Je les regarde s'éloigner. Je vais aussi aller visiter ces gens mais à pied. Cela demande un peu plus d'effort mais je vais pouvoir y rester le temps que je veux.

- Launggret et le sanctuaire de Kadhotein :Je quitte le bord du fleuve pour pédaler toute la journée en direction de Kadothein, soit 16 km (10 miles) après M-rauk sur la route qui mène à Rangoun. Quand je traverse Launggret, bourgade désordonnée et ancienne capitale de l'état de l'Arakan, je n'en crois pas mes yeux. Complet changement de décor, je suis au Bengal oriental, les femmes portent le foulard à l'indienne et les habitants ont la peau très foncée. Partout s'étale la misère et voir un peuple oublié, discriminé et souffrir me remplit de tristesse. J'écoute la langue et reconnais les plaisantes intonations du dialecte de Chittagong (Bangladesh). Le manque d'éducation y est pour quelque chose et tous ces êtres misérables ne savent pas ce qui peut exister à côté de leurs conditions inhumaines de vie. Je fais un aller-retour au marché sans descendre de bicyclette afin de ne pas provoquer d'attroupement. A cet endroit dénommé "pater kila" en dialecte local, je suis le temps de la traversée de l'ancienne capitale dans un autre monde culturel, un autre pays.
- A la borne "100 miles", je tourne à droite après avoir demandé si je suis bien sur le bon chemin. Trois kilomètres d'une piste à travers une campagne aride qui s'étend au pied d'une chaîne de colline. J'ai l'impression que la nature l'a placée agissant comme un contrefort naturel à la misère qui règne ici bas. Surprenant mais je tombe sur un moine anglophone à l'entrée du sanctuaire. Je regrette de ne pas avoir pris ni cierge ni bâton d'encens. Il est 10h00 quand je fais demi tour. Je finis la journée sur les hauteurs de la pagode Haridaung. Un peintre exerce son talent et communique avec les touristes occasionnels venus saluer le coucher de l'astre lumineux. Il tente de les séduire et de leur vendre un tableau. Je garde le vélo jusqu'à ce soir car j'ai encore besoin de ses trois livres pour compléter mon histoire de l'Arakan. Passé 21h00, l'extinction de la lumière, je lui rapporterai ses biens. Par chance, le premier ministre Soe Win est de visite et du fait de sa présence, il octroie une heure supplémentaire d'électricité, extinction des feux à 22h00 au lieu de 21h00 comme chez les scouts lorsqu'ils ont été sages. Je quitte sous les feux des réverbères rejoindre le doux rêveur. Je m'attarde un peu et discute avec lui avant de reprendre le chemin du retour. J'ai fixé mon départ à pied vers Bagan demain matin tôt pour profiter de la fraîcheur matinale.

N.B: Le récit de voyage date de novembre / décembre 2005 (les conversions monétaires sont à reconsidérer légèrement à la hausse).
- Chaque jour suffit à sa peine. Un voyage commence toujours par un petit pas. Le premier est sur le point d'être fait, il y en aura encore beaucoup d'autres avant de parvenr à destination. A suivre...

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Thursday, January 8th 2009, 12:09pm

Déjà, en se contentant des environs proches, entre les ruines, les temples en actvité, la nature, les activités humains (artisanat, cafés, pêche, transport de bambou, etc.), tu peux passer une bonne semaine sur place sans t'ennuyer. Personnellement, c'est le genre de coins où je pourrais passer des mois sans trouver le temps long.

Ensuite, comme il a été dit, tu peux remonter vers le nord vers Mahamuni (d'oû est originaire le plus fameux bouddha de Mandalay) et, au delà, vers Palatiwa, qui est en Etat Chin mais que les Arakanais considèrent historiquement comme une ville de l'Arakan. J'avais trouvé à Mraug U un gars avec un van qui m'avait conduit jusque là-bas.

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Thursday, January 8th 2009, 9:13pm

Mrauk u - Bagan

"J'ai fixé mon départ à pied vers Bagan demain matin tôt pour profiter de la fraîcheur matinale." de VIPASSANA

la suite ... la suite... votre descente vers Bagan à pied

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Saturday, January 17th 2009, 11:18am

Randonnée en solo dans les collines Chin (en route vers Bagan)

1- Randonnée en solo dans les collines Chin (en route vers Bagan) A défaut de retourner à Sittwe et repartir sagement en bateau, je pense quitter M-rauk en allant toujours vers l'Est et relier Bagan à pied. Aucune liaison par voie terrestre n'est possible à partir de M-rauk pour tenter de rejoindre la capitale Rangoun. Il existe bien une route passant par Ann mais non ouverte aux étrangers (possibilité de contourner l'obstacle avec un permis difficile à obtenir par l'intermédiaire d'une agence).

- Il est à peine 8h00. Les moines sont tous à la barrière du centre et cela donne un côté sympa et familial à mon départ comme si je faisais partie de la communauté. Je les quitte et passe au milieu d'eux. Leur haie d'honneur me touche. Je m'éloigne vers l'est afin de rejoindre rapidement les berges de la rivière Lémyo. Au loin, s'élève la chaîne de l'Arakan que je vais devoir traverser pour rejoindre la plaine birmane. Tant que je reste dans le bassin de la Lémyo, je ne m'attends pas à de fortes dénivellations. Je dois traverser un village dont le temple se trouve à l'entrée. J'ai reconnu les lieux en vélo tout-terrain il y a deux jours. Je souhaite le dépasser le plus tôt possible pour ne pas susciter la curiosité des villageois. Juste avant le village de Seo accolé à la rivière, je prends à gauche en direction de Lay Nyin Taung que je n'ai pu atteindre à vélo. L'ex-piste carrossable est infestée de marigots. Je dois les éviter à pied. Dans un champ proche, des coupeurs de riz m'indiquent les passages appropriés. Ils me reconnaissent probablement. Je n'ai pas pu aller plus loin à vélo car il m'eut fallu le tirer ou mieux le porter. Comme je devais revenir à M-rauk, je me suis dit que l'effort n'en valait pas la peine et j'ai fait demi tour immédiatement. Passé les bourbiers, le chemin se rétrécit et reprend son côté naturel, chemin communal emprunté par n'importe quel quidam habitant les environs. Deux femmes, dont l'une très grande, me suivent. Je vais leur permettre de me dépasser car je fais une pose, une légère déclivité me permettant d'y poser mon sac à dos. Les gens ne voient pas souvent passer d'occidentaux dans le coin. Les deux femmes restent sur leur réserve et ne tentent pas de communiquer avec moi. Je traverse Lay Nyin Taung sans marquer de pause. Je n'ai pas envie de me retrouver entourer d'une centaine de personnes riant, se moquant et me questionnant. A la sortie du village, je m'assure de ma bonne direction et continue ma marche vers le village Chin de Crit Chaung. Le sentier longe des enclos où les locaux récoltent du maïs et autres légumes rampants comme les cucurbitacées volumineux dont ils se servent quotidiennement à l'instar des calebasses comme des récipients. Il est tout tracé et la rivière n'est pas loin sur ma droite. De temps à autre, je l'aperçois languissante. Elle s'étend très large et repousse ses berges un brin majestueuse. Je me perds après Crit Chaung dans un cul de sac à flanc de colline surplombant la rivière. Il n'y a pas d'accès de ce côté. Je remarque une faille entre deux pans de roche et elle me conduit à un niveau supérieur. Le terrain est cultivé et les propriétaires viennent d'y arriver de retour de Sin Bon Kaing, le village situé sur la rive opposée. Je discute avec eux et ils me proposent de repartir avec le passeur. La rivière forme un coude et il est plus facile de marcher en face. Je sens bien que je dois passer de l'autre côté et j'embarque avec mon nouvel ami. Je sais qu'il a l'intention de m'inviter et vouloir m'offrir de manger dans sa maison. Avançant à pas feutrés, je me fie à mon intuition si quelque chose vient à clocher. Au point de débarquement, nous remontons plusieurs maisons vers le milieu de Sin Bon Kaing. Mon passeur est l'un des deux fils qui vivent sous le toit de leurs parents. Son père est fier de m'accueillir. Il a des qualités de cœur que son habitude de boire n'a pas annihilés. Nous déjeunons en duo sous le regard de la population locale. J'ai pris soin de refermer la barrière de bambous derrière moi afin de limiter la progression des curieux. Au cours du repas, sa fille entre et ne l'entends pas de cette oreille. Elle la laisse ouverte et c'est l'afflux, l'envahissement. Je sais que je dois mettre un terme à mon déjeuner très rapidement et m'éclipser dés que possible afin de ne pas éveiller l'intention d'un éventuel emmerdeur ou fouineur. Le fils qui m'a invité a laissé son père reprendre ses droits sous le toit familial. Ils m'accompagnent tous les deux jusqu'à la sortie du village pour me mettre sur le bon chemin. Le père seul continue un peu plus loin et me manifeste des preuves d'amitiés. Fier et ému, il l'est de m'avoir reçu et nourri. Il tente de me communiquer un message que je comprends ainsi:"l'union (la solidarité) fait la force et déplace les montagnes". Je le remercie de sa générosité. Sous l'effet de quelques petits verres d'alcool, il a du mal à me lâcher le bras. Je m'en détache car les autres villageois nous observent à distance. Je n'ai pas envie d'avoir à leur expliquer quoi que ce soit. Je file discrètement et reprends mon bonhomme de chemin. Ce repas sur le pouce m'a requinqué. Je me dirige vers Mohuwa. Je tente une pause sur le rebord d'une boutique surélevée inoccupée. Peine perdue car des garnements arrivent en courant et hurlant ameutant tout le village. Ils m'ont vu passer. Sous l'effet de la surprise, ils échangent quelques moqueries et les rires fusent. Les adultes se comportent pour la plupart de la même façon à cause d'un manque de communication et la peur de l'inconnu, peur de ce que l'on ne connaît pas et appréhende, et peur de l'Autre que l'on ne cerne pas.

- Je saute sur mes deux pieds et m'éloigne à petits pas sans avoir demandé quel est le sentier qui conduit à Kon Chaung. La rivière forme un angle à 90% avec des pans de roche qui plongent dans l'eau. Je vais devoir rentrer à l'intérieur des terres pour les contourner. Il me serait plus simple de repasser sur l'autre rive mais aucune occasion ne se présente. Je n'entends plus le flot des eaux agitées et les voix humaines s'estompent petit à petit. Le chemin est visible mais embrouillé de bambous tombés en travers. Il y a longtemps qu'il n'est plus utilisé. Les autochtones sont habitués à pagayer et traverser le cours en barque. Il y a deux à trois collines à éviter d'après ce que j'ai pu remarquer. J'avance rapidement mais péniblement. Un anorak en plastique dur enveloppe mon sac à dos et le protège des épineux et arbustes. Mieux vaut une protection lisse où l'ennemi surpris n'a pas de prise et glisse qu'un pull-over en laine auquel il est facile de s'agripper et s'accrocher. Déterminé, je persévère pour déboucher sur une vaste plaine rizicole toute entourée de collines. Vers le sud-est, ce que je perçois être une vallée peut-être une échappatoire et une éventuelle issue de secours. Je me ravise. Je peine à avancer car trop de bambous obstruent le passage mais je dois garder mon cap -suivre la Lémyo - pendant quelques jours. Je demande le chemin vers Kon Chaung à deux riziculteurs abasourdis de me voir en cet endroit isolé. Sans vraiment me remettre sur le sentier, je continue péniblement ma progression d'autant plus qu'il se rétrécit à la largeur d'une épaule. Je force l'accès en brisant du bras les barrières de bambous. La nuit n'est pas bien loin et je n'ai pas envie de dormir sur le chemin. Je perds un peu le sens de l'orientation et sors ma boussole pour m'assurer que je remonte au nord. Je transpire à grosses gouttes et les particules urticantes qui tombe des plantes et bambous volent à mon passage et se collent à ma peau. Après avoir monté et descendu plusieurs dénivellations assez conséquentes, j'aperçois la clarté à travers la travée des arbres. Il y a presque deux heures que je galère et la lumière est au bout du chemin. A suivre...

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Saturday, January 17th 2009, 11:23am

2 - Les premiers villages Chin (en route vers Bagan)

2 - Je quitte les hauteurs avec une belle vue sur la rivière et rejoins la berge sablonneuse. Je traverse une petite crique. Des barques viennent d'y accoster et notamment deux Birmans musulmans qui vendent de la quincaillerie. Tout ce qui concerne les éléments de cuisine ou pour la toilette, le lavage comme les cuvettes, les seaux... Ils habitent Sittwe et viennent vendre leurs ustensiles de cuisine sur le fleuve avec un menu bénéfice. Le bateau est loué. Ils conversent en urdu, la langue nationale du Pakistan, du fait qu'il soit d'origine pakistano-birmane et de confession musulmane. Par rapport à l'hindi très proche, l'emprunt de l'alphabet pour écrire l'urdu provient de la langue arabe. Ils m'invitent à dormir dans une maison en aval. Comme j'en ai bavé pour arriver jusqu'ici, je ne tiens pas à revenir sur mes pas. Je refuse gentiment. La plage de sable où nous sommes n'est qu'un endroit de transit. Personne n'y habite. Je profite d'une pause de vingt minutes et m'enfonce dans la forêt de nouveau. J'ai deux heures de marche avant d'atteindre Kon Chaung. Je sais qu'il va être difficile de toucher à mon but ce soir car la nuit n'est pas bien loin. C'est ce qui se produit. Au fur et à mesure que j'avance, la nuit s'approche. Je me retrouve à choisir entre deux bras de cours d'eau à la nuit tombée. Je vérifie celui que je ne crois pas être le bon à suivre. Je débouche sur une jolie piscine naturelle comblée par une petite cascade. C'est l'endroit idéal pour se doucher et avoir de l'eau à profusion. Je ne reste pas. J'ai peur que l'endroit soit trop humide et je pense pouvoir continuer et avancer. Je m'illusionne. Je prends le bon bras mais je dois m'arrêter pour la nuit sur une plage de cailloux. Je la nettoie des carcasses de bambous et allume une bougie jaune de qualité, de celle que j'ai ramené de Thaïlande. Alors que je suis allongé sur mon duvet, quelque chose de bizarre se produit. Un cercle multicolore apparaît devant la flamme. Il a toutes les couleurs de l'arc-en-ciel et cet œilleton fait office de fenêtre. A 20 centimètres de la flamme, il est de 10 centimètres de diamètre. Si je recule la tête, il s'agrandit et atteint 40 centimètres. Au-delà d'un demi-mètre, l'illusion disparaît. Je n'ai jamais expérimenté ce phénomène. Je ne peux pas trouver d'explication sinon la fatigue qui me joue des tours. L'effet est magnifique. Je ferme les yeux, tourne la tête et regarde la flamme. La magie opère toujours. Je n'oublie pas de la souffler avant de m'endormir. Avec cette ouverture en couleur sur un monde étrange, la nuit s'avère reposante.

- Les premiers villages Chin: Je décampe tôt et rejoins à l'aube Kon Chaung. Il me restait un bon bout de chemin. J'explique ma déconvenue à l'instituteur. Il m'invite à m'asseoir et m'explique qu'il est aussi missionnaire de l'église de Mara. Il m'informe que des touristes débarquent en bateau quotidiennement en provenance de M-rauk. Je comprends le comportement calme des habitants. Ils ont l'habitude de recevoir des blancs qui viennent photographier les vieilles femmes tatouées, relativement jeunes, la cinquantaine que je prends pour des sœurs jumelles. C'est comme si on leur avait dessiné une toile d'araignée à l'encre noire sur le visage avec le nez comme point central. Une femme âgée a la face toute noire. On ne distingue aucun dessin. Elle donne l'impression que tous les pores de sa peau ont été poinçonnés à l'encre noire. Je mets mes effets à sécher au soleil. Nous nous asseyons sous l'arbre à palabre où sont disposés bancs et chaises en bois. L'attente des touristes dure quelques heures. Le bateau les dépose dans le coude de la rivière et ils montent à pied jusqu'au village. Le chef est revenu des champs et tout le village s'attend à les apercevoir surgir d'un moment à l'autre. Ce sont deux géants qui apparaissent, un couple d'Allemands la soixantaine, docteurs tous les deux. Leur guide sympa - je les ai plutôt en horreur et considère honteux de faire payer très cher des gens que je juge assez stupides pour venir visiter des endroits très pauvres et sous développés - me questionne tous azimut. Je discute en allemand avec les visiteurs. Ils s'abstiennent de photographier quand on le leur demande. Ils ressentent une gêne. Se pose la question des soins en voyage. Je ne leur cache pas que j'ai une formation d'infirmier et que je soigne plus les autres que moi-même. Une femme nous raconte qu'un homme dans le village est malade depuis un an et qu'il ne peut plus se lever. Sa maison sur pilotis est à côté et nous montons le voir. L'Allemand l'ausculte bien qu'il soit entomologiste de profession. Sa rate est dix fois celle la taille d'un homme normal. Il diagnostique un paludisme chronique qui finira par le tuer. Il faudrait un traitement lourd d'une durée de six mois minimum. Nous remarquons sur ses fesses des carrés découpés dans du papier journal collés à la peau comme des pansements. Ils semblent protéger un cataplasme. Je demande une explication. Celui qui s'occupe des soins a fait des injections. Les aiguilles était si stériles que les deux fesses en sont infectées. L'une est tuméfiée. Le pauvre homme gémit sur le dos alors qu'il ne peut évidemment pas s'asseoir. Nous sommes impuissants devant son cas. Je remercie les Allemands d'être venus. Retour à la case départ et nos chaises où chacun des habitants tente sa chance et vient libérer sa petite souffrance afin de se faire soigner. Nous convenons d'en arrêter là sinon nous y sommes encore ce soir.

Le guide, d'une façon autoritaire que je n'apprécie pas, demande au couple en visite une obole afin de patronner la construction de l'école visiblement bien avancée. L'air inflexible qu'il prend du genre:" vous devez donner au chef un peu d'argent pour la construction de l'école" me laisse pantois et dégoûté. C'est vraiment du racket organisé car je pense que l'école a été commencée il y plusieurs lustres. On l’entretient à moitié construite pour sensibiliser les touristes et les prendre par les sentiments, les berner et leur soutirer un peu plus d'argent qui doit servir en fait à faire vivre le chef, sa famille et ses proches. Le village ne compte qu'une dizaine de maisons. Les Allemands s'exécutent sans un mot et donnent 5000 kyats (environ 4 Euros). Ils écrivent leur nom et le montant de leur don dans un registre des visiteurs. Je les regarde partir et je l'attrape curieux de connaître les sommes versées et la provenance soit le pays d'origine. Chaque jour, les sommes varient entre 4000 et atteignent 18 000 kyats (plus de 15 Euros)! Avec de telles sommes versées, le village devrait être riche. Au contraire, il donne l'impression d'être parmi le plus pauvre de tous ceux que j'ai traversé hier. L'effet est-il voulu intentionnellement pour attirer la compassion (bouddhiste) et la pitié (chrétienne) des occidentaux en visite ? Je crois sincèrement que l'argent ne va pas là où il le devrait, qu'il est mal géré et qu'un mendiant bien habillé reçoit moins d'oboles que celui qui est vêtus de haillons. Les francophones (Français, Belges), fidèles à leur habitude, sont les plus radins avec les Italiens (seulement 1000 à 2000 kyats soit un Euro environ). Je me dis que dans ce cas-là, ils n'ont peut-être pas tord de verser une somme qui correspond au coût réel de la vie en Birmanie. Ces petites sommes émanent d'individuels qui se sont cotisés pour prendre un bateau à plusieurs. Rien d'étonnant à ce que les versements soient minimes. Je suis sur les hauteurs qui surplombent la rivière et regardent le bateau à moteur des Allemands s'éloigner quand la femme du chef, celle tatouée en toile d'araignée, vient retirer l'argent glisser entre les dernières pages du registre. Elle doit savoir ce qu'elle va en faire. Dans les échoppes de village, ce que l'on trouve le plus et en grande quantité, ce sont les cheroots, nom des cigares birmans. Chez les Chins, fumer à l'air d'être un vrai sport surtout chez les femmes y compris celles qui allaitent. A suivre...

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Saturday, January 17th 2009, 11:26am

3 - 3 - "les collines Chin" (en route vers Bagan).

3 - "les collines Chin". Je m'aperçois que j'ai vraiment changé de région. Le climat a changé aussi. Le matin, les collines sont embrumées. Cela leur donne un côté énigmatique et mystérieux difficile à percer. Le soleil pénètre - ce qui n'est qu'une forte condensation, due à une grande différence de température entre le jour et la nuit- que tardivement vers 10h00. Les nuits sont fraîches (environ 5°c) pour moi mais froides pour les autochtones. Pendant la journée, le soleil se venge et cogne à 25°c. Les gens ont un physique très différent de ceux de l’Arakan. Les femmes ont de beaux visages - pas étonnant que les Birmans voulaient les leur voler - et sont juste couvertes d'une grande chemise noire ou rouge très aérée qu'elles tissent généralement elle-même. Certaines sont plus élaborées que d'autres selon les moyens de la personne. L'habitat en hauteur surprend à première vue. Les maisons sont sur pilotis et entourée d'une palissade. Il n'y pas de toilettes. Pourtant tout est propre. Je comprends vite quand je vais faire mes besoins dans la nature suivie par un visiteur acharné indésirable à quatre pattes. Je n'ai pas baissé les fesses que le porc a déjà la tête dans le cul. Je dois me mettre de travers et d'un bras le menacer tandis que je résume au plus vite les opérations: "besoins primaires". Ma tache finie, je dois me pousser pour ne pas me faire marcher sur les pieds ! Ce n'est que le premier porc omnivore - animal qui mange de tout - et mon premier village Chin.

Le jeune évangéliste protestant de l'église de Mara me présente un document résumant ses difficultés à pénétrer la culture bouddhique des habitants et leurs croyances animistes qui datent des temps immémoriaux. Je le trouve très courageux. Bien qu'il soit Chin, le dialecte local est complètement différent de celui de son village natal. Il a fait une expérience dans le district de Palewa dont il n'a pas gardé un bon souvenir d'après ce que je peux lire. Un pasteur d'une église protestante concurrente l'a agressé et traité d'avorton. Menacé, il se sentait en insécurité et a eu peur. Aller à 18 ans prêcher sur les terres des autres n'est pas une sinécure. Les gens ont la tête haute mais portent des coups bas qui détruisent le moral. Il écrit :"les notions primaires d'hygiène et des rudiments d'éducation sont difficiles à enseigner, alors pour ce qui est de la religion, c'est presque mission impossible". J'ai vu les Allemands partir vers l'amont et je suis furieux d'avoir raté le coche en n'embarquant pas avec eux. Je pensais réellement qu'ils redescendaient vers Ninja, leur point de départ. Sinké (Sangge selon la prononciation locale), le prochain village très proche est un peu plus important et je crains les contrôles inopinés et questions insidieuses. Cela m'aurait permis de faire d'une pierre deux coups; dépasser Sinké et éviter deux heures de marche sous le cagnard. Je m'en mords tellement les doigts que je veux quitter sur le champ quand mes deux Urdus font irruption. Leur invitation à m'embarquer jusqu'à Sinké tient toujours. J'attends qu'ils finissent d'empocher l'argent qui doit leur revenir et descends au fleuve avec eux. Voilà qu'ils se mettent à grailler ! Ce qui n'est pas pour me déplaire car je n'ai pas été invité à manger dans le village. Au menu, du poisson au curry qu'ils ont préparé et emmené avec eux agrémenté de riz. Absolument extra ! Quand on connaît comment les orientaux cuisinent le curry - que ce soit du mouton, du poisson ou du poulet - on adore si l'on aime les saveurs épicées. Je me régale avant d'embarquer avec eux. Quatre hommes et leur matériel dans une barque de petite dimension rament à contre courant. Je me rends compte rapidement que nous sommes en surcharge et faisons du surplace dû au poids de charge. Nous ne pouvons pas vaincre les effets du courant et notre futur proche risque d'être mouillé à moins que nous lâchions du lest. Ils ont beau souquer ferme, nous sommes entraînés par les eaux tumultueuses. Nous longeons la rive et je leur demande de me déposer. Ils acceptent. Quand je tente de rassembler mes effets sur la berge, je les vois croiser le cours et le remonter sur l'autre rive. Même sans moi (80+15=95 kg), la partie n'est pas aisée. Je noue mes lacets, charge le sac sur mes épaules et reste à hauteur du niveau d'eau. 20 minutes me suffisent pour atteindre et dépasser discrètement Sinké. Mes amis Urdus déchargent leur barque quand j'arrive. Je les salue et les remercie d'un petit signe.

- Une personne m'interpelle du haut du village mais je n'y prête pas attention. Je suis concentré et déterminé: suivre la ligne d'eau (le fleuve Lemyo). Elle passe par des jardins au bord de l'eau ou croissent des poids, haricots, du maïs et des cucurbitacées. Une autre vingtaine de minutes "on the run” (en fuite) et j'atteins un appentis en bambou où gît un vieil homme noir. Je marque une pause. Il m'offre du thé noir, une marque de Sittwe à laquelle je n'avais jamais prêté attention. Il me montre son genou légèrement infecté mais je ne peux rien faire pour lui. Cela parait bénin mais un traumatisme - un coup reçu - est venu se rajouter à l'infection. Peine perdue. Le vieux se remettra avec le temps. Il est posté là pour surveiller le jardin et empêcher les cochons sauvages et autres oiseaux d'en amoindrir la récolte. Un bruit l'alerte et il jette un œil. Au passage, il tâte mon imperméable en plastique dur qui assure la protection de l'ensemble du sac lorsqu'il pleut ou que je marche en jungle dans un couloir fermé comme hier. Il me demande un longyi. Je ne peux pas lui échanger le mien contre le sien complètement limé. J'ai du chemin à parcourir avant de rejoindre Rangoun. Je ne peux que m'éloigner tout contrit de ne pas avoir pu lui apporter un peu de bonheur sous quelque forme que ce soit. Il me fait comprendre que je ne suis pas tout à fait correct quant à ma direction. J'en déduis qu'il existe deux voies d'accès à Than Tang: l’une à l'intérieur qui vous y conduit en 2 à 3 heures de marche et l’autre en longeant le fleuve nécessairement plus longue à cause des méandres qu'il semble affectionner dans cette partie de son cours. Je me souviens l'avoir noté après avoir jeté un coup d'œil sur la carte de Birmanie. En longeant la Lémyo, je suis le second itinéraire. Le sentier se distingue à peine sur la roche ou dans la vase. Il est pénible et dangereux car les roches sont glissantes et à flanc. Je préfère à plusieurs reprises me déchausser afin d'avoir une meilleure prise avec la matière et éviter de chuter lourdement dans l'eau. Je n'ai pas voulu pénétrer Sinké, raison pour laquelle je me retrouve de temps en temps en progression délicate de ce côté. J'atteins une immense plage de sable et de pierres, terrain de transit pour les bateaux qui naviguent et ont besoin d'un havre de paix pour la nuit. Quelques gamelles sont sur le feu et des individus autour tentent de se réchauffer. J'avise un groupe dont un moine. Je suis étonné qu'il y ait un temple dans le coin. Il manque sincèrement de curiosité. Il se tient debout à l'écart du feu. Un couple discute et surveille une popote. L'homme m'invite à dormir. Je lui réponds que je veux bien dîner seulement puis avancer un peu plus loin pour la nuit. Un quart d’heure plus tard, je le suis jusqu'au village (à peine 10 maisons). Il réitère son invitation à dormir et je l'accepte. Je sais qu'une telle occasion ne se représentera pas. Il est prévenant. Je retourne chercher mes sacs et reviens m'installer au premier étage ouvert sur la véranda. Le couple dîne sur la plage et m'apporte une part. L'homme me fait savoir qu'ils habitent Lay Nyin Taung et m'a vu traverser le village avant-hier, raison pour laquelle il se montre très familier et hospitalier avec moi. Les enfants se montrent intéressés devant cet étranger. La soirée est calme. Je profite d'une bonne nuit de repos.

- De bon matin, j'ai prévu hier soir un Thermos de thé de Ceylan, quel luxe dans cet endroit reculé ! Au préalable, j'avale une gorgée de miel que j'arrose de thé noir (2 litres) suivi d'un peu de méditation vipassana le temps que le petit-déjeuner se prépare. Je suis sur le départ une fois mon assiette de riz finie. Je m'éloigne d'un pied ferme et continue sur la plage sans rencontrer d'obstacles ou de difficultés. Deux jeunes me suivent sur le côté car ils se dirigent dans la même direction. Ils veulent me parler et m'avertir d'une chose mais je ne tourne pas la tête. Après 25 minutes de marche tranquille, je rencontre un nouveau méandre. Je ne peux pas biaiser. La solution la plus simple pour l'éviter serait de passer sur l'autre bord. Dans ce coude, la rivière est semblable à un véritable lac où dans les profondeurs, le poisson doit pulluler. Au milieu de ce coude incontournable et imprenable, quelques hommes extraient des roches friables et m'interpellent. Sur la rive sur laquelle je me tiens, sous deux bâches surélevées avec deux piquets en croix, des femmes et enfants patientent à une trentaine de mètres du rivage. Le temps est extensible ici et il leur appartient. Une journée - unité de temps - n'a pas de valeur propre. Il n'y a aucun sens à donner à sa vie en cet endroit. Un seul paramètre et référent, l'éternité, qu'ils imaginent être le leur pour aujourd'hui, demain et pour toujours dans la paix de leurs valeurs traditionnelles indéracinables. A suivre...

8

Saturday, January 17th 2009, 11:40am

4 - En route vers Bagan ...

Les deux jeunes me signalent qu'il me faut nécessairement croiser le cours. Sans être rebuté, l'un d'eux me propose une barcasse dont le fond prend l'eau. Il suffit de voir ce qu'elle contient d'eau pour comprendre que quelques unes de ses planches sont disjointes. Il n'hésite pas à traverser et l'échanger contre une plus grosse avec laquelle il me passe de l'autre côté. Je m'aperçois que j'ai oublié mon T-shirt étendu sur les cailloux en train de sécher au soleil. "dukkhavé !" (l'expression d'origine pali passée dans le langage courant birman vient de dukkha qui signifie douleur. Exclamation courante dans la bouche des Birmans). Je me sens tout idiot d'être la cause d'un effort physique qui aurait pu être évité. Je rassemble mes effets et observe quatre gars qui construisent une boutique en bambou à la limite de l'eau. Ayant pris un peu de répit, je continue sur la plage immense. Je ne me suis pas rendu compte qu'un village était établi sur les hauts de la rivière. Il doit être constitué de quelques familles seulement. Il y a des maisons en bambou bâties sur les cailloux. Je marque une pause à la première venue à cause de la chaleur. L'homme me fait un signe amical et me propose d'entrer. Ils finissent un repas frugal mais copieux en riz. Sur sa proposition, je finis les fonds de casserole: du porc et du riz auquel sa femme ajoute quelques menus poissons frits. Ce qu'il me faut pour tenir ma rive gauche ! Il y joint successivement des tasses de thé noir. Je m'interroge sur sa condition. Je reste 3h00 environ avec eux, le temps du coup de chaleur. Je soigne d'abord sa gamine (8 ans) avec 250 gr. de Paracétamol, mon thermomètre indiquant 39°c. Ils n'ont pas l'air démuni et je l'ai même vu palper quelques billets de 1000 kyats qu'il a en poche. Il a deux fils - 25 et 23 ans - et deux gamines - 13 et 8 ans - que je soupçonne de ne pas être du même lit. La mère s'est absentée avec la préadolescente pour acheter des boucles d'oreilles pour la petite. Cela me surprend. Les gamines sont sales et mal vêtues mais folles de joie à porter les boucles qu'elles s'échangent. A les lui mettre, la petite souffre un peu car ses trous se sont refermés mais ne faut-il pas savoir souffrir pour se faire belle ? L'homme se lève un moment pour sortir et je le vois fragile sur une jambe. Il a des difficultés à se déplacer et il lui serait impossible d'assumer un travail pénible. Je ne pense pas qu'il ait un pied-bot ou qu'il ait été amputé mais je pense à un blessé de guerre. Ce qui expliquerait sa relative aisance financière avec une pension de l'armée et ses connaissances de l'anglais. Je n'insiste pas car je vois bien qu'il ne veut pas en parler. Il supporte mal cette situation de dépendance et sa mobilité réduite. Revenu sur sa couche, il me montre de l'autre côté de la rivière son fils cadet qui retourne un lopin de terre qui lui appartient. Celui-ci arrive plus tard. Ils sont forts et beaux. Tout comme le père auparavant, les deux fils marquent un intérêt marqué pour mon imperméable en plastique dont je n'ai finalement pas beaucoup besoin. Je crois savoir que la saison des pluies ici est impressionnante. Ça dégringole ! C'est effectivement l'imper impeccable pour ce genre de saison des pluies. Il ne permet pas de rester au sec si ça tombe à seau mais au moins de conserver une partie de sa chaleur corporelle. Ils seront trois à l'utiliser à tour de rôle. Je leur laisse sans aucune concession. Un vieux gilet de grand-mère assure maintenant la protection de mon sac. Mon gars a l'air d'être une référence ou quelqu'un de reconnu dans le coin. Il m'a demandé deux fois si je voulais continuer en bateau. Je finis par acquiescer quand survient un vieil homme seul sur sa barque. Les barques descendent des produits de la nature (fruits divers) sur le marché de M-rauk et remontent à contre courant à vide. Mon hôte hèle le batelier et lui demande d'approcher. Il lui signale qu'il a une faveur à lui demander. Le vieil homme s'exécute. L'arrangement se fait entre eux. Je comprends juste qu'il n'y a pas de question d'argent à mon sujet. Le vieil homme accepte de m'embarquer avec lui. Je n'ai aucune idée jusqu'où il va. Il propulse la barque avec une perche. Un auvent en bambou tressé en U retourné permet de se mettre à l'abri des pluies subites ou du soleil. Je suis assis à l'avant et juste derrière moi, un brasero avec une théière dessus. Je ne perds pas mon temps à contempler la nature. Les courbes naturelles dans lesquelles se languit le fleuve dégage une virginité, pureté liée au fait que la pollution n’existe pas. Seule la main de l'homme a opéré des dommages dans le cours naturel du temps. La rivière a aussi pu changer de lit plusieurs fois au cours des différentes ères. Dés que l'occasion se présente, je descends afin d'alléger la frêle embarcation. Je parcours à pied en ligne directe jusqu'au moment où je ne peux plus progresser. C'est comme si je marchais sur la corde d'un arc liquide formé par la courbe de la rivière. Nous nous fatiguons à tirer la barque dans des petits rapides successifs. Je me mets à ramer. Je ne tiens pas à ce que mon batelier s’épuise. Je ne supporte pas d'être transporté (tricycle, pirogue...) surtout si l'autre pédale ou rame pour moi. Je conçois mal que quelqu'un fasse un effort physique pour me transporter même s'il doit être rémunéré. ça me fait du bien de ramer, c'est bon pour les bras. Avec la marche, le vélo, je donne toujours priorité aux muscles des jambes. Deux heures à ramer pour atteindre un poste de police où les transitaires doivent se déclarer. Il me dépose à la cabane de garde et file sur un petit bras de rivière du nom du lieu-dit où nous nous venons d'accoster. L'unique policier qui s'appelle Sain Mying, un peu surpris de me voir débarquer, a l'air amical. Le point de vue sur la rivière est imprenable. Impossible de passer la Lémyo en catimini sans être vu. Depuis la cabane, vue sur le coude surplombé par un dénivelé. La rivière vient juste se diviser en V au pied du terre-plein. La Luchonwa vire à gauche et la Lémyo fière poursuit son ascension des collines Chin. Je remonte au village seul et m'élève d'un cran. Lorsque je me retourne, le paysage n'en est que démultiplié, multi vision en couleur entretenue par un clin d'œil du soleil qui s'affaisse. Je pose mon sac et m'assieds contemplant le déclin de l'astre lumineux. Je suis heureux d'avoir atteint ce point sans conséquences. Lorsque Sain Mying me rejoint, je le suis jusqu'à la maison du chef du village. Nous passons l'école et entre quelques habitations Chin. Aucun reproche ne m'est fait. Personne ne me dit: "tu dois t'arrêter là. Demain, tu retournes à M-rauk". Mon passeport et ma bonhomie suffisent à les convaincre que je suis inoffensif.

- Soirée amicale où les quelques personnes éduquées - les fonctionnaires et enseignants - viennent s'entretenir tant bien que mal avec moi. Le lendemain matin, je déjeune et j’attends l'éventuel passage d'une barque qui pourrait m'embarquer. Je suis sous la bonne garde de mon ami. Quatre hommes arrivent. Le plus vieux d'entre eux monte au poste de garde et s'acquitte de leur droit de passage. Il me regarde misérablement comme s'il me tenait responsable de son malheur. En fait, Thein Thun le ponctionne à raison de 500 kyats par personne. Total:2000 kyats qu'il ne possède pas. Il a en poche seulement 1300 kyats. Il espère que ma présence va influencer le policier et faire baisser ses prétentions financières. Il a vraiment l'air pitoyable. Il faut vraiment être ripoux pour encaisser sans scrupules de l'argent racketté. Il versera 1000 kyats. Entre ses doigts, il contemple les 300 kyats. En contrepartie de sa minoration de taxe, Thein Thun lui demande de m'emmener. Je fais grise mine car vu de loin, je juge la barque suffisamment chargée. L'arrangement est conclu. Deux jeunes vigoureux sont aux commandes tandis que l'aïeul goûte au repos mérité. Avec le quatrième, quand l'occasion est propice, nous descendons pour alléger l'embarcation et parcourons à pied des distances relativement courtes. Nous marquons même une pause thé noir dans une gargote du bord de l'eau car nos raccourcis nécessitent moins de temps qu’il ne leur en faut pour nous retrouver. La plaine dans laquelle coule la Lémyo est dégagée sur les berges. On ne les aperçoit pas forcément à cause des herbes géantes qui les garnissent. Dés que le rideau d'herbes, de plantes et d'arbustes tombe, les traces de pieds ne s'impriment pas sur ce terrain sablonneux. Sortis du lit où le gravier remplace la roche mère dure, le pied lourd s'enfonce dans la mouvance, terrain vaseux et moins ferme lorsque nous mettons pied à terre au cœur de la courbe. Cela dure toute la journée alternant entre marche et "flâneries Lémyoniennes". Je suis guidé pour le dernier court-circuit (raccourci) par l'ancien. Nous pénétrons un carré de cultures diverses et pénétrons à l'intérieur d'une habitation. La femme résignée tatouée toute de noir attend que le fils ait fini son repas de brochette de sanglier. Mon batelier est chez lui. Je goûte un peu de porc grillé sur le feu avec des piments verts. Je vise le fusil qui repose au-dessus de nos têtes. Bienheureux qu'ils l'aient ! Ils ont au moins des protéines garanties avec ces collines boiseuses aux alentours. Nous ne nous attardons pas car il doit dépasser son habituel lieu d'ancrage pour aller chercher des biens qu'il rapportera à M-rauk. A suivre ...

9

Saturday, January 17th 2009, 11:48am

5 - En route vers Bagan ...

5 - Nous sommes proche de Than Taung où je suis conduit au poste de police commandé par U. Thein Thun. Clôturé de hautes palissades, seul une herse faite de végétaux se lève et donne accès à un petit fortin entouré de tranchées. Avec une vue saisissante sur la vallée - le raccourci qui conduit à Sinké - et la rivière en contrebas, le poste, véritable camp militaire est adossé à la colline et marque la limite de Thang Taung. Quelques soldats sont de faction nuit et jour. Il est fortement conseillé de s'annoncer la nuit venue avant de soulever la porte. Celle-ci étant soutenue par deux pieux pendant la journée, l'entrée y est libre et ça va et vient comme dans un château. Il y a bien sûr les familiers de la cour - prérogatives obligent - et ceux qui en tirent de menus avantages: fournir les rations alimentaires ou bien l'accès à l'eau... Autour d'une table, mes papiers sont épluchés sans trouver rien à redire. Le jeune commandant me garde avec lui pour la nuit. Il est malade. Son cuisinier - il est sergent - lui concocte de bons petits plats. Je suis affamé et j'ai droit aux "bouchées doubles". Père d'une fillette (1 an), sa femme vit à Moulamein (état Mon) dans l'extrême sud de la Birmanie. Il doit rester 3 ans ici avec la possibilité de 2 retours annuels (permission). Accompagné d'un aide de camp, je parcours l'allée aménagée de Thang Taung. De part et d'autre, des maisons entretenues qui témoignent nécessairement du bon niveau de vie de leurs occupants. D'où tirent-ils l'argent de leurs revenus ? Une voie d'accès joliment travaillée permet de traverser le village jusqu'à l'autre bout. On passe l'école remarquable construite tout en bois et le bout du chemin bute sur l'église protestante. U. Phwe Thang, le pasteur m'accueille comme un frère. Je confonds sa femme très grande avec une Européenne à cause de son apparence anglo-saxonne. Elle est réservée et plus discrète avec un bébé dans les bras. Ils ont un garçon de 10 ans, sujet fréquent à des crises de paludisme. Un pensionnat pour quelques ados agrandit le cercle familial qui compte une dizaine de personnes. Samedi, le pasteur remonte la rivière jusqu'à l'embouchure de la Puchonwa et continue vers le parc national du Mont victoria (Natmadaw National Park). Il me propose de me joindre à lui pour faire le chemin ensemble. Voilà qui rassurerait le commandant du poste de police peu enclin à me laisser continuer seul. Je lui donne mon accord de principe et confirmerais demain. Je dois juste patienter une journée dans ce petit trou perdu. De retour à la caserne, l'instituteur depuis 12 ans en poste a été dépêché pour me convaincre de renoncer à mon aventure au-delà des limites de Thang Taung.

Aucun occidental de passage n'a franchi cette frontière symbolique qu'ils jugent dangereuse et difficile à dépasser. En tant que représentant de la loi d'un état totalitaire, les autochtones considérés minoritaires nourrissent des rancunes à l'égard des autorités censées les protéger. Si ces uniformes nationaux de l'Union des Peuples du pays en question pénètre ce territoire indigène, ils seront considérés comme des ennemis et auront droit au ressentiment de la minorité. La minorité accepte difficilement qu'un élément de la majorité dominante vienne remettre de l'ordre dans une région dont il ne parle pas la langue. Je n'ai pas de mal à leur expliquer que je me déplace sans préjugés, sans parti pris, à l'écoute de tous les courants religieux et politiques. Catholique de naissance, devenu bouddhiste par affinités, je suis au-dessus de leurs querelles de "clocher". Je suis le bon apôtre, celui qui sème la bonne nouvelle. Je suis l'ami de cœur de tout être humain. De mémoire, l'instituteur me raconte que je suis le cinquième à parvenir à Thang Taung depuis l'installation du village. Le premier était canadien, le second suisse et un couple franco-malaisien pour compléter le quartet. La nuit porte conseille. Sur ces dernières paroles, je les mets dehors car je suis harassé. Je veux pouvoir me reposer. A suivre ...

- Les premiers pas ont été fait et il y en aura encore beaucoup d'autres avant de parvenir à destination.

10

Saturday, January 17th 2009, 11:54am

6 - Vendredi 25 novembre : jour de l'indépendance (à Than Taung).

- Vendredi 25 novembre : jour de l'indépendance (à Than Taung). L'instituteur abandonne petit à petit son idée de me convaincre de faire demi-tour. U. Thein Thun se réfugie dans sa maladie et me signale qu'il est inadéquat pour moi de dormir au poste de police. Son hospitalité et sa gentillesse lui ont fait oublier qu'il m'hébergeait dans un bâtiment officiel réservé aux serviteurs de l'état. Le chef du village va m'accueillir pour la nuit. la communication est plus difficile car il remplit juste sa tâche. Sa famille manque de savoir-faire et m'accueille à contre cœur. Il y avait bien l'instituteur ou le pasteur mais je suis les recommandations et ne veux pas contrarier le chef de la police. Il sait que rien ne m'arrêtera et que je passerai par derrière les collines s'il ne m'autorisait pas à poursuivre mon périple. Je ne veux pas le mettre dans l'embarras mais je partirai, accompagné demain avec U. Phwe Thang. Je l'ai poussé à rencontrer le pasteur mais il n'y tient pas. Ce n'est pas sa ligne officielle. Il est tenant du bouddhisme. Il y a d'ailleurs un jeune moine missionnaire juste à côté du poste de police. De part et d'autre du village, les âmes sont bien gardées. Le bouddhisme leur permet de migrer tandis que l'église les range au Paradis ou en Enfer. Selon l'Union de la République du Myanmar, le bouddhisme habituellement tolérant envers les autres religions est érigé en religion d'état. Etre musulman dans l'Arakan ne permet pas de voyager à Rangoon. Où que l'on soit dans le pays, les discriminations pleuvent. Pourquoi ne pas venir parler avec le pasteur et me recommander auprès de lui. Je comprends les réticences du policier. L'instituteur lui-même n'a pas de contact avec U. Phwe Thang. J'apprécie l'homme d'église. Il communique, est ouvert aux influences extérieures et fait preuve de générosité. Je lui donne une tablette de Chloroquine 250 mg soit 10 cachets. Il a une notice d'emploi et peut soigner 3 crises de paludisme dont son fil est régulièrement sujet. Samedi matin après une nuit comme ci comme ça, le chef abat un jeune poulet et agrémente le riz du petit-déjeuner. Le pasteur doit courir après sa barque que des pêcheurs lui ont emprunté. Le bien personnel peut être utilisé à des fins publiques. Ce genre de petit contre temps qui énerverait un occidental est coutume courante dans des sociétés où la propriété individuelle est inconnue et le matérialisme non figé. Nous sommes 7 passagers à bord. Nous quittons avec un peu de retard après 9h00. En pleine fleur de l'âge, 3 jeunes vigoureux du pensionnat qui rejoignent leur famille au village. Leur tâche est de propulser la barque le long de la berge avec de longues perches. Le principe est identique comme pour arriver à Than Taung; nous utilisons seulement le bateau pour les traversées d'un méandre à l'autre. Le reste du temps, nous coupons à travers champs herbus ou terrains caillouteux et attendons que la barque nous emmène de nouveau. Aux 3 étudiants, se sont ajoutés un aide-pasteur, une femme qui m'a sérieusement l'air d'être la petite amie de U. Phwe Thang, le pasteur lui-même et moi-même. Dans les passages difficiles, il n'hésite pas à lui donner la main. Je ne pense pas qu'il y ait anguille sous roche. Je crois savoir que le libertinage est condamné par la moralité et la religion chrétienne chez les Chin. Il est passible d'homicide soit par l'époux trompé ou le frère de la femme adultère. On le connaît sous le nom de crime d'honneur. J'observe et le remarque néanmoins mais me mêle pas ce qui ne me regarde pas. Nous avançons à bonne allure sans relâche si ce n'est une pause déjeuner. L'arrivée est prévue vers 18h00 après la nuit tombée. Je me plains de devoir avancer sous les étoiles et de ne pas avoir prévu un départ plus matinal. La vallée dans laquelle s'étale la rivière est verdoyante, infestée d'herbes rustiques géantes et se resserre parfois autour de la Lémyo comme pour mieux l'étreindre et l'apprivoiser. Ce sont les endroits les plus beaux où la roche tombe à pic dans l'eau, ceux aussi ou il est temps de remonter dans la barque pour pousser plus en amont. Le troisième homme au cours d'une de nos virées pédestres s'est approché d'une tente sur laquelle séchaient des brochettes de petits poissons noircis à la flamme. Sans s'enquérir de quoi que ce soit, il s'en emparé comme s'il était le roi et que ses sujets lui soient redevable de tout. Je ne l'ai pas vu déposer un billet. L’argent n’est d'aucune utilité dans ce coin nature. Les gens sont autonomes avec leurs cultures et leur élevage domestique qui de ce fait rendent les échanges pratiquement nuls. Marchant côte à côte avec l'aide pasteur, il ne s'est pas tourné vers moi pour m'en offrir un. Ce n'est pas le genre de nourriture dont je raffole. L'intention est dans le geste. Arrivé à la barque, je peux penser qu'il en proposera aux trois jeunes qui n'économisent pas leur énergie. Rien n'en est ainsi. Il la garde et la grappille un peu plus avec son collègue. Une conduite que j'accepte difficilement. A la pause déjeuner, les petits poissons sont suffisamment nombreux pour satisfaire les 7 passagers. Je me contente d'un seul à des fins gustatives et gastronomiques. Le pasteur m'a glissé 2 œufs dans mon Tupperware birman et des os de poule à sucer. La pause est brève. Il faut repartir. La journée est agréable. La chaleur se supporte bien. Nous glissons à contre courant dans le lit de la Lémyo. D'autres utilisent sa force motrice pour descendre des trains entiers de wagons de bambous de grande taille (jusqu' à 5 m de long ou plus). Ils les coupent sur les hauteurs, les laissent glisser ou les tirent jusqu'au niveau de l'eau où ils les assemblent en épis. Par gros paquets flottants, ils en font un train de plusieurs dizaines de mètres (jusqu'à 100 m) selon le nombre d'hommes à la tâche pour les faire dériver jusqu'à Ninja voir Sittwe. Pour chaque "wagon" arrivé au but, ils reçoivent 1000 kyats (0, 80cts d'Euros) à la vente. Les hommes jeunes, téméraires, costauds vivent sur leur radeau sautant d'une "voiture" à l'autre en cas de problèmes dans les rapides. C'est un boulot de titan peu rétribué. Je me mouille complètement une fois. Je n'ai pas à me soucier de la douche, ce soir. Kopesche et Kubichi sont deux villages que nous croisons. Ils ont la particularité de parler un dialecte Chin qui leur est particulier. A Kopesche (20 foyers), nous faisons halte et nous désaltérons d'eau bouillante chez le pasteur que nous sommes venus chercher. Le physique de ces villageois m'impressionne. Les hommes comme les femmes sont beaux, les traits fins, la peau colorée. Les corps bien proportionnés dégagent de l'aisance dans le geste, une façon de se mouvoir comparable à ces danseurs de ballet. Bien que démunie, l'intérieur de la case concentre toute l'harmonie et les relations d'amour entretenues sous ce toit. Sa femme a un visage angélique, ses quatre gamines sont irrésistibles, son frère a tout du félin. Il nous faut pourtant quitter ce havre de paix. A suivre ...

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