Voyage expérimental
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« Je m'étais munie d'un nécessaire à pique-nique digne du Club des cinq, d'une paire de lunettes de soleil vertes d'une taille démesurée, d'un pistolet à eau bleu et d'un soutien-gorge en noix de coco (au cas où) »

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Voyage to the end of the line
Énoncé
Explorer les confins de la ligne.
Matériel
Un quelconque moyen de transport : bus, train, ferry.
Méthode
Prendre un train de banlieue et descendre à son terminus. À défaut, avoir recours à un autre mode de transport. Dormir si possible sur place pour avoir le temps d'explorer le lieu d'arrivée.

Analyse des résultats

Le voyage au bout de la ligne est l’expérience idéale pour retrouver le souffle de l’aventure dans sa propre ville. Elle vous emmène en effet jusqu’à des endroits où vous n’auriez autrement jamais mis les pieds. Selon le mode de transport choisi, cette expérience peut même vous mener bien plus loin que vous n’auriez osé l’imaginer…

En 1492, l’un des plus grands touristes expérimentaux de tous les temps, Christophe Colomb, s’embarqua à bord d’un navire et mit le cap vers le « bout de la ligne ». L’écrasante majorité des têtes pensantes occidentales de l’époque se ralliait alors à la théorie selon laquelle la Terre était une sphère. Certains sceptiques, notamment les membres de l’Église catholique, contestaient cependant cette idée excentrique : la Terre était plate, et Christophe Colomb allait sans aucun doute naviguer jusqu’à son extrémité, jusqu’au « bout » de la Terre (démontrant au passage le proverbe selon lequel « la fierté précède la chute »). Colomb eut de la chance – la Terre était ronde ! – mais il manqua sa destination initiale (l’Asie) d’un continent ou deux, s’égarant sur les rivages américains. Les habitants dudit continent n’en furent pas ravis, l’arrivée du navigateur et de ses sbires ayant détruit à jamais leur mode de vie. Quel enseignement en tirer ? Le voyage au bout de la ligne, pour romantique et stimulant qu’il soit, peut être lourd de conséquences. Voyagez léger et ne laissez derrière vous que l’empreinte de vos pas.

Experimentatrice : Rachael Antony, Stony Point, Australie.

Mermaid Les grandes expéditions semblent immanquablement débuter aux premières lueurs du jour. Afin de ne pas trahir cette tradition, nous avons donc consciencieusement réglé nos réveils. Artistes injustement méconnus que nous sommes, nous n’étions bien sûr pas habitués à de tels horaires. C’est donc les paupières encore lourdes de sommeil et l’esprit embrumé que Janet, Dave et moi avons convergé vers la gare de Flinders Street (Melbourne) à 7h30 le lendemain matin. Notre but était de rejoindre le bout de la ligne – un lieu au nom mystérieux de Stony Point, la « pointe de rocaille » – et d’y réaliser un film.

Nous avons pris le train aussi loin que possible, avons changé pour un diesel à la régularité aléatoire et tracé notre route cahin-caha jusqu’au bout de la ligne. Arrivés à destination, nous avons fait une halte dans l’unique îlot de civilisation qui se présentait à nous, un petit café-épicerie, où nous avons commandé une tasse de thé chaud et débattu de l’aspect « rocailleux » des lieux. À ce stade de nos explorations, nous avons décidé d’attendre que la brume se lève au-dessus de la mer.

Revigorés par le départ des derniers bancs de brume matinale, nous nous sommes mis en route en portant le matériel nécessaire à notre entreprise. Dave tenait à bout de bras sa vieille caméra 16 mm. Janet, dont le sens pratique n’est pas la principale qualité, traînait un grand pouf bleu. Je m’étais munie d’un nécessaire à pique-nique digne du Club des cinq, d’une paire de lunettes de soleil vertes d’une taille démesurée et d’un style pouvant être qualifié de « fantaisie », d’un pistolet à eau bleu et d’un soutien-gorge en noix de coco (au cas où). Nos errances nous menèrent à un bord de mer isolé et exposé au vent, où nous avons improvisé un dialogue entre Dave et Janet digne d’Ingmar Bergman, ponctué de regards lourds de sens et de silences « rocailleux », suivi d’une séquence étrange et assez hermétique dans laquelle Janet vivait une aventure amoureuse avec le pouf. Poursuivant notre chemin, nous sommes arrivés à une base militaire sinistre et apparemment déserte, avant d’aboutir à une jolie réserve naturelle. Nous y avons goûté un repos bien mérité.

Quelques heures plus tard, Janet mit le cap vers la gare et la jungle urbaine tandis que Dave et moi méditions sur le « bout de la ligne ». « Mais quel était l’intérêt de tout ça ? » ai-je demandé. Il m’a regardé dans les yeux, caressant une barbe imaginaire qui lui donnait un air de vieux sage en dépit de son âge et m’a répondu : « Il n’y a pas de but, Rachael, c’est juste comme ça ».
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Experiment Number 40
Voyage au bout de la ligne